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I20I, VERSER, RÉPANDRE

Ces deux verbes , dans leur sens propre et primitif , marquent également le transport d'une liqueur par efTusion hors du vase qui la contenoit. Ce qui les différencie, c'est que -yer^er marque ce tr-^nsport par effusion, sans rien indiquer de ce que devient la liqueur; et que répandre y ajoute, par idée accessoire , que la liqueur n'est plus en corps , que les éléments en sont épars : tous deux énoncent effusion , mais le second y joint l'idée accessoire de dispersion.

Dc-là vient , comme le remarque l'Académie , que verser se dit d'une liqueur que l'on épanche à dessein dans un vase ; et répandre se dit d'une liqueur qu'on laisse tomber sans le vouloir. Ainsi l'on dit, verser du vin dans un verre, non pas répandre du vin dans un v«rre : et on dit à un homme qui porte

VERSER. 5oi

un vase plein de quelque liquerur : Prenez gaide de Fépandre, et non pas , Prenez garde de ver:,er : on ne craint pas alors la transfusion de la liqueur , qui se feroit en la versant dans un autre vase ; on en craint la perte , qui seroit infaillible si on la répandoit.

Les mêmes nuances subsistent dans le sens figure. Verser l'argent à pleines mains est une expression qui désigne simplement le transport que l'on fait à d'autresde beaucoup d'argent que l'on possédoit; elle peut marquer la libéralité ou la prodigalité. Répandre l'argent à pleines mains est une expression qui ajoute à la précédente i idée accessoire d'une distribution , d'un partage; elle peut marquer des vues d'intérêt ou d économie.

Dieu verse ses grâces avec abondance sur ses élus , et iî les répand comme il lui plaît , selon les vues de sa miséricorde.

A l'égard du sang et des larmes, on dit indifféremment verser ou répandre ^ parce que l'idée de l'effusion ,qui est commune à ces deux mots , est la seule que l'on veuille reiidre sensible, et qu'il est indifférent de marquer ou de ne pas marquer expressément la dispersion du sang ou des larmes , puisque la simple effusion dit tout ce qu'on a besoin de dire.

Mais à l'égard de tout ce qui s'étend dans lïn grand espace, en différents points, en différents lieux, en différents temps, on ne peut dire que répandte, dans le sens figuré comme dans le sens propre.

Le soleil répand la lumière dans toute 1 étendue de sa spbère. Les fleurs répandent dans l'air environnant un parfum délicieux. Un fleuve qui déborde répand ses eaux dans la campagne. Un général répand ses troupes dans les vil-

Une opinion, une doctrine, une hérésie, un bi'uit , une nouvelle, se répandent et gagnent de proche en proche. Un auteur répand dans son ouvrage des principes, des maximes loLiables ou répréhtusibles .. de la clarté, de l'agrément, de 1 enjouement , etc. R.)

5oS VESTIGE.

»202. VESTIGE, TBACÊ."

M L'es vestiges, dit l'abbé Girard , sont les restes de ce qur a été dans un lieu. Les traces sont les marques de ce qui y a passé.

« On connoit les vestiges ; on suit les traces.

M On voit les vestiges d'un vieux château. On remarque les traces d'un cerf ou d'un sanglier. »

Il est vrai qu'on dit les vestiges, pour les marques qui restent (et non pour les restes ou les débris) de certains objets fixement établis à une place, mais ruinés, tels que des édifices, des villes, des maisons, des fortifications, des monuments, etc.; et ce n'est que dans une acception secondaire, ainsi que l'Académie le remarque," et comme on le dit de traces; ainsi la distinction est fausse.

Le vestigenest guère qu'une frace très-légèrç et très-imparfaite de l'objet, comme l'empreinte da pied : la trace en représente quelquefois la forme entière , ou du moins le dessin, comme l'empreinte d'un corps étendu sur le sable. On ne dit pas de grands vestiges comme de grandes traces. Un pas est le vestige d'un homme : un sillon est la trace d'un peuple policé.

