SELON, SUIVANT
L'abbé Girard, dans ses Principes de la Langue française 3 distingue ainsi ces deux synonymes.
38o SELON.
« Ces deux propositions unissent par conformité ou par convenance , avec cette diflfe'rence que suivant dit une conformité plus indispensable , regardant la pratique ; et selon, une simple convenance , souvent d'opinion.
« Le chrétien se conduit suivant les maximes de l'Évangile. Je répondrai à mes critiques , selon les objections qu'ils feront. »
On dira également : Le vrai chrétien se conduit selon les maximes de f Évangile ; et je répondrai à mes critiifues , suivant leurs objections. On dit également agir selon ou suivant les occurrences ; et l'on répond même quelquefois sans régime , selon : on dit de même selon et suivant l'opinion d'un tel. Un homme selon le cœur de Dieu n'est pas tel par convenance seulement : il n'y a pas une nécessité indispensable a raisonner , suivant l'opinion d'Aristote. Ainsi la décision de l'auteur est absolument dénuée de toute preuve , et généi'alement démentie par l'usage. A la vérité , je ne connois point de synonymes plus indistinctement employés que ceux-là.
Je n'ai rien de positif à dire sur l'origine du mot selon ; car je ne crois pas qu'il vienne, comme on le dit, du latin secundhm, par la raison que la lettre c ou cf , essentielle et caractéristique dans ce mot, ne se transforme point en /, et que nous aurions plutôt dit second.
Quant au mot suivant, l'origine en est manifeste : nous avons fait àe suivre , suivant, comme les Latins, de secjui, secundlim.
Bouhours dit que des personnes délicates n'aimoient point le mot suivant, à cause de sa ressemblance avec le participe du verbe suivre. C'est le participe même changé en préposition.
Ainsi la préposition jutVa/if signifie en suivant , pour suivre , si l'on suit, etc. : il exprime Faction de parler ou d'agir après ou d'après une suite, une conséquence. 5e/on revient aux mots ou aux différentes manièies de parler, ainsi que , comme, à ce que , conformément à ce que , etc. Selon Aristote , c'est-àdire , à ce que dit , ainsi que le dit Aristote : selon votre volonté , comme vous voudrez : soit fait ainsi ou selon qu'il est requis.
On dit selon l'hébreu, selon la vuîgate, selon Its se2>tante,
SELON. 38i
selon le texte samaritain , lorsqu'il s'agit de citer un de ces textes. S'il étoit question d'eh suivre l'un ou l'autre, su'wanl seroit bien dit.
Je dirois plutôt selon saint Thomas , selon Scot, pour cit> r les auteurs et les autorités; et suivant la doctrine de saint Thomas , suivant la doctrine de Scot , parce qu'en effet on dit suivre la doctrine , et que c'est dans ce sens qu'on dit suivre un auteur.
Il paroit., par des exemples familiers, que selon exprime quelque chose de plus fort, de plus déterminé, de plus positif de plus absolu que suivant : aussi désigne-t-il mieux une autoritéune règle à laquelle il faut obéir, se conformer; tandis que suivant laisse plus de liberté et d'incertitude. Il s'en faut donc bien que suivant marque la nécessité indispensabl;e , et selon une simple convenance.
J'agis selon vos ordres , quand je les exécute; j agis suivant VOS ordres , quand je les suis. A proprement parler , je suis un conseil , et j'obéis à un ordre. J'sgis sçloa les OCCUll'Cr.CCS , selon qu'elles l'exigent, le permettent, l'ordonnent. J'agis suivant les occurrences, suivant qu'elles me fournissent des raisons , des motifs, des mojens propres à m'engager.
Suivant Dieu n'auroit certainement pas la même force que selon Dieu. Selon Dieu marque la volonté, l'ordre, le jugement absolu de Dieu. Suivant Dieu ne désigneroit, en jquelque sorte, qu'une simple pensée, qu'une voie tracée par jDieu lui-même.
Ainsi , je dis plutôt selon Bossuct, selon Pascal, selon l'Aca- 'démie, lorsque j'adopte les pensées de ces auteurs , lorsque ;je m'appuie de leur autorité. Je dirai plutôt suivant Ménao-e , \suivant l'abbé Girard, suivant quelques Grammairiens, quand ije ne prends peint de parti, ou quand je prends un parti conjtraire. J'ai observé que selon équivaut à ainsi fjue , comme- et q^ue suivant signifie en suivant ou si l'on suit.
Je me détermine selon ma volonté, parce qu'elle est ma volonté. J'opine suivant votre avis , parce que mon esprit juge convenable de l'embrasser.
Nous mourrons tous, selon la loi de la nature; c'est une lécessité inévitable. Un jeune homme doit survivre à un iricillard , suivant le cours ordinaire de la nature.
