‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 381 sur 494 · SE.^SIBLE · texte numérisé non relu

SE.^SIBLE

la jeunesse. C'est en semant de l'aigent à propos qu'on peut plus aisément venir à bout de ses projets. En vain l'on ensemence son champ , si le ciel ny répand ses fécondes influences. (G.)

Io5'I. SENSIBLE, TENDRE.

Sensible, capable de faire des impressions sur les sens, ou de recevoir ces impressions. Une chose qui s'aperçoit par le sens ou par la raison est sensible dans la première acception ; un objet qui est susceptible de sensation ou de jugement l'est dans la seconde. Tendre, le contraire de dur, qui est facile à couper, à pénétrer, à affecter : on connoît une viande tendre-, une vue tendre , un âge tendre.

Dans le sens moral , qu'il s'agit ici de considérer, ces termes expriment l'attribut d'un cœur susceptible d'impressions et d'affections relatives et favorables à autrui.

Un cœur est sensible par une disposition naturelle à s'affecter de tout ce qui intéresse l'humanité, et à s'y intéresser : un eœur est tendre par une qualité particulière qui lui inspire les sentiments les plus affectueux de la nature , et leur imprime ce qu'ils ont de plus touchant.

La sensibilité , d'abord passive j attend l'occasion de se dé^ velopper; il faut l'exciter : la tendresse, active par elle-même , cherche les occasions de se développer; elle nous excite. On s'attache un cœur sensible : un cœur tendre s'attache de luimême.

La sensibilité est un feu électrique que le fi'ottcment met en activité jusqu'à lui faire produire les plus grands effets. La tendresse est un feu vivifiant et brûlant qui échauffe l'âme et les actions d'une chaleur douce et pénétrante, propre à se communiquer, et capable de s'élev.'r jusqu'au plus haut degré d'intensité.

La sensibilité dispose à la tendresse : la tendresse exalte la sensibilité. Un eœur sensible aimera; un cœur tendre aime : il ne sait peut-êt:o pas encore ce qu'il aime , il aime l'humanité.

L'homme sensible a surtout le cœur ouvert à la pitié . à la clémence , à la miséricorde , à la reconnoissance , à tous les sentiments qui nous portent à vouloir du bien aux autres Cl II leur en faire. L'homme tendre a s-jvîoul dan? le cœur le

germe des affections les pliis actives, les plus vives^ les plus oénéreuses, l'amour, l'amitié, la bienfaisance, la charité, toutes les passions qui nous font exister pour les autres et dans les autres.

La sensibilité est une source de vertus j la tendresse est la source et le charme de toutes les vertus. La tendresse perfectionne tout ce que la sensibilité produit : vous étic2 bon , vous îcicz bienfaisant; vous étiez bienfaisant, vous serez généi-eux; les peines et les plaisirs d'autrui vous affectoient , ils deviennent les vôtres.

Ehl quel charme la tendresse répand sur toutes les actions qu'inspirent la sensibilité et les autres vertus de ce genre ! La sensibilité soulage celui qui souffre ; la tendresse fait plus , elle le console. L'homme sensible porte et administre des secours : l'homme tendre porte et administre ces secours avec ce regard tendre, cette voix tendre, ces pleurs tendres, qui pénètrent jusqu'au fond du coeur, et le rappellent à la joie. L'homme sensible fiait des sacrifices : l'homme tendre semble jouir de t!jux qu'il fait, et recevoir ce qu il donne. (R. )

loSa. SEÏTIMEST, AVIS, OPINIOS.

<( Il y a, <lit l'abbé Girard, un sens général qui rend ces mots synonymes, lorsqu'il est question de conseiller ou de juger; mais le premier a plus de rapport à la délibération, on dit son sentiment; le second en a davantage à la décision, ou donne son aiùs; le troisième en a un particulier à la formalité de judicature , on va aux opinions.

« Le sentiment emporte toujours dans son idée celle de sincérité, c'est-à-dire une conformité avec ce qu'on croit intérieurement, h'avis ne suppose pas toujours rigoureusement cette sincérité; il n'est précisément qu'un témoignage en faveur d'un parti. L'opinion renferme l'idée d'un suffrage donné en concours de pluralité de voix.

« Il peut y avoir des occasions où un juge soit obligé de donner son avis contra son sentiment, et de se conformer aux opinions de sa compagnie. »

Il me semble que. dans le geaire délibératif et judiciaire, le sentiment est l'opnion que VOUS avez prise , ou le jugement

Eict. des Synonymes. II. 33

que vous portez en vous-même sur les choses mises en délibét-ation; l'avis, la suite que vous donnez à ce sentiment , ou la conséquence que vous en tirez sur le paiti qu'il faut pi-endre , ou la décision qu'il faut rendre touchant l'objet de la délibération; l'opinion, la voix ou le vœu définitif que vous donnez pour la décision de l'affaire.

Vous exp£)sez votre sentiment et vos motifs ; cette exposition vous mène à une conclusion, à un avis: et ¥Ous opinez pour la décision ou le jugement.

Je n'entends pas ce que l'auteur veut dire à l'égard de la sincérité du sentiment et de l'avis. Certes , mon sentiment intérieur est sincère ; mais si je voulois avoir un avis contraire à ce sentiment, il faudroit bien que j'affectasse un sentiment contraire, sous peine de les mettre manifestement en contradiction l'un avec l'autre. Je ne comprends pas davantage comment un juge peut donner un avis contre son sentiment, Cfuoique obligé de se conformer à l'opinion définitive de sa compagnie. Sans doute un particulier peut et doitmcme souvent soumettre son sent'iment, son avis, a celui des autres : un juge est en effet naturellement soumis au sentiment, a l'avis du plus grand nombre ; mais , comme juge , et dans la discussion des droits et"^es intérêts des citoyens , il faut que sa conscience conforme toujours son avis à son sentiment, qu'il ne doit jamais trahir; et si sa conscience étoit contraire à la loi elle-même , il ne pourroit opiner ni contre la loi , ni contre sa conscience ; il s'abstiendroit de juger, parce qu'il ne peut juger que selon la loi . et qu'il ne doit pas juger contre sa conscience.

Cette application des termes , i-elative à l'ordre judiciaire , nous laisse à désirer leur différence généiale. L'abbé Girard recherche cette différence à l'égard du sentiment et de l'opinion, en j joignant la pensée au lieu de l'avis. Votj. l'axX suivant. (R.)

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