‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 384 sur 494 · I056. SERMENT, VŒU · texte numérisé non relu

I056. SERMENT, VŒU

Ce sont deux actes religieux qui supposent également une promesse faite sous les yeux de Dieu, et avec invocation de son saint nom : c'est du moins l'aspect commun sous lequel on doit envisager ces deux mots , quand on les considère comme sjnonymes ; mais alors même ils ont des différences qu'il est nécessaire de remarquer. (B.)

Tout serment, proprement ainsi nommé, se rapporte principalement et directement à quelque homme auquel on le fait. Cest à l'homme qu'on s'engage par-là : on prend seulement Dieu à témoin de ce à quoi l'on s'engage , et l'on se soumet aux effets de sa vengeance , si l'on vient à violer la promesse qu'on a faite , supposé que l'engagement par lui-même n'ait rien qui le rendit illicite ou nul , s'il eût été contracté sans l'interposition du serment.

Mais le vœu est un engagement où l'on entre directement envers Dieu ; et un engagement volontaire , par lequel on s'impose à soi-même , de son pur mouvement , la nécessité de faire

SERVIABLE. Sgi

certaines choses auxquelles sans cela on n'auroit pas été tenu, au moins précisément et détermintment ; car, si l'on s'j étoit déjà indispensablement obligé^ il n'est pas besoin de s'y engager; le vœu ne lait alors que rendre l'obligation plus forte , et la violation du devoir plus criminelle j comme le manque de foi accompagné de parjure en devient plus odieux et plus digne de punition , mcme de la part des liommes.

Comme le serment est un lien accessoire, qui suppose toujours la validité de l'enî^agement auquel on l'ajoute , pour rendre les hommes envers qui l'on s'engage plus certains de notre bonne foi , dès-là qu il ne s'y trouve aucun vice qui' rende cet engagement nul ou illicite , cela suffit poxir être assuré que Di«u veut bien être pris à témoin de l'accomplissement de la promesse , parce qu'on sait certainement que l'obligation de tenir sa parole est fondée sur une des maximes évidentes de la loi naturelle dont il est l'auteur.

Mais quand il s'agit d'un i»a:-apar lequel on s'engage directement envers Dieu à certaines choses auxquelles on n'étoit point obligé d ailleurs , la nature de ces choses n'ayant rien par elle-même qui nous rende certains qu'il veut bien accepter rengagement , il faut, ou qu'il nous donne à connoître sa volonté par quelque voie extraordinaire , ou que l'on ait là-dessus des présomptions très-raisonnables, fondées sur ce qui convient aux perfections de cet être souverain. (Encycl.

TSulle puissance sur la terre ne peut délier les sujets du serment de fidélité qu'ils ont prêté à un prince, si ce n'est le prince même qui lia reçu. Tout vœu contraire à celui de la loi naturelle ou d'une loi posinve , est moins un vœu qu'un sacrilège.

« Les Israélites (dit M, Fleurjj étoient fort l'eligieux à observer leurs vœux et leurs serments. Pour les vœux, l'exemple de Jephté n'est que trop fort : pour les serments, Josué garde la promesse qu'il avoit laite aux Gabaonites , quoiqu'elle fut fondée sur une tromperie manifeste. (B.)

.loS^. SEnviABLE, OFFICIEUX, OBLIOEAUT.

Serviable, de service , servir, qui est toujours prêt à rendre service, de ces services ordinaires qxie nous nous rendons

39a SERVITUDE.

dans la société., Ce mot est familier et ne compotte pas dehautes idées.

Officieux, disposé , empresse là reaidre de bons ofiBce» , c\sti. à-dire, des services agréables et utiles, qui aident, concourent au succès de vos desseins ; des services que des sentiments et des relations particulières font regarder comme des devoirs , officia. Les Latins appeloient proprement officieux, les clients, les coui-tisans , les gens qui font leur cour, comme nous disons, qui rendent des devoirs.

'Obligeant, qui est disposé à oLliger, à rei>dre des services plus intéressants , plus importants , qui ne sont pas dus , et qui vous tient en vous obligeant à un retour, à un sentiment de bienveillance, de reconnoissance. Obliger, obligare, composé de iigare, lier tout autour, entourer de liens.

L'homme serviable est prompt et empressé à vous servir dans Toccasion , comme un serviteur l'est à l'égard d'un maître. L'homme officieux est affectueux et zélé, comme un client à l'égard de son patron. L'homme obligeant est aise et flatté de vous servir dans le besoin: il va au-devant de l'occasion pour obliger.

L'homme serviable se fait un plaisir d'être utile ; toiit ce qu'il peut par lui-même il le fait, mais il est circonscrit. L'homme officieux se lait un devoir de concoui'ir à vos désseins ;/ mais il peut être intéressé ; c'est moins quelquefois par caractère que par habitude et par combinaison. L'homme obligeant ne considère que le plaisir de vous rendre heureux.

