SATISFAIT
dans le contentement : il seroit le bonheur, s'il duroit toujours.,
I03l8. SATISFAIT, CONTENT.
On est satisfait quand on a obtenu ce que l'on souhaitoit. On est content lorsqu'on ne souhaite plus.
Il arrive souvent qu'après s'être satisfait, on n'en est paà plus content.
La possession doit toujours nous rendre satisfaits ; mais il n'j a que le goût de ce que nous possédons qui puisse nOttS rendre contents. (G.)
i03g. SAUVAGE, FAROrCHE.
Snuvage est le latin silvaticus, qui appartient aux bois : du latin silva, bois; en vieux français selve. Les bois sont des lieux incultes, ainsi que leurs productions. Une plante s'appelle sauvage, lorsqu elle vient sans culture : un pajs inculte et inhabité est sauvage : un animal e?,t sauvage , qui Vit solitaire et cherche les bois : on appelle sauvages les peuples qui, n'étant point civilisés et attachés à la terre , errent et vivent à la manière des bêtes : une personne qui âiit la société et qui n'en a pas les manières , est sauvage.
Farouche, en latin férus, emporte l'idée de brutalité, de dureté, de cruauté même, ainsi que de la fierté : Hippoljte est fer, et même un peu farouche. Farouche ne se dit donc que des animaux qui, s'ils attaquoient, s'ils poursuivoient , s'ils déchiroient, s'ils dévoroient , seroient /ëroce^.
Ainsi , un objet est sauvage par défaut de culture : un animal est farouche par un vice d'humeur. Le sauvage seroit farouche, s'il avoit dans le caractère et dans les mœurs de la rudesse, de la dureté , de la brutalité, de l'inflexibilité.
Apprivoisez l'animal sauvage, il deviendra domestique. Domptez l'animal farouche, il paroîtra soumis.
L'homme sauvage évite la société, parce qu'il la craint: l'homme farouche la repousse, parce qu'il ne 4'aime pas. Celui-ci n'est pas sociable; celui-là n'est pas social, si je puis parler ainsi.
Le sauvage est dans la société comme l'oiseau dans la volière; il s'v agite d'abord, mais il s'y accoutume. Le farouche
est dans la société comme l'animal intraitable dans les chaînes ; il s'en irrite d'abord , mais à la tîn il les supporte.
Le vrai misanthrope , celui qui haïroit les hommes , seroit plus que farouche : sauvage comme une bête féroce , il seroit naturellement en guerre avec le genre humain. Celui qui ne hait que les vices n'est farouche que pour votre société corrompue : voyez s'il est sauvage avec les gens de bien!
Souvent, dit un orateur, dans la solitude on contracte une humeur sauvage : à force d être loin des hommes, ou oublie l'humanité. Un extérieur négligé marque souvent, selon l'observation d'un moraliste, un mérite orgueilleux et farouche : on se met dédaigneusement au-dessous des autres pour être mis fort au-dessus.
L'innocence naturellement timide, délicate, timorée , facile à s'alarmer, paroitra sauvage : mais qu'entendez-vous par une vertu farouche? Ce n'est jamais la vertu qui est farouche^, c'est l'homme qui n'est pas assez vertueux.
Il j a une sorte d'humeur capi'icieuse et sauvage qu'on aime assez , et qui quelquefois tient lieu de méiite. Il y a une sorte d'humeur et de franchise farouches qu'on estime et qu'on ne peut pas souffrir.
Un pays est sauvage où les bêtes font trembler les hommes, ou les mauvaises plantes étouffent le bon grain, où les grands mangent les petits , où les productions sont dévorées par les insectes, où la corruption se répand, comme l'air, de tous les points.
La politique est farouche lorsqu'elle divise les peuples , qu'elle élève entre eux des barrières, qu'elle détruit la communication naturelle des secours, qu'elle rompt les liens de la société universelle , et qu'elle vous fait traiter vos amis comme s'ils dévoient être un jour vos ennemis , ou plutôt comme s'ils n'étoient que des ennemis cachés. (R.)
lO^O. SAVA,îyT HOMME, HOMME SAVAST.
Le mot de savant homme marque seulement une mémoire remplie de beaucoup de choses apprises par le moyen de letade et du travail; au lieu que le mot à'habUe homme encbéiit sur cela; il suppose cette science, et ajoute un génie
élevé, un esprit solide, un jugement profond, un discernement étendu.
