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des faits matériels dont ils ne sont point aptes A déterminer les causes^ ont divisé la famille humaine en espèces distinctes et complètement étrangères les unes aux autres. L'identité des races humaines se révèle par la virtualité commune de TinteHigence, et quelques accidens physiologiques, qui peuvent avoir une cause purement sociale, ne sauraient prévaloir contre ce signe auguste et providentiel de la fraternité humaine. Pourquoi dépouiller à plaisir la vérité historique de ce caractère éminent de simplicité qui environne constamment la vérité morale et la vérité scientifique?
Il est aussi impossible aujourd'hui de préciser l'époque des premières migrations humaines que de constater l'état de civilisation où se trouvait la société, lorsque s'effectua cette extension du monde primitif. Cependant, si l'histoire est impuissante encore à rassembler, sous ce rapport, les éléihens d'une certitude scientifique, en dehors de la Genèse religieuse, il ne faut pas s'imaginer que ce soit là un problème insoluble pour elle. Les progrès de la linguistique et de l'ethnographie, en général, nous conduiront sans doute un jour à de précieux résultats, en renouant les anneaux brisés de la chaîne des temps. Le seul flambeau que nous ayons pour nous guider aujourd'hui dans les ténèbres de cette haute antiquité, ce sont les cosmogonies des sociétés primitives, où se trouvent évidemment un i^flet de la vérité , quelque altérée qu'elle s'y montre, par ses rapports avec les croyances ou le génie des peuples , dont ces antiques système sont formé ta base de toutes les institutions sociales et religieuses. Si ces cosmogonies, en effet, présentent les mêmes idées et les mêmes faits sous des formes et des noms différons, elles s'accordent toutes du moins sur un point important, sur celui de l'unité humaine. )^es deux plus remarquables sont la cosmogonie des Hindous et celle des Juifs ; mais cette dernière offre un ensemble si majestueux par la liaison rationnelle des idées et des faits, qu'il est impossible de n'y pas reconnaître l'œuvre d'une intelligence supérieure. Les premières 'excursions des hommes au delà des contrées qui furent leur berceau, quelle que soit l'époque où elles eurent lieu, dans quelques conditions sociales qu'elles se soient effectuées, ont été nécessairement continentales ; les grands fleuves et l'Océan durent s'offrir à leur^ regards comme des barrières insurmontables, et peut-être comme les bornes naturelles du monde, et il dut s'écouler un certain temps avant qu'ils osassent essayer de les franchir. Arrêtons-nous donc devant le mystère, inipénétrable jusqu'à ce jour, d'un passé si incertain ; et après avoir posé seulement le problème que présente cette période durant laquelle s'effectua le premier développement de l'humanité, efforçons-nous d'en suivre plus sûrement les progrès au travers des teinps historiques.
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II. Mais entre ces temps et Fftge des sociétés primitives, il existe une période intermédiaire que nous ne pouvons passer sous silence, et durant laquelle un imtiiense travail s'accomplit dans l'humanité. Les notions du savoir, encore vaguenient perçues, tendirent alors à prendre une forme plus systématique. Les sociétés s'organisèrent, et il s'opéra de nouveaux déplacemens des populations; les idées morales et les idées politi- . ques sur lesquelles se fondent les états commencèrent 1 se formuler, et, dès cette époque, des clartés précieuses brillent pour nous dans.la nuit des temps. Cette période, qui comprend un grand nombre de siècles, a laissé après elle deux monumens remarquables des deux principaux foyers de civilisation, qui ont depuis rayonné sur le monde en s*échappant du sein de la race sémitique et de celui de la race indo-teutonique; ce sont la Genèse de Moïse et Illiade d'flomère.
On isomprendra qu'il ne puisse nullement être question ici de l'assimilation de ces deux productions si éminente8.de l'intelligence, que nous enyisageons d*ailleurs seulement sous le point de vue historique. Ces deux écrits contiennent l'exposé, probablement complet, des connaissances géographiques de l'ancien monde. Dans le premier, les notions de ce genre sont exclusivement continentales, l'existence derélément maritime n'y est mentionnée qu'accidentellement par Tauteur sacré, â propos du commerce des Phéniciens et des Egyptiens. Le passage dé la mer Rouge par les émigrés, que guidait MoTse, y est présenté cofnmeun fait hyperphysique, dont Tappréciation sort entièrement du domaine de l'histoire. Dans le second, au cpntraire, l'élément maritime joue un r61e prépondérant, et, en attestant un progrès important dans le développement de l'intelligence et de la puissance sociales, il y révèle déjà la haute influence qu'il doit exercer dans l'avenir des races humaines. En effet, les hypothèses géographiques d*Ho* mère^ quoiques dépourvues de toute réalité scientifique et quoiqu'elles se trouvent mêlées à toutes les combinaisons d'une théurgie bizarre, ne présentent pas moins dans leur ensemble une manifestation très significative do génie audacieux et aventureux de la race indo-teuto* nique.