C'est faire plaisir à l'homme serviable que de le mettre à portée de vous faire plaisir à vous-même. C'est entrer dans les vues de l'homme officieux que de réclamer ses bons offices avec confiance. C'est bien mériter de l'homme vraiment obligeant que de le trouver, par pi-éférence , '.digne de vous obliger. (R.)

I058. SEIlVITrDÊ , tSCLÀVAGE»

Il sufEt d'onvrir l'Esprit des Lois pour se convaincre que ces mots sont ordinairement employés l'un ef l'autre avec le même sens strict jusque dans le genre dognwtique. ^ous tenons des Romains le mot servitude, et vraisemblablement dc«v peuples du Kosd , celui d'esclavage , sanjs que l'un ait fait né-

SERVITUDE. 3s3

gligev l'autre, et sans que ni l'un ni l'autre aient pvig d'une manière marquée des nuances différentes. Cependant le mot esclave l'a empoi'té sur celui de serf , jusqu'à le réduire à la simple dénomination du paysan lié par le droit du plus fort à la terre , et assujetti à des corvées et autres charges envers le seigneur. Il est assez singulier qu'en parlant même des Romains , nous n'appellions c^n esclaves ceux que les Romains ■ n'appeloient pas autrement -que serfs (servi).

L'affoiblissement de ce dernier mot a diî s'étendre sur celui de servitude. Celle-ci a dû perdre encore de sa force en s'étcndant des personnes sur les biens. Les champs , les moissons, etc., sont sujets à des servitudes j Vesclavagç n'est que pour les personnes.

11 est certain que Vesclavage se présente sous un aspect plus sévère, plus dur, plus effrayant, plus dogmatique qne la servitude. On traite plutôt de l'esclavage politique et civil , que de la servitude politique et civile ; et il le faut bien , puisque ce genre de tyrannie fait des esclaves, et non des serfs.

Ainsi la servitude impose un joug , et Vesclavage un joug de fer. Si la servitude opprime la liberté, l'esclavage la détruil. Dans la servitude, on n'est point à soi : dans l'esclavage, on est tout à autrui. La servitude vous ravale au-dessous de la condition humaine; Vesclavage, jusqu'à la condition des animaux domestiques. La servitude abat ; Vesclavage abrutit. En un mot, Vesclavage est la plus dure des servitudes.

On définit Vesclavage rigoureux, l'établissement d'un droit qui rend un homme tellement propre à un autre , que celui-ci est le maître absolu de la vie et des biens de celui-là. A la vérité , l'on a dit aussi que la servitude peut être comptée entre les genres de mort, puisque ceux à qui l'on imposoit ce joug cessoient de vivre pour eux, et ne respiroicnt que pour un autre. Mais cette servitude est précisément Vesclavage : oi d peut y avoir une servitude assez douce , tandis que l'esclavage,même modiué,e6t toujours très-dur. On dira que la domesticité est une sorte de servitude : il n'y aura que des gens à esclaves ou à paradoxes, qui puissent comparer cet état a Vesclavage.

La première chose qu'on apprenoit à dire aux enfants de Sparte, c'est : Je ne serai point esclave. Cependant la police

2g.\ S EVADER.

de cette ville tenoit les citoyens dans une grande servitude , à

i'égard des repas , des vêtements , des exercices , etc.

Dans un sens moral et relâché , nous appelons servitude un assujettissement pénible et continuel : porté à un certain excès, cet assujettissement seroit un esclavage. (R.)

La servitude impose des devoirs , des obligations , une fois qu'ils sont remplis, vous êtes libres. L'esclavage vous prive de la propriété de votre existence.

La servitude n'exclut pas la liberté politique ni l'entière liberté. U esclavage produit seul cet effet. Il en e»t qu'on chérit, telles que les servitudes imposées par les égards , la tendresse et l'amitié. Il est des servitudes politiques, telles que celles imposées par les lois , que nous devons respecter , quelque gênantes qu'elles puissent être. Ce n'est qu'en abandonnant uae portion de nos droits que nous acquérons l'entier exercice des autres. (Anon.)

1059. s'évAder, s'ÉcnAppEB, s'enfuir.

Ces mots diffèrent entre eux , en ce que- s'évader se fait en secret. S'échapper suppose qu'on a déjà été pris , ou qu'on est près de lètre. S'enfuir ne suppose aucune de ces conditions.

On s évade d'une prison ; on s'échappe des mains de quelqu'un ; on s'e«/îi// après une bataille perdue. (£nc(/c/. V, 23i.)

Il faut de l'adresse et du bonheur pour s'évader; de la présence d'esprit et cie la force pour s'échapper; de lagilité et de la vigueur pour s'e/i/uir. (B.)

Page 1