‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 56 sur 494 · JALOUSIE, ÉMULATION · texte numérisé non relu

JALOUSIE, ÉMULATION

La jalousie et l'émulation s'exercent sur le même objet qui est le bien ou le mérite des autres : en voici la diflfe'rence.

L'émulation est un sentiment volontaire, courageux, sincère , qui rend l'âme féconde , qui la fait profiter des grands exemples, et la porte souvent au-dessus de ce qu'elle admire.

La jalousie, au contraire, est un mouvement violent, et çi^V^me un aveu contraint du mérite qui est hors d'elle : ellç va même jusqu'à nier la vertu dans les sujets où elle existe ; ou , iovcée d;; la rt'connoitre , elle lui refuse les éloges , ou lui envie les récompenses , passion stérile , qui laisse l'homme dans i'état où elle le trouve; qui le remplit de lui-même, de l'idée de sa réputation; qui le rend froid et sec sur les actions ou sur les ouvia^es d'autrui ; qui fait qu'il s'étonne de voir dans le monde d'autres talents que les siens , ou d'autres hommes avec les mêmes talents dont il se pique : vice honteux , qui , par son excès , rentre toujours dans la vanité et jdans la présomption , et qui ne persuade pas tant à celui qui en est blessé , qu'il a plus d'esprit et de mérite que les autres , qu'il lui fait croire qu'il a lui seul de l'esprit et du mérite.

h' émulation et la jalousie ne se rencontrent guère que dans les personnes de même art, de mêmes talents et de même condition. Les plus vils artisans sont les plus sujets à la jalousie. Ceux qui font profession des arts libéraux ou de belleslettres , les peintres , les musiciens , les orateurs , les poètes , tous ceux qui se mêlent d'écrire , ne devroient être capables que A' émulation. ( La Bruyère , Caract. 9. )

Au fond, la basse jalousie n'a rien de commun avec l'émulation si nécessaire aux talents ; la première en est le poison ,

A JAMAIS. a

Cflîc-ci en est l'aliment , et elle est également glorieuse à ceux qui en sont animés et à ceux qui en sont l'objet. (B.)

6j8. A JAMAIS, POUn JAMAIS.

Manières de parler elliptiques. A jamais, c'est-à-dire, de manière à ne jamais finir , au point de ne jamais cesser, jusqu'à n'avoir jamais de terme ou de retour. Pour jamais , c'est-à-dire, pour ne jamais finir, afin de ne jamais finir, pour une durée qui n'aura jamais de terme.

A jamais est fait pour exprimer éuev^iquement l'intensité de l'action , de la chose, par sa durée : i^our jcw.c's exprime simplement l'étendue de l'action, de ]■ chose, qr v-at à sa durée. Coite dernière locution nir'.rnie i inteiilé , le iail, une circonstance de temps; la preiiJvjve marque la force de la cause, l'énergie de l'a^lion , la grandeui de l'eflet, La puasion dit rt jamais , et le l'écit pour jamais.

Un homme est perdu h jamais qiiand le mal est tel qu'il est impossible de le réparer. Un hoinrie est pevju pour jamais quand il est à croire qu'en effet il ne se relèvera pas de sa disgrâce. Une action est mémorable à jamais lorsqu'elle est si grande, si belle, siéclatnnte, qu'elle ne doit jamais être oubliée : mais une action n'est pas mémorable pour jamais ; car le souvenir immortel n'est ni établi par l'intention , ni mis en fait, ^ ni susceptible de former une circonstance de l'action.

Pour augmenter l'énergie de la locution à jamais , on dit h tout jamais, au grand jamais, tant il est vrai que l'énergie en est le caractère propre , et qu'elle appartient au langage de la passion. On ne dit point pour tout jamais : pourquoi? parce que l'expression pour jamaisne désigne que la durée, et qu'une durée éternelle n'a pas , dans le langage froid et juste de la philosophie , de plus ou de moins.

Pour jamais exprime par une phrase négative ce qu'exprime d'une manièie positive pour toujours. Cette locution marque la durée entière du temps : l'autre exclut toute exception à cette durée, et par-là même elle en est plus forte : ce n'est pas seulement tout, toujours , c'est tout, sans réserve' c'est toujours dans ta plus grande rigueur. En disant qu'une chose ne finit jamais, il semble que vous vouliez marquer tous les points

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