‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 159 sur 494 · NAÏF, NATUREL · texte numérisé non relu

NAÏF, NATUREL

Ce sont deux adjectifs également propres à qualifier le« pensées , les expressions qui tienixent à la nature du sujet que l'on traite.

Ce qui est naïf naît du sujet, et en sort sans effort; c'est l'opposé du réfléchi, et c'est le sentiment seul qui l'inspire aux bons esprits. Ce qui est naturel appartient au sujet , mais il n'éclôt que par la réflexion : il n'est opposé qu'au recherché, et c'est à la finesse de l'esprit qu'il est donntf d'en reconnoitre les bornes.

Tel que cette aimable rougeur qui , tout à coup , et sans le consentement de la volonté , trahit les mouvements secrets d'une âme ingénue , le naif échappe à un génie éclairé par un esprit juste et guidé par une sensibilité fine et délicate : mais il ne doit rien à l'art; il ne peut être ni commandé ni retenu. « On diroit qu'une pensée naturelle devroit venir à tout le monde, dit le P. Bouhours ; on l'avoit, ce semble, dans la tète avant de la lire ; elle paroît aisée à trouver , et ne coûte rien dès qu'on la rencontre; elle vient encore moins de l'esprit de celui qui pense , que de la chose dont on parle.

« Toute pensée naïve est naturelle ■ mais toute pensée naturelle n'est pas naïve. » (B.)

8o5. UNE NAÏVETÉ, LA NAÏVETÉ.

Ce qu'on appelle une naïveté est une pensée , un trait d'imagination , un sentiment qui nous échappe malgré nous, et qui peut quelquefois nous faire tort à nous-mêmes. C'est l'expression de la légèreté, de la vivacité, de l'ignorance, de l'imprudence , souvent de tout cela à la fois. Telle est !a réponse de la femme à son mari agonisant , qui lui désignoit un autre mari: «Prends un tel, il te convient, crois-moi.» Hélas! dit la femme , j'y songeois.

La naïveté consiste dans je ne sais quel air simple et ingénu,

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mais spirituel et raisonnable, tçl qu'est celui d'un villageois de bon sens, ou d'un enfant qui a de l'esprit; elle fait les charmes du discours. Tel est le ton de ce madrigal.

'Vous n'écrivefz que poiu" écrire , C'est pour vous un amusement ; Moi qui vous aime tendrement , Je n'écris que pour vous le dire.

Dans une naïveté , il n'y a ni réflexion , ni travail , ni étude; elle échappe comme elle se présente. Il y a de tout cela dans la naïveté; elle suppose qu'on a examiné, comparé , choisi ; mais le travail ne paroit pas.

Un^ naïveté ne convient qu'à un sot, qui parle sans être sûr de ce qu'il dit. La naïveté ne peut appartenir qu'aux grands génies , aux vrais talents , aux hommes supérieurs. (B.^

8oG. NAÏVETÉ, CANOEUIl-, INGÉNUITÉ.

La naïveté est l'expression la plus simple et la plus naturelle d'une idée dont le fond peut être fin et délicat ; et cette expression simple a tant de grâce et d'autant plus de mérite , qu'elle est le chef-d'œuvre de l'art dans ceux à qui elle n'est pas naturelle.

La candeur est le sentiment intérieur de la pureté de son âme , qui empêche de penser qu'où ait rien à dissimuler.

h'ingénuité peut être une suite de la sottise , quand elle n'est pas l'effet de l'inexpérience ; mais la naïveté n'est souvent que l'ignorance des choses de convention', faciles à apprendre, et bonnes à dédaigner; et la candeur est la première marque d'une belle âme. (Duclos. )Considér. sur les moeurs dece sicc/cjchap. xiij , édit. de ly5l^.)

80;;. MARUER, RACONTER, CONTER.

Narrer^ faire connoitre , exposer un (ait. Raconter ne veut pas dire conter de nouveau ; ce qu'on conte une seconde fois , ou lerecort^e; oxi raconte ce qu'on rapporte pour la première fois.

On narre avec étude ou avec art , pour attacher, intéresser, prévenir un auditoire, un tribunal, le public qui juge., On raconte arec cKactittide , pour rendre compte, expliquer les

fftits. On conce avec agrément, pour amuser, pour phiire , et récréer sa société.

La narration doit être claire, élégante, facile, concise. Le récit doit être simple, fidèle, circonstancié ,■ exempt de réticences et de détours. Le conte doit être familier, court, piquant et curieux. Le conte a ses règles comme la narration; c'est de même un genre d'ouvrage : le récit a ses lois plutôt que des règles ; il doit peindre les faits , comme la parole les pensées. (H.)

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