SON DE VOIX, TON DE VOIX
Ces deux expressions, synon>Tncs en ce qu'elles expriment les affections caractéristiques de la voix , ont entre elles des différences considérables.
On reconnoit les personnes au son de leur voix^ comme on distingue une flûte , un fifre , un hautbois , une vielle , un violon et tout autre instrument de musique , au son déterminé par sa constri^ction : on distingue les diverses affections de 1 àme dune personne qui parle avec inti lligence ou avec feu , par la diversité des tons de voix , comme on distingue sur un même instrument les différents avis, les mesures, les modes et autres variétés nécessaires.
Le son de voix est donc déterminé par la constitution physique de l'Qi'gane ; il est doux ou rude , agréable ou désagréable , grêfe ou vigoureux. Le ton de voix est une inflexion déterminée par les affections intérieures que l'on veut peirftlre ; il est, selon l'occurrence, élevé ou bas, impérieux ou soumis, fier ou ironique , grave ou badin , triste ou gai , lamentable ou plaisant , etc. (B.)
SOiS&EK A, PENSER A.
Tenter est un terme vague qui annonce un travail de l'esprit sans indiquer aucun objet particulier. 5o»grer et rêver sont des imaginations du sommeil ou des pensées semblables à celles du sommeil ; et le reVe est plus irrégulier , plus tourmentant , plus bizarre que tfe songe. Les jeux ouverts, on songe à la chose qu'on a dans lesprit , à ce qu'on projette , à ce qu'on doit exécuter, à l'objet qui se présente; mais ce mot rappelle nécessairement l'idée d'une pensée légère, fugitive, superficielle , qui se dissipe facilement, qui n'occupe pas fort profondément. On rêve vaguement, même à un objet déterminé ; la rêverie absorbe : on rêve fort tristement comme on ré^'e agréablement. Rêver ne se prend que dajis cette acception ; et ce caractère distinctif ne pei-met pas de l'emplojer selon l'idée simple de penser. Vous ne direz pas , rêvez à ce que vous faites ; coTuaie on dit , pensez ou songez à ce que vous faites. On vous
SONGiiU A. ^i-j-:
demandera si vous avez pensé ou sungé à la commissi .n qu'on vous avoit donnée , et non si vous y avez réi'e. Ov quelle dilférence y a-t-il dans ces cas particuli<:i-s entre songer et penser ?
Les grammairiens ont examiné si l'on pouvoit dire songer pour penser : l'usage avoit décidé la question. A l'égard de réver pour penser, il n'y avoit pas lieu à la discussion ; car il ne se dit pas , quoique , dans cei^tains cas , on dise l'un et l'autre, mais non l'un pour l autre. Vaugelas et Thomas Corneille observent que songer a même quelquefois meilleure grâce que penser. D'où lui vient donc cette bonne grâce? de l'idée particulière et déterminée qu'il exprime, comme je vais l'expliquer. La grâce même a sa raison.
Penser signifie avoir vaguement une chose dans l'esprit, s'en occuper, y attacher sa pensée . y donner son attention , réfléchir, méditer. Selon le caractère propi'e du songe, qu'il ne faut point perdi-e de vue , songer signifie seulement rouler une idée dans son esprit, y faire quelque attention, se la ï^ppeler, s'en occuper légèrement, lavoir présente à sa mémoire. Vous ne direz point songer profondément , mûrement , fortement : vous direz penser, toutes les fois qu'il s'agira de réflexion , de méditation , d'occupation suivie. Vous pensez à la chose que vous avez à cœur : il suffit qu'une chose soit présente à votre esprit pour que vous y songiez. Quelqu'un qui vous donne une commission vous recommande d'y songer, c'est-à-dire , de ne pas l'oublier : si c est une affaire grave dont vous deviez vous occuper, il vous recommandera d'y penser. Songez a ce gue vous faites , signifie fnites-u attention : pensez à ce gue vous avez à faire, signifie occupez-vous j réfléchissez, délibérez. 'A l'homme qu'il suffit d'avertir, vous dites songez-y : a celui que vous voulez carriger, vous dites pensez-y bien. Songer a donc meilleure grâce, lorsqu'il s'agit de choses ou de considérations légères , qui ne demandent que de l'attention ou de la mémoire, qui ne font pas des impressions ou ne laissent pas des traces profondes, qui n'ont point de suite ou n'exigent point de tenue : c'est alors le mot propre ; et vous le prélércz à penser, que vous employez dans tout autre cas.
Pensez bien à ce qu'il s'agit de faire, et vous y songerez dans le temps.