Il faut remarquer ici que le Père de la poésie grec* que est placé, dans le temps, à une distance de neuf siècles db législateur suprême des Hébreux^ et que l'Iliade est ainsi un ouvrage incomparablement plus moderne que la Genèse. Ensuite, Témigration des fils d'Israël de la terre d*Égypte en Chanaan d'un côté, de l'autre la coalition guerrière des chefs de la nation hellénique contre la grande cité pëlasgique d'Ilium , in* diquent évidemment deux mouvemens bien opposés de civilisation. En apparence, le premier de ces antiques événemens n^a des conséquences que pour l'Orient» le
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second pour l'Asie-Mineure et l'Europe orientale, tandis qu'en réalité tons deux , dans des voies différentes, ont exercé un irrésistible ascendant sur la marche de l'humanité tout entière. Le monde homérique n'a donc aucun rapport avec le monde n[\osalque, mais cette dissemblance n'jest point une contradiction. Il résulte de la comparaison des idées eosmologîques et géographiques dans lesquelles ces écrits immortels sont conçus l'un et Tautre, qu'au temps de Moïse Texisteiice de l'Europe n'était point constatée, et qu'au temps d'Ho-
mère, c'est-à-dire neuf siècles après, les Gcecs ne connaissaient avec quelque certitude que l'Egypte, TAsie- Mineure, quelques contrées de rE.qropé orienlale' et cette partie de l'Afrique, qui a porté long-temps le nom de Libye. Ce fait historique est impprtant à établir, en ce qu'il prouve qUe si , à ces deux époques, d'autres portions des continens étaient déjà habitées, et cette assertion est incontestable, puisque l'Inde elle-même ne figure ni dans la géographie mosaïque, ni dans la géographie homérique, il q*exi«tait dès lors aucune rela-. tion entre la famille pi'imitive et les émigrans qui s'en étaient séparés. . •
Cependant, durant cette période intermédiaire qui présente à l'histoire des problèmes aussi difficiles à résoudre que celle des âges primitifs, débx nations étaient devenues considérables et étaient parvenues à un haut degré de civilisation. Aucun document positif ne constate néanmoins les découvertes 'des Phéniciens et des Égyptiens^ ces deux premiers peuples maritimes de l'antiquité. Mais il n'est pas permis de douter que les Phéniciens, doués d'un génie tout commercial , et par conséquent plus hardi, plus entreprenant, niaient de bonne heure visité tour à tour lé Pont-Euxin, les côtes de la Méditerranée et celles de l'Atlantique. Les colonies qu'ils ont fondées dans ces contféês et même au delà du détroit de Gibraltar, plus de dix siècles avant notre ère, attestent leur puissance et les progrès qu'ils avaient faits dans Tart delà navigation^ Il est également
hors de doute que les Phéniciens trouvèrent, en^sillonnant la mer Rouge, la route de l'Inde, et qu'ils purent reconnaître diverses lies du riche archipel de l'océan
Indien.
Faisons ici une remarque importante. Les Égyptiegi et les Phéniciens étaient évidemment issus du même sang. Au début de l'histoire, ils apparaissent ensemble sur la scène du monde, avec la même langue, la môme, aptitude pour tous les arts de la civilisation ; et cependant, dès lors, ils apparaissent séparés par une barrière insurmontable, celle qué-met entre eux la disparité profonde du génie national! Cet exemple remarquable de la liberfé et de la spontanéité de Tesprit humain explique suffisamment, à part les vicissitudes qui ont dû accompagner la dispersion des hommes sur le S^obe,
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cette inégalité qui existe dans Télat social des peuples et dont CD a déduit tant de systèmes hasardeux. .Quoi qu'il en soit, en prenant le inonde oriental pour
le point de dépatt du développement humain , il est liors de doute que les premiers vaisseaux qui touchérent aux côtes maritimes de l'Europe.furentdas vaisseaux.phéniciens. Nous nous étonnerions peut-être davantage du mystère dont ce peuple antique eut soin
d'environner ses découvertes lointaines , si» presque de nos jours , nous n'avions p^s vu le même esprit d*égoïsQie' commercial inspirer la même conduite aux Hollandais, à une époque où toutes les nations de . TEurope armaient généreusement d'importantes expéditions navales , dans le seul but de régulariser et d*augmeqter les connaissances géographiques.
