II05. SUPERBE, ORGUEIL
Balrac et Vaugelas ont absolument condamné la superbe ^ quoique, de l'aveu du dernier, une infinité de gens , et parti-r culièrement les prédicateurs , s'en servent sans difficulté*
Corneille a dit :
Assez et trop long-ter&ps Varrogaivce de Rome A cru qu'être Romain c'étoit être plus qu'homme ; Abattons sa superbe avec sa lilierlé.
Pompée y acte I, se. 2.
M. de Voltaire observe que ce mot ne se dit plus dans la poésie noble.
Cependant il est bien noble, ce mot, bien nombreux, bien énergique, bien beau. Il plaisoit tant à l'oreille de nos aïeux, il renchérit si visiblement sur celui à'orcfueilj, il imprime à ce vice un caractère si dislinctif , que la langue semble le réclamer-contre l'usage. Pourquoi, comme substantif, n'auroit-il pas la fortune qu il a comme adjectif ? Est-ce un inconvénient que le même mot soit adjectif et substantif tout ensemble ? Vaugelas répond lui-même que nous en avons plusieurs de ce genre, tels que colère, sacriléfjg, chagrin, etc.; et ces singularités mêmes répandent dans la langue un agrément particulier.
La superbe n'est pas l'orgueit tout pur; comme le superbe n'est pas simplement orgueilteux. i/orgueilleux est plein de soi ; mais le superbe en est tout bouffi. Le superbe est un or~ guelUeux arrogant, qui, par son air et ses manières, aiffecte sur les autres une supériorité humiliante. C'est l'éclat, c'est le faste, c'est la gloire , qui forme l'idée distinctive du .SH/jerôe. Ce mot annonce la supériorité qu'on affecte au-dessus des autres : orgueil n'exprime que îa hauteur des sentiments, ou la haute opinion qu'on a de soi.
La. superbe est un orgueil superbe ou arrogant, insolent, fastueux, dédaigneux, h'orgueil est, selon Théophraste, une haute opinion de soi-même, qui fait qu'on n'estime que soi : la superbe est l'ostentation de cet orgueil, qui fait qu'en affectant une très-haute opinion de soi-même , l'on témoigne ou-
Dict. des Synonymes. II. 38
44(5 suppléer;
vertement un grand dédain pour les autres. Il y a toujours de la sottise dans l'orgueil , et de l'impertinenoe dans la superbe.
Tout, dit Bossuet, jusqu'à l'humilité, sert de pâture à V orgueil : la superbe se repait de vaine gloire , mais surtout de son propre encens. Et comme Vor^ue'U raffiné se rit des vanités de la superbe !
L'orciueil se trouve partout, dans toutes les conditions, dans toutes les âmes; la superbe n'est faite que pour un état brillant des avantages de la fortune , pour des âmes vaines. Le pauvre sera orcjueilleux • mais comment sevoit - il superbe ? (R.)
1106. supplzeh une chose, supplzeh a dne chose.
Les grammairiens ont bien connu , mais peut-être insuffisamment expliqué la différence de ces deux manières de parler. Suppléer actif ou avec le régime simple , suppléer une chose, c'est, dit-on, ajouter ce qui manque, fournir ce qu'il faut de surplus : suppléer neutre ou avec le régime composé , suppléer à une chose , c'est réparer ou suffire à réparer le manquement, le défaut de quelque chose. Le lecteur est donc ensuite obligé de chercher une différence peu sensible entre ajouter ce qui manque , et réparer le manquement. D'autres ont mieux dit que suppléer à signifie réparer une chose par une autre : mais ils s'expriment mal , lorsqu'ils disent que supplt^ar sans préposition , signifie ajouter une chose pour in rendre entière et complète, ajouter ce qui manque : il falloit dire ajouter à une chose ce qui y manque pour la rendre entière et complètej car ce n'est pas la chose qu'on ajoute qui devient complète, c'est celle à laquelle on l'ajoute.
Suppléer une chose, c'est la fournir pour compléter un tout; remplir par cette addition le vîde , la lacune, le déficit qui se trouve dans un objet incomplet ou imparfait : vous suppléez, ce qui manque pour parfaire: une somme de cent pis-^ tôles, en le fournissant. Suppléer à une chose, c'est mettre à sa place une autre chose qui en tient lieu : si votre troupe est inférieure à celle de l'ennemi , la valeur suppléera au nombre.
Ainsi vous suppléerez la chose même qui manque : vous