VARIATION, VARIÉTÉ
Les changements successifs dans le même sujet font la variation. La multitude des différents objets fait la var'eélé. Aii^si Ion dit la variation du temps , la variété des couleurs.
Il n'y a point de gouvernement où il n'j ait eu des variations. Il n'j a point d'espèces dans la nature où l'on ne remarque beaucoup de variétés. (G.) *
» Dans rEncyclopédie , III, 1 3 2, on a rapporte en un seul article les trois mots cha:,gement , variation et variété : je crois que c'est mal à propos , parce que ce n'est pas sous le même aspect 'jua le mot variaiy.n est synonyme des deux autres. L'altération de l'identité d'état est l'idée commune des deux mots variation et changement ;
1190. fABlKTÉ, DlVtnSirt, DIFFÉRENCE.
^ llAV-ariété consiste dans un assortiment de plusieurs chose» différentes , quant à l'apparencf- ou aux formes; de manière qu'il en résulte un ensemble, un tableau agréable par leurs différences mêmes. La diversilé consiste dans des différences assez grandes, soit quant à l'objet qui a changé, soit quant à deux ou plusieurs objets qui concourent ensemble , pour qu'ils ne se ressemblent pas , ou ne s'accordent pas , ou ne se rapportent pas l'un à l'autre ; de manièie qu'ils semblent fonnaer un autre ordre de choses. La différence consiste dans la qualité ou la forme qui appartient à une chose exclusivement à l'autre, de manière qu'elle empêche de les confondre enr semble.
La variété suppose plusieurs choses dissemblables et rassemblées comme sur un même fond ; la diversité suppose une opposition et un contraste ; la différence suppose la ressemblance.
La variété coupe , rompt l'uniformité : la diversité détruit, exclut la conformité : la différence exclut l'identité ou la parfaite ressemblance. (R.)
II91. VASTE , GHASD.
M. de Saint -Évremont a fait une dissertation pour prouver que vaste désigne toujours un défaut. Voici comment il se trouva engagé à écrire sur ce sujet en i66j. Quelqu'un ayant dit , en louant le cardinal de Riclu:lieu, qu'il avoit l'esprit vaste , sans y ajouter d'auti-e épithète , M. de Saint -Éviemont soutint que cette expression n etoit pas juste; qu'esprit vàst»^ se prenoit en bonne ou en mauvaise part , selon les circonstances qui s'j trouvoient jointes ; qu'un esprit vaste, merveilleux , pénétrant, marquoit une capacité admirable; et qu'au contraire un esprit vaste et démesuré étoit un esprit qui se perdoit en des pensess vagues , en de vaines idées , en des desseins trop grands et peu proportionnés aux moyens qui uquî
la diversiié est le caractère commun âes mots variation et variété. Voy. t. I, n® 198, cet article do rEiiryrlopédie, dans lequel les idçcfi sout analysoes avec beaucoup d'iiiteir~^ace ei d(; prçcisioîi. (C.^>
5o2 . VEDE'flC.
peuvent faire réussir. Madame, de Mazarin (la belle Ilortcnsc)
prit parti contre M. de Sain t-Êvremont; et après avoir long-
.temps disputé, ils convinrent de s'en, rapporter à MM. de
rÀcadéinie.
L'abbé de Saint-Réal se chargea de faire la consultation, et l'Académie , polie, décida en faveur de Madame de Mazarin. Kii de Saint -Évremont s'étoit déjà condamné lui-même avant que cette décision arrivât : mais quand il l'eut vue, il déclara que, son désaveu n'étoit point sincère, et que c'étoit un pur effet de docilité et un assujettissement volontaire de ses sentiments à ceux de Madame de Mazarin ; mais que , quant à l'Académie, il ne lui devoit de soumission que pour la vérité.
Là-dess*us il reprit non-seulement l'opinion qu'il avoit d'abord, défendue , mais il nia absolument que vaste seul pût jamais être une louange vraie : il soutint que le grand étoit une perfection dans les esprits ; le vaste , un vice; que l'étendue juste et réglée faisoit le grande et que la grandeur démesurée faisoit/le vaste ^ qu'enfin la signification la plus ordinaire du vahus des Latins, c'est trop spacieux, trop étendu, démesuré.
Je crois, pour moi , qu'il avoit à peu près raison en tous points. Je vois du moins que vaslus liomo , dans Cicéron , est un colosse, un homme d'une taille trop grande; et dans Sal- \usle , vastus an'imus est un esprit immodéré, qui porte trop loin ses vues et ses espérances. ( Encycl. XVI , 807. )