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RÉUSSITE

italien uscir : exire en latin. Succéder signifie littéralement venir après : le succès est ce cpii s'ensuit; l'évënement , un cas qui arrive. Il faut prendre ici le mot issue au figuré. Issue, comme l'italien uicifa^ marque proprement la sortie; et réussite, comme l'italien riuscita, l'issue d'une affaire , celle qui répond à vos vues , qui aboutit à vos fins.

I » La réussite est le succès final et une issue prospère. Il j a divers succès, divers événements successifs, jusqu'à laréussite, qui est le dernier événement et le succès décisif. Il y a de bonnes et de mauvaises issues , comme de bons et de mauvais succès ; mais la réussite est heureuse, selon la valeur propre du mot, c'est un succès réel, le vrai succès. Issue ne désigne en aucune manière la nature du dénouement : réussite la désigne par lui-même , et tant qu'une modification forcée et contraire à l'esprit de la chose n'en altère pas l'idée propre : succès, dans un sens absolu, désigne aussi quelquefois bonne issue, mais précairement, et non par sa propre vertu, comme le fait réussite.

2" L issue est la fin propre de la chose: l'entreprise a une issue ; mais la personne n'en a pas. Le succès est ou le moyen ou la fin des personnes et de leurs actions : les personnes , leurs efforts , leurs entreprises , ont également du succès, des succès , un bon ou un mauvais succès. La réussite est la fin de» choses et le but des personnes .• l'objet de la personne est la réussite de l'affaire.

3" L'issue est le terme relatif et opposé à l'entrée ou le commencement; la voie est la communication d'un terme à l'autre. Le succès roule sur les oppositi )ns et les résistances à vaincre ju:;qu'à la fin ; et un succès est contraire à un autre. La réussite est un résultat du travail , elle est naturellement opposée à J.i disgrâce d'échoiier.

On ne s'engage pas dans une ?iff.uic sans en prévoir l'issue. Il n'y a point proprement de snnès là où il n'y a point d'obstacles à surmonter: entouré d oI>slacles, soyez encore content si vous avez des succès mêlés. On travaille de toutes ses forces pour la réussite et à la réussite ; mais la fortune se mêle de tout.

L'homme borné ne voit d'issue à rien , il ci-aint la fin , il n'entreprend pas. Le pusillanime voit toujours devant lui.

34o REUSSITE.

clés montagnes ou des abimes, il désespère du ^accè^j il recule. Le présomptueux ne veut pas voir à ses pieds ; il ne doutoit pas de la réussite, il a échoué.

On n'a pas bonne issue d'une entreprise téméraire. Avec les mêmes moyens , ou aura des succès difFéi'ents. La conduite est une chose, et réussite une autre.

4" Réussite est un terme simple et modeste : il se dit à l'égard des affaires , des entreprises , des événements et des succès communs , ordinaires , qui n'ont rien d'éclatant ou de bien remarquable : un essai de culture , le pro.jet de raccommoder deux amis , un ouvrage sans prétention, auront de la réussite , beaucoup, peu de réussite : par l'usage, la réussite est seulement ou bonne, heureuse, ou malheureuse, mauvaise. Mais on dit de grands, de brillants succès, des succès éclatants, glorieux ; il est vrai aussi qu'on a des succès petits , légers , vains , vulgaires , communs ; ainsi ce mot , susceptible de toute sorte de modifications, s'applique à toute sorte d'objets et de choses. Issue, au figuré, sied bien dans le stjle noble; mais il ne désigne que le succès bon ou mauvais ; et il s'emploie k l'égard des affaires , des entreprises difficiles , compliquées , embarrassées, périlleuses, dont il est au moins très -malaisé de sortir, de se retirer, de sortir avt:c succès, de se retirer avec honneur.

César sembloit être assuré de la réussite dans les entreprises de sa vie privée, comme s'il étoit né pour être le plus heureux des particuliers. Dans sa vie publique, les merveilleux succès de tout genre qu'il ambitionna, il les eut en maître de la fortune et du monde. Mais quelle fut enfin Vissue de tous ses projets? il mourut en tyran.

