‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 382 sur 494 · I053. SENTIMENT, OPINION, PENSÉE · texte numérisé non relu

I053. SENTIMENT, OPINION, PENSÉE

Sentiment,, opinion, pensée, sont tous les trois d'usage , lorsqu'il ne s'agit que de renonciation de ces idées : en ce sens , le sentiment est plus certain ; c'est xxne crojance qu'on a par des raisons ou solides ou apparentes : l'opinion est plus

douteuse ; c'est un jugement qu'on fait avec quekjue fondement : la pensée est inoins fixe et moins assurée; elle tient de la conjecture.

On dit rejeter et soutenir un sentiment j attaqueret défendre une opinion; désapprouver et justifier une pensée.

Le mot de sentiment est plus propre en fait de goût : c'est un sentiment général qu'Homère est un excellent poète. Le mot d'opinion convient mieux en fait de science : Vopinion commune est que le soleil est au centre du monde. Le mot de pe/isée se dit plus particulièrement lorsqu'il s'agit de juger des événements, des choses, ou des actions des hommes: la pensée de quelques politiques est que le Moscovite trouveroit mieux SCS avantages du côté de l'Asie que du côté de l'Europe.

Les sentiments sont un peu soumis à l'influence du coeur; il n'est pas rare de les voir se conformer à ceux des personnes qu'on aime. Les opinions doivent beaucoup à la prévention; ii est ordinaire aiix écoliers de tenir celles de leurs maîtres. Les pensées tiennent assez de l'imagination ; on en a souvent de chimériques. (G.)

L'auteur a mieux senti la force des termes qu'il n'en a expliqué la valeur. Avec le sens primitif et essent,iel des mots , ses idées seront faciles à justifier ou à rectifier. Je m'arrête a ceux que j'ai annoncés.' Pe«see^ dans le sens à'opinion ou de sentiment, dit quelque chose de simpl« , de léger, de superficiel , qui n'a point été assez réfléchi , assez miiri , assez raisonné ; qui n^est que hasardé comme une première idée , une inspiration subite, ou une pure imagination, qui n'est, pour ainsi dire, qu'en esquisse ou en ébauche, comme on le dit dans les arts.

L'esprit a son sentiment comme le cœur, et il y tient comme le cœur au sien; c'est ce que les Latins appeloient je/ifen/ia, ce qui forme le sens particulier, la raison propre, Vopinion prise , la doctrine adoptive et ferme de chacun , sa manière propre de penser.

h'avis est proprement notre manière de voir et de viser à un but : il suppose la considération, l'examen, la réflexion, et il en est le résultat. Il porte l'instruction , et dirige les vues et les moyens. Ainsi aviser siguiûe donner un avis ou une ing-

truction : or* avise aux moyens, à ce qu'on doit faire. Un homme avisé est éclairé , circonspect , prudent, h'avis nous • enseigne donc ce qu'il convient de faire.

'L'opinion est une pensée, une idée qui plait à l'esprit , andevant de laquelle l'esprit va; qui, dans la balance, luiparoîî avoir plus de poids , mais que l'esprit n adopte pas sans crainte et avec un plein acquiescement. La certitude , dit Cicéron , appartient à la science; l'incertitude à l'o^m/oM. Lesage,ditril encore, n'a point à' opinion , car il n'adopte pas une chose incertaine ou inconnue. Si l'acquiescement de l'esprit à une vérité qu'on lui propose est accompagné de doute, c'est ce qu'on appelle opinion , dit la Logique de Port-Royal.

Le sentiment est donc une croyance dont l'esprit est pi'ofondément pénétré; la persuasion 1 inspire et le maintient. L'avis est un jugement sur ce qu'il convient de faire ; la pi-udence le suggère et le dicte. L'opinion est une pensée ou une connoissance douteuse qu'on adopte comme par pi-ovision ; la vraisemblance nous la fait agréer et soutenir jusqu'à de nouvelles lumières.

Le sentiment n'est pas en lui-mémie cex'tain ; mais chacun regarde son sentiment comme certain ; on y croit fermement.

L'avis n'est pas toujours sage ; mais celui qui le donne de bonne foi le croit tel; c'est ce qu'il trouve de plus convenable et de plus praticable. L'opinion n'est jamais que probable; mais on s'y attache insensiblement ; et il faut bien souvent se déterminer par des raisons plausibles.

Le sentiment n'est pas toujours fondé, comme on le dit, sur des raisons solides ou apparentes; il y a beaucoup de sentiments inspirés , les uns par ce sens naturel qui devroit être commun à tous les hommes , les autres par ce sens moral que nous appelons la conscience , ou par ce sens intellectuel que nous assimilons au goût , etc. ; et le peujfte , s^i ferme dans ses sentiments, n'en a guère que par éducation, par imitation , par insinuation. L'avis dépend de la réflexion, de nos lumières, de notre expérience , de notre manière de voir : aussi les avis sont-ils bien souvent partagés , et il faut tout entendre avant que de résoudre; car un sot (juelcjuefois ouvre un avis important. L'opinion doit souvent beaucoup à la prévention , j'en con-i' viens j mais elle doit bien davantage à l'intérêt secret que nous

SE]VTI'>IE^•T. 389

avons de nous attacher à l'une ou à l'autre : on a foi-t Lien dit que les oom/on5 s'introduisent souvent comme les coutumes, parla seule raison de l'exemple; que la plupart des gens, quand ils ont besoin d'une opinion'^ l'empruntent ; que la plupart de nos opinions sont celles qu'on nous a d' nnée^ , etc. ; mais il est certain qu en général , de deux, opinions probables , la plus probable est celle qui nous accommode le mieux.

Les sentiments de l'esprit se joignent avec les sentiments du cœur pour former nos principes ou nos règles particulières à lé' gard de notre manière propre de penser et d'agir. Va\>is revient à un conseil à suivre dans certains cas, avec la dif^ fcrence que le conseil se donne proprement à ceux qui nous le demandent ou qui sont sous notre direction , et qu il paroît plus engageant dans sa forme que l'avis Vopinion n'est, dans le fond , qu'une sorte de présomption et de conjecture, à laquelle nous donnons' un peu de créance ou de crédit. (K.)

loS'j. SESTIMEISX.^ SENSATION, PERCEPTIOIS,

Ces mots désignent l'impression qvie les objets font sut l'itme : mnis le sentiment va au cœur, la sensation ^'avvète au icns, et la perception s'adresse à l'esprit.

La vie la plus agréable est sans doute celle qui roule sni lies s-ntinients vifs, des sensations gracieuses et des perceptions claires : c est aimer, goûter et connoitre.

Le 5SHt/me«f étend son ressert juàques aux mœurs; il fait que nous sommes également touchés de l'honneur et de la vertu comme des autres avantages. La sensation ne va pas audelà du phvsinue; elle fait uniquement sentir ce que le mouvement des choses matérielles peut occasionner de plaisir ou de douleur par la mécanique des organes. La perception enferme dans son district les sciences et tout ce dont l'âme peut se former une image; mais ses impressions sont plus tranquilles que celles du seutinisnt et de la sensation ^ quoique pl(TS promptes.

Un homme d'esprit et de courage reçoit les honneurs, ou souffre les injures avec des sentiments bien différents de ceux d'une bcte ou d'un poltron. Quand on ne conçoit point d'autre félicité que ce] le de la vie présente, on ne travaille qu'à se procurer des seuiations gracieuses. Nous ne jugeons de la

3çio SERMENT.

composition on <3e la simplicité des objets que par le nombre

des perceptions qu'ils produisent en nous. (G.)

Page 1