‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 244 sur 494 · PITIÉ, COMPASSION, COMM ISÉR AT tO · texte numérisé non relu

PITIÉ, COMPASSION, COMM ISÉR AT tO

La pitié est proprement la qualité de l'âme, qui diiigo sur les malheureux le sentiment de la bienveillance , ou plutôt de la charité universelle. La (:oinpaSiion est le sentiment de pitié actuellement excité dans l'àme par des malheureux dont la douleur nous frappe droit au cœur. La commisération est l'expression sensible d'un vif intérêt qui, excité'dans l'âme par la compassion, se répand sur les malheureux avec plus ou moins d'eflTet.

La pitié résulte d'une correspondance générale établie dans la constitution et l'organisation des êtres sensibles , en vertu de laquelle , si vous faites résonner dans les uns les cordes dé la douleur, vous les ébranlez dans les autres. Chaque homme, dit Montagne , porte la forme entière de l'humaine condition. La compassion est l'efiet actuellement produit dans ce système d'harmonie par le seul mouvement imprimé à une touche , et non , comme le dit Pope , l'efFet d'une imagination qui s'élève par degrés de l'idée vive au sentiment réel de la misère des hommes : l'âme est émue avant que l'imagination travaille; aussi les bètes donnent-elles des signes sensibles de compassion. La commisération y en vertu du mouvement communiqué, forme un accord harmonieux par lequel les âmes se répondent les unes aux autres, et la voix de l'attendrissement se mêle avec celle de la souffrance ; un cri de plainte excite une exclamation.

La pia'e nous conduit naturellement au grand précepte de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nou^ fît : elle nous apprend par sentiment ce que la raison démontre à la rigueur, que l'intérêt de chacun est celui de tous, et que 1 intérêt de Ihumanité est celui de chacun. La compassion ou la pitié appliquée à des cas particuliers, fournit de si fortes preuves de ces vérités, qu'elle va jusqu'à désarmer l'ennemi iurieux, qui se croit alors et se trouve en effet plus heureux de sauver sa victime suppliante que de 1 immoler à sa colèi^e.

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