PENSÉE
siiiisallon est donc une sorte fie -perception matérielle. Il y a (loà ;»ertep/(o/j5 purement intellectuelles, telles que celles des objets spirituels, des choses aJjsti-aites, des notions générales, ('es objets moraux : elles appartiennent à l'entendement pur, et Icsprit n'a pas besoin de s'en former des images corporelles, i.a sensation \a. âonc , pour ainsi dire a l'âme par les sens; car c'est l'âme qui sent , et non le corps. La sensation est dans l'âme , qui eh éprouve de la douleur , du plaisir ou autre sentiment, en môme temps qu'il s'y forme des perceptions corporelles.
« J'appelle conscience la connoissance qu'on prend des objets. »
En métaphysique , la conscience est le sentiment intérieur que nous avons des objets, sans en avoir reçu Vidée par une impression étrangère. Nous avons le sentiment intérieur de notre existence , de nos pensées , de notre liberté , sans qu'on ' nous en donne Vidée.
« J'appelle idée la connoissance qu'on piend des objets comme image. »
L'idée est en effet , selon le sens propre du mot ,' Vimage , la jeprésentation des objets, intimement unie à l'âme ou gravée dans son entendement. C'est par Vidée ou la représentation immédiate des choses, que l'esprit les aperçoit et les reconrnoit : c'est par cette idée , conservée dans la mémoire , que la mémoire nous les rappelle.
« J'appelle notion toute idée qui est notre propre oihvrage. »
Toute idée qui est notre propre ouvrage est notre pensée, et non pas une no<to/j. L'ttice représente l'objet ; la notion en représente quelques détails. Si Vid^e, dit Leibnitz , représente ce qu'un objet a de commun avec les autres individus de son espèce, c'est alors une notion; et en effet elle en considère et compare alors les qualités communes. La notion déploie Vidée de la chose , mais d'une manière succincte et imparfaite.
Après ces notions un peu hasardées, notre auteur continue r (c On ne peut, dit-il , prendre indifî\îremment ces termes l'un pour l'autre , qu'autant qu'on n'a besoin que de l'idée pria» cipalc qu'ils sigjiilîent. » Ces cas sont rares;, et il ny en » peuc-ètre peint où tel de ces mots puisse être employé pout
mo PENSÉ-E.
tel autre; comme' conscience ^onr sensation : et l'auteur le re-
connoît lui-même tout aussitôt.
« On peut, dit-il, appeler les idées simples indifieremment perception ou idées ; mais on ne doit point les appeler notions , parce qu'elles ne sont pas l'ouvrage de l'esprit. On ne doit pas dire la notion du Liane ; il faut dire la perception du blanc. »
On ne dit pas la notion du blanc , parce que Vidée du blanc est une idée simple et pi-emière qui ne s'anah'se pas ; et la notion est un essai d'analvse. On ne dit pas non plus la pea5eedu blanc, quoique, selon l'auteur, la pensce soit tout ce que l'âme éprouve. Ainsi , ce n'est point parce que la notion est l'ouvrage de l'esprit, qu'on ne dira pas la notion au lieu de la perception ou Vidée du blanc.
ÎSous dirons également des idées ou des perceptions claires ou obscures, distinctes ou confuses, simples ou complexes, parce qu'il ne s'agit ici que de considérer des qualités communes aux idées et aux perceptions , sans aucun égard à l'attention que l'esprit peut leur donner , et à la manière dont il peut les envisager. Nous dirons encore que l'esprit forme , avec ses perceptions ou ses idées combinées, des jugements et des raisoniiements ; car il est é/ident que l'esprit donne alors à Vidée l'attention que la perception exige. Mais s'il faut exprimer formellement cette attention , c'est de la perception et non de Vidée qu'on parlera.
c( Les notions, à leur tour, continue l'auteur, peuvent être considérées comme images ; on peut par conséquent leur donner le nom d'idées, mais'jamais oeJui de perceptions ; ce seroit faii-e entendre qu'elles ne sont-pas notre ouvrage : on peut dii'e la notion de la hardiesse , et non la perception de la hardiesse j ou si l'on veut faire usage de ce terme, il faut dire les perceptions qui composent la notion de la hardiesse. »
Quant à perception, il ne se dit pas pour notion, parce que la perception ne se présente que comme une idée simple, au lieu"~que la notion comprend plusieurs idéi-s, et parce que la perception n'est que la vue de l'objet qui se fait connoitre à nous; tandis que la notion en est une connoissance distincte et détaillée qui le fait mieux connoitre. Si les perceptions composent, comme on le dit, la notion de la hardiesse, il est évi-
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dent qu'on a des perceptions de la hardiesse, et que la notion n'en est qu'un assemblage.
V Enfin , l'article de l'Eiicjclopédie est terminé par cette observation : « Une chose qu'il faut encore remarquer sur les mots d'idée et de notion, c'est que le premier signifie une perception considérée comme imagfe ,• et le second, une idce que l'esprit a lui-même formée : les idi^es v.t les notions ne peuvent appartenir qu'aux ètros qui sont capables de réflexion; quant auxbetes, si tant est qu'elles pensent, et qu'elles ne soient point de purs automates , elics n'ont que des sensations et des perceptions ; et ce qui devient pour elles une perception, devient idée à notre égard , par la réflexion que nous faisons que cette perception représente quelque chose. » (R.)