‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 410 sur 494 · SUBSI3TA5CE, SUBSTANCE · texte numérisé non relu

SUBSI3TA5CE, SUBSTANCE

Ces deux termes ont'égalcment rapport à la nourriture et à l'entretien de la vie. (B.)

Le premier de ces mots veut dire proprement ce qui sert à nourrir, à entretenir, à faire subsister, de quelque part qu'on le reçoive. Le second signifie tout le bien qu'on a pour subsiste! étroitement , ce qui est absolument nécessaire pour potH voir se nourrir et pour pouvoir viv^re.

Lei: ordres mendiants trouvent aisément. leur subsistance^

44o SUBSISTANCES.,

mais combien de pauvres honteux qui consument dans la douleui' leur substance et leurs jours !

Combien de partisans qui s'engraissent de la pure substance du peuple, et qui mangent en un jour la subsistance de cent familles! (E/ztyc/.XY, 582..

IIOO. STJBSISTAKCES, DESUÉES, VIVQES.,

Iles subsistances sont les productions de la terre, qui nous font subsister j c'est-à-dire, qui maintiennent la durée de notre existence, ou qui forment notre subsistance , composée de la nourriture et de l'entretien. Les denrées sont des productions ou les espèces de subsistances qui enti'ent dans le commerce journalier, et qui se vendent couramment en argent (en deniers.) hes vii>res sont les espèces de subsistances et de denrées qui nous font vivre ou qui alimentent et reproduisent, pour ainsi dire chaque jour, notre -yie par la nourriture.

Le pi-emier de ces noms est tiré de l'utilité générale des choses et de leur effet commun: le second, de la valeur vénale qu'elles ont : le troisième , de l'effet particulier que certaines choses produisent.

Les subsistances embrassent nos besoins réels, et surtout les divers objets de nécessité. Les denrées sont des objets d'un commerce journalier et d'une consommation commune. Les vi\>res se bornent à la nourriture et aux consommations journalières.

L'économie sociale considère les subsistances comme productions propres et nécessaires à la conservation et à la multiplication des hommes, ainsi qu'à la conservation et à la prospérité de la société. L'économie distvibutive considère particulièrement dans les denrées leur abondance , leur bonté , leur circulation , leur prix et leur débit. L'économie domestique considère lesvivres , eu égard à l'achat , à l'approvisionnement , à la consommation.

Un pays est fertile en subsistances. Un marché est pourvu de denrées. Une place est approvisionnée de vivres.

Le cultivateur produit toutes les subsistances : c'est donc par lui que tout existe, que tout subsiste, que tout prospère dans la société. Le vendeur, ou bien le marchand , débite les «fe/irée^ produites par l'agriculture : service utile qui, par le

SUBTILITE. 44f

débit, assure la production, et d'autant plus utile, qu'il la favorise davantage. Le pourvoyeur amasse des vi\>res que l'art^ apprête; ce qui forme la plus précieuse des consommations, celle qui rend sans cesse à l'agriculture des avances, en lui demandant sans cesse une nouvelle reproduction.

Dans le Bengale, un des pays de l'univers le plus abondant en subsistances , le monopole des denrées , exercé par la compagnie anglaise, a, de nos jours , englouti les vivres et causé la destruction d'un peuple immense.

Les sabsislances , comme les vivres, ne se prennent qu'en gros : ces mots n'ont point de singulier ; ce qui semble en désigner l'abondance, et même la variété. On dit une denrée^ et avec raison , puisque ce mot n'énonçoit originairement que la vente de détail.

Il j a plusieurs espèces de subsistances , selon qu'elles servent à nourrir, à vêtir, à chauffer, à éclairer, à conserver. Les denrées se divisent , dans le commerce , en menues denrées qui se yendent en petit détail , comme les fruits, le& légumes , les racines , les œufs , le laitage ; et en grosses denrées , comme les blés , les vins, le foin, etc. Les vivres peuvent être physiquement distingués en deux classes , les aliments proprement dits , ou qui se convertissent en notre substance, comme les grains , la viande , le lait et les autres objets de consommati'on qui ne sont qu'utiles à la digestion , ou agréables au goût, ou faits pour rafraîchir, pour ranimer, etc., comme certaines boissons , le sel et les épices , la plupart des herbages et des fruits. (R.)

