LAIRE
PROTO-CANONIQUE (Protocanonicus), mot dérivé du grec, et qui signilie premier et canonique, et se dit des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament qui ont toujours fait partie du canon ou recueil des livres sacrés. ( Voy. Deutéro-canonique.) Or les proto-canoniques de t Ancien Testament sont ceux que la synagogue ellemême a admis dans son canon, tels que les cinq livres de Moïse, Josué, les Juges, Ruth, les deux de Samuel, les deux des Rois, les deux des Paralipomènes, le premier et le deuxième d'Esdras ou de Néhémie, les neuf premiers chapitres d'Esther et les trois premiers versets du x« chapitre, Job, les Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, Isaïe, Jërémie, Ézéchiel, les douze premiers chapitres de Daniel et les douze petits Prophètes. Les proto-canoniques du Nouveau Testament sont tous les livres contenus dans nos Bibles; il n'y a de deutéro-canoniquei que le dernier chapitre de saint Marc, depuis le verset 9 jusqu'à la lin; les *ersets43 et 41 du chap. xxn de saint Luc; les versets 2-12 du chap. vm de l'Évangile de saint Jean ; l'Euitre de saint Paul aux Hébreux; celle de saint Jacques; la deuxième de saint Pierre; la deuxième et la troisième de saint Jean; celle de saint Jude, enlln l'Apocalypse. Compar. Canon, n» VI, Prophètes, n« V.
PR0T0CTISTES(Profoc/i>te), mot dérivé du grec avant et crée. Ce sont des hérétiques origénistes,qui soutenaient que les âmes avaient été créées avant le corps. Vers le milieu du vi* siècle, après la mort du moine Nonus, chef des origénistes, ils se divisèrent en deux branches, l'une des protoctistes, l'autre des isochristes.Les protoctistes furent aussi nommés ièlradites.
PROTOGÈNE (Saint), évéque de Carrhes, en Mésopotamie, fut relégué à Antinous avec saint Euloge, évéque d'Édesse, par l'empereur Valens, prince arien. Voy. Euloge, n» L
PROTOMARTYR , mot grec qui signifie premier témoin. C'est le titre qu'on a donné à saint Étienne, parce qu'il est le premier. qui ait souffert la mort pour Jésus-Christ et pour l'Evangile. Quelques auteurs ont aussi donné ce nom a Abel; mais improprement, ce nous semble, car, quoique le iils d'Adam soit moit innocent, l'Ecriture ne dit pas qu'il a souffert pour la religion. Parmi les femmes chrétiennes, le même titre est donné à sainte Thècle, car le Ménologe la mentionne en ces termes : Sanctœ protomartyris et paris apostotis Thectœ. Voy. Bergier, Diction, de théol. D. Macri Hicrolcxtcon.
L PROTONOTAIRE (Protonotarius)t officier de l'Église chrétienne de Constantinople qui écrit les lettres et qui envoie les otdres du patriarche de Constantinople aux autres patriarches, archevêques et évéques qui reconnaissent son autorité. Voy. D. Macri Hierolexicon.
II. PROTONOTAIRE APOSTOLIQUE (Pontificius notarius), ofticier de cour de Rome qui a un degré de prééminence sur les autres notaires. Il y a un collège de douze protonotaires qu'on appelle participants , parce qu'ils parlici-
Iient aux droits des expéditions de la cliancelerie. Ils portent le violet, sont mis au rang des prélats, et précèdent tous les prélats non con-
~ à expédier dans les
grandes causes les actes que les simples notaires apostoliques expédient dans les petites, comme les procès-verbaux de prise de possession du Pape. Ils assistent à quelques consistoires et à la canonisation des saints. Ils peuvent créer des docteurs et des notaires apostoliques pour exercer hors de la ville. Voy. Jean -Baptiste Sachetto, Traité sur tes privilèges des protonotuires apostoliques. Baronius, Annal., ad ann. 44, n. 19; ad ann. 98, n. 3; ad ann. 238, n.2; ad ann. 508, n. 16; et in notis Martyroi., c. I. D. Macri Hierolexicon, ad voc. Protono- TARius. L'abbé André, qui, dans son Cours alphabet, de droit canon, continue l'historique des protonotaires apostoliques jusqu'à nos jours; il rapporte le bref de Pie IX, en date du 9 février 18o3, lequel restreint leurs privilèges. Le Dietion. de lu tkéol. cnthol.
