Ï^ENSÉE, PENSER
Lemot pensée ne désigne que l'action de penser ; tandinque penser en marque la manière propre et distinctive.
PENSÉE. :iu7
Avec des traits si caractérisés, pe/iier a nccessaîrement et manifestement une énergie que pensée ne peut jr.mais acqui-rir. Frappé du grand sens et de l'excellence du mot, La Bruyère le trouve beau, et vante ses effets en poésie. Penser est le verbe changé en substantif par une conversion familière à notre langue. Ainsi nous disons le rire d'une personne, le parler d'une autre, le faire d'un artiste, etc. Or, ces substantifs verbaux marquent le genre, l'espèce, la manirère propre de rire, de parler, de faireàe la personne : et c'est précisément ce que marque le penser. Ge n'est pas tout : penser et pensée diflfèrent essentiellement quant à la forme : de-là une différence naturelle de sens. Pensée a, comme l'italien pensata, une terminaison passive : c'est la chose pensée, l'effet ou le produit de l'action de penser. Penser, au contraire, a la forme active du verbe : il désigne l'action , l'opération , l'efficacité , la cause productive. Aussi le penser a-t-il une activité et une efficacité particulière ; c'est le travail et le tourment de l'esprit : il le tient et pensant et pensif , il l'attache à ses pensées , et le mène de l'une à l'autre. (R.)