IIOI. SUBTILITÉ d'esprit, DÉLICATESSE.

Ce sont deux termes fort différents : on dira d'un scolastique grand chicaneur , qu'il a de la subtilité, mais non pas de la délicatesse. La subtilité s'accorde quelquefois avec l'extravagance, et les casuistes relâchés n'en sont qu'une trop bonne preuve. Mais par la ddicatesse de l'esprit, la délicatesse des pensées , elle ne saccorde qu'avec le bon sens et la raison; il seroit difficile de la bien définir; elle est de la nature de ces choses qui se comprennent mieux qu'elles ne s'expriment : c'est sans doute pour cela que le père Bouhours , après avoir si bien expliqué ce. que c'est qu'un morceau délicat, dit que

44a SUFFISANT.

si on lui demande ce que c'est qu'une pensée délicate, il ne sait où prendre des termes pour s'expliquer. ( Andrj de Boisregard , Réflexions sur 4' usage présent de la Langue franfaise, tome I.

Le P. Bouhours s'explique cependant un peu plus loin.

« Une pensée , dit-il , où il y a de la délicatesse a cela de propre, qu'elle est renfermée en peu de paroles, et que le «ens qu'elle contient n'est pas si visible ni si marqué : il semble d'abord qu'elle le cache en partie, afin qu'on le cherche et qu'on le devine , ou du moins elle le laisse seulement entrevoir pour nous donner le plaisir de le découviûr tout-à-fait, quand nous avons de l'esprit; car, comme il faut avoir de bons yeux, et employer même ceux de l'art , je veux dire des lunettes et les microscopes, pour bien voir les chefsd'oeuvre de la nature, il n'appartient qu'aux personnes intelligentes et éclairées de pénétrer tout le sens d'une pensée délicate. Ce petit mystère est comme l'âme de la délicatesse des pensées : en sorte que celles qui n'ont rien de mystérieux ni dans le fond, ni dans le tour, et qui se montrent tout entières à la première vue , ne sont pas délicates proprement, quelque spirituelles qu'elles soient d'ailleurs ( Bouhours , Manière de bien penser , Dial. II.)

II02. SUFFISANT, IMPORTANT, AnilOGA>-T,

Le suffisant est celui en qui la pratique de certains détails , que l'on honore du nom d'affaires , se trouve jointe à une très-grande médiocrité d'esprit.»

Un grain d'esprit et une once d'affaii-es plus qu'il n'en entre dans la composition du suffisant, font l'importante

Pendant qu'on ne fait que rire de l'important, il n'a pas un autre nom : dès qu'on s'en plaint, c'est l'arrogant. (La Biuyèie, Caract., ch. i2.)

II o3. SUGGESTION, INSPIRATrOK , INSINUATION, INSTIGATION, PERSUASION.

Suggérer, à la lettre, porter dessous, en dessous ,jub-ger-ere: fournir toirt doucement à quelqu'un ce qui lui manque , Im mettre, pour ainsi dire, sourdemexit dans l'esprit ce qui ny vient pas.

SUGGESTIOX. ^43

Inspirer, à la letlre , souffler dans, faille entrer en soufilant, în-spir-are : introduire dans l'esprit d'une manière insensible, imperceptible.

Insinuer, à la lettre, mettre clans le sein et d'une manière sinueuse, ia-si-nu-are , faire passer adroitement, ariillcieusement dans l'esprit.

Instituer, à la lettre, picjuer, Imprimer vivement, profondement , in-stig-are, exciter, aiguillonner fortement q^uelc[u'un de faire une chose.

Persuader, à la lettre , couler doucement, pénétrer entièrement, per-sua-dere : gagner entièrement l'esprit. La persuasion coule , dit-on , des lèvres ; elle pénètre , entraîne , charme : on compare lélocjuence à un ruisseau, à un fleuve, à un torrent.