PROTOPASCHITES ( Protopaschitœ), hérétiques du ter siècle qui faisaient la Pàque comme les Juifs, le 14 de la lune de mars, par consé-
[ quent avant les chrétiens orthodoxes, qui ne la faisaient que le dimanche suivant, et ne man-
I geaient, comme eux, que des azymes. On les
I nommait aussi Sabbathtens, d'un certain Sabbathius, juif, qui fut auteur de cette secte. Baronius dit que les Protopaschiies sont les mêmes
I que les Novatiens. Voy. Baronius, Annal., ad ann. 413, n. 28. D. Macri Hierolexicon. Bergier, Diction, de théol.
PR0T0PLASTE, terme grec quisignitie premier formé; c'est un surnom que l'Église donne à Adam, le premier homme. Saint Augustin l'a aussi appliqué a Éve; car on ne saurait, ce nous semble, expliquer autrement sa phrase lorsque, parlant de la sainte Vierge, il dit: Per cujus partum mututur natura protoplastorum, deletur cu/pa (Serin. XVIII). Cependant D. Magri l'entend des successeurs ou descendants d Adam : Pro Adami successoribus aliquando usurpatur, et il cite pour exemple cette même phrase de saint Augustin.
PROTOPOPE. C'est, dans l'Église russo-grecque, un membre de la hiérarchie intermédiaire entre le simple prêtre et l'évéque,dont la situation et les attributions sont analogues, quant au fond, à celles des archiprètres dans les cathédrales et aux doyens ruraux des campagnes chez les catholiques. Il y a dans chaque cathédrale un protopope, comme il y en a un dans d'autres églises considérables de certaines grandes villes où il y a plusieurs popes. Les protopopessQnl les plus' influents des fonctionnaires inférieurs de l'evéque,et forment le degré le plus élevé qui puisse être occupé par un ecclésiastique séculier; car l'épiscopat et les hautes dignités de l'Église ne peuvent être occupés que par des prêtres non mariés ou séparés de leurs femmes par la mort, par un renoncement volontaire, ou appartenant à un Ordre religieux. Voy. le Diction, de la théol. cathol.
PROTOSTNCELLE (Protosyncellus, patrinrchœ vicarius), chef des syncelles ou de ceux qui
patriarche dans la grande église de nople. Voy. D. Macri Hierolexicon.
PR0T0THR0NE. C'était, dans l'Église grecque, le premier évéque d'une province ecclésiastique ou celui qui tenait la première place après le patriarche ou après le métropolitain. Ces sortes de distinctions avaient été introduites pour rétablir un ordre constant dans la disci-
Sline, et atin que l'on pùt savoir, dans le cas e la vacance du siège patriarcal ou métropo-
PROV
PROV
litain, auquel des évéques la juridiction était dévolue. Yoi/. Bergier, Diction, de théol.
PROU ou PROUST (Claude), religieux célestin, né à Orléans, mort au monastère de Verdelays en 1722, a laissé : 1« Regrets d'une âme touchée d'avoir abusé longtemps de la sainteté du Pater; Orléans, 1691, in-12; — 2° Vie de saint Lié ou hué (Lattus), solitaire de Beauce; ibid., 1694, in-é*j — 3° Réflexions chrétiennes sur la virginité; ibid., 1693, in-8°; réimprimées sous ce titre : Réflexions importantes sur la virginité; 1700; — 4° Le Guide aes pèlerins de Veraelays; Bordeaux, 1700; — 6* Dispositions nécessaires pmtr gagner le jubilé de tannée sainte; ibid., 1700; — 6° Instructions morales touchant t obligation de sanctifier les dimanches et les fêtes; ibid., 1703, in-8«. Voy. YHistoria congreg. Celestinorum m Gai t., p. 242, et Feller, qui dit e c'est à tort que l'auteur de cette Histoire la congrégation des Célestins le nomme Proust.
