OBLIGER A FAIRE
ainsi. Or, il est à remarquer qu'avec le verbe passif rous n'êtes pas même obligé <^'énoncer la cause ; ainsi vous dites : je suis obliijé de partir , forcé de me défendre , contraint de céder, sans autre énonciation. L'actif énonce au contraire nécessairement la cause ; ainsi vous direz : la loi m'oblige, le respect me force j la fortune me contraint.
Je prouve la seconde différence relative à l'action et à l'acte. La préposition à désigne précisément le genre et l'objet de l'obligation ; tandis que par de l'obligation se fait sentir dans l'acte ou à l'égard de l'exécution de la chose. Ainsi la religion obli(je le diffamateur «réparer l'honneur de son prochain aux dépens du sien propre ; c'est un devoir qu'il doit remplir : mais la justice l'oblige, par une condamnation, Je faire à sa partie réparation d'honneur ; c'est une peine qu'il subit. Vous vous occupez à une chose quand elle est l'objet de vos occupations , ou que c'est votre genre d'occupation ordinaire ; vous vous occupez de la chose , quand vous y songez , quand vous Y travaillez actuellement. L'ambition force le courtisan à ramper ; il faudra qu'il rampe : quand il rampe , elle le force de ramper.
Aussi dit-on à plutôt que de, lorsqu'il ne s'agit que d'une obligation morale et générale à remplir dans l'occasion; an lieu qu'on dit bien plutôt de que à lorsqu'il s'agit d'une nécessité physique et présente, dans le temps même de l'exécution. Je ne sais même , disoit Bouhours , si , quand obligé emporte une obligation étroite de conscience , à ne seroit pas mieux que de. Oui , certes , lorsqu'on ne parle que d'une loi , d'une règle , d'une autorité qui vous impose un devoir ou une nécessité, abstraction faite de la circonstance du temps; mais dans la circonstance du temps, on est obligé par une force d'agir ainsi. La charité vous oblige à pardonner lorsque vous serez offensé ; vous êtes obligé de pardonner dans le cas précis de l'offense.
Cette seconde distinction s'accorde parfaitement avec la première, et elles se confirment l'une l'autre. L'actif, qui demande après lui la préposition à, n'exprime que l'existence de l'obligation; mais le passif, qui suppose déjà l'existence de loliligation , en marque l'accomplissement et l'effet par la. préposition de. (R.)
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ijo OBSCÈNE.
8S4. OBSCÈNE, DÉSHONHÊTE.
Bouhours a très-bien remarqué que l'épithète désbonnéte s'applique aux choses contraires à la pureté , à la chasteté , à la pudicité, à la pudeur; tandis que celle de malhonnêle marque le défaut ou de politesse, de bienséance, ou de bonne foi, de pi-obité. Obscène dit beaucoup plus que déshonnéte dans le même ordre de choses ; car son idée propre est celle de sale , immonde , ordurier.
La chose obscène viole ouvertement les vertus que la chose déshonnéte blesse. Je dis ouvertement, car c'est ce que la préposition ob exprime, h'obscénité ajoute à la déshonnêteté l'immodestie, ou plutôt la licence impudente. Yioler, tromper, commettre un adultère, dit Cicéron , c'est chose déshonnéte , honteuse en Soi; mais cela se dit sans obscénité. Il paroit que les Latins étendoient plus loin que hous l'emploi du mot obfcène.
O femmes ! souvenez-vous bien qu'une pensée déshonnéte fait perdre la pureté; et qu'une parole obscène fait perdre la pudeur.
Des pensées déshonnêtes se présentent quelquefois aux cœui« les plus purs ; mais des manièi'es obscènes appartiennent à la plus sale corruption.
Obscène ne se dit communément que de certaines choses, de choses apparentes , des paroles , des tableaux , des postures, de ce qu'on peut appeler des nudités : déshonnéte convient généralement à toute chose qui blesse la pudeur ou la pureté. On a pourtant des idées, des imaginations obscènes, lorsque les idées forment des images qu'on se plaît à considérer; mais la plus légère pensée peut être déshonnéte. En général, l'obscénité fait tableau, et ce tableau prononce fortement ce qu'il y a de plus déshonnéte. On dira bien , avec l'Académie, un poète obscène, et de même d'un peintre, d'un auteur, d'une personne quelconque. (R.)