PRÉOCCUPATION , PRÉVENTION , PRÉJUiJÉ
Préoccupation désigne l'action d'occuper, de saisir Tespiit mal à propos; prévention, celle de prévenir, de disposer d'à» vance l'esprit; préjugé, celle de juger, de croire trop tôt. (G.)
Tous ces termes expriment une disposition intérieuie, opposée à la connoissance certaine de la vérité. La préoccupation et la prévention sont des dispositions qui empêchent l'esprit d'acquérir les cpnnoissances nécessaires pour juger régulièrf ment des choses ; avec cette différence que la préoccupation cFl dans le cœur, et qu'elle rend injuste, au lieu que la prévention est dans l'esprit, et qu'elle l'aveugle. Le préjucjé est un jugement porté précipitamment sur quelque objet, après un exercice insuflisant des facultés intellectuelles.
II semble que l 'amour-propre soit le premier principe dt la préoccupation : un homme préoccupé neconnoît rien de si vrai que ses idées, rien de si solide que ses systèmes, rien de si laisonnable que ses goûts, rien de si juste que de satisfaire s<'s passions, rien de si tHjuitable que de sacrilîer tout à ses intérêts. La paresse semble êti'e le premier principe de la pré- <^'cntion : il est trop pénible pour un paresseux d'examiner par lui-même , et de ne se décider que d'après des réflexions trop lentes ; il aime mieux se déterminer par l'autiorité de ses maîtres, par l'approbation des personnes qui font un certain briiit dans le monde, par les usages que la coutume a autorisés, par les habitudes que l'éducation lui a fait prendre. Les préjugés naissent de l'une de ces deux sources : Jos uns vi»;nncut de trop de couGance en ses propres lumièiej. ce
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sont des effets de la préoccupation; les autres viennent de trop de confiance aux lumières d'autrui ; ce sont des effets de la prévention : ces deux dispositions se fortifient ensuite par les préjugés meixi.es qu'elles ont fait naître; et l'on voit enfin la préoccupation dégénérer en brutalité, et la prévention en opiniâtreté..
Il est nécessaire d'être en garde contre les décisions de lamour-proprC;, pour ne pas se préoccuper injustement. Il est sage de suspendre son jugement sur les insinuations du dehors , pour ne pas se laisser prévenip aveuglément. Il est raisonnable d'examiner mikrement, pour ne pas se remplir Tesprit de préjugés j'àont on a ensuite Lien de la peine à se détromper, ou dont on ne se détrompe jamais. (B.)
La préoccupation se décèle d'une^ manière bien sensible dans les personnes à qui il suffit qu'une opinion soit populaire pour qu'ils la rejettent. Les opinions singulières ont seules le privilège de captiver leurs espi'its 5 soit que l'amour de la nouveauté ait pour eux des appas invincibles -, soit que leur esprit, d'ailleurs éclairé, ait été la -dupe de leur cœur cori'Ompu;,soit que l'irréligion soit l'unique mojen qu'ils aient de percer la foule, de se distinguer, et de sortir de l'obscuritéà laquelle ils paroissent condamnés. Ce que la nature leur refuse en talents, l'orgueil le leur rend en impiété. Ils méritent qu'on les méprise assez , pour leur laisser cette estime flétrissante qu'ils ambitionnent comme leur plus beau titre, d'hommes singuliers. ( JE'rtCf/c/. XIII , 29^.)
Un homme sujet à se laisser prévenir^ s'il ose remplir une dignité ou séculière ou ecclésiastique, est un aveugle qui veut peindre, un muet qui s'est chargé d'une harangiu- , un sourd qui juge d'une symphonie : foibles images , et qui n expriment qu'imparfaitement la misère de la prévention ! Il faut ajouter qu'elle est un mal désespéré , incurable , qui infecte tous ceux qui approchent du malade; qui fait déserter les égaux, les inférieurs, les parents, les amis, jusqu'aux médecins : ils sont bien éloignés de le guérir, s'ils ne peuvent le faire convenir de sa maladie ni des remèdes , qui seroient d'écouter, de douter, de s'informer et de s'éclaircir. Les flatteurs, les fourbes , le? calomniateurs , ceux qui ne délient leur langue que pour le mensonge et l'intérêt , sont les charlatans en qui
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il se confie, et qui lui font avaler tout ce qu'il leur plaît; ce sont eux aussi qui l'empoisonnent et qui le tuent. (L« Bruyère) Caract., ch. 12.)
Ces préjugés, dit Bacon, 1 homme du monde qui a' le plus médité sur ce sujet, sont autant de spectres et de fantômes qu un mauvais génie envoya sur la terre pour tourmenter les hommes : mais c'est une espèce de contagion , qui, comme toutes les maladies épidémiqucs , s'attache, surtout aux peuples , aux femmes , aux enfants, aux vieillards , et qui ne cède qu'à la force de l'âge et de la liaison. (Encycl. XIH , 284. )
Q28. PHÉaO&AXIVE , rniViLÉGE.,
La prérogat'we regarde leb honneurs et les préférences personnelles ; elle vient principalement de la subordination , ou des relations que les- pcisonnes ont entre elles. Le prh'Ué(je regarde quelque avantage d'intérêt ou de fonction; il vient de la concession du prince, ou des statuts de la société.
La naissance donne des prérogatives» Les charges donnent des privilèges. (G.)