III. Si, cpmme nous Tavons dit, il est encore impossible de'déterminer et de suivre d'une ipanière précise les mouvemens qui' ont dû s'opérer dans l'humanité, à l'époque de sa* première dispersion sur la terre et durant la période intermédiaire qui a succédé à ces temps inconnus, on. peut du mpins, malgré l'incertitude et la rareté des documens contemporains de ces révolutions SQCiales, en Moisit la direction générale, aussi sûrement que la géologie peut indiquer aujourd'hui, par la classi-. flcation des terrains, la direction des courans diluviens qui, à diverses époques, ont bouleversé la surface du globe. £n effet, toutes Jes migrations, tous les déplacemens de populations ont eu lieu d'Orient en Occident. I^on seulement cette observation , dont aucune excep- ' tioif ne vient atténuer la force et la justesse, confirme avec éclat le système de Tunité des races, mais encore elle révèle un dès instincts les plus puissans, les plus persistans de l'esprit humain. Dès les temps les plus reculés, c'est v^rs l'Ouest que l'homme tourne ses regards avides denouvelles découvertes : une mystérieuse
révélation semble lui être faite sur cette zone terrestre,
que l'impénétrable Atlantique ferme à son audace. Si, dès lors le Nord, immobile et sombre, est pour jui le séjoui;^ des dieux, dont des glaces éternelles lui interdisent Taccès, l'Ouest est le but de ses vagues espérances^ l'objet de ses tentatives les plus périlleuses et les plus héroïques. Ce sentiment intime, qu'il ne s'agit pas d'exl^^itjuer, mais seulement de constater, se nuioifesle successivement dans le monde à toutes les époques ; il est attesté par l'histoire et par un grand fait social indestructible, la marche de la civilisation qui suit constamment un mouvement parallèle aux migrations des peuples, jusqu'au jour où un illustre navigateur, dont le génie s'était peut-être à son insu vivement imprégné de ces croyances populaires, guida ses vaisseaux au travers des flots inconnus de l'Atlantique, et recula les bornes du roondp, par la découverte d'un nouveau continents
Après la gé<^raphie poétique d'Homère, les connaissances géographiques des anciens temps se trouvent exposées avec plus d'ordre et de précision dans la géographie historique d'Hérodote. Ce livre, qui a été l'objet de tant d'ignorantes critiques, est un des plus remarquables monumens littéraires de l'antiquité. Les erreurs qu'il renferme nécessairement sont loin d'en diminuer la valeur aux yeux des observateurs sérieux ; elles ne sont que la reproduction tort intéressante à étudier des opinions qui régnaient au temps où il a été composé. Mais ces erreurs , d'ailleurs en petit nombre, sont rachetées par des observations dont l'exactitude a été constatée, et par des hypothèses qui révèlent une intelligence élevée et une sagacité admirable dans leur auteur. Ce vénérable écrit, qui fut lu devant le sénat d'Athènes, l'an 445 ayant notre ère, vient jeter quelque jour sur les découvertes opérées durant la période précédente ef constater les connaissances du peuple le plus éclairé qui existât alors. Cent cinquante ans avant l'époque où Hérodote écrivait les livres où se trouvent consignées ses.précieuses observations géographiques. Thaïes avait enseigné publiquement la sphéricité de la terre. Mais d'autres doctrines, moins conformes à la vérité et dont on a reconnu depuis la conformité avec les croyances cosmogoniques des Hindous, étaient enseignées en même temps, et l'ouvrage d'Hérodote devait se ressentir de la diversité de ces systèmes. Quand on songe qu'Hérodote a exploré toutes les parties du monde connu de son temps, et qu'il a parcouru dans tous les sens les contrées qu'il décrit, on admire la grandeur de son œuvre, le zèle infatigable et la laborieuse patience avec laquelle son illustre auteur en élabora les matériaux. Mais, sôtts tous ces rapports^ la géographie d'Hérodote, qui devait être mentionnée ici dans l'x^rdre chronologique des découvertes, ne peut être examinée avec un peu plus de développemens que dans un autre article de ce Dictionnaire. (Foy* voyages.)