On cherche, on découvre les vestiges; on reconnoît, on suit les traces. Le vestige n'est qu'un trait imprimé; on le cherche : la trace est une ligne plus ou moins prolongée • on la suit. Le vestige marque l'endroit où un homme a passé : la frace marque la voie qu il a suivie. ("H.)

I203. VÊTEMENT, HABÎLLEMEST, HABIT.

Vêtement exprime simplement ce qui sert à couvrir le corps ; et il comprend tout ce qui est à cet usagé , même la coifiFure et la chaussure , et rien au-delà : voilà pourquoi l'on s'en sei't avec grâce , en disant que tout le nécessaire consiste dans la nourriture , le vêtement et le logement. Habillement a une signification plus composée : outre l'essentiel de vêtir, il renferme dans son idée un rapport à la forme , à la façon dont on est vêtu; et son district s'étend, non -seulement k tout ce qui sert à couvrir le corps , mais encore à la parure et à tout ce qui n'est que pur ornement, comme les rubans, les

colliers, les pierreries : c'est par cette raison qu'on dit la 'description d'un habillement de cérémonie et de théâtre. Ha6t/ a un sens bien plus restreint que les deux autres mots ; il ne signifie que ce qui est robe , ou ce qui tient de la robe , en sorte que le linge , le chapeau et les souliers , ne sont pas compris sous l'idée de ce mot : ainsi l'on ne s'en sert que pour marquer ce qui est l'ouvrage du tailleur ou de la couturière. Le justaucorps , la veste , la culotte , la robe , la jupe , le corset, sont des habits; mais la chemise et la cravate ne le sont point, quoiqu'ils soient f^/emenf^; et l'épée n'est ni AaZ»/i, ni vêtement, quoiqu'elle soit de l'habillement du cavalier. (G.)

1204. VÊTU, HEVÊTU, AFFUBLÉ.

Vttit se dit des habits ordinaires , faits pour le besoin et la commodité , ou même pour les ornements de mode. Revêtu s'applique aux habillements établis pour distinguer dans l'ordie civil des emplois , les honneurs et les dignités. Affublé est d'un usage ironique pour les habillements extraordinaires et de caprice, ou pour ceux que portent les personnes qui ont fait le sacrifice de leur liberté.

L'ecclésiastique et le magistrat doivent être vêtus décem* frient, selon le goût qu'exige la gravité de leur état. Les femmes peuvent être vêtues galamment, mais toujours selon les lois de la pudeur.

Le commissaire de quartier doit être revêtu de sa robe lors* qu'il remplit les fonctions de sa charge. Le mousquetaire est revêtu de sa soubreveste quand il va à l'ordre. Les ducs ne sont revêtus du manteau ducal que dans les occasions de cérémonies, et lorsqu'ils prennent séance au parlement.

Pour se déguiser, elle s'étoit affublée d'une vieille casaque, d'un bonnet à la polonaise , de haut-de-chausse à la rhingrave , et d'un cimeterre de janissaire. Les personnes qui ont eu de ces foiblesses auxquelles on attache de la honte et du déshonneur ne sont plus propres qu'à .être affublées d'un froc. (G.)

5io VEXER.

I205. VEiEn, MOLESTER, TOURMENTEH.

Nous nous servons "pai'ticulièrement du mot vexer pour exprimer un abus d'autorité ou de pouvoir par une sorte de persécution.

Ce qui est à cHarge, ce qu'il est difficile de supporter, ce qui pèse sur nous jusqu'à nous blesser ou nous fatiguer, nous moleste.:

Tourmenter exprime littéralement l'action de causer une agitation violente , qui vous fait , pour ainsi dire , tourner en tout sens , ne vous laisse jamais à la même place , ne vous permet point le repos, et vous tient dans, une souffrance, une peine ou une gêne continuelle.

Vous êtes vexé par la violence qui vous tourmente pour vous dépouiller injustement. Vous êtes molesté par des charges , des attaques , des poursuites qui vous harcèlent et vous fatiguent. Vous êtes tourmenté par toutes sortes de peines dont la force et la continuité ne vous laissent point de repos. (R.)