PROUSTEAU (Guillaume), jurisc, né à Tours en 1626, mort l'an 1715, professa le droit a Orléans, où il devint non moins célèbre par sa science que par sa charité à l'égard des pauvres. Il a laissé divers ouvrages, entre autres : i« De Pœnitentia; Orléans, 1680, in-4*; — 2« plusieurs Institutes du droit canon. Voy., dans le catalog. de la bibliothèque qu'il légua aux bénédict.. Eloges de M. Prousteau. Moréri, édit. de 1759.
PROVENCE (Provincia), province méridionale de France que Charles VIII réunit à la couronne en 1487 ; mais comme cette réunion n'avait pas encore eu lieu i l'époque de la Pragmatique, à laquelle se rapportent les dispositions du concordat, les papes prétendaient avec raison
E'elle devait rester pays d'obédience , c'est-à- « dans la même soumission où elle était sous les comtes de Provence envers le Saint-Siège apostolique. En conséquence, l'an 1516, François I*r reçut de Léon X un induit pour la nomination aux évéchés et autres bénéfices consistoriaux de Provence. Cet induit contenait une clause particulière sur l'obligation de nommer, dans I espace de six mois, a die vacationis. La Provence étant soumise à la légation d'Avignon, les collât cm s de ce pays eussent été entièrement privés de l'exercice de leurs droits de collation, si, pouvant être prévenus par le vice-légat , on ne les eût déchargés de la règle de mens i bus et alternative. L'expectative des gradués n'avait pas lieu en Provence. Voy. les Mém. du clergé, tom. XI, p. 1677 et suiv. Richard et Giraud.
PROVERBE. Ce mot, dans l'Ecriture, a un certain nombre d'acceptions différentes ; ainsi il signifie : 1* sentence commune et populaire, et même chanson (Nombr., XXI, 27); 2* railleries, dérision (Deutér., xxvm, 27); 3» énigme, sentence obscure (Ecclésiastique, xxix, 3); 4» parabole, discoursjiguré (Jean , X. 6).
PROVERBES (LIVRE DES). C'est un des livres de l'Ancien Testament, qui est intitulé en hébreu Mischlé Schelômô, et en grec Paroimiai Soiomôntos, c'est-à-dire les Similitudes, les Paraboles, les Proverbes ou Sentences, Maximes de Salomon; titre nui convient d'autant mieux que le sujet général du livre consiste, en effet, en des leçons courtes et instructives, écrites d'un style concis et sentencieux. Il se compose de 31 chapitres, dont les 29 premiers ont toujours été attribués à Salomon. D'abord ils lui sont attribués par le livre lui-même (1. 4 ; 1,1; xxv, 1). En second lieu, il n'y a rien dans ces 29 chapitres qui ne convienne à Salomon, dont
la sagesse est passée en proverbe , et qui était très-exercé dans ce genre, puisque l'auteur du in* livre des Rois(iv, 32), nous apprend que ce prince composa 3000 paraboles. EnGn la constante uniformité du style qu'on y remarque vient à l'appui du sentiment généra). Ainsi il ne peut y avoir de doute que pour les 2 derniers chapitres, à cause des inscriptions qui semblent attribuer le 29* à Agur. fils de Jaké, et le 31e au roi Lamuel. Encore la plupart des critiques conviennent-ils que ce Lamuel, dont le nom en hébreu signifie qui est à Dieu, qui a Dieu avec lui, consacré à Dieu ou consacré de Dieu, n'est autre que Salomon lui-même. Quant aux mots Agur et Jaké, le plus grand nombre des Pères et des auteurs catholiques pensent que ce sont des noms appellatifs , dont le premier signifiant qui assemble (congregans), convient d autant mieux i Salomon que , dans le titre de l'Ecclésiaste , il s'appelle lui-même Qôhéleth ou Ecclésiasle , c'est-à-dire le maître de l'assemblée ou celui qui y préside et qui harangue; et, le second, qui répand les vérités (vomens), désigne David, qui a été rempli de l'Esprit de Dieu et a répandu de sa bouche un rand nombre de cantiques sacrés. La plupart es nouveaux critiques qui contestent a Salomon ces deux derniers chapitres, se fondent sur le style, qui est différent de tous les chapitres précédents; mais nous soutenons, nous, que cette différence n'est pas assez considérable pour qu'en bonne critique on puisse les refuser à Salomon. Au reste, quelque opinion que l'on embrasse sur cette question , il parait indubitable que les Proverbes, tels que nous les avons, sont un recueil fait en divers temps et par différentes personnes. — Quant à la divinité du livre des Proverbes, Théodore de Mopsueste est le seul dans l'antiquité qui ait osé la nier, en prétendant que Salomon 1 avait composé, non en vertu du secours de ! Esprit-Saint, mais uniquement par une sagesse toute naturelle. Mais il ne l'a pas fait impunément, le v» concile général, II* de Constantinople, tenu en 553, l'a frappé d'anathème. Nous dirons en terminant que le livre des Proverl>es est un beau poème didactique dans lequel l'auteur a su présenter d'une manière admirable les préceptes de la morale sous une forme également facile à saisir et à retenir. C'est ce qu'ont reconnu les écrivains aussi habiles que nombreux qui l'ont commenté, et dont on trouve la liste dans J.-B. Glaire, Introduction, etc., tom. IV, p. 172 et suiv.