Hérodote rappelle néanmoins, mais d'une manière incomplète, les découvertes maritimes des Phéniciens et des Phocéens ; il attribue ailleurs la découverte de l'Inde à Darius, roi de Perse> qui fit 'explorer le cours de l'Indus, et, 'suivant lui, les hommes d'intelligence que ce prince avait chargés de cette expédition, «arrivèrent deux ans et demi après leur départ, dans le port où s'étaient embarqués autrefois les Phéniciens, par l'ordre de Sésostris, pour faire le tour de la Libye. » Ce passage a de l'importance : il établit qu'à une époque déterminée par le règne de Sésostris les Phéniciens avaient subi le joug de l'Egypte, et que, dès cette épo^ que , la circumnavigation de l'Afrique avait déjà été tentée. Hérodote rapporte également une autre expédition, entreprise dans le même but et également par les Phéniciens» d>prè3 les ordres de Néchos, roi d'Egypte,
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doot le règne datait de deoxaièclea avant le temps où il èciîTait. Mais il y a tant de conf asion dans ia chronologie des rois d'Egypte^ qu'on ne pent savoir si la mention de ces deux voyages de découvertes maritimes s'applique à un seul et même fait on à deux faits identiques. Les géographes modernes ont, d'ailleurs, réjeté cette circumnavigation de l'Afrique dans ces temps rscuiés, comme résultant de traditions fabuleuses. Les raisonnemens sur lesquels s'appuie leur jugement sont, plus spécieux que fondés en raison, mais ce n*est point ici que cette opinion peut être controversée. Il est étonnant que Carthage, qui était alors la plus grande puissance maritime du noonde , soit à peine citée par Hérodote, qui ignorait Texistence du célèbre Périple d'Bannan^ exécuté long-temps avant lui. C'est accidentellement aussi qu'il parle de Massilia, fondée, un siècle et demi avant l'époque ou il vivait, par les Phocéens sur les côtes mé« ridionaies de |a Gaule, et qui avait déjà acquis une asset grande importance pour entrer en rivalité avec Carthage. Néanmoins, les livres d'Hérodote contiennent des aperçus maritimes très remarquables. Les mesures qu'il donne, par exemple, de la mer Caspienne,* sont d'une exactitude parfaite , et c'est vainement qu'après lui Strabon et Ptolémée rejetèrent sont autorité pour faire prévaloir leurs système!^ ; les progrès de la science ont renversé leurs hypothèses erronées, pour restituer au père de l'histoire la gloire' qui illustrera à jamais son nom.
Les plus anciens voyages de découvertes muritimes dont il nous reste des relations authentiques sont ceux qui furent simultanément entrepris dans le cinquième siècle avant notre ère, par les généraux carthaginois, Haonon et Himilcon* Le sénat de Garthàge prescrivit à Hannon d'explorer les côtes occidentales de l'Afrique, et d'y fonder des colonieiB. L'amiral carthaginois emmena avec lui trente mille individus' des deux sexes répartis sur soixante navires. Le récit de cette expédition, que son chef écrivit lui-même, quoiqu'il soit d'une simplicité merveilleuse , répond parfaitement à ce déploiement de force navale, qui de nos jours serait encore extraordinaire. Les bornes qui, nous sont imposées ne nous permettent pas de suivre la marche de cette flotte sur T Océan occidental; autant qu'il est permto d'en juger d'après les mesures de distance employées par les Grecs qui nous ont «transmis la relation de ce voyage, comparées avec les nôtres, on croit que l'expédition parvint jusqu'aux côtes de la Sén^aoïbie ; du moins les phénomènes qi|i frappèrent les Carthaginois de surprise ou de terreur sous ces brûlantes latitudes, et la description que fait Hannon de quelques parties du littoral , ce qu'il rapporte de leurs productions végétales et de leurs babitaus^ peut-il S'appliquer à cette contrée.