Bouhours observe qu'on ne diroit point que la conjuration dos Espagnols contre la république de Venise eut une mauvaise réussite : en effet, elle eut un mauvais succès. On sait quelle en fi.it l'issue pour les conjurés, mus par une puissance étrangère.

Le même grammairien assure que réussite, mot assez uou- Tcau de son temps , ne se disoit que des ouvrages d'esprit , et qu'il auroit été mal appliqué à des ouvrages ^-aves , comme la tragédie : il auroit plutôt dit , k l'exemple d'un autre maître

IIIDÎCLLE. 341

clelano-uc, qu'Andromacjue avoit eu un fort grand succès ;, et que les Plaideurs avoient uue bonne réussite. Mais l'usage (le ce dernier mot s'est étendu ; et nous ne restreignons pas de même celui de succès. Une comédie a, comme une tragédie, un grand succès , succès hiiUunt., ainsi de toute sorte d'ouvrages. Il y a .iussi de petits succès, ei les affaires ordinaires ontunc réussite. Ce qui gâte presque toutes les affaires, dit 3Iontesquieu, c'est ordinaireraent ceux qui les entreprennent ; outre la réussite principale, ils cherchent encore de certains petits succès particuliers qui flattenL leur amour-pvopre et les rendent contents d'eux. (R.)

IO21. RIDICULE, niSICLE.

Ridicule, qui doit e.Nciter la risée, qui lexcite : risible , qui est propre à exciter le rire , qui l'excite. Lîv risée est un rire éclatant , long , méprisant et moqueur. On rit de ce qui est riiiJjle; on rit de ce qui est ridicule. Risible se prend en bonne et en mauvaise part, comme ridiculus chez les Latins; tandis que ridicule ne se prend qu'eu mauvaise part, comme chez les Latins ridendus. Il y a des choses qui fout rire , parce quelles sont déplacées, désordonnées, immodérées; et celleslà sont risibles et ridicules. Il y a des choses qui doivent faire rire, pour remplir leur destination, leur objel ou leur liu ; celles-là sont risibles, et non ridicules.

Un objet est ridicule pai- un contraste frappant entre la manière dont il est et celle dont il doit être , selon le modèle donné, la règle, les bienséances, les convenances. Un objet est riii6/e par quelque chose déplaisant et de piquant, qui vous cause une surprise et une joie assez vive pour se manifester par des signes extérieurs et indélibérés.

Un travers d'esprit vous rendroit ridicule : ce travers est au moins un commencement de folie. Une singularité comique vous rendra risible : cette singularité peut être fort raisonnable.

L'homme ridicule, dit La Bruyère, est celui qui, tant qu'il demeure tel, a les apparences d'un sot. Je ne dispute point au sot la qualité de ridicule : mais le fou qui me fait rire par un excès de singularité, lui dispute la prééminence. Il est

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vrai qu'on ne peut pas regarder en face uu sot avéré sans

lui trouver quelque chose de visible au moins , et sans savoir

quoi.

Don Quichotte est un personnage très-ridicule; et l'on ne dira pas qu'il soit sot. Sancho Pança parle toujours bon sens, et toujours d'une manière risible.

Un homme sage, c'est souvent celui -que les fous à la mode trouvent fort ridicule. Un discours sensé , ce sera très-souvent celui que les sots trouveront fort risible.

Il nous arrive quelquefois des choses risibles ; et nous en faisons d'assez ridicules , chacun à notre tour.

Si vous racontez des choses ridicules, que ce soit d'une manière risible.

Risible, pris en mauvaise part, dit beaucoup moins que ridicule. La chose risible peut faire rire ; la chose ridicule le fait. On rit aussi de la chose risible; c'est un plaisir : mais il faut qu on rie de la chose ridicule; tout le monde en rit, on en rit avec éclat, et on en rit encore : c'est une joie. (R.)

1022. EOC, ROCHE, ROCHER.

Le roc est une masse de pierre très-dui-e , enracinée dans la terre, et ordinairement élevée au-dessus de sa surface. Ce mot simple est le genre à l'égard de la roche et du rocher.

