PRÉFACE
Il y a douze ans qu'un illustre avocat du Conseil d'État et de la Cour de Cassation, aujourd'hui avocat général à la Cour de Cassation, M. Paul Fabre, nous pressa vivement de donner un Bouillet ecclésiastique, en nous montrant l'utilité d'un pareil livre. Frappé des motifs qu'il fît valoir, nous nous rendîmes le lendemain même chez Son Excellence M^ Sacconi, alors Nonce apostolique, et depuis cardinal , pour lui demander son avis au sujet de l'idée qui nous avait été donnée la veille. Sa réponse fut : C'est une idée d'or; si vous voulez l'exécuter, je mets mon Moroni à votre disposition. On sait que le chevalier Gaetano Moroni, camérier de Grégoire XYI et de Pie IX, a publié en italien un Dictionnaire d'érudition historico-ecclèsiastique depuis saint Pierre jusqu'à nos jours, en 103 vol. in-8°. Malgré ces encouragements, nous l'avouerons en toute sincérité, nous hésitâmes encore, effrayé que nous étions à la pensée d'un ouvrage aussi considérable par son étendue, aussi complexe par la quantité innombrable des sujets divers qu'il embrasse, et aussi scabreux parles questions difficiles et délicates qu'il faut nécessairement trancher. Cependant, enhardi par quelques autres personnes très -compétentes, nous nous mîmes à l'œuvre; et depuis ce moment nous avons travaillé les jours et les nuits sans relâche. Si nous n'avons eu aucun collaborateur proprement dit, nous n'avons pas été privé de secours pour la partie matérielle, qui, comme on le sait, prend ordinairement un temps considérable dans les ouvrages de lexicographie. D'un autre côté, nous l'avouons avec autant de plaisir que de reconnaissance , pour les parties de la science ecclésiastique qui nous sont moins familières, les lumières et les conseils des hommes les plus capables ne nous ont jamais manqué; en sorte que nous publions notre Dictionnaire avec l'espoir qu'il sera exempt de ces erreurs graves , de ces fautes capitales qui donnent droit de reprocher à un auteur d'avoir manqué de conscience dans ses recherches et de droiture d'intention dans ses jugements. Qu'on nous permette de reproduire ici les réflexions judicieuses que fait à cet égard J.-B. Pérennès, en parlant des biographies, et d'étendre ces mêmes réflexions aux divers sujets que nous traitons dans notre Dictionnaire : « En mentionnant les secours que nous avons reçus , nous n'avons pas prétendu mettre notre volume à l'abri de la critique. Les erreurs sont à peu près inévitables dans ces sortes d'ouvrages; si l'on rencontre souvent tant de difficultés pour obtenir des renseignements exacts sur la vie des hommes avec lesquels on a été lié, quel ne doit pas être l'embarras de celui qui, devant suivre pas à pas, depuis leur naissance jusqu'à leur mort, des personnages qu'il ne peut connaître que par des témoignages ordinairement contradictoires, et d'une autorité à peu près égale, se voit réduit à s'appliquer sans cesse le vers du poëte :•
Devine si tu peux, et choisis si tu l'oses.
« Il n'y a, ce nous semble, dans ce cas, que les erreurs graves et les fautes capitales qui doivent être imputées à l'écrivain. Quand un article reproduit avec fidélité la vie d'un personnage, son caractère, sa physionomie propre, ne serait-ce pas se montrer trop sévère que de faire un crime à l'auteur de quelque légère inexactitude qui ne porte que sur une circonstance à peu près indifierente? On