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Tous les écrivains qui ont parlé de cette mémorabi § expédition maritime ont remarqué avec raison qu'après plus de vingt siècles aucun changement ne s'était encore opéré dans l'état social des naturels de la côte d'Afrique. Mais cette observation ne doit pas être seulement un objet d'étonnement , elle renferme aussi un sujet grave de méditation , et Implique l'examen des plus importantes questions ethnographiques.
Himilcon suivit une direction opposée à celle de la flotte d'Hannon , il explora les côtes d'Espagne et celles de la Gaule, et reconnut les îles Britanniques. Soit que la relation* du voyage d'Himilcon ait subi le sort de tant de précieux travaux de Fantiquité , soit que la politique du sénat de Carthage ait jeté à dessein un voile sur ses découvertes , il ne nous en est parvenu que quelques notions incomplètes. On lui attribue la découverte des lies Cassitérides , riches en mines d'étain , et qui devinrent entre les mains des Carthaginois le siège d'un commerce important dont ce meta fut l'objet, il est probable néanmoins que, long-temps avant Cette expédition , les Phéniciens avaient connu ces lies dont le nom parait être un dérivé de leur langue.
Le voyage maritime de Pythéas de Marseille , dont il est. difficile de préciser la date , mais qui ap* partient certainement à la môme période historique , offre plus d'intérêt sous le rapport de la science que sous celui des découvertes. Nous en parlerons ailleurs {Foy. navigation). La relation originale de Pylhéas n'existe pins, et nous ne connaissons les particularités les plus importantes de son voyage que par les citations qui en s<jnt faites dans d'autres écrits postérieurs. Ce fut vers le Nord 4u'i1 dirige^ sa route; les renseigne* mens qu'il donna sur ces contrées encore inconnues , et dont une terreur religieuse éloignait les navigateurs, durent exciter un vif intérêt. Après avoir suivi les côles de l'Espagne et de la Gaule , et atteint la Grande-Bretagne , dont il évalua la circonférence à 40,000 stades, il continua'sa marche vers le Nord, et arriva en six jours à Thulé. La position de ce lieu a exercé long-temps la sagacité et l'érudition des géographes , et a constitué uh problème qui n'est pas encore résolu. Tout porte néanmoins à croire que Pythéas toucha aux côtes de la Norwège. L'aspect désolé sous lequel cet antique navigateur présente Thulé peut convenir à ce pays à une certaine époque de l'année, et il parcourut ainsi le premier la route où s'élancèrent, quelques siècles après, les hardis marins normans. Pythéas navigua aussi sur la mer Baltique, et le petit nombre de documens qui nous reste sur cette partie de scfo voyagé , en attestant l'exactitude de ses observa* tiens, fait regretter d'autant plus la perte de son ouvragé.
lY. Le monde de Moïse et dHomère s'agrandit ftiPli
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pea à peu , et la géographie d'Aristote, qai réBame les connaisfianoes acquises durant les périodes précéden* tes» en recule indéfiniment les limites par la hardiesse de ses hypothèses. Aristote appuie de toute l'autorité de son génie « et de son prodigieux savoir, l'ancienne doctrine de Thaïes sur la sphéricité de la terre; il donne la mesure de sa rasle circonférence , peu importe que cette mesure soit exaele , car il en tiré cette déduction remarquable qu un voyage est praticable au travers de l'Atlantique , et. que r£spagne ne saurait être très éloignée des côtes de Tlnde. C'est la môme idée qui obséda si long-temps le génie de Colombo A eette époque la Gi'èce était à la tète des nations par la hauteur et l'élégance de sa civilisation , par la supériorité du savoir et par l'éclat de la gloire militaire. Ses flottes sillonnaient toutes les mers, et sa prépondérance intellectuelle et sociale n'était contestée tiulle part. Le génie muet de la vieille Egypte contemplait dans son immobilité mystérieuse Tétrange mouvement qui agitait le monde. Tyr et Sidon , livrées à toutes les débauches de la richesse « avaient perdu leur supériorité maritime; Rome et Carthage venaient seulement de se rencontrer sur les rivages de la Grande-Grèce ; mais leur lutte colossale avait' à peine du retentissement chez les Hellènes , qui regardaient en pitié la rivalité de ces deux républiques barbares. Alexandre lui-même ne tint aucun compte de leur existehce , et ce fut dans TOrient qu'il alla chercher le sceptre du monde , qîie les barbares se disputaient réellement sur la Méditerranée!...