I. PROVIDENCE (Providentia), n'est autre chose que la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu, par rapport à la conservation et au gouvernement du monde et de toutes les créatures; c'est cette action perpétuelle de Dieu sur sa créature pour la conserver et la diriger à sa fin, selon 1 ordre marqué dans les décréta éternels. La foi, l'expérience, la raison nous apprennent qu'il y a une Providence, parce qu'il y a un premier être; un être infiniment bon et souverainement parfait qui veille à la conservation et à l'administration du monde qu'il a créé ; qui fait tout , ordonne , gouverne et arrange tout pour la fin marquée dans le secret de ses décrets éternels ; conduit toutes choses à leurs fins particulières et à la fin générale de l'univers, avec une sagesse souveraine et un succès infaillible. Rien de créé ne peut être indépendant, et il n'est pas moins impossible que le monde se conserve et >e régisse lui» même, qu'il a été impossible qu'il se donnât à lui-même l'existence. Il faut donc, dit saint
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Thomas, que tout ce qui est sorti des mains du Créateur soit renferme dans Tordre de sa Providence. On ne peut donc nier la Providence sans détruire la Divinité ; et les nations les plus barbares, qui ont reconnu l'existence d'un Dieu, ont rendu hommage i sa providence, en lui adressant des vœux et des prières, en réclamant son assistance dans les dangers, et en lui rendant grâce du succès de leurs entreprises. Voy. le Traité de Dieu et de ses attributs dans les théologiens. S. Thomas, 1», q. 22, a. 2, in corp. Le P. Touron , Traité de la Providence, p. 122 et suiv. Richard et Giraud. Bergier, Diction, de théol. VEncyclop. cathoi.
II. PROVIDENCE (FILLES DE LA), nom donné en France à différentes communautés de filles établies en plusieurs villes. La première maison fut fondée a Paris en 1(343, par M™* de Lumague, veuve de M. Polaillon. Les Filles de la Providence font deux ans d'épreuve, et, à l'âge de vingt ans, elles font des vœux simples de chasteté, d'obéissance, de stabilité dans la maison, et de servir le prochain selon leurs constitutions. La supérieure est triennale. Compar. Lumague.
PROVILLIACDM. Voy. Phulli, n» I. .
PROVINCE ECCLESIASTIQUE. On entend par cette expression une étendue de pays où se trouvent des évéchés soumis à un métropolitain qui exerce une surveillance et une juridiction sur ces évéchés , dont les évèques sont appelés ses suffragants. Voy. l'abbé André, Cours alphabét. de droit canon. Le Diction, de la théol. eut bol.
PROVINCES RHENANES. Sous la dénomination générale de provinces rhénanes, on comprend les États du roi de Wurtemberg, du grand duché de Bade , de l'électeur de Hesse, du grand duc de Hesse, et du duc de Nassau. Il ne faut pas confondre ces provinces avec la province rhénane des États prussiens, dont font partie Cologne , Trêves , Coblentx , etc. Les affaires ecclésiastiques des provinces rhénanes ont été organisées par Pie VII, en vertu de la bulle Provida solersque, du 16 août 1821 , après s'être préalablement concerté avec leurs gouvernements respectifs. Voy. l'abbé André, qui rapporte la bulle Provida solersque.
