PLAINDRE
Voyez Mavcellus , considérant ce peuple infortuné qu'il vient d'écraser et d'ensevelir sous les ruines de Sjracuse ; il frémit de sa gloire , et il: en est puni comme d'un grand crime par les larmes amères et intarissables d'une commisération stérile et désespérée. (R.)
90a. PLAINDRE, REGBETTEH.
On plaint \e malheureux : on regrette l'absent. L'un est un mouvement de la pitié , et l'autre est un effet de l'attachement.
La douleur arrache nos plaintes. Le repentir excite nos regrets.
Un-courtisan en faveur est l'objet de l'envie; et, lorsqu'il tombe dans la disgrâce, personne ne le plaint. Les princes leplus loués pendant lent vie ne sont pas toujours les plui' regrettés après leur mort.
Le mot de plaindre, employé pour soi-même , change un peu la signification qu'il a, lorsqu'il est employé pour autrui. Retenant alors l'idée commune et générale de sensibilité , il cesse de représenter ce mouvement particulier de pitié, qu'il fait sentir lorsqu'il est question des autres ; et au lieu de marquer un simple sentiment , il emporte de plus dans sa signification , la manifestation de ce sentiment. Nous plaignons les autres lorsque nous sommes touchés de leurs maux ; cela se passe au-dedans de nous , ou du moins peut s'y passer sans que nous l'e témoignions au dehors. Nous nous plaignons de nos maux, lorsque nous voulons nue l?s autres en soient touchés : il faut pour cela les faire connoître. Ce mot est encore quelqiiefois employé dans un autre sens que celui dans lequel je viens de le définir \ au lieu d'un sentiment de pitié , il en marque un de repentir : on dit en ce sens qu'on plaint ses pas , qu'un avare se plaint toutes choses , jusqu'au pain qu'il mange,
Quelque occupé qu'on soit de soi-même, il est des moments où l'on plaint les autres malheureux. Il est bien difiScile , quelque philosophie qu'on ait, de souffrir long-temps sans se plaindre. Les gens intéressés plaignent tous les pas qui ne mènent à rien. Souvent on ne fait semblant de regretter le jgassé que pour insulter au présent.
PLAISIR. 2i5
Un cœur dur ne plaint personne. Un courage féroce ne se plaint jamais. Un paresseux plaint sa peine plus qu'un autre. Un parfait indifférent ne regrette rien.
La bonne maxime seroit , à mon avis, de plaindre les autres, lorsqu'ils souffrent sans l'avoir mérité;denesep/a//ï^re que quand on peut par-là se procurer du soulagement ; de ne plaindre ses peines que lorsque la sagesse n a pas dicté de se les donner; et de recjretter seulement ce qui méritoit d'être estimé. ,^G.)