‹ Dictionnaire universel des synonymes de la langue franseChapitre 81 sur 494 · XE , LES · texte numérisé non relu

XE , LES

Il peut se rencontrer des cas où les circonstances déterminent à la totalité des individus, les noms appellatifs modifiés par l'article singulier ou pluriel. Mais il n'est pas possible alors que les deux nombres reviennent au même pour le sens , comme le prétendent quelques grammairiens : il paroit établi sur de trop solides raisons qu'il n'y a point de synonymie exacte dans les langues; et il est constant qu'un écrivain attentif ne dira pas indifféremment , f homme est i-aisonnable ^ ou tes hommes sont raisonnables.

Quand il s'agit de l'universalité des individus, je dois que le singulier de l'article est plus propre à en marquer la totalité physique sans restriction , parce qu'il en fait naturellement naître l'idée par celle de l'unité.

Le pluriel, au contraire, est plus propre à distinguer l'universalité morale , parce que ce noanbre avertit naturellement du détail en montrant la pluralité, et que le détail n'étant nécessaire que quand l'uniformité manque, le pluriel indique, par une conséquence assez analogue, que l'universalité n'est pas si entière qu'il ne puisse y avoir des exceptions.

L'ixsage de l'article singulier te, la, est donc particulièrement propre aux cas où l'attribut est , comme disent les philosophes , en matière nécessaire : l'usage du pluriel les suppose, au contraire, que l'attribut est en matière contingente.

Ainsi il faut dire l'homme est raisonnable , pour faire entendre que la faculté de raisonner, qui est en effet l'ordre des choses nécessaires , appartient à toate l'espèce humaine et en est un attribut essentiel.

Mais on doit dire tes hommes sont raisonnables , si l'on veut parler du bon usage de la raison , parce que cet attribut est en matière contingente , et que , dans le détail des individus , plusieurs se trouvcroient exceptés de l'universalité»

ço LÉGAL.

Par la mêiàe tsÀson , il y a de la différence entre ces deui phrases : L'homme est mortel, tes hommes sont mortels. La première annonce la certitude infaillible de la mort ; et c'est une vérité que l'on peut prendre comme principe dans un sermon ou dans un traité de morale. La seconde annonce l'incertitude du moment et de la manière de la mort; les uns mourant plus tôt , les autres plus tard ; ceux-ci subitement , ceux-là par une maladie longue : c'est une vérité d'où l'on peut partir dans les traités , pour s'autoriser à prendre dans le moment même les précautions convenables. (B. Gramm, génér. 1. 2, chap. 3, art. 2.)

1708. LÉGAL, LÉGITIME, SiICITE.

Légai se dit proprement des formes , des observances, des choses prescrites par la loi positive, sous peine, ou de nullité, ou d'animadversion de la part de la loi. Légitime se dit des choses fondées sur la justice essentielle ou sur la loi sociale dérivée de la loi naturelle de justice ; en un mot , sur un droit qu'on ne peut violer sans tomber dans l'injustice. Licite se dit proprement des actions ou des choses que les lois regardent du nioins comme indifférentes, et qu'elles rendroient moralement mauvaises si elles les défendoient.

C'est la forme qui rend la chose légale} c'est le droit qui vend la chose légitime ^ c'est le pouvoir qui rend la chose ticite.

Une élection est iltég*ate, si l'on n'y observe pas toutes les conditions requises par la loi. Une puissance est illégitime j si elle exerce la force sans droit, contre notre droit. Un commerce est illicite, quoique bon dans l'ordre naturel^ si la loi le défend en vertu d'un droit.

709, tÉGÈRE, INCONSTANTE, VOLAGE, CHANGEANTE.

Tous ces mots sont synonymes. Ce sont des métaphores empïuntées de différents objets : léger j des corps, tels que les plumes, qui, n'ayant pas assez de masse eu égard à leur surface, sont détournées et emportées çà et là, à chaque instant de leur chute; inconstant, de l'atmosphère de l'air et des vents; volage, des oiseaux; changeant, de la surface de

LÊGÏ^REMETNT. jt

(a terre ou du ciel, qui n'est pas au moment de mérae. (Encyct. XVII, 44 '0

Une légère ne s'attache pas fortement; une inconstante ne s'attache pas pour long-temps ; une volage ne s'attache pas \ un seul ; une changeante ne s'attache pas au même."

La légère se donne à un autre , parce que le premier ne la retient pas ; l'inconstante, parce que son amour est fini; la volage, parce qu'elle veut goûter de plusieurs, et la. changeante ^ parce qu'elle veut en goûter de différents.

L'es hommes sont ordinairement plus légers et plus incons^ tants que les femmes ; mais celles-ci sont plus volages et plus changeantes que les hommes. Ainsi, les premiers pèchent par un fonds d'indifférence qui fait cesser leur attachement; et les secondes, par un fonds d'amour qui leur fait souhaiter de nouveaux attachements. Par conséquent le mérite des hommes me paroit être dans la persévérance, et celui des femmes dan? la résistance : le premier est plus rare ; le second , plus glorieux. Les uns doivent se munir contre les dégoûts, les autres contre les attaques : choses très-difficiles, j'ose même dire impossibles , à moins que la raison , de concert avec le cceur, ne soit également de la partie. (G.)

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