âa^ SEMBLER.
Oa vit moralement, selon la règle, ou suivant les exem-; pies.
Tous vous comporterez je/on votre devoir; il vous oblige. Vous vous en détournez suivant les exemples d'autrui ; ils vous! engagent. (R.)
1049. SEMBLXH, PARoItRE.
Sembler signifie paraître d'une telle manière. Une chose parait dès qu'elle se montre : mais un objet semble beau lorsqu'il paraît l'être. Paraître n'est synonyme de sembler que quand il. marque l'apparence d'être tel.
Un objet 5e/n6/e et paroU beau, bon , agréable. Il semble tel' par des trait,s ou des formes de bonté , de beauté, d'agrément ; il paraît tel par les apparences , les dehors de l'agrément , de la bonté , de la beauté. La chose vous semble telle par la comparaison que vous en faites avec le modèle , le type , l'idée que vous avez du beau , du bon et de l'agiéable : elle vous paroft telle à l'aspect, &elon qu'elle vous affecte, par le genre d'impiession qu'elle fait sur vous. Ce qui vous semble bon l'cssemble à ce qui est bon : ce qui vous paraît ban a l'air de l'être. La ressemblance a rappoi-t à la différence ; l'apparence, a la réalité. Ce qui vous semble pourroit bien n'être pas tel que vou$ le croyez : ce qui vous paraît pourroit bien ne pas être en effet ce que vous croyez.
Un ouvrage vous semble bien fait, lorsque après quelque exafiien vous le trouvez conforme aux règles de l'art : il vous paraissait bien fait, lorsque vous n'y aviez encore jeté qu'un coup-d œil. Vous jugiez de l'ouvrage qui vous paraissait tel, Sur les apparences et superficiellement : vous en jugez ensuite, pour qu'il vous semble tel , par des traits de compaxaison , et avec quelque réflexion.
Si l'objet qui vous semble tel ne l'est pas, vous lavez mal TU, vous l'avez mal jugé, vous vous êtes trompé. Si l'objet qui vous paraissait tel ne l'est pas , vous ne l'aviez pas asse» considéré , vous ne l'aviez point approfondi , les apparences vous ont trompé.
vNous avons un penchant presque invincible à croire que les choses sont telles qu'elles nous paroissent être d'abord ; et avec cette préoccupation , il airive assez natuiellement qu'elles
StrMEtt. 385
nous semblent être telles <jue nous désirons qu'elles soient. L'esprit est prompt, la chair est foible.
Il faut encore savoir gré à ceux qui, n'étant pas Iionnète^ gens, veulent le paroUre : ils semblent avoir de la pudeur, et lë respect humain les retient.
On dit impersomiellement, il paraît, i\ me paroU, ilseinble, il me semble. La difle'rence est toujours la même. II me paraît ne désigne que les impressions faites par les apparences ou de simples conjectures tirées de ces dehors spécieux : il me semble annonce plus de persuasion et des jugements fondés sur quel- -ques motifs qui ont au moins une apparence de raison^
La modestie, la circonspection, disent il paraît , il me parait. La politesse dit (7 semble, il me sembte , et la raison le dfvoit bien plus souvent encore.
La preuve que sembler marque une sorte de réflexion , de persuasion, de raison, toutefois mêlée de doute ou de crainte, c'est qu'il signifie souvent croire et juger', comme dans ces phrases : il semble à beaucoup de gens inutiles qu'on ne sauroit se passer d'eux; que vous 5em6/e de ces ennemis réconciliés ou de ces rivales amies? A la plupart des gens qui vous demandent des avis , il n'y a qu'un mot à dire : Faites ce que bon vous semble. Paraître n'est point de ce style. (R.)
1000. SEMER, ENSEMENCEn.
Semer si rapport au grain ; c'est le blé qu'on sème dans le
champ. Ensemencer a rapport à la terre ; c'est le champ qu'on
ensemence de blé. Le premier de ces mots a une signification
plus étendue et plus vaste ; on s'en sert h l'égard de toutes
' sortes de gi-ains ou de graines , et dans toutes sortes de ter-
i rains. Le second a un sens plus particulier et plus restreint ;
I on ne s'en sert qu'à l'égard des grandes pièces de terre pré-
' parées par le labourage. Ainsi l'on sème dans ses terres et
' dans ses jardins ; mais l'on n'ensemence que ses terres , et non
' ses jardins.
j On dit , dans le sens figuré , semer de l'argent , semer la paf rôle : ensemencer n'est jamais employé que dans le sens propre ! et littéral.
I L âge viril ne produit point des fruits de science et de sn- I gesse, st les principes n'en ont été semés dans le temps de