PROVINCIAL , nom donné au supérieur d'une province de religieux. Vers le XHI» siècle environ, les Ordres religieux commencèrent à se diviser en provinces, auxquelles ils donnèrent pour titre ou le nom d'un saint qu'ils prirent pour patron , ou celui de la province séculière ou même ecclésiastique; do là vient le nom de provincial ou de supérieur, établi au-dessus des supérieurs particuliers des monastères qui forment une de ces provinces. Le provincial a plus ou moins d'autorité, selon les dispositions particulières des statuts et des règlements de c haque Ordre.
PROVINCIALES (LES) ou LETTRES PRO- VINCIALES. La haine et l'acharnement même dont certains hommes poursuivent sans relâche une illustre société religieuse qui n'a d'antre tort réel à leurs yeux que d'avoir rendu, et de rendre encore tous les jours à la religion les services les plus signalés, cette haine et cet acharnement, disons-nous, nous font un devoir de consacrer un article aux Provinciales, puisque ces mêmes hommes s'en font un titre pour justifier leurs mauvais sentiments particuliers, et défendre des doctrines erronées. Lorsque les solitaires de Port-Royal étaient dans l'ardeur de leurs disputes avec les jésuites, et qu'ils cherchaient par toutes les voies à rendre ces Pères
odieux, Pascal fit plus aux yeux des Français, il les tourna en ridicule. Ses dix-huit Lettres
f provinciales parurent tontes in -4*, Tune après 'autre, depuis le mois de janvier 1666 jusqu'au mois de mars de l'année suivante. Elles offrent un mélange de plaisanterie fine et de satire violente. Amauld et Nicole fournirent tous les matériaux , parce que Pascal n'était pas assez théologien pour composer un ouvrage de cette nature ; ils revirent même les Provinciales avant leur apparition. Pascal ne fit donc que prêter sa plume élégante et habile; et, malgré toute la sévérité de sa morale janséniste, il se prêta de très- bonne grâce à couvrir des charmes et des agréments de son style un tissu de calomnies et d'injures , pour complaire à ses deux savants amis. Cette œuvre inique eut le sort qu'elle méritait; l'autorité ecclésiastique et la puissance civile la fondroyèrent d'un commun accord. Le Pape, le conseil d'État, des parlements même et des évèques la condamnèrent comme un libelle diffamatoire. Le parlement d'Aix, en particulier, fit brûler les Provinciales par le bourreau, le 9 février 1657 ; mais il semble que tous ces anathèmes ne servirent qu'à les répandre , à augmenter leur succès. Cependant l'admiration ne fut pas absolument universelle : t Vous semble-t-il , dit Racine , que les lettres provinciales soient autre chose que des comédies? L'auteur a choisi ses personnages dans les couvents et dans la Sorbonne. Il introduit sur la scène tantôt des jacobins, et tantôt des docteurs , et toujours des jésuites. Le monde en a ri pendant quelque temps, et le plus austère janséniste aurait cru trahir la vérité , que de n'en pas rire. » A ce jugement de Racine joignons celui de Voltaire : « Il est vrai, dit-il , que tout le livre porte à faux. On attribuait adroitement à toute la société des opinions extravagantes de quelques jésuites espagnols et flamands. On les aurait déterrées aussi bien chez les casuistes dominicains et franciscains; mais c'était aux seuls jésuites qu'on en voulait. On tâchait , dans ces Lettres, de prouver qu'ils avaient un dessein formé de corrompre les hommes ; dessein qu'aucune société n'a jamais eu, et ne peut avoir. > Dans un autre endroit. Voltaire va jusqu'à ravir à Pascal le mérite du style des Provinciales tant prôné , et prouve, dans une lettre au P. de la Tour, que si Pascal a écrit avec beaucoup de sel et d agrément, il n'a pas écrit avec toute la pureté que l'on peut exiger; il fait de ces Lettres avec les écrits de quelques hommes célèbres un parallèle qui n'est pas du tout à l'avantage de Pascal. M. l'abbé Maynardest parfaitement de l'avis de Voltaire sur ce point, et il justifie pleinement son opinion dans les notes de sa Béfutation des Provinciales. M. Rigoley de Juvigny n'en parle pas plus favorablement : ■ Si ces Lettres, dit-il, ont fait dans le temps la plus grande sensation, c'est qu'elles attaquaient une compagnie puissante alors dans l'Église, dans l'État et dans les lettres. On les répandit dans toute l'Europe. La manière agréable dont elles sont écrites, assaisonnée surtout de ce sel dont se nourrit volontiers la malignité, les fit lire et rechercher, malgré la sécheresse et le sérieux des matières qu'on y traite. » On peut donc dire en toute assurance avec M. l'abbé Maynard : c Nous voyons maintenant où Pascal voulut en venir. U nous a livré le mot d'ordre de sa secte : Guerre aux jésuites 1 Oui , la haine des jésuites est le principe et le fond des Provinciales , comme elle le fut en grande partie du jansénisme et du vrai Port-Royal , du Port-Royal historique. » Voy. la
