‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 285 sur 494 · PROBITÉ, VEKTtr, HONNEUB · texte numérisé non relu

PROBITÉ, VEKTtr, HONNEUB

On entend également par ces trois termes, l'heureuse hal)itudc de fuir le mal et de faire le bien. (B.)

On n'entend parler que de probité, de vertu et d'honneurmais tous ceux qui emploient ces expi-essions en ont-ils des idées uniformes? Tâchons de les distinguer.

Le premier devoir de la probité est lobsei'vation des lois; mais qui n'auroit que la ^roZ»//e qu'elles exigent, et ne s'abstiendroit que de ce qu'elles punissent, seroit encore assez malhonnête homme. Les hommes venant à se polir et à s'éclairer, ceux dont l'âme étoit la plus honnête, ont suppléé aux lois par la morale, en établissant, par une convention tacite, des procédés auxquels Insage adonné force de loi parmi les li;onnêtes gens , et qui sont le supplément des lois positives. Il n'y a point, à la vérité, de punition prononcée contre les infracteurs , mais elle n'en est pas moins réelle; le mépris etla honte en sont le châtiment , et c'est le plus sensible pour ceux qui sont dignes de le ressentir : l'opinion publique , qui exerce la justice à cet égard , v met des proportions exactes , et fait des distinctions très-fines.

On juge les hommes sur leur état, leur éducation , leur situation , leurs lumières. Il semble qu'on soit convenu de différentes espèces de probité , qu'on ne soit obligé qu'à colle de son état , et qu'on ne puisse avoir que celle de son esprit. On est plus sévère à l'égard de ceux qui , étant exposés en vue, peuvent servir d'txeaij le , que eur ceux qui sont dans lobsc»-

iMtc. Moins on exige cVun homme dont on devroit beaucoup prétendre, plus on lui fait injure : en fait de procédés, on est bien près du mépris qnand on a droit à l'indulgence.

Pour éclaircir entin ce qui regarde la probité, il s'agit de savoir si l'obéissance aux lois et la pratique des procédés d'usage, suffisent pour constituer riionnétc homme. On verra, si l'on y réfléchit , que cela n'est pas encore suffisant pour la parfaite rrobité. En effet, avec un cœur dur, nn esp w malin , un caractère féroce et des sentiments bas , par inttrét , par orgueil ©u par crainte, on peut avoir cette probité qui met à couvert, de tout reproche de la part des hommes. Mais il y a un juge plus éclairé , plus sévère et plus juste que les lois et les mœurs ; c'est le sentiment intérieur qu'on appelle la conscience ; la conscience parle à tous les hommes qui ne se sont pas , à {)rcc de dépravation , rendus indignes de l'entendre.

Doit-on regarder comme innocent un trait de satire , ou même de plaisanterie de la part d'un supérieurc^iwi porte quelodefois un cotip irréparable à celui qui en est l'objet; un secours gratuit l'cfiisé par négligence à celui dont le sort en, dépend ; tant d'autres fautes que tout le monde sent, et qu'on siatcrdit si peu? Voilà cej)endant ce qu iine probité exacte doit «interdire , et dont la conscience est le juge infaillible. Cette connoissance fait la mesure de nos obligatiojis ; nous sommes tenus à l'égard d'autrui de tout ce qu'à sa place nous serions en droit de prétendre. Les hommes ont encore droit d'attendre de nous non -seulement ce qu'ils regardent avec raison comme juste , mais ce que nous regardons nous-mêmes comme tel, quoique les autres ne l'aient ni exigé, ni prévu : notre propre conscience fait l'étendue de leurs droits sur nous. Plus on a de lumières , plus on a de devoirs à remplir.

Il y a un autre principe d'intelligence sur ce sujet, supérieur à l'esprit même; c'est la sensibilité d'âme qui donne une sorte de sagacité sur les choses honnêtes , et va plus loin que la pénétration de l'esprit seul. On pourroit dire que le cœur a des idées qui lui sont propres. Qu'il y a d'idées inaccessibles à ceux qui ont le sentiment froid ! l'esprit seul peut et doit faire l'^iomme de probité : la sensibilité prépaie l'homme vertueux. Je vais m'pxpliquer.

exigent, ce q'TC les mœurs, recom-

mandent, ce que la conscience inspire, se trouve rc g fermé dans cet axiome si connu et si peu développé. «Ne laites point à autrui ce que vous ne voudriez pas qui vous tUt fait. » L'observation exacte et précise de cette maxime fait la pi-obiU. « Faites à autrui ce que vous voudriez qui vous fût fait. » Voilà la vertu,

La fidélité aux lois , aux mœui-s et à la conscience , qui ne sont guère qu; ,^ jîiibitives, fait l'exacte probité: la vertu j supérieure à la p. obilé , exige qu'on fasse le bien , et y détermine. La probité défend, il faut obéir : la vertu commande, mais l'obéissance est libre , à moins que la -yeriu n'emprunte la voix de la religion. On estime la probité ; on respecte la vertu. La probité consiste presque dans l'inaction; la vertu agit. On doit de la reconnoissance à la vertu : on pourroit s'en dispenser à l'égard de la probité, parce qu'un homme éclairé, n'eût-il que son intérêt pour objet, n'a pas, pour y parvenir, de moyens plus sûrs que la probité.

