SOUDAIN, SUBIT
Soudain est en soi plus prompt que subit. Le premier n'a point de préliminaire : le second semble en supposer. La chose soudaine étonne; la chose subite surprend. L'événement soudain n'a été ni prévu, ni imaginé , ni soupçonné , ni pressenti ; il n'a pas même pu l'être : l'événement subit a pu l'être absolument ; mais il n'a été ni préparé., ni ménagé, ni amené ,. ni indiqué du moins suflElsamment. On ne pouvoit pas s'attendre au premier; on ne s'attcndoit pas, du moins sitôt, au second. Ce qui est soudain arrive, pour ainsi dire, comme un coup de foudre dans un temps serein : ce qui est subit, arrive corcme un coup de foudre inattendu au corhmencement d'un orage. Soudain a quelque chose de plus extraordinaire que subit.
L apparition de l'ennemi est soudaine, lorsqu'elle trompa; toute votre prévoyance : elle est subite, lorsqu'elle trompe seulement votre attente. Pour l'exécution d'un dessein , vous faites une marche i«6/7e; dans un pressant danger, vous prenez. une résolution soudaine.
• Si vous comparez le mouvement de la lumière à celui du son , vous direz que le premier est soudain, parce qu'il semble
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(ranchir presque en un instant un interv^le immense; et que le. dernier est subite parce qu'il s'exécute avec une l'apidité singulière. Soudain semble n'avoir qu'un instant, subit ^euX avoir une durée. '
Soudain'est un terme réservé pour la poésie et pour le style relevé. Il exprime un grand mouvement ; et il est fait pour Être appliqué à de grands objets. Subit est, au contraire, dans l'ordre commun des choses; il n'exprime que l'idée simple qui peut se retracer dans tous les styles. Nous voyons tous les jours des accidents et des événements subits : les choses plust rares , plus extraordinaires , plus inopinées , plus frappantes,! paroissent plutôt soudaines^ (R.)
I088. SOUDOYEB, STIPENDIER.
Prendra, entretenir des troupes à sa solde :
Soudoyer désigne plutôt l'entretien ou la subsistance deS troupes ; et stipendier leur paie , ou rétribution en argent. Le fidèle des Gaulois étoit rigoureusement soudoyé : le mites des Latins étoit proprement stipendié. Soudoyer est le vrai terme de notr-e langue, fait pour notre histoire et pour l'histoire moderne : stipendier est un teime emprunté, fait pour lliis toire r<,»naine et pour l'histoire ancienne des autres peuples étrangers.
INous disons communément soudoyer, lorsqu'il s'agit des troupes étrangères qu'un prince prend à sa solde : cet usage étranger aux Romains , ne seroit pas exprimé aussi convena blement par le mot stipendier.
Les armées carthaginoises étoient presque entièremcnl composées de troupes étrangères, qui n'avoient d'autre in tcrêl que d'être bien soudoyées avec le moins de risque possible. Lt sénat romain ai'rêta et prévint beaucoup de désordres , lors qu'il ordonna que les soldats seroieut à l'avenir stipendiés aux dépens du public , par une imposition nouvelle dont aucun citojen ne seroit exempt (Tan de Rome 34,7.)