1206. VIANDE , CHAlA.,

Le mot de viande porte avec lui une idée de nourriture que n'a pas celui de chair: mais ce dernier a, à la composition physique de l'animal , un rapport que n'a pas le premier. Ainsi l'on dit que le poisson et les légaimes sont viandes de carême ; que la perdrix a la chair courte et tendre.

•Nous ajouterons que chairne se dit que des parties molles; et que viande, au contraire, se dit d'une portion de substance animale mêlée do parties molles et de parties dures , comme il paroit par le proverbe , il n'j a point de viande sans os.

Viande se prend encore d'une façon plus générale et plus abstraite que chair; car on dit, de la chair de perdrix , de poiïlet , de lièvi'e, etc.; et de toutes ces chairs j, que ce sont des viandes : mais on ne dit pas de la viande de perdrix , de poulet, etc. 5 ce qui vient peut-être de ce qu'anciennement viande et aliments éîoient sjnonjmes. En effet , toute viande se mange, et il y a des chairs qui ne se mangent pas. On dit viande de boucherie, et non chair de boucherie.

Quand on dit, Voilà de belles chairs, et voilà de belle viande, on entend encore des choses fort diffcrentes. La pre-

VIBRATION. 5ii

mière deces expressions peut ttre l'éloge d'une jolie femme; et l'autre est celui d un bon morceau de bœuf ou de veau non cuit. {Eiicycl.jUl ,11.)

1207. VIBKATIOS, OSCIttATlO!*.

Chez tous les physiciens ces termes sont synonymes , et avec raison, puisqu'ils expriment tous deux le mouvement alternatif ou réciproque qui revient sur lui-même ; mais il y a une différence prise de la différence des causes qui produisent ce mouvement.

Je conçois donc plus particulièrement par vibration X0Xii mouvement alternatif ou réciproque sur lui-même , dont la cause réside uniquement dans l'élasticité : tels sont les mou-^ vements des cordes vibrantes, et des parties internes de tout corps sonore en général : tels sont aussi les balanciers, les montres, qui font leurs vibrations en vertu de l'élasticité des ressorts spiraux qu'on leur applique.

J'entends, au contraire, par oscillation, tout mouvement alternatif ou réciproque sur lui-même , dont la cause réside uniquement dans la pesanteur ou gravitation ; tels sont les mouvements des ondes et tous ceux des corps suspendus, d'où dérive la théorie des pendules.

Le mouvement de vibration mesure les sons : celui d'oscU^ talion mesure les temps. Les cloches, par exemple, font des vibrations et des oscillations : les premières dérivent du corps qui frappe et comprime la cloche en vertu de son élasticité , ce qui la rend ovale alternativement, et produit les sons; les secondes sont déterminées par le mouvement total de la cloche qui est en proie à la gravitation , ce qui détermine les intervalles de temps entre les sons. Reste à voir si le son d'une cloche n'est pas d'autant plus étendu, que les temps des oscillations sont plus priés de coïncider avec les temps des vibrations. {EncycL,X.YU , 85o.)

1208. VICE, DÉFAUT, IMPEUFECTlOîT.'

Ces trois mots désignent en général une qualité répréheiîsible , avec cette différence que vice marque une mauvaise qualité morale qui procède de la dépravation ou de la bassesse du cœur ; que dcfiulmaif^na une mauvaise qualité de l'esprit,

5ia .YlGE.

ou Tiiie mauraise qualité purement extérieure ; et qn'lmperfeclion est le diminutif de défaut.

La négligence dans le maintien est une imperfection; ladiffonniié et la timidité sont des défauts; la cruauté et la lâcheté sont des vices.

Ces termes diffèrent aussi par les différents mots auxquels on les joint , surtout dans le sens physique ou fîeuré. Exemple* : Souvent une guérison reste dan? un état d'imperfection lorsqu'on n'a pas corrigé le vice des humeurs ou le défaut de fluidité du sang. Le commerce d'unÉtat s'affoibiit par VimperyècTTre" des manufactures , parle défaut d'industrie, et par le / vice de la constitution. (EncycL , IV, 73 1.)

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