JUSTICE, ÉQUITÉ
J'ose dire qu'on n'a point connu le sens étymologique et naturel du mot justice, et qu'on n'a point eu assez égard an sens étymologique et naturel du mot équité. J'ose dire que les distinctions communément établies entre l équité et U justice,
ne sont fondées que sur un abus de mots , abus qui change l'état de la question.
La question est âe savoir quelle difFe'rence il y a , selon la valeur de» tei'mes , entre la vei-tu morale de la justice, et la vertu morale de Véquité. Il s'agit ici de la justice comme de re</«f/e natui-elle; il n'y a nulle comparaison à faire entre l'equUé naturelle , et la 'justice légale et distributive , chargée de mai'ntenir les droits de chacun , et de punir la violation de ces droits , selon les lois positives ou écrites.'
La justice est , dit-on avec raison , une vertu qui rend k chacun ce qui lui appartient; Vêciuité, ajoute-t-on, se prendi pour la justice, considéx'ée, non pas dans la rigueur de la loi, mais dans une modération et un tempérament raisonnables.
L'équité ne seroit donc (qu'une justice mitigée : or, il est évident que cela n'est pas , s'il est question de la justice naturelle et essentielle qu'il s'agit de garder. Si cette justice m'ordonne de rendre k chacun ce qui lui appartient, Véquité ne peut pas adoucir mon obligation; elle ne peut pas s'accommoder avec l'injustice. Plus sévère que la justice , elle m'oblige souvent k donner ce que je ne dois point de rigueur du droit , comme du secours k un malheureux. Si \' équité modère dans certains cas la justice du juge , c'est que la loi on la justice positive passeroit alors les bornes de la justice naturelle et essentielle. Uéquitt réforme et perfectionne votre justice.
L'objet propre de la justice est le respect de la propriété. L'objet de l'équité, en général , est le lespect de l'humanité.
Yotre existence , vos facultés , vos talents , votre travail , les fruits de votre ti^avail , votre fortune, votre réputation, votre honneur , sont k vous ; la jiistice défend qu'on y porte atteinte, elle efface l'atteinte qu'on y a portée. Mes besoins', mes erreurs , mes misères, mes fautes, mes torts, sont de la foiblesse humaine ; l'équité y compatit , elle vous engage k me faire du bien quand le bien est de le faire.,
La justice nous sépare, en quelque sorte, nous isole, nous défend contre chacun et contre tous, comme s'ils éitoient ow s'ils pouvoicnt devenir nos ennemis. L'é^aife nous rapproche, nous lie, nous confond, pour ainsi dire, ensemble comme amis , comme frères , comme membres du même corps : la propriété est exclusive ; l'égalité est communicative^,
llsL 'justice laisse une grande inégalité entre leâ hommes; l'équité travaille à la faire disparoître par une égalité de bonheur.
Pendant que la justice répare les torts que vous avez soufferts par l'injustice des hommes , Vétjuité vous presse de réparer envers eux les torts qu'ils souflfrent par l'injustice du sort. Rendez le bien pour le bien ; c'est encore un prin- «;ipe d'égalité , partout vous trouverez des compensations à faire.
Ne faites tort à personne , réparez les torlsi que vouS' aurez faits; voilà les préceptes delajuifice. Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît; faites à autrui ce que voudriez qu'on vous fît à vous-même : voilà les grands préceptes de l'équité..... (B.)
Résumons : justice, dérivé de jus, droit, est, suivant les juiisoonsultes , l'action de rendre à chacun ce que le droit ou la loi lui donne .: elle ne peut exister que chez les hommes réunis en société, ayant adopté des règles positives.
ïu'équité est la loi naturelle , qui connoit moins les règles de convention , que le sentiment intime qui nous invite à agir envers les autres comme nous voudrions qu'on en usât envers nous.
La justice est inflexible : elle assure la tranquillité des États et veille à la sûreté des citoyens. Mais elle se trouve souvent «Il opposition avec Véquité., parce que, jugeant d'après des règles invariables, elle ne doit jamais voir que le fait; au lieu que l'équité, se rapprochant de l'intention, n'a d'autres lois que celles que la nature ou les circonstances lui dictent.
L'équité nous ramène à l'observance des lois naturelles : elles ne sont pas écrites , mais elles se font sentir ; et c'est à ce cri du besoin d'aimer et de traiter les hommes en frères , que nous cédons. « On n'est homme, dit La Brujère , que lorsqu'on est équitable. »
Un père dénaturé déshérite son fils : la justice doit confirmer ses dispositions, mais l'équité défend de les exécuter.
J'ai été frappé, injurié, j'ai reçu dommage : la yui/tce m'offre nn recours; mais si c'est par erreur, si la répai-ation que j'ai droit de prétendre entraine la ruine d'un homme plus malheureux que coupable , dois-je la poursuivre ?
justification: 57
Tout est ]uste quand la loi prononce: c'est à l'équité à tempérer la rigueur de ses arrêts. (Anon.j