PROV
PRUt)
Lettre de M. Racine, ou répliqué aux Réponses de MM. Dubois et Barbier d'Aucour, dans l'At/réoéde t Histoire de Port-Royal ; Cologne, 1770, p. 73. Voltaire, Siècle de Louis XIV, et Lettre au P. de la Tour; 1767, in-89. Rigoley de Juvignv, De la Décadence des lettres et des mœurs. relier, art. Pascal. L'abbé Maynard, Les Provinciales, ou les Lettres écrites par Louis de Montalte (pseudonyme de Pascal) à un provincial de ses omis et aux révérends Pérès jésuites; publiées sur la dernière édition , revue par Pascal , avec les variantes des éditions précédentes, ET leur Réfutation, consistant en introductions et nombreuses notes historiettes, littéraires, philosophiques et théologiques; Paris, 1851 , 2 vol. in-8*-, ouvrage sans contredit le meilleur que nous ayons sur les Prtjvincinies : c'est une Récitation sans réplique possible. Labbé Maynard avait publié Tannée précédente : Pascal, sa vie et son caractère, ses écrits et son génie. On peut voir ce que nous en avons dit a l'article Pascal , n- VII.
PROVINS (Provinum), ville de France située en Brie, et où, l'an 1251, on tint un concile sur l'excommunication. Voy. D. Martenne, Collect. VIL
PROVISION, en matière bénéficiai, est le titre qu'accorde le supérieur légitime a un ecclésiastique capable , en vertu duquel il possède un bénéfice; et, sans ce titre, il ne peut en aucun cas obtenir légitimement de bénéfice. Les
{ provisions sont accordées ou par le Pape et ses égats, ou par les collateurs ordinaires , ou sur une simple démission , ou sur une résignation in favorem, ou pour canse de permutation , ou •n titre, ou en commende. On appelle provision en titre, lorsque le bénéfice est conféré à un sujet qui par son état est capable d'en être poorva, suivant la rè^le : Regularia regtUaribus, secularia secularibus.Là provision en commende est donnée par dispense de la règle qui affecte les bénéfices réguliers aux religieux, et les titres séculiers aux ecclésiastiques séculiers. Le Pape pourvoit aux bénéfices en forme gracieuse, in forma gratiosa, et en forme commtssoire ( tu forma diynum). La provision en forme gracieuse est celle par laquelle le Pape instruit de la qualité de l'impétrant, lui confère le bénéfice par son autorite propre {propria auloritate). La provision en fbrme commasotre est celle par laquelle le Pape commet les ordinaires, pour conférer le bénéfice par autorité apostolique ( autoritate apostolica), après qu'ils ont examiné et trouvé capables les impétrants. La provision en forme commissoire ne donne aucun titre au pourvu avant la collation de l'ordinaire: de là il ne peut ni prendre possession du bénéfice dont if a été pourvu , ni le résigner à un autre. Il y a une provision libre, une provision forcée, et une provision colorée. La première est celle qui dépend de la seule volonté du collateur; la seconde est celle que le collateur ne peut refuser, et la troisième est celle qui n'a que la couleur et l'apparence d'un titre légitime , quoiqu'il y au des nullités et des défauts couverts par une possession paisible de trois ans, pourvu qu'elle n ait point été prise et retenue par force mi par violence. En France, les provisions que las ecclésiastiques nommés aux êvéchés reçoivent de Rome consistent en six bulles. La première, qui est la principale, est la bulle des provisions; la seconde est une commission pour consacrer le pourvu; on l'appelle munus conseerationis; la troisième oblige le pourvu de se porter ches le nonce ou chec un autre déy renouveler sa profession de foi , de
quoi il dresse procès-verbal ; la quatrième n'est qu'une recommandation que le Pape fait au souverain pour qu'il assiste le nouvel évèque de sa protection ; ta cinquième est adressée au métropolitain si la provision est d'un évôché, et aux suffragants si elle est d'une métropole ; la sixième est adressée au chapitre , au clergé et au peuple du diocèse. Ko»/. Richard et Giraud. Le Diction, ecclés. et canon, portatif. Le Diction, de la théol. cathol. L'Abbé André, Cours alphaM. de droit canon.
