‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 119 sur 494 · MALCONTENT, MECONTENT · texte numérisé non relu

MALCONTENT, MECONTENT

Tous deux signifient cjui n'est pas satisfait ; mais avec quelques différences qu'il est essentiel d'observer.

11 me semble que l'on est malcontent quand on n'est pas

lui MAL PARLER.

aussi satisfait que l'on avoit droit de l'attendre; et que l'on

est mécontent) quand on n'a reçu aucune satisfaction.

De là vient que ntatcontent , ainsi que l'observe l'Académie dans son dictionnaire, se dit plus particulièrement du supérieur à l'égard de 1 inféi'ieur , parce que l'inférieur est censé du moins avoir fait quelque chose pour la satisfaction du sïipérieur : au contraire , mécontent se dira plutôt de l'inférieur à l'égard du supérieur , par une raison contraire. Ainsi, un prince peut être malconlent des services de quelqu'un de ses sujets ; un pèi-e , de l'application de son fiis ; un maître , des progrès de son élève ; un citojen , du travail d'un ouviner , etc. Un sujet, au contraire, peut être mécontent des passe-droits que lui fait le prince ; un fils , de la prédilection trop marquée de son père pour un autre de ses enfants ; un élève , de la négligence ou de l'impéritie de son maitre ; un ouvrier, du salaire que l'on a donné à son travail.

Malcontent et mécontent ayant un sens pr.ssif , il faut appliquer dans des sens contraires les verbes contenter mal et mécontenter, qui ont le sens actif. Aiosi , les' inférieurs contentent mal les supérieurs, et les supérieurs meco«£e/jten; les inférieurs.

Malconlent exige toujours un compléin^'ut avec la préposition de; et ce complément exprime ce qui auroit dû donner une entière satisfaction. Mécontent peut s'employer d'une manière absolue et sans complément.

De là vient qu'il se prend quelquefois substantivement , et dans cette acception il ne se dit qu'au pluriel. Mais malcontent ne peut jamais se prc^ndre sulostauti vcment , quoique le P. Bouhours ait écrit : ic C'est la coutume des malconîents de se plaindre. » C'est dans cet écrivain une véritable faute , qui vient de ce qu'on n avoit pas. encore, d'e son temps, démêlé les justes différences des. deux termes dont il s'agit; comme on peut le voir par ce qu'il en dit lui-même , t. I de ses Remarques sur la langue française. (B.)

75o. MAL PARLER , PARLER MAL.

M. Beauzée pense que ces deux expressions ne sont pas synonymes. Mal parler tombe , selon lui , sur les choses -que l'on dit; et parler mal, sur la manière de les dire : le premier esT contre la morale , et le second contre la grammaire.

MALRKUR. io3

(( C'est ma/ parler cjuj de dire des choses ofFensiîites , surtout à ceux à qui l'on doit du respect ; de tenir des propos ineonsidérés, déplacés, qui peuvent nuire à celui qui les tient ou à ceux dont on parle. C'est parler mal que d'emplojcr des expressions hors d'usage; d'user de termes équivoques ; de construire d une manière embarrassée ou à contre-sens ; d'affecter des figures gigantesques en parlant de choses communes ou médiocres; de choquer la quantité en faisant longues les sjllabes qui doivent être brèves, ou brèves les sjllabes qui doivent être longues.

« Il ne faut ni mal parler des absents , ni parler mal devant les savants , etc. »

Pour moi , je ne vois dans ces deux manières de parler qu'une différence de construction sans aucune différence de sens; et je dirois également, il ne faut ni mat parler devant les savants , ni parler mal des absents. Il en est de mal comme de bien : or, on a dit 1 art de bien parler, comme l'art de bien penser, dans un sens grammatical. Mat se met également devant ou après mille autres verbes avec la même signification : vous direz mat enfourner, ou enfourner mal une affaire. (H.)

<^5ï. îîALHErR, ACCIDEST, DÉSASTRE.

Tous ces mots annoncent et désignent un îàcheux événement. Mais malheur s'applique particulièrement aux événements de fortune et de choses étrangères à la personne. L'accident regarde proprement ce qui arrive dans la personne même. Le désastre dit quelque chose de plus général.

