PnÉCISIOS, ABSTRACTION
Seroit-il nécessaire d'avertir que le mot à'abstraefion n'est pris ici que dans le sens physique , selon lequel on dit communément faire abstraction d'une chose , et non dans le sens quia rapporta celui dedistraction? Je crois l'observation inutile; la voilà néanmoins faite, en faveur d'un lecteur à qui la concurrence du mot de prâcision ne feroit pas d'abord saisir son juste poir^t de vue. J'ajoute que ces deux mots ont une idée commune qui les rend synonymes ; que cette .idée est peinte aux yeux même dans leur ét>-mologie ; qu'elle est celle d'une séparation faite par la force de l'esprit dans la considération des objets, et que, bien loin qu'il faille s écarter de cette signification essentielle à l'un et à l'autre de ces mots, pour chercher leur propre différence, je pense qu'il seroit très-difficile de la trouver ailleurs que dans les diversités de cette idée principale et synonyme , et de former sans elle leurs caractères particuliers. Les voici donc sur ce plan , tels que je suis capable de les représenter.
La précision sépare les cho3es véritablement distinctes , pour empêcher la confusion qui nait du mélange des idées. L abstraction sépare les choses réellement inséparables , pour les considérer à part indépendamment les unes des autres. La première est un effet de la justesse et de la netteté de lentendement, qui fait qu'on n'ajoute rien d'inutile et hors d'œuvre au sujet qu'on traite , en le prenant néanmoins dans sa juste to»talité ; par conséquent elle convient partout , dans les affaires comme dans les sciences. La seconde est 1 effort d'un esprit métaphysique, qui écarte du point de vue tout ce qu on veut détacher du sujet qu'on traite : elle le mutile un peu , mais elle contribué quelquefois à la découverte de la vérité , et quelquefois elle entraine dans l'erreur ; il faut donc s en servir, mais en même temps s en défier.
Il me semble que la précuion a plus de rapport aux choses
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qu'on pput non-seulement considérev à part , mais qu'on peut aussi concevoir cive l'une sans l'autre; telles que seraient, par exemple, l'aumône et l'esprit de charité. Il me paroit que ïab.ilrucllon regarde plus particulièrement les choses qu'on peut, à la vérité, considérer à part, mais qu'on ne sauroit concevoir l'une sans l'autre, telles que sont, par exemple , le corps et retendue. Ainsi lebut de la précision est de ne pdinr, sortir du sujet, en éloignant pour cet effet tout ce qui lui est étr;inger;.ct celui de ['abstraction cit de ne pas entrer dans toute l'étendue du sujet, en n'eu prenant qu'une partie, sans aucun égard à l'autre.
Il n'y a point de science plus certaine ni plus claire que la gé(nnélric, parce qu'elle fait des précisions exactes : on y al cependant mêlé certaines abstractions métaphysiques qui font que les géomètres tombent dans l'erreur comme les autres; n(jii pas , à la vérité , quand il est question de grandeur et de mesure , mais quand il est question de physique.
On ne sauroit se faire désodées trop précises; mais il est quelquefois dangereux d'en avoir de trop abstraites. Les preniiùr«.'s sont la voie la plus sûre pour aller au vrai dans les sciences , et au but dans les affaires ; au lieu que les secondes souvent nous en éloignent.
La précision est un don de la nature né avec l'esprit : ceux? qtii en sont doués, sont d'un excellent commerce pour la conversation ; on les écoute avec j^laisir, parce qu'ils écoutent aussi de leur côté ; ils entendent également ce qu'on leur dit, comme ils font entendre également ce qu'ils disent. L'abstraction est un fruit de l'étude, produit par une profonde application : ceux à qui elle est familière parlent quelquefois avec trop de subtilité d«;s choses communes; les sujets simples et naturels deviennent, dans leurs discours, très-difficiles à comprendre, par la manière dont ils les traitent.
Les idées précises embellissent le langage ordinaire ; elles en font, selon moi, le sul>lime. Les 'idées abstraites y sont fatigantes; ellesnemeparoissent bien placées que dans les écoles, ou dans certaines conversations savantes.
On exprime par des idées précise* les vérités les plus simples et les plus sensibles : mais ou ne peut souvent les prouver que par des idées trts-abs traites. (0.)
l»Kt. des S/noayincs. II. 3t
a.4â PREDICATION.