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SÉVÉRITÉ, RIGUEUR

La sévérité se trouve priixcipalement dans la manière de penser et de juger; elle condamne facilement, et n'excuse pas. La rigueur se trouve particulièrement dans la manière de punir; elle n'adoucit pas la peine et ne pardonne rien.

Les faux dévots n'ont de sévérité que pour autrui; prêts à tout blâmer , ils ne cessent de s'applaudir eux-mêmes. La rt- ^ueur ne me paroît bonne que dans les occasions où l'exemple seroit de conséquence ; il me semble que partout ailleurs oa doit avoir un peu d'égard à la foiblesse humaine'.

L'usage a consacré les mots rigueur et sévérité à de certaines choses particulières. On dit la sévéri4é des mœurs , la rigueur

SIGNALE* 3p5

de la raison. La sévérité des femmes, selon l'auteur des Maximes , est un ajustement et un faid cpelies ajoutent à leur beauté : dans ce sens, le mot de rigueurs au pluriel répond à celui de sévérité. ( Encyct. XV , 1 32. )

IO61. SIGNALÉ, INSlGiSE.

Ce qui a ou porte des signes, des traits , qui le font remarquer, reconnoître , distinguer. Signalé, participe du verbe signaler, désigne proprement , en cette qualité, que la chose est devenue ou faite telle. Insigne, simple adjectif, indique proprement ce que la chose est en elle-même. La chose j/^na/ec est marquée et i-emarquée ; la chose insigne est marquante et remarquable. On est signalé par des traits particuliers , et insigne par des qualités peu communes.

Votre piété est signalée par des actions , par des œuvres d'éclat : elle est insigne par sa hauteur, par sa singulière émineuce. Vous êtes signalé par ces actions , et insigne par cette érainence de vertu : du moins les Latins emplojoient ainsi le mot insignis : Insignem pietate virum , dit Virgile.

Plusieurs exploits signalés annoncent une insigne valeur, comme plusieurs crimes signalés annoncent un msio ne scélérat. Ce qui est insigne est fait pour être signalé.

On dit une faveur insigne ou signalée , un insigne ou signalé fripon , un bonheur ou un malheur insigne ou signalé, etc. S'gnalé marque l'éclat, le bruit, l'effet que produit la chose : insigne n'exprime que la qualité, le mérite, le prix de la chose. Ce qui frappe , est signalé ; ce qui excelle , est insigne. Nous en revenons toujours aux idées premières des mots. Ainsi un insigne fi'ipon, un très-grand fripon, n'est un fripon signalé qu'autant qu'il a donné des preuves éclatantes de friponnerie. On sent combien un bonheur est insigne, on voit combien il est signalé : le bonheur insigne est une grande faveur inespérée de la fortune ; et un bonheur signalé porte les traits les plus forts et les plus manifestes de cette extrême faveur. Une grâce insigne n'est signalée qu'autant que tout le prix en est manifeste.

On dit un Insigne fripon, un insigne coquin; on ne dira guère un insigne héros , un insigne orateur ; mais l'orateur et le héros sont signalés comme le coquin et le fripon. Pourquoi

Jg6 SIGNE.

cette différence? parce qu'un coquin et un fripon peuvent l eti-e sans être connus , mais que vous ne pouvez savoir et dire que quelqu'un est un héros ou un orateur insigne y qu'autant qu'il s'est signalé par ses actions ou par ses discours ; et dèslors vous direz plutôt signalé qu'insigne. Mais dans tout autie cas , je ne vois aucune raison de ne pas appliquer insigne comme signalé aux personnes en bien tout comme en mal.

Une chose signalée est plus ou moins distinguée; une chose insigne l'est toujours à un très-haut degré.

On remarquera sans doute que signalé, tiré immédiatement (de signal, doit participer à l'idée de ce mot; (H5/gr«e n'exprime que l'idée d'un signe imprimé sur la chose. Or le signe est bien propre à faire remarquer et distinguer ; mais le signal est précisément fait et donné pour avertir et annoncer. Toutconfii-jne notre distinction. (H.)

1062. SIGNE,' 6IONÀI.

Le signe fait connoît.re ; il est quelquefois naturel : le signal avertit ; il est toujours arbitraire.