La roche est un roc isolé, d une grosseur et d'une grandeur considérable, comme aussi un bloc ou un fi'agment détaché du rocher. La roche et la roaue ont donné \eûv nom à un gran J nombre de villages et de villes, auxquels elles ont mèmv quelquefois fourni l'emplacement ; preuve de leur volume ou de leur étendue. La roche est donc une grande masse particulière, isolée, coupée; mais c'est aussi la pierre détachée du roc; et c'est ainsi que l'architecte appelle les morceaux de roc avant qu'ils soient taillés. Il faut donc dire que l^-s héros d'Homère lancent àes roches , et non pas àes, rochers , comme il arrive aux traducteurs de le dire. On dira donc que Sisyphe roule sans cesse une roche dans l'enfer, et- non un rocher^ comme on le dit toujours ; mais sa roche roule du haut du Pocher. Permis aux Titans qui vont escalader le ciel de déraciner les rochers et d'entasser les montag-nes.

Si c'est la masse surtout qne l'on considère daus la roche.

c'est l'élévation et l'escarpement que 1 on envisage dans le rocher. Le rocher est un roc très-élevé, très-haut, tvès-escarpé , scabreux, roide , hérissé de pointes et terminé en pointe. On monte sur une roche; on grimpe sur un rocher, ha. roche est quelquefois plate , mais le rocher est pointu. Ariane et Prométhéo sont transportés sur la pointe d'un rocher. On bâtit une ville sur une roche , et une forteresse sur un rocher.

Roc désigne proprement la nature de la pierre, la qualité de la matière dont il est formé : cette pierre est très-dure; il est difficile de tailler dans le roc vif. Aussi le rac est-il ferme et inébrauIaLle : on est ferme comme un roc. Ne négligeons pas les idées secondaires ou accessoires.

J'ai dit que la roche étoit quelquefois la pierre détachée; mais ce mot exprime souvent de grandes masses de pierres de différentes qualités, ou même de matières très-différentes. Il y a des roches molles comme des roches dures. On voit à Houelgouet, en Bretagne, des roches de granit, dont la principale (la plus grande que 1 on connoisse) a trente pieds de hauteur et plus du double de largeur. Les roches sont aussi regardées comme des sources , des réservoirs , des mines , des . laboratoires dans lesquels la nature forme différentes sorte* de productions utiles et curieuses : eau de roche, cristal de roche, etc.

L'idée de force est particulièrement dominante dans le rocher. C'est un écueil; on se brise contre un rocher: Le rocher est inébranlable ; et un cœur de rocher est insensible. Le rocher se prend aussi pour un asile , une défense , un rempart ; on s'y retire, on s'y retranche, on s'y fortifie. Le Seigneur est mon rocher et ma force , disolent les anciens traducteurs des psaumes.

Roche présente l'idée de masse d'élévation et d'étendue, mais sans aspérités insurmontables : c'est, pour ainsi dire, la base sur laquelle s'élèvent ces blocs inaccessibles, ardus et dépouillés de verdure , le roc.

Celui-ci, composé d'un son dur et bref, est en quelque sorte l'ellipse de roche. Il présente l'idée d'un corps dur et isolé. Nous ne lui supposons qu'une certaine étendue. L'imagination , l'œil le saisit , l'embrasse et le dessine.

Roc est rarement employé au pluriel ; il perdroit alors son

344 TtOGUE.

isolement, et les rochers prendroient sa place. On dit toucher au roc j lorsqu'on fouille; mais c'est une expression particulière qui annonce la présence d'un corps dur, parce que la dureté est son essence.

Boc/jer est en quelque sorte le pluriel de roc; ce sont des masses entassées, immenses, ardues, dont lœil ne saisit pas l'ensemble; elles présentent de grands tableaux. "Nous disons les rochers des Pyrénées et des Alpes : roche ne peindroit que l'élévation , l'immensité ; roc ne désigneroit qu une portion isolée.

On dit un bâmc de roche , un banc de rocher, pour exprimer la continuité , l'étendue des écueils ; mais on ne dit pas un banc de roc: s'il est isolé , il a son expressisni particulière , c'est un lescif. (R.)

