‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 279 sur 494 · PRIEn , SUPPLIE · texte numérisé non relu

PRIEn , SUPPLIE

C'est demander avec ardeur et avec soumission à ceux qui sont en état d'accorder ce que l'on désire.

Supplier est beaucoup plus respectueux que prier, et marque dans celui qui demande un désir plus vif et un besoin plus urgent d'obtenir : nous prions nos égaux et nos amis de nous rendre quelque service ; nous supplions le roi et les personnes constituées en dipiité de nous accorder quelque grâce , ou de nous rendre justice.

En parlant des grands ou en leur adressant la parole , on doit également se servir de supplier :]' ai supplié le roi de, etc.; Sii-e, je supplie votre majesté de , etc. Mais s'il s agit de Dieu , on ne dit que prier en parlant de lui , et l'on peut dire prier ou supplier en lui adressant la parole ; j^e prie Dieu que cela soit; mon Dieu , je vous prie d'avoir pitié de moi ; je vous supplie , ô mon bieu , d'avoir pitié de moi. Le degré d'ardeur décide le choix «ntre ces deux deinières phrases.

D'où vient cette différence par rapport à Dieu et aux grands de la terre ? car l'usage même , que Ton djonne ordinairement ])0ur de^-nière raison, a aussi les siennes. T^e seroit-ce pas parce que la supériorité des grands étant accidentelle , et en quelque sorte précaire, vu les droits imprescriptibles de l'égalité naturelle , on ne doit se permettre aucune expression qui puisse leur rappeler trop clairement ces droits , et donner quelque atteinte à leur prééminence ? Au contraire , la grandeur de Dieu est si incontestable , que le choix des expressions ne doit plus tomber que sur nos besoins ; et elle est si supérieure à notre néant, que les différences de nos façons de parler sont nulles à son égard.

Au reste , il faut remai-quer encore que l'on dit prier Dieu , sans autre addition ; mais on ne peut dire supplier le roi , sans ajouter de quoi on le supplie. Prier Dieu est un devoir indispensable, et dont l'objet est constant; supplier le roi ou les grands est un acte accidentel, et dont l'objet doit être déterminé, (B.)

Il me semble qT>e la véritable raison de dir^, à l'égard de Dieu, prier, c'est que ce mot se prend alors dans un sens religieux, et qu'il est consacré pour marquer un acte de culte, un

PRIER DE DINER. a5i

hommage de religion , un devoir et un exercice de piété. Prier, c'est faire la prière, ses prières, les prièies par lesquelles on .rend un devoir et un culte. Aussi disons-nous prier Dieu dans un sens absolu , sans addition , sans spécifier ce qu'on lui demande ; car l'objet de cet acte est constant et connu, comme l'observe M. Beauzée ; mais on ne dit pas 5«/)p/ier D/eu^ sans ajouter, déterminer et spécifier la grâce qu'on désire obtenir; car ce mot ne désigne qu'un acte particulier et une manière particulière et accidentelle de prier.

Mais à l'égard des grands de la terre , le mot prier rentrera nécessairement dans son acception vulgaire. INous ne dirons pas prier le roi et les grands, dans un sens absolu et sans addition : on ne fuit point la prièi-e aux grands ; on leur demande accidentellement une chose ou une autre. Ainsi, pourmarquer le respect particulier qu'on leur porte et la distance à laquelle on se tient d'eux, il faudra communément dire supplier au lieu de prier, qui les confondroit dans la foule de ceux qu'on a coutume de prier. (R.)

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