Quelques-uns de ces verbes ne s'emploient que dans le sens figuré, qu il s'agit de considérer ici dans leurs substantifs, qui expriment des manières de^ porter, engager, décider, diriger l'esprit de quelqu'un.

La suggestion est une manière cachée ou détournée de prévenir et d'occuper l'esprit de quelqu'un de l'idée qu'il n'auroit pas. h' inspiration est un moyen insensible et pénétrant de faire naître dans l'esprit de quelqu'un des pensées , ou dans son I cœur des sentiments qui semblent y naître comme d'eux- ^Ofièmes. L'insinuation est une manière subtile et adroite de se glisser dans l'esprit de quelqu'un , et de s'emparer de sa volonté sans qu'il s'en doute, h'insticjntion est un moyen stinaulant et pressant d'exciter secrètement quelqu'un à faire ce à quoi il répugne et résiste. La persuasion est le moyen puissant et victorieux de faire croire fermement ou adopter pleinement i quelqu'un ce qu'on veut, même malgré des préjugés ou des préventions contraires , et plus par le charme du discours ou de la chose qui intéresse et gagne, que par la force des raisons qui convainquent et subjuguent.

La suggestion surprend et entraîne Tesprit inattentif ou dominé. L'inspiration étonne les esprits, et les fait agir par des lumières et par des mouvements nouveaux et extraordinaires. L'insinuation s'ouvre doucement le chemin et se ménage adroitement la confiance des âmes molles et faciles. L'instigation Sollicite sourdement et fortement , et contraint enfin les

m SUIVRE LES EXEMPEES;

esprits foibles et les âmes lâches. La persuasion ravit, pour ainsi dire , à force ouverte , mais surtovit par la force dt l'onction , l'acquiescement de tous les esprits , et surtout elle gagne l'esprit par le cœur.

Suggestion et instigation ne se prennent que dans un seni odieux , contre l'usage des Latins. Cependant suggérer st prend quelquefois en bonne part; mais il n'en est pas d( même àinsliguer, moins u^ité que son substantif. (R.)

XIID4. SrivnE lES EXEMPLES, IMITER LES EXEMPLES,

Bouhours demande si la dernière pureté n'exigereit pa: qu'on dît toujours suivre les exemples et imiter les actions ou te personnes ? Imiter les ex,emples est l'expression propre et con forme au sens littéral des mots. Exemple signifie moc/c^/e. Imiter c'est faire l'image d'une chose, copier un modèle, retracer li| ressemblance. On imite donc, à la lettre et à la rigueur, le j exemples. Suivre, c'est aller près, en second, marcher à 1; suite , sur les traces , dans la même voie : on ne dit donc qu.j par figure, suivre les exemples , au lieu de suivre les traces , l;i voie tracée par les exemples. ,

On suit les exemples de celui qu'on prend pour guide, pou! règle: on imite les exemples de celui qu'on pi'end pour modèle; pour type. On suit les exemples du premier, pour agir ave-; plus de sécuritélet parvenir plus sûrement à un but : on imit\ les exemples du second, pour lui i-essembler et se distingue comme lui. C'est surtout la confiance qui fait qu'on suit;^^ c'est l'émulalion qui fait qu'on imite. i

Les disciples suivent les exemples de leurs maîtres : le ; petits imitent les grands autant qu'ils le peuTent. '

La vie de J. C. est la règle et le modèle du chrétien n«; règle, en ce qu'elle lui retrace ce qu'il doit faire par les exen] pies qu'elle lui donne à suivre; son modèle, en ce qu il h] montre ce qu'il doit tâcher d'être daus les exemples qu'ellf lui offre à imiter. !

Suivre l'exemple ne se dit qu'en matière de conduite et di mœurs : en fait d'art ou de belles-lettres, on dit imiter u] exempte. L'art imite des modèles : les mœurs saiyent ur; marche. (R.)

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