Les mouvements qui paroissent dans le visage sont ordinairement les signes^e ce qui se passe dans le cœur. Le coup de cloche est le signal qui appelle le chanoine à l'église.

On s'explique par signes avec les muets ou les sourds; et on conAÏeut d'un signal pour sjb faire entendre des gens éloignés. (G.)

I063. SILENCIEUX, TACITURSE.

Sous quelques rapports que les mots silencieux ^t lacilumt s.oient considérés , le premier dit beaucoup moins qne le second : le silencieux est tranquille et en repos ; il parle peu : le taciturne est muet et sans mouvement; il ne parle pas. Les Latins désignoient Le silence le plus profond par l'épiihète de taciturne, taciturna silentia.

Le silencieux garde le silence : le taciturne garde un silence. opiniâtre. Le premier ne parle pas quand il pourroit parlej: : le second ne parle pas , même quand il-devroit parler. Le silencieux n'aime point à discourir : le taciturne y répugne. Vou^ peii^drcï celui-là un doi^t sur la bouche, comme on peigcoit

le dieu du silence : vous représenterez ccIui-Ià , la main sur la bouche , comme on représcnteroit la taciturnité.

On est silencieux et taciturne par caractère et par humeur, ou par accident ou par l'occasion. L'homme natitrellement silencieux l'est par timidité ou par modestie , par prudence , pai paresse, par stupidité : l'homme naturellement taciturne l'est par un tempérament mélancolique , par une humeur farouche ou du moins difficile, par une manière d'exister malheui-euse ou du moins pénible. La préoccupation , la réflexion , 1* méditation, vous rendent actuellement silencieux; et la peine, le cliagrin, la souflfrance vous rendront taciturne. Aussi le silencieux n'a-t-il qu'un air sérieux; mais le taciturne a l'air morne.

Les femmes seront taciturnes ^ s'il faut qu'elles soient silencieuses. Cependant le silence pare une femme, selon le proverbe grec employé par Sophocle ; mais la taciturnité terniroit la plus belle.

Le silencieux est maître de ses paroles : le taciturne n'est pas maître de ses rêveries. J'attends quelque chose du premier: je n'attends rien du second. Je crois que celui-là écoute : je vois que celui-là n'entend pas.

Un cercle d'Anglais sera taciturne: un cercle de Français ne sera pas long-temps silencieux. Il faut que l'Anglais rêve ; il faut que le Français parle.

L'habitude de la retraite rend silencieux : les sauvages parlent peu. La bonne compagnie elle-même, si l'on n'en sortort pas , rendroit taciturne : on a besoin d'être seul et tranquille.

L'observateur est nécessairement silencieux ; s'il parle, c'est pour observer. Le mélancolique est naturellement taciturne; s'il parle , c'est avec humeur et de ses peines.

Scnèque dit : parlez peu avec les autres et beaucoup avec vous-même. Le silencieux remplit ce précepte ; le taciturne 4'outre. (R.)

1064. SIMILITUDE, COMPAnAlSOW.

Rapprochement de deux objets différents , mais analogues à quelques égards , propre à éclaircir le sujet ou à orner le discours par les rapports que les objets ont entre eux.

A la rigueur, ia similitude existe dans les choses , et la comparaison se' fait par la pensée. La ressemblance très-sensible

Dict. des Sjnonymei.^II. 34

constitue la. similitude, et le rapprochenieat des traits de ressemblance forme la comparaison. Mais le premier de ces mots sert à désigner , comme le second , une figure de style ou do. pensée.

Comparaison annonce des rapports plus stricts et plus nécessaires entre les objets comparés, <\ne similitude n'en suppose entre les objets assimilés.

Il y a, dit Cicéron dans ses Topiques, une similitude qui consi|te dans un itipprochement de rapports entre divers objets , pour en tirer une induction ; et il y en a une autre qui consiste dans la comparaison d'une chose avec une autre , ou de deux choses pareilles.