Un homme né avec un esprit médiocre peut devenir savant par l'étude et par le tiavail, mais non pas habile homme j paice qu'il trouvera bien dans les livres de quoi remplir sa mémoire, mais non pas de quoi élever la bassesse de son génie, et fortifier la foiblesse de son jugement. (Andi-y de Boisregard. Réflexions iur l'usage présent de ta Langue française, tom. I.)
Nos grammairiens observent qu'il est une classe d'adjectifs qui ont le piivilége de se placer devant ou après leurs substantifs , tandis que les autres n'ont qu'une place déterminée , les uns après , et c'est l'oidre commun ; les autres devant , et c'est une exception particulière.
Les adjectifs piivUégîés sont en assez grand nombre. Nous disons également homme savant et savant homme ; habite ouvri,er, ouvrier habite; ami véritable, véritable ami } regards tendres, tendres regards; suprême intelligence, intelligence suprême; savoir profond, profond savoir; malheureuse affaire , apiire malheureuse, etc.
La manière de placer ces adjectifs produit-elle quelque différence dans le sens de la chose ou la valeur de la locution? Quelle seroit cette différence ? Ce sujet mériteroit d'être traité par nos bons grammairiens : je vais tâcher de suppléer à leur explication. L'explication d'un exemple donnera l'intelligence de tous les autres. J'ai pris, sans choix, savant homme et homme savant pour mon texte.
Cette position de l'adjectif devant ou après te substantif, dit du Marsais , est si peu indifférente, quelle change quelquefois entièrement lavaleurdu substantif, ou plutôt celle de l'adjectif, comme ces propres exemples le prouvent. Mais il nous Suffît qu'elle opère un changement d'idée et de sens.
Cet habile grammairien, M. Beauzée, M. de Wailli , etc., après nos anciens maîtres , ont recueilli beaucoup d'exemples sensibles et utiles de cet effet remarquable. J'en rapporterai quelques-uns , non pour expliquer des différences dé'fa. connues, qui forment des sens étrangers l'un à l'autre, mais pour prouver que la différente position des adjectifs est une raison naturelle et suffisante de soupçonner que cette diffévenc^ en
met une réelle dans de3 locutions qui paroissent identiques. De ce que plaisant, mis devant ou après le substantif homme, a deux sens opposés , je crois être en droit d'inférer que *avant, mis après ou devant le même substantif, pourroit bien , sans perdre son idée essentielle , se charger de nuances différentes.
Un honnête homme et un homme honnête sont , dan^ l'usage ordinaire, deux hommes différents; celui-ci a l'honnêteté des manières et des procédés ; l'autre celle dea moeurs et de l'âme.
Un galant homme est un homme honnête, franc, loyal t un homme galant est un homme adonné à la galanterie , attentif auprès des femmes , leur courtisan ; et très-souvent un galant homme n'est pas homme galant.
Un homme brave a du cœur; un brave homme, de la probité; des vertus , des qualités sociales.
Le haut ton est arrogant ; le ton haut est élevé.
Le grand air est l'imitation des manières des grands : Tait grand est la physionomie qui annonce de grandes qualités.
Une fausse corde, suivant l'Académie, n'est pas montée au ton convenable; et une corde fausse ne peut jamais s'accorder avec une autre.
Un taureau furieux est en furie; un furieux taureau est d'une grandeur énorme.
Un nouvel habit, dit l'Académie, est un habit différent d'un autre qu'on vient de quitter; un habit nouveau, un habit d'une nouvelle mode; un habit neuf, un habit qui n'a point servi ou qui n'a que peu servi.
TJ ne fausse porte est une porte secrète; une porte fausse es\ txix simulacre de porte,
Cléon , lorsque vous nous brave»
En démontant votre figure, Vous n'avez pas Yair mauvais (redoutable) , fe vous Jure ; C'est mauvais (^vilainj air que vous ayez.
Vous parlez en termes propres ou convenables : vous répétez les propres termes de quelqu'un , ou ses mêmes termes.
Liuière, voyant ensemble Chapelain et Patru , disoit que le premier étoit un pauvre auteur, et l'autre un auteur pauvre.
L'hemme pauvre manque de biens : le paui're homme est un objet de mépris ou de compassion.
C'est pour marquer de la pitié, ou pour en exciter, que nous disons de V homme pauvre : ce pauvre homme!