PROYART (Liévin-Bonaventure), né vers 1743 à Arras, où il est mort l'an 1808. acheva ses études théologiques au séminaire de Saint- Louis de Paris. Il se consacra à l'éducation de la jeunesse. Appelé au collège Louis-le- Grand quelque temps après l'expulsion des jésuites, il s'efforça do maintenir dans cet établissement l'esprit religieux qui y régnait sous les illustres maîtres que la persécution arrachait a l'enseignement. De Louis-le-Grand, où il était sous-principal , l'abbé Proyart passa au Puy-en-Velay en qualité de principal du collège, et fut chargé d'organiser cet établissement. Il venait d'être nommé chanoine d'Arras lorsque la révolution éclata. Il se réunit alors au petit nombre d'écrivains qui restèrent fidèles aux saines doctrines. Force de s'expatrier, il ne rentra en France qu'après In signature du concordat. Il a laissé un certain nombre d'ouvrages qui tous témoignent de beaux sentiments; nous citerons seulement : 1* L'Écolier vertueux, ou Vie édifiante de Déralogne, écolier de l'université de Paris; Paris, 1772, in-18 ; ce livre, très-propre à inspirer le goût de la piété et de la vertu, a eu plus de trente éditions; — 2" L> Modèle des jeunes gens, ou Vie de Claude Pelletierde Sotwny,* ouvrage qui a eu aussi le plus grand succès; — 3* une édition de VHist. abrégée de t Eglise, par Lhomond, continuée jusqu'à Pie Vil; Lyon, 1806, in-12. Les Œuvre» complète* de l'abbé Proyart ont été publiées, Paris, 1819, 17 vol. in-8* , et 17 vol. in-12. Voy. Feller. Mirliaud. La Nour. Riogr. génér.
I. PRUDENCE, première des vertus cardinales, qui enseigne ce qu'il faut faire ou ce
u'il faut éviter en toutes choses. La prudence dirige les autres vertus; elle les retient dans leur ordre et leurs limites, les empêche de s'émanciper, et les conduit a leur fin par des moyens légitimes. Ses actes ou ses fonctions sont de bien consulter, de bien juger, et de bien commander ou procurer l'exécution. La rudence se divise en personnelle , qui regarde e bien propre de la personne qui agit; et en politique, qui regarde le bien des autres et le gouvernement. Lrune comme l'autre est naturelle ou surnaturelle , générale ou particulière, parfaite on imparfaite. Les vices opposés à la
Prudence sont , d'une part , la précipitation , inconstance, fa légèreté, la négligence; et de l'autre, le dol, la fraude, les ruses, les artifice, la trop grande sollicitude, etc. Ces défauts sont mortels, ou véniels, selon que la matière est grave ou légère. Ko»/. Mr. th., x, 16. Luc, xvi, 8. Romains, vm, 7. I Corinth., 1, 19. Collet, Moral., tom. I. Richard et Giraud. Bergier, Diction, de /M»/. Le Diction, de la théol. cathol.
II. PRUDENCE (Saint), surnommé le Jeune, évéque de Troyes, né en Espagne, mort le 6 avril 861 , se nommait Galindo; mais il prit le nom de Prudence, sous lequel il est plus connu. Il passa plusieurs années a la cour, mais il s'en dégoûta bientôt , et il succéda à Adalbert, évéque de Troyes, mort en 847; deux ans après, Pru-
ax conciles assemblés à Paris et