La similitude n'exige , selon la valeur du mot , que de la ressemblance entre les objets : la comparaison établit , par la même raison , une sorte de parité entre eux. Il ne faut à la similitude que des apparences semblables qu'elle vapproche : il faudroit à la comparaison rigoureuse des qualités presque égales qu'elle balanceroit. La similitude , purement pittoresque, se borne à l'exposition des traits communs aux choses: la comparaison, plus philosophique, considère le plus ou le fnoins ou les degrés de la chose mise à côté d'une auti'e. La similitude ne fait qu'éclairer un objet par la lumière tirée d'un autre objet connu : la comparaison le fera mieux apprécier par son affinité avec un objet d'un mérite connu. Des objets assimilés l'un à l'autre ne sont pourtant pas réellement t-omparaZ>/e5 ou capables d'être mis au pair, en comparaison, en parallèle. On assimile plutôt des objets étrangers l'un à l'autre ; on compare des objats du même genre ou de la même qualité. La similitude semble tomber particulièrement sur ces objets que l'on compare sans comparaison, tant il y a d'ailleurs de différence entre eux.

Y ons assimilerez, sous certains rapports, un homme à un animal : vous comparerez un héros à un autre , selon le degré de leur valeur et le mérite de leurs exploits. Si jedisqu'^c/jt7/e est semblable à un lion, c'est une similitude: je désigne seulement l'espèce de courage et de furie qu'il fait éclater : si je dis qu'il est tel qu'un lion, c'est une comparaison ; car je lui attribue les mêmes qualités et au même degré qu'au lion. Ii similitude vous dira qu'une chose est blanche comme une autre:

îa comparaison vous dira qu'elle est aussi blanche que l'autre. Enfin la similitude n'est une comparaison rigoureuse qu'autant qu'elle peut se convertir en métaphore par une hardiesse de stvle. Si je dis seulement qa Achille ressemble à un lion, je suis loin d'oser dire que c'est un lion; et j'oserois le dire, si je le trouvois tel qu'un lion.

La similitude est bien une espèce de comparaison ; mais, contente d'un rapport apparent . eile n'est ni aussi naturelle , ni aussi rigoureuse que la parfaite comparaison doit l'être. L'intention commune de similitude est de rendre un obje.t plus sensible par un autre : la perfection de la comparaison est d'appliquer à un autre objet l'idée ou la fjace entière de l'autre»

Lorsque Martial dit à quelqu'un que ses jambes sont comme les cornes de la lune , c'est une pure similitude ; il s'agit d'une simple ressemblance de forme. Lorsque Henri IV, refusant de donner l'assaut à la ville de Paris , dit qu'il est à l'égard de son peuple aussi vrai père que la bonne lemmc étoit vraie mère k l'égard de l'enfant adjugé par Salomon, car il aimeroit mieux n'avoir point Paris que de l'avoir tout ruiné; c'est une comparaison parfaite; les deux objets ^'accordent dans tous leurs rapports.

La comparaison d'Ajax avec un âne n'est qu'une similitude; car l'obstination de l'âne, comme l'observe M. Marmontel, ne peint qu'à demi l'acharnement d'Ajax.

Comme une eau pure et calme commence à se troubler aux approches de l'orage, dit J. J. Rousseau, un cœur timide et chaste ne voit point sans quelque alarme le prochain changement de son état. L'amour-propre, dit le mcme philosophe, est un instrument utile, mais dangereux; souvent il blesse la main qui s en sert , et fait rarement du bien sans mal. Là ce n'est qu'une similitude agréable entre des choses éloignées les unes des autres : ici c'est une comparaison ou une métaphore fondée sur des rapports sensibles et profonds entre des choses analogues.

Je dois observer qu'on a particulièrement appelé ^tW/z7«t/ei les paraboles et autres figures de ce genre. On dit que Nathan fit connoître à David son péché par une similitude ou une parabole; que J. C. faisoit entendre sa doctrine à se» dlsci.

'fioç> SIMPLICITE.

pies par des similitudes qui sont des paraboles ; t^iie les Oiientaux aiment les pai aboies ou les similitudes , etc. La similitude exige alors un récit circonstancié, une exposition détaillée des faits , de vérités , d'imaginations, de choses connues ou sensibles par elles-mêmes , et dont les divers traits s'appliquent naturellement et parfaitement à l'objet qu'il s'agit d'éclaircir ou de i-eprésenter d'une manière détournée , mais claire. C'est donc ïa similitude qui sera plutôt instructive que la comparaison; la cotnparaison ne Sera qu'une courte similitude. La similitude appartiendra plutôt à la philosophie qui enseigne , et la comparaison à la poésie ou à l'art qui décrit. Comme la métaphore rapide est une sorte de comparaison, l'allégorie seroit plutôt une similitude tacite , etc. La comparaison est obligée de faire l'application de l'idée d'un objet à un autre ; la similitude peut laisser faire à l'auditeur cette application , tant il est naturel et facile qu'il la fasse, etc.