Cet exemple prouve que , sans perdre son véritable sens , l'adjectif, placé devant le substantif, prend une nuance particulière et même une nouvelle couleur. Expliquons les effets de cet arrangement , en appliquant nos réflexions aux termes qui nous servent de texte.
jo Lorsque vous dites un savant homme , vous supposez que cet homme est savant; et lorsque vous dites un homme savant, vous assurez qu'il l'est. Dans le premier cas, vous lui donnez la qualification par laquelle il est distingué ; dans Je second, celle par laquelle vous voulez le faire distinguer, lia , sa science est hors de doute ; ici , vous voulez la faire connoître.
Si un homme est renommé par sa science , on si vous venez de parler de sa science éminente , vous direz plutôt ce savant homme : sinon vous direz plutôt cet homme savant ou qui est savant. Après que vous aurez parlé des émotions qu'une mère éprouve à la vue de son enfant, vous direz ses tendres regards plutôt que ses regards tendres. Les regards d'une mère émue sont nécessairement tendres , et c'est ce que vous exprimez par tendres regards- mais lorsque la qualité des regards n'est point déterminée, vous la distinguez en mettant après le sujet, l'épithète de tendre,
2" L'adjectif préposé est à l'égard du substantif comme le pronom à l'égard du nom; son idi.ée devient idée principale, essentielle, caractéristique, inséparable de celle du substantif , de manière que des deux idées et des deux mots , il semble ne résulter qu'une idée complète et un mot composé. L'adjectif postposé, au contraire, n'est jamais au substantif que comme l'accident à l'égard de la substance ; son idée n'est qu'accessoire , secondaire , indicative , et susceptible d'une suite de modifications différentes qui présentent divers points de vue de l'objet. Dans le savant homme, vous considérez surtout, et vous présentez \ homme comme savant- aussi cette construction ne soulTre-t-elle guère de qualifications subséquentes :
SAVANT HOMME. 36y
âansl homme savant, vous remarquez et vous faites remarcfuer la science sans y attacher votre discours et votre attention; aussi cette toui'nure admet-elle souvent uue suite d'épithètes diverses, étrangères à celle-là.
J'appelle Démosthènes un étofjuent orateur, si je veux traiter de son talent et de son génie -, et cette idée caractéristique raccompagnera dans la suite de mon discours : je l'appellerai orateur éloquent, si mon dessein n'est que de détailler ses qualités particulières, et il se présentera successivement sous différentes faces.
Rarement ajouterez-vous d'autres épithètes , lorsque vous en aurez placé une de la première faron ; elle semble tout absorber ou tout exclure : vous en ajouterez tan^ qu'il vous plaira, lorsque l'adjectif suivra le substantif; ce n'est point alors une idée exclusive ou dominante par sa positioo ; vous dites c'est un excellent ouvrage, sans addition : vous direz c'est un ouvrage excellent, profond, lumineux. Comment se sont formés tant de mots composés d'un adjectif et d*tin substantif , encore bien distingués l'un de l'autre; tels que petit-malirê ^ gentil-homme , sage-femme-j. si c^ n'est parce que la position des adjectifs les rendoicnt caractéristiques et singulièrement propres à faire corps avec !« substantif?
J" L idée de l'adjectif suivi du substantif est si bien dominante, caractéristique, et en quelque sorte nécessaire au sujet, que vous rendrez quelquefois 1 idée totale de l'expression par l'adjectif seul , lorsque la langue permettra de l'employer substantivement ,- tandis qu'elle n'aura pas la même propriété s'il ne paroit qu'à la suite. Un savant homme est un savant; un homme savantn est que savant. La première expression indique spécificativement une classe, une espèce particulière d'hommei à laquelle appartient celui-là , les savants : la seconde ne fait qu'attribuer une qualité individuelle qui distingue un homme de plusieurs autres. Il résulte de-là que le savant homme possède la science ou le savoir, et que \ homme savant a du savoir ou de la science ; et cette différence €st tranchante.
En disant un triste accident, une malheureuse aventure, une fâcheuse affaire, vous distinguez l'espèce d affaire, d'aventure, d'accident; car il y a des accidents heureux, des aventure*
3yo SAVANT HOMME.
agréables , des affaires utiles , etc. Mais en disant un accident triste, vous désignez seulement la circonstance <jui le rend désagréable à la personne.
