RÊVE
ne poiivoient se résoudre à dire songer poT^ir penser ou rêver à une chose , attendu que ce mot avoit un sens particulier.
Ainsi , dans le sens propre , l'homme éveillé fait des rêi'es : on ne dira pas qu'il fait des songes. Les rêves du délire ne s'appellent pas des songes. Nous disons des re'ves phi tôt que des songes politiques. Les chimères , les imaginations , les idées fantastiques d'un visionnaire, ressemblent assez à des songes; mais elles ne sont que des rêves. Le rêve n'est donc pas proprement un songe fait en dormant, comme le disent les vocabuiistes, et comme si l'on faisoit autrement des songes qu'en dormant. Le songe n'est que du sommeil : le rêve est de la veille comme du sommeil.
Dans l'état de veille, l'abstraction de l'esprit, une pa!sion concentrée, des contemplations extatiques , nous bercent de rév-ei ; possédés par nos pensées , nous ne sojons plus, nous n'entendons plus; c'est un demi-sommeiL Dans l'état de sommeil, l'ébranlement des nerfs, le déso^-dre des humeurs, l'agitation du sang ou celle de l'âme , pi'ovoquent des songes : l'imagination réveillée, nous voyons en elle, nous entendons; c'est une demi-veille.
Rien ne ressemble plus aux songes de la nuit que les rêves du jour; c'est toujours le travail d'une imagination déréglée. Les rêves du jour ont souvent engendré les songes de la nuit; et les songes de la nuit produisent souvent encore 'es rêves du jour. Les soupçons du jaloux, par exemple, seront -les rêves; et ses songes seront des visions.
Mais enfin les rêves faits en dormant ne diffèrent ils pas des songes.-* Ils en diffèrent en ce que les rêves, plus vagues, plus étranges , plus incohérents , plus désordonnés , n'ont au-, cune apparence de raison, et ne laissent guère de traces, parce qu'ils n'ont guère de suite; tandis que les songes, plus frappés, plus sentis, plus liés, plus séduisants, semblent avoir une apparence de raison, et laissent dans le cerveau des traces plus profondes. Avec le sommeil , le rêve passe : le songe reste après le sommeil. Vous direz un mot de vos rêves , trop décousus et trop extravagants pour être retenus : vous racontez vos songes, assez présents et assez remarquables pour être rapportés. Il semble que le songe soit plutôt d'un esprit préoccupé , et le rêve, d'une imagination e:i.dtée.
Dict. des Spionjmes. II. 2.g