‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 121 sur 494 · MALIN, MALICIEUX, MAUVAIS, MÉCHANT · texte numérisé non relu

MALIN, MALICIEUX, MAUVAIS, MÉCHANT

Le malin l'est de sang froid ; il est rusé ; quand il nuit , c'est un tour qu'il joue : pour s'en défendre , il faut s'en défier. Le mauvais l'est par emportement , il est violent ; quand il nuit , il satisfait sa passion ; pour n'en rien craindre, il ne faut pas l'offenser. Le méc/»anr l'est par tempérament; il est dangereux; quand il nuit, il suit son inclination : pour en être à couvert, le meilleur est de le fuir. Le malicieux l'est par caprice; il est obstiné ; s'il nuit, c'est de rage : pour l'apaiser, il faut lui céder.

L'amour est un dieu malin qui se moque de ceux qui l'adorent. Le poltron fait le mauvais quand il ne voit plus d'ennemis. Les hommes sont quelquefois plus méchants que les femmes; mais les femmes sont toujours plus malicieuses que, les hommes. (G.)

Si le malicieux nuit de rage , il ne l'est donc point par caprice ; car la rage n'est point un caprice. Mais le malicieux ne Huit pas de rage. L'enfant qui médite une malice le fait souvent de sang ii'oid ; et la rage ne médite point.

Cicéron dit que la m-atice est une manière de nuire rusée et

fallacieuse, et qu'elle veut même qucl^^ucfbis passer pour prudence. Lepithete latine maliliosus est s,jnonjme de fin , ri'.sé , artificieux. Le propre de la mfr/ite est de cacher ses desseins et sa marche. Ainsi l'on dit un innocent fourra de malice : ainsi on dit la malice du péclit , pour désigner le venin caché qu'il renferme : ainsi l'on dit qu'on a fait une chose nuisihle sans malice, sans mauvaise intention.

« Le malin, dit encore i'ahbc Girard, l'est. de sang froid. »

N'est-ce pas le malicieux que l'auteur nous donne pour le wàlin? Il a été ti'ompé sans doute par l'abus qu'on fait de ce âernier mot, surtout en parlant des enfants. On appelle, et fort mal à propos , malin un enfant qui fait des malices assez ingénieuses ; et ses tours malins ne sont que des malices : il n'est donc que malicieux. Absolument parlant, un enfant peut être maltn dans le sens propre du mot , mais il ne l'est que comme un enfant.

L'abbé Girard poursuit ainsi : «■ Le mauvais l'est par emportement. »

Nediroit-on pas que l'emportement fait le mauvais? cependant on peut être mauvais, sans être proprement emporté, quoique la dureté, la brutalité, la violence du caractère, contribuent à rendre mauvais : il y a même des gens emportés qui sont très-bons. En général , une chose est mauvaise quand elle a quelque vice ou quelque défaut essentiel , ou qu'elle n'a pas les qualités relatives à l'usage qu'on en fait, à l'idée qu'on en a, au service qu'on en attend. C'est ainsi que du pain est mauvais, qu'une action est mauvaise, que l'air est mauvais.

Le méchant est animé de la haine du bien , de ses semblables ,de ce qu il doit aimer, de ce qu'il doit faire. Il est possible qu'on naisse avec des dispositions prochaines pour le devenir; car il naît des monstres. Il n'est que trop facile de le devenir avec un caractère dur et féroce , avec une humeur atrabilaire, avec des passions aigries , avec l'ignorance et le jnépris de tous les principes , avec des habitudes licencieuses. Le méchant est mauvais quand il a l'occasion de faire du mal; mais de plus , il cherche les occasions d'en faire. (R.)

io8 MALTRAITER.

^55. maltraiteh , tîiaiter mal.

Traiter signifie agir avec quelqu'un de telle ou telle manière : d'où vient que maltraiter et traiter mat désignent également une manière d'agir qui ne saurx)it convenir à celui qui en est l'objet. Mais la différence des constructions en met une grande dans le sens.

Maltraiter signifie faire outrage à quelqu'un, soit de paroles , soit de coups de main. Traiter mal signifie faire faire mauvaise chère à quelqu'un , ou de n'en pas user avec lui à son gré.

Un homme violent et grossier maltraite ceux qui ont affaire à lui : un homme avare et mesquin traite mal ceux qu'il est forcé d'inviter à manger.

Il est bon d'observer que dans les temps composés du verbe traiter mal, le génie de notre langue exige que l'adverbe ma( passe avant le svipin ow-4e participe traité, ce qui semble le rapprocher du verbe maltraiter : mais alors la différence des sens que l'on vient d'indiquer doit toujours subsister, et elle se remarque jusques dans l'ortographe ; maltraité , en un seul mot, vient de maltraiter; mal traité, en deux mots, vient de traiter mat.

Tel qui a été mal traité au Jeu, n'avoit que cette ressource[ pour n'être pas maltraité à l'audience du grand contre qui il n joué. TB.)

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