Mais la similitude aura toujours , comme son intention propre , le dessein de rendre une chose plus intelligible et plus scnsi,ble par une autre , en rapprochant des objets qui n'ont par eux-mêmes point de rapport essentiel ensemble , et qui , éloignés l'un de l'autre, n'ont entre eux que de la ressemblance ou des apparences semblables. La comparaison tetidra toujours, comme à son vrai but, à renforcer, relever el parer son idée et son discours par le rapprochement de deux objets qui ont entre eux une analogie marquée et des rapports étroits, et qui sont faits pour être appréciés et jugés l'un par l'autre. (R.)

I065. SIMPLICITÉ, SIMFLESS£.

Simple f latin simplex , sine plexu, sans pli, sans composition, sans épaisseur, sans doublure, sans mélange, sans apprêt, sans i-echerche , sans ornement , sans artifice, sans feinte, sans art.

Simplicité a toutes les acceptions' de son adjectif; simplesse n'a qu'un sens. Il y a la i/mp/ic/fe des éléments, la simplicité des choses , la simplicité des personnes , la simplicité des moeurs et des manières, lasimplicité^es habits et des meubles-, la simplicité de l'esprit et celle du cœur, etc. : la simplesse est propre à l'hocim* et à l'âme.

SIMPLICITE. 4oi

Simplesse est doac un mot nécessaire , quoique vieux , puisqu'il exprime nécessairement et clairemexit ce que simplicité n txpvimeroit nettement qu'avec des modifications , par la vevtu des accessoires, ou d'une manière vague, et même équivoque. Qui est-ce qui a lu La Fontaine, Marot, Montaigne", et tous nos anciens auteurs jusqu'à Joinvilie ? Qui est-ce qui , en les lisant , a senti la douceur et l'e'nergie de ce mot sans le regretter ?

Les vocabulistes observent que le mot simplesse n'est guçre d'usage que dans cette phrase familière : Il ne demande cjuamour et simplesse, en parlant d'un homme ingénu, doux, uni , facile , qui ne désire que paix et concorde. Ces traits suffisent pour distinguer la simplesse de la simplicité.

La simplicité, prise dans le sens moral que nous cherchons, est , de l'aveu des vocabulistes , la vérité d'un caractère naturel, innocent et droit, qui ne connoit ni le déguisement, ni le raffinement, ni la malice: la itmp/e^^e est l'ingénuité d'un caractère bon, doux et facile, qui ne connoit ni la dissimulation , ni la finesse , ni , pour ainsi dire , le mal. La simplicité, toute franche, montre le caractère à découvert : la simplesse , toute cordiale , s'y abandonne sans réserve. Avec la simplicité, ou parle du cœur : avec la simplesse, on parle de toute l'abondance du cœur. Autant la simplicité est naturelle, autant la simplesse est naïve, hasimpllcite tient à une innocence pure j la simplesse, à une bonhomie charmante. La simplicité obéit à des mouvements irréfléchis ; la simplesse est inspirée par des sentiments innés. La simplicité n'a point de fard : la candeur' est le fard de la simplesse. En un mot , la simplesse est la -sim.plicitc de la colombe.

Dites la simplicité d'un enfant , et laissez-moi dire la simplesse d'un bon enfant.

Kicole et La Fontaine étoient des hommes simples ; dans Nicole j c'étoit de la simplicité ^ et dans La Fontaine, de la simplesse.

Il j a quelquefois, dans la simplicité, de l'ignorance, de l'inexpérience, de la foiblesse d'esprit, de l'imbécillité même et de la bêtise : il y en aura peut-être souvent plus encore dans la simplesse, mais toujours avec les formes et les carac-

^o2 SIMULACRE,

tcres d'un naturel si boo et si innocent, c[u elle inspire toujours quelque intérêt.

On pardonne à celui qui pèche par simplicité • il a mal fait sans malice. On consolera même celui qui a péché par simpiesse; il a mal fait sans le vouloir, et même à bonne inteatipn. (R.)

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