C'est un malheur de perdre son argent ou son ami ; c'est un accf^enf de tomber ou d'être blessé ; c'est un désastre de se voir tout à coup ruiné et déshonoré dans le monde.

On dit un grand malheur, un cruel acciuent, et un désastre affreux. (G.)

rS?.. MALHEUREUX, MISERABLE,

Le P. Bouhours observe que l'on dit indifféremmenf une vie malheureuse, une vie misérable; et que, pour dire d'un homme que c'est un méchant homme , on dit indifféremment, c'eM un malheureux, c'est un misérable. Ce n'est pas que csi

io4 MALHEUREUX,

deux mots aient une signification identique , et soient parfaitement synonymes : c'est qu'ils expriment tous deux , quoique sous des aspects différents , une idée qui leur est commune , et la seule à laquelle on fasse attention dans les exemples proposés ; c'est l'idée d'une situation fâcheuse et affligeante.

Mais malheureux présente directement cette idéeîfondamentale; et misérable n'exprime directement que la commisération qui la suppose , comme l'effet suppose la cause.

On peut être malheureux par quelques accidents imprévus et fâcheux , sans être réduit pour cela à un état digne de compassion : mais celui qui est misérable, est réellement réduit à cet état ; il est excessivement malheureux.

Malheureux est donc moins énergique que misérable ; et i\ peut y avoir des cas où , pour parler avec justesse, il ne seroit pas indifférent de dire une vie malheureuse , ou une vie misérable.

Uljsse errant sur toutes les mers, exposé à toutes sortes de périls, essuyant toutes sortes d'aventures fâcheuses, cherchant sans cesse sa chèi-e Ithaque qui sembloit le fuir, menoit alors une vie malheureuse.

Philoctète , abandonné par les Grecs dans l'ile de Lemnos, en proie à la douleur la plus aiguë et aux horreurs de l'indigence et de la solitude , y mena pendant plusieurs années une vie misérable.

On est malheureux au jeu, on n'y est pas misérable : maison peut devenir misérable a force d'y être malheureux.

On plaint proprement les malheureux , et c'est tout ce qu'exige l'humanité ; mais on doit assister les misérables , ou avoir du moins pitié de leur sort.

Voici deux vers de Racine , où ces deux mots sont employés avec les différences que je viens d'assigner :

Haï, craint, envié, souvent plus misérable

Que tous les malheureux que mon pouvoir accable.

Quelquefois ces mots sont employés, non pas pour caractériser simplement une situation fâcheuse et affligeante, mais pour indiquer que l'être auquel on les applique est digne de cette situation : et c'est dans ce second sens que l'on dit d'un méchant, d'un fourbe, d'un homme sans moeurs, sans pu-

MALICE. ioô

deuv, sans aucune élévation d'âme, que c'est un ma/Aeareaj: ou un misérable , parce qu'en effet il mérite de l'être. Celte seconde acception , qui n'est qu'une extension de la première , ne change rien aux différences qui naissent des idées accessoires que l'on y a déjà distinguées , et dont le choix dépend des besoins de l'énei'gie.

Mais comme il 7 a des choses qui doivent exciter la pitié sans être soumises aux événements fortuits qui font les malheujreux , il y a bien des cas où il seroit ridicule d'employer cet adjectif, quoique l'on puisse très-bien employer celui de misérable; il marque alors cette pitié dédaigneuse et méprisante qui est la juste récompense des prétentions outrées ou chiméi-iques, mais que l'on a quelquefois l'injustice d'affecter pour des choses très-estimables, parce qu'on n'a pas assez de lumières ou assez d'équité pour les apprécier.

C'est ainsi que l'on dit d'un écrivain dont on ne fait point de cas , que c'est un auteur misérable, un misérable poète , un misérable historien , .un misérable grammairien ; et de ses écrits, que ce sont de mi5éra6/ej rapsodies , un poème misérable, un misérable commentaire, etc.

Quand de pareilles imjiutations sont fondées, appuyées sur des raisons solides et avouées par le goût , elles sont de mise ; mnis si elles sont dictées par la passion ou surprises à l'igno-' rance, elles sont elles-mêmes des propos misérables et dienes' du mépris qu'elles veulent prodiguer. (B.)

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