La mappemonde d' Aristote , à part le nord de l'Eu* rope qui ne s'y trouve qu'imparfaitement indiqué , comprend à peu près tout l'ancien continent. Elle mentionne, d'un côléy les deux grandes îles d'Albion et de Jerne (l'Irlande) , au nord du pays des Celtes , et, d'un autre côté, la Taprobane (Ceylan) et Phebol (Madagascar), l'une située suivant lui au delà de l'Inde^ Fatitre dans ta mer d'Arabie. Aristote méritait d'avoir un disciple eomme Alexandre. Les Grcrcs connaissaient alors la plus grande partie de l'Asie; c'était le monde pour eux, car les barbares de la Libye et de l'Europe n'avaient à leurs yeux aucune valeur sociale. Alexandre songea donc à réunir tous les peuples de TAsie sous la même loi, et à établir en Egypte le lien commer^^ cial de toutes les parties de son immense empire , et des dutres contrées qu'il dédaignait d'y joindre.
Maître de l'Inde, Alexandre résolut d'explorer le cours de rindus, et les cêtes occidentales de la Perse. II fit équiper une flotte de 800 vaisseaux dont il confia le commandement à Néarque , l'un de ses plus habiles lieutenans. L'armée , divisée en deux corps, partit, en même temps que la flotte , de IVicœa , ville située sur l'Hydaspes , et la ffoivit de chaque e6té sur les bords
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da fleuve jusqu'à rembouchure de l'Indns. Ce voyage militaire dura quatre mois ^ et sept autres furent eiii« ployés à l'exploration du Delta. Alors la grande flotte de -Néarque se sépara de l'armée et fit voile vers l'ouest. On sait qu'elle reconnut toutes les cêfes depuis l'embouchure de Tlndus jusqu'à celle de TEuphrate , et qu'Alexandre, transporté de joie et , d'admiration » ordonna à Néarquo de continuer son voyage , et d'explorer le go16» Perslqde. Dès ce moment on pense que cet homme extraordinaire tonçut la possibilité de faire par mer le tour de l'Afrique. La mort vint tout à eoup emporter le secret de ses vastes projets.
L'immortelle expédition de Néarque est le plus grand voyage de découvertes maritimes qui ait été entrepris dans Tanliquilé, et il faut descendre bien avant dans les temps pou^ retrouver une tentative qui puisse lui être comparée. Cette expédition , dont nous regrettons de ne pouvoir retracer tes héroïques trav.aux, eut d'immenses résultats* et, suivant la belle expression de Quinte-Curcoi elle ouvrit le monde à la connaissance da genre humain.
La circumnavigation de l'Afrique demeura, après la mort d'Alexandre , un problème -que tous les géographes regardèrent comme insoluble. Elle fut l'objet de nombreuses. tentatives dont la plus remarquable est celle d*£udoxus de Cyzicus qui eut lien vers la fin du deuxième siècle avant notre ère , mais sans résultats.
A cette époque, tout le monde connu subit la domination romaine , depuis l'Atlantique jusqu'au golfe Persique, depuis la Grande-Bretagne jusqu'à l'Egypte. La rivalité commerciate et l'ambition politique n'exis* tant plus dans cette; puissante unité pour exciter le génie des découvertes maritimes, il n'y eut, dès lors, que des expéditions militaires qui eurent plutôt pour but de constater retendue dé l'empire romain que d'en reculer les limites. Néanmoins l'activité du commerce avee rinde , dont le transit se faisait par l'Egypte , dut souvent réveiller le zèle des navigateurs, et leur faire chercher 1q moyen d'abréger cette longue Toute. Dans le premier siècle de notre ère , Bippalus , marin instruit, découvrit la régularité périodique des mous- Sons. Celte découverte, constatée bietitôt par d'heu^^ reuses expériences, eut des résulatîs si avantageux pour le commerce que les Grecs donnèrent le nom d'Hippalus à la mousson d'été ou du Sud-Ouest.
Ce fut peu dé temps après qu'un marchand d*Alexan« drie, nommé Arrien, entreprit un voyage maritime dans l'Inde, dont la précieuse relation, connue sous le nom de Périple de la mer Erythréenne , contient non seulement des particularités fort curieuses sur \ë commerce du Levant à cette époqhé reculée , fnaift encore la mention d'une foule de lieuï qtd avaient été
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ineonnnfl au anciens géographes. C'est dans cet écrit qne la Chine est pour la première fois indiquée comme le pays de la soie.
