METTRE, POSER, PLACER
Mettre a un sens plus général; poser et placer en ont un plus restreint : mais poser, c'est mettre avec justesse , dans le sen» et de la manière dont les choses doivent être mises:
i3a MIGNON.
placer j c'est les mettre avec ordre dans le rang et le lieu qui leur conviennent. Pour bien poser, il faut de l'adresse dans la main : pour bien placer , il faut du goût et de la science.
On mef des colonnes pour soutenir un édifice; on les pose sur des bases ; on les place avec sjmétrie. (G.)
^87. MIGNOX, MIGNARDj gentil, JOLI.
Mignon, disent les dictionnaires, sigitifie délicat, joli, gentil. Ce mot est formé de la racine gmi, mil, min, petit, fin, en celte, en grec, en irlandais, etc. La petitesse est donc l'idée primitive du mot; mais dans le petit, la finesSe a quelque chose de délicat; et si l'objet plaît, sa délicatesse est parée d'agréments. Aussi mignon est-il un terme de tendresse et de flatterie, et l'on appelle mignons, des favoris.; ce qui a répandu sur ce terme quelque chose d'odieux, fort propre a le faire négliger : tant le sort des mots dépend des mœurs !
Mignard, nous dit-on encore, doux, gracieux, délicat : il a la même origine que mignon. C'est un de ces mots , disoit Bouhours, dont notre langue s'est presque défaite, depuis qu'elle est devenue raisonnable.
De gen, qui marque la naissance , est venu gentil, lat. gentil is , qui a de la naissance , de la noblesse; d'où gentilhomme. Unairgfe/ifi/^une gre/ifi/Zc action, une gc/zft/Ze entreprise, étoient jadis un air grand, une action généreuse^ une entreprise noble.
Enfin joli a fait la plus grande fortune aux dépens de gentil et de ses autres sjnonymes , sans avoir par lui-même et dans sa signification naturelle un titre particulier pour mériter cette préférence. Il se met à tout , disoit Bouhours , et les femmes l'ont toujours à îa bouche ; elles ne trouvent rien qui ne soit pour elles ou enchanté, ou joli. On disoit particulièrement de jolies choses. Il j a de jolies choses que l'esprit ne cherche point , et que l'esprit trouve tout achevées en lui-même, dit l'illustre auteur des Réflexions morales.
Joli signifie aussi gai ,' enjoué, content. En général , le joli est dans le petit ce. que le beau est dans le grand ; et il en ^ arrive plutôt que l'on admire l'un , et qu'on aime l'autre. Comme il y a tant de choses jolies dans ce monde 1 de jolis enfaats, de yo/<ei femmes , de jolis esprits, de jolis garçons, de
MINUTIE. i33
jolis cliiens, de jolis vers, de jolies pièces, de jolis sujets, de jolis bijoux, de jolis habits, de jolies maisons, de jolies campâmes. (R.)
^788. »a.M;TIE, BABIOLE, BAGATELLE, GENTILLESSE, VÉTILLE, MIsiîRE.
Minutie désigne la qualité de fort peu de chose, de chose de peu de conséquence , de ce (fui n'est pas essentiel , qui ne fait rien au gros de l'affaire.
Babiole, hochet, joujou d'enfant, ce qui n'est pas digne d'un homme fait.
Bagatelle désigne une chose qui n'a point de valeur ou qui n'a que fort peu de prix.
Gentillesse désigne , dans ses différentes applications , des agréments légers, des traits fins, des ornements délicats, de jjlies choses, et spécialement de petits ouvrages délicatement travaillés et curieux par la façon. On achète des gentillesses k la foire.
Les vétilles sont de petites choses qui gênent, embarrassent, arrêtent.
Je ne sais pourquoi les vocabulistes négligent de remarquer l'acception de misère, pris pour une bagatelle, un rien , une chose méprisable , qui ne doit faire aucune sensation. On dit sans cesse qu'une chose n'est qu'une inishe, qu'il ne faut faire aucune attention à de petites misères.
Ainsi minutie désigne proprement la petitesse, le peu de conséquence d'une chose qu'on néglige , qu'on laisse de côté ; babiole^ la puérilité , le peu d'intérêt d une chose qui ne peut occuper, qui ne convient qu'à des enfants; bagatelle, le peu de valeur, la frivolité dune chose qu'on ne peut estimer, dont on ne sauroit faire grand cas : g^ntiltesse , la légèreté, le peu de solidité d'une chose qui n'a que le mérite de l'agrément : vétille, la futilité , le peu de foixe d'une chose dont on ne doit pas s'embarrasser : misère, la pauvreté, la nullité d'une chose qu'on compte pour rien , qui ne doit pas affecter, qu'on méprise (R.)
t>ict= des Sjrao>y«çs. II.