1023. nOGUE, AEI106A5T, FIET. , DÉDAIGSECX.

Rotjue et arrogant sont employés figurément pour qualifier l'homme haut et roide qui aficcte la supériorité , qui a de la ■ morgue , et qui prétend en imposer aux autres , ou même s'flrroge hardiment ce qui ne lui appartient pas.

L'homme fer est haut et ferme dans sa hauteur. Ce terme se prend quelquefois en bonne part ; ce qui doit nécessairement adoucir son acception naturelle , qui présente un mauvais sens. Comme synonyme de rogne, arrogant et dédaigneux j il ne peut exprimer cju'un vice ou un défaut.

Digne signifie qui mérite d'être distingué; daigner^ juger dio'ne, élever jusqu'à soi ; dédaigner^ ji^g*^'^ indigne de soi, regarder au-dessous de soi , marquer un grand mépris.

Vous reconnoissez donc l'homme rogue à sa hauteur, à sa roideur, à sa morgue ; Varrogant, à sa morgue , à ses manières hautaines , à ses prétentions iiardies ; le fer, a sa hauteur, à sa confiance dans ses forces , au cas qu'il fait de lui ; le dédaigneux, à sa hauteur, à son affectation de dignité, au grand mépris qu'il témoigne pour les autres.

Le rogue affecte dans son air la supériorité. L'arrogant affecte dans ses manières et ses entreprises la domination. Le fer affecte dans ses habitudes une orgueilleuse indépendance. Le ('Jdaigneux affecte dans l'accent de toute sa personne une opinion injurieuse des autres.

KOI. 345

Le roque laisse, tomber sur vous ses regards, h'arrocjanl

lance sur vous ses regards impérieux, si je puis dire ainsi. Le

/ifr ne daigne pas tourner vers vous ses regards. Le dédaigneux

promène tout autour de lui des regards insolents.

Voyez cet homme étonné et enorgueilli de son élévation : comme il est rogue! Voyez, celui-là, devenu présomptueux et hautain par ses succès : comme il est arrogant! Y oyez celui-ci, qui prend sa lOrfune pour son mérite : comme il est fier! Voyez cet autre , qui croiroit n'clre rien , s'il vous comptoit pour quelque chose : comme il est dédaigneux ! Consolezvous , mes amis ; considérez-les tous : comme ils sont sots 1

Convenez avec moi que cette mine rogiue fait rire ; que ces airs arrogants font hausser les épaules; que cette contenance fière fait fuir tout le monde; que cet air dédaigneux fait pitié. Que voulez-vous de plus ? tout se paye. (R.)

1024- ROI, MOSAUQUE, PT.ISCE, POTESTAT, EMPERECK.

Roi) qui régit , qui dirige , qui guide.

Monargue j selon l'étymologie grecque, qui gouverne seul.

Prince y qui est le premier en tète , le chef.

Potentat, qui a une grande puissance , qui a le pouvoir sur un pays étendu.

Empereur, qui commande , qui se fait obéir. Les Latins ont dit imper, imperator. Ce nom ne désignoit chez eux qu'un chef militaire, un général. Les empereurs romains furent beaucoup mieux nommés qu'on ne le pcnsoit ; car leur gouvernement fut en effet purement militaire.

Le mot roi désigne la fonction ou 1 office : cet office est de diriger, de conduire. Monargue désigne le genre de gouvernement : ce genre est H monai-chie , le gouvernement d'un seul. Potentat désigne la puissance : celte puissance est la l'éunion des forces d'un grand État. Prince désigne le iMug : ce rang est le premier . ou celui de chef. Empereur désigne la charge ou l'autorité : cette autorité est le droit de commander.

Un roi n est point monanjue, si les pouvoirs politiques sont partagés ; il y avoit deux rois à Lacédémone ,et son gouvernement n'étoit point monarchigue. Un monargue n'est guère appelé, dans le st', le vulgaire, un potentat, s'il n a une grande puissance relative. Le peuple est le prince dans la démocratie.

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