4" Il n'est personne qui ne sente combien l'adjectif devant le substantif est expressif et énergique., Aussi , lorsque vous voudiez vous exprimer avec force , avec enthousiasme , avec le ton de l'affirmation, de l'horreur, de l'indignation, de la douleur, de la passion enfin, vous direz tout naturellement et sans recherche : c'est un sot animât, a mon avis , que l'homme ; le plus horrible aspect, c'est l'aspect du méchant : descends du haut des cieux, auguste vérité : la prison la plus belle est un affreux séjour : le farouche aspect des fiers ravisseurs de Junie relève de ses yeux les timides douceurs : frêles machines que nous sommes I un rien peut nous détruire. Remarquez que souvent , pour donner à l'adjectif qui si\it la même force qu'à celui qui précède le substantif, vous êtes obligé de le relever par quelque augmentatif : une jolie maison équivaut à une maison fort jolie ; une belle situation, à une situation bien belle ^ uiîe dure nécessité, à une nécessité fort dure, etc. L'adjectif préposé prend un sens plein çt abgçlu.
o" La poésie se servira par pi-éférence de la première de ces constructions , et parce qu'elle est moins commune , et parce qu'elle est plus expressive , plus animée , plus pittoresque, et parce que la versification devient foibie et lâche si elle laisse souvent tomber le sens , le vers , la phrase , sur une épithète , etc.
6" Le choix est encore quelquefois déterminé par des considéiations particulières. Par exemple, nous souffrirons vaillant héros , i^aree que l'idée la plus foibie, celle de vaillant, va se perfectionner, se confondre, se perdre dans celle de héros : nous supporterions difficilement celle de héros vaillant, où l'adjectif n'est pas rehaussé par un terme de comparaison ; parce que l'idée de héros renfei'me celle de vaillant, et que l'idée de vaillant est au-dessous de celle de héros.
Mais c'est l'oreille surtout qui ordonne la disposition du sujet et des épithètes versatiles. L'euphonie nous fait la loi , et souvent elle nous force à nous écarter de la règle : de-là une foule d'exceptions qui semblentJa combattre , et qui la
SAVOUllEIJX. 371
échappoit. Nous dirons donc, pour plaire à l'oreille, habile avocat plutôt cpi' avocat habite ; affaire grave, et non qrave affaire; bonne personne, plutôt que personne bonne; hautes pensées, mieux que des pensées hautes; lieu charmant, et non charmant lieu, etc. Nous évitons surtout le repos sur les monosyllabes, ainsi que Ifes bâillements, le choc des syllabes rudes. (R.)
lO^I. SAVOUnEUX, SUCCULENT.
Savoureux , qui a beaucoup de saveur, un très-bon goût ; succulent, qui est plein de suc et très-nourrissant. Ainsi le mot savoureux exprime la propriété du corps relative au sens du goût; et le mot succulent, la nature de l'aliment et sa propriété nutritive. Je dis la nature de l'aliment ; car succulent ne s'applique qu'aux viandes, aux mets, aux potages, etc.; au lieu que tout corps peut être appelé savoureux dès qu'il a du goût. Un mets succulent est sans doute savoureux; mais il y a beaucoup de mets savoureux qui ne sont nullement succulents.
Un bon rôti sera tout à la fois succulent et savoureux : les champignons sont savoureux sans être succulents. Artaxerxès Momnon , réduit , en fuyant, à manger du pain d'orge et des figues sèches , ne put s'empêcher de reconnoître qu'il n'avoit jusqTi'alors rien goûté de si savoureux, et ce repas n'étoit point succulent.
Est - ce à f^jrce de se nourrir de mets succulents qu'on oul)lie le mot savoureux, et qu'on substitue sans cesse le premier de ces mots au second, pour désigner le goût exquis d'un aliment ?
II faut à un convalescent une nourriture succulente, mais modique . pour restaurer ses forces. A un homme blasé il faut des jus, des coulis, des essences, des épices , tout ce qu'il y a de plus succulent et de plus iiritant , pour qu'il y trouve quoique chose de savoureux.
Des mets simples , mais savoureux, voilà, selon la nature, la bonne chère : ils sont toujours asseï succulents pour vous nourrir comme elle le demande.
Insipide est le contraire de savoureux. Ce qui est sec om \>lutôt desséché «st opposé à c« qui est succulent. (H.)
37a SECOURIR.