En distinguant la vertu et la probité , en observant la différence de leur nature , il est encore nécessaire , pour connoitre le prix de l'une et de l'autre, de faire attention aux personnes, aux temps et aux circonstances. Il v a tel liom.me do!it la probité mérite plus d'éloges que la vertu d'un autre. ]\e doit-on attendre que les mêmes actions de ceux qui ont des moyens si différents ? Un homme, au sein de l'opulence, n'âura-t-il que les devoirs , les obligations de celui qui est assiégé par tous les besoins? Cela ne seroit pas juste. La proy/fe est l^i vt^rtu des pauvres , la vertu doit être la probité des riches.

On rapporte quelquefois à la vertu des actions où elle r, eu peii de part. Un service offert par vanité , ou rendu par foiblesse, fait peu d honneur à la vertu. D'un autre côté, on loue et on doit louer les actes de la probité où l'on sent un principe de vertu. Un homme remet un dépôt dont il avoit seul le secret : il n'a fait que son devoir, puisque le contraire seruit un crime; cependant son acîîon lui lait honneur, et cloit lui en faire : on juge que celui qui ne fait pas le mal dans certaines circonstances , est capable de faire le bien ; dans un acte simple de probité, c'est la vertu qu'on loue.

Les éloges qu'on donne à de certaines probités, à de certaiues veri«5j ne font que le blâme du commun des hommes;

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cependant on ne doit pas les refuseï- : il ne faut pas reclierclier avec trop de sévérité le principe des actions , quand elles tendent au bien de la société.

Outre la vertu et la probité, qui doivent être les principes de nos actions , il y en a un troisième , très-digne d'être examiné : c'est l'fionneur; il est diôérent de la probité: peut-être ne l'cst-il pas de la vertu ; mais il lui donne de l'éclat, et me paroît être une qualité de plus..

L'homme de probité se conduit par éducation , par habitude, par intérêt ou par crainte. L'homme -yer//ie«.r agit avec bonté. L'homme d'fionneur pense et sent avec noblesse : ce n est pas aux lois qu'il obéit ; ce n'est pas la réflexion , encore moins limitation qui le dirigent; il pense, il parle, et agit avec une sorte de hauteur, et semble être son propre législateur à lui-même.

L'honneur est l'instinct de la vertu , et il en fait le courasfe.. il n'examine point; il agit sans feinte, même sans prudence , et ne connoit point cette timidité ou cette fausse honte qui étouffe tant de vertus dans les âmes foibles ; car les caractères foibics ont le double inconvénient de ne pouvoir pas répondre de leurs vertus, et de servir d'instruments aux vices de tous ceux qui ics gouvernent.

Quoique l'honneur soit une qualité naturelle, il se développe par l'éducation , se soutient par les principes , et se fortifie par les exemples. On ne sauroit donc trop en réveiller les idées, en réchauffer le sentiment, en relever les avantages et la gloire, et attaquer tout ce qui peut y porter attvMnte.

Le rtlàcheroent des moeurs n'empêche pas qu'on ne vante beaucoup l'honneur et la vertu : ceux qui en ont le moins sa^ vont comljien il leur importo que les autres en aient. On auvoit rougi autrefois d'avancer de certaines maximes , si on les eût contredites par ses actions-; les discours formoient un préjugé favorable sur les sentiments : aujourd'hui les discours tirent si peu à conséquence , qu'on pourroit quelquefois dire d'un homme , qu'il a de la probité, quoiqu'il en lasse l'éloge.

On prétend qu'il a régné autrefois parmi nous un fanatisme d'honneur, et Ion rapporte cette heureuse manie à un siècle encore barbare. Il seroit à désirer qu'elle se renouvelât de nos jours; les lumières que nous avons acquises serviroient à

a6o - PROBLEMATIQUE,

régler cet engouement , sans le refroidir. D'ailleurs , on ne doit pas craindre l'excès en cette matière : la probité a ses limites, et, pour le commun des hommes, c'est beaucoup que de les atteindre; mais la vertu et l'honneur peuvent s'étendre et s'élever à l'iulini ; on peut toujours en reculer les Ijornesj on ne les passe jamais. (M. Duclos , Considérât, sur les mœurs de ce siècle ^ chap. iv, édit. de 1764.)

94x. PnOBXÉMATIQUE, DOtrTEtrx, INCERTAIN.

TroblémaVujuej du grec Trpofi^^i^uet, proposition à éclaii'cir. Douteux j latin dubius , de du, duo, deux, et de via, changé en bia, qui a deux voies , l'embarras entre deux chemins. Ihcerlain, qui n'est pas certain, qui peut être combattu, qui n'a pas une vérité irrésistible,

11 n'y a point encore de raison de prononcer dans les choses problématiques ; il n'j a pas de raisons siiffisantes pour se décider dans les choses douteuses : il n'j a pas assez de raisons de croire dans les choses incertaines. Dans le premier cas, l'esprit est indifiérent pour et contre : dans le second, entre le pour et le contre , il est embari'assé : dans le troisième, il voit le pour et craint le contre.

Vous chei'cherez la solution de ce qui- est problémnticjue, la vérification de ce qui est douteux , la confirmation de ce qui est incertain,

Problématique est un terme de science : on dit une question ou une proposition problématique : c'est un problème à résoudre. Mais le doute etVincertitude nous accompagnent partout : les pensées, les opinions, les cas , les événements, les faits, etc. sont douteux et incertains. Douteux ne se dit proprement que des choses, tandis au incertain se dit des personnes, mais dans un autre sens. (H.)

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