1042. SECOURIR, AIDER, ASSISTEH.
Je n'ai pas trouvé dans l'abbé Girard ce que je cherchois sur ces termes intéi-essants pour moi.
On dit secourir dans le danger , aider dans la peine , assister dans le besoin. Le premier part d'un sentiment de générosité ; le second, d'un sentiment d^humanité ; le troisième, d'un mouvement de compassion.
<c On va au secours dans un combat : on aide à porter un fardeau : on assiste les pauvres. »
Secourir^ latin succurrere ^ composé de currere , courir an secours de quelqu'un, le relever, le soutenir, le défendre, le tirer de la presse, etc. Sans la valeur littérale du mot , vous n'en donnerez qu'une idée vague et commune à ses divers synonymes.
Aider, latin ad'^uvare ,a.]0\xte\' , addere , ou plutôt joindre ses forces à celles d'un autre , le seconder, le servir.
Assister, latin assistera ou adesse , être présent ou près, s'arrêter ou rester auprès de quelqu'un, veiller sur lui, pourvoir à ses besoins : ce mot est pris dans cette dernière acception.
Ainsi, suivant le sens littéral , vous courez pour secourir; vous prêtez la main, des forces pour aider; vous voas arrêtez , vous vous tenez en présence pour assister.
Je vois dans le mot secourir le grand empressement, l'extrême diligence de l'action . soit que le zèle vous emporte , soit que la nécessité soit urgente : dans le mot aider, l'action propre de seconder, ou de partager le travail d'autrui et de' le soulager,- dans le mot assister, le désir de connoître les besoins de quelqu'un , et d'y remédier autant qu'il est en vous. Le iécouri est bienfaisant et salutaire; l'aide est auxiliaire et utile ; l'assistance est effective et tutélaire.
Ce sera donc au puissant a secourir l'infortuné : s'il est homme et généreux, il le fera. Ce sera surtout au fort à aider le foible : il Je fera, s'il est bon et officieux. Ce sera surtout au riche à assister le pauvre : il le fera de grand cœur, s il est sensible et charitable.
Il est beau de secourir un ennemi ; c'est une glorieuse manière d'en triompher. Il est doux d'aider l'âge et le sexe foi-
secrï:t£meîs^t.. 373
l)Us • vous vous laites une famille de la veuve et de l'orphelin. 11 est méritoire d'assister 1 homme de bien ; toutes ses bonnes œuvres seront à vous. (R.)
. L'action de secourir suppose un danger imminent; c'est la célérité, le courage qui la caractérisent. L'œil, l'esprit et la main agissent ; c'est à la mort , au péril , à la douleur, c'est au mallieur qu'on vous arrache.
Aider suppose un partage de forces et de moyens. On aide le foible; ce n'est pas la main protectrice du secours, c'est la force agissante qui allège.
Assister suppose la présence du besoin ; ce n'est pas la main active du secours , ce n'est pas le partage de vos maux , c'est la main bienfaisante qu'on vous tend.
On secourt dans le danger, on vous y arrache ; on aide à la foiblesse , on partage ses maux et ses travaux ; ou assiste dans le besoin, on soulage. (Anon.)
10^3. SECnkTE.MENT , EN SECRET.
J'ai dit, à l'article des adverbes et des flirtiscs ad^'erbiales , que l'adverbe exprimoit une qualité distinctive de l'action énoncée par le verbe; et la phrase adverbiale, une circonstance particulière de l'action; de manière que secrètement doit marquer une action secrète, cachée, mystérieuse , insensible ^ et en secret, quelque particularité secrète de l'action. Or, en secret signifie proprement dans un lieu secret, ou du moins à part ou en particulier, tout bas ; en sorte qu'il y a quelque chose de caché , de secret dans l'action que vous faites. Ce que vous faites secrètement, vous le faites à l'insu de tout le monde , de manière que votre action est absolument ignorée : ce que vous faites en secret, vous le faites en particulier, en sorte que la chose se passe sans témoins.
Vous faites en secret beaucoup d'actions naturelles et légitimes que la bienséance ne permet pas de faire devant tout le monde; mais vous ne les faites pas secrètement, car vous no vous en cachez pas , et tout le monde peut savoir ce que yous faites.
Dans votre cabinet , vous traitez en secret d'une affair<' ; mais vous n'en traitez pas secrètement , si l'affaire n'est pas un
D et. des Svttonjiues. II. 32