Les progrès des connaissances géographiques et des découyertes qui eurent lieu durant la période histo-» rique que nous venons de parcourir sont constatés par les géographies de Strabon et de Ptolémëe* Malgré ses nombreuses erreurs , celle de Ptolémée n'éprouvera , ainsi qne son système du monde , aucune modification dans tout le cours du moyen ftge , et sera Considérée comme la description la plus complète du globe jus* qu'au moment où une génération plus éclairée , plus hardie, et plus heureuse, en explorera les dernières limites.
V. Nous avons dit, en commençant cettiB rapide chronologie des découvertes maritimes (II), qu^'après TAge de dispersion les connaissances géograpliiques , acquises par Thumaniié, avaient été résumées dans deux directions opposées de civilisation , par la Genèse et l'Iliade, et que ces deux puissantes manifestations de la civilisation primitivei devaient toutes deux influer, dans des voies différentes , sur la marche générale de rhumanité. Le monde homériqtie seul s'est agrandi jusqu'à présent ^ Thistoire de son développement .est marquée successivement après Homère par les géographies d'Hérodote , d' Aristote , de Strabon , et enfin de Ptolémée. L'impulsion homérique de la civilisation est usée ou accomplie, l'impulsion mosaïque commence pour ne plus s'arrêter, sous quelque forme sociale encore inconnue qu'elle puisse se déguiser désormais.
A peine la géographie de Ptolémée eut*ellé établi , au milieu de. beaucoup d'hypothèses erronées^ une division plus précise du monde connu , que la face de ce mende fut entièrement changée. Le christianisme, qui , au point de vue historique , n'est en réalité qu'une transformation du mosalsme, imprima aux intelligences une direction nouvelle par la révélation d'une loi morale absolue, dont l'accomplissement brisait la chaîne des traditions, rétablissait la famille humaine dans son auguste unité , et jetait un abîme entre le passé et l'avenir. Il fallut un peu plus de deux siècles au christianisme pour passer du prosélytisme obscur et persécuté à la domination suprême dont il fut investi parl'accession de l'empereur Constantin â ses doctrines. Peu de temps après, les races d'hommes, qui, à une époque indéterminée, s*étaient arrêtées dans le l\ord de l'Asie et de l'Europe, reprirent tout à coup leur marche vers l'Ouest, et franchirent de toutes parts « les vastes frontières de l'empire romain. Cette époque de rénovation intellectuelle et sociale est l'une des plus solennelles de l'histoire. Il ne faut pas la juger d'après ses résultats immédiats , il ne faut pas la contempler au milieu des désolations et des ruines que l'impi*-
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toyable furie des hommes du Nord amoncela sur leur passage. Il faut voir le torrent se creuser un lit, et devenir le fleuve majestueux qui répand sur ses rives la fécondité et la vie ; car il est à remarquer que celles de ces familles errantes qui n'avaient d'autre instinct que celui de la guerre et de la destruction , disparurent tout à coup de la scène du monde, et l'histoire n'a pu même retrouver leurs tombeaux. Il n'est resté d'Attila et des Huns , des Hérules , des Alains et de tant d'autres nations redoutables, que le souvenir qu'on garde d'un fléau dévastateur, mais passager !
L'empire d'Occident mourut de mort violente, celui d'Orient eut une longue agonie ; mais toute grande puissance maritime disparut avec eux. Les colonies grecques de l'Egypte conservèrent momentanément encore quelques relations commerciales avec l'Inde; mais généralement, durant les longs siècles que nécessitèrent la reconstitution de la société et l'élaboration delà civilisation nouvelle, aucun état ne fut assez fort pour avoir une marine, assez paisible pour qu'aucune activité individuelle cherchât dans les hasards des découvertes trans-océaniques un aliment à son ambition. Tous les intérêts devinrent continentaux. Les -républiques italiennes , qui durant le moyen-âge parvinrent, à l'aide de là marine, à un certain degré de puissance et de prospérité , ne tentèrent aucune découverte. Leurs marines ne furent guère employées que pour les besoins d'un commerce restreint ou dans des expéditions militaires peu importantes.
Néanmoins le génie maritime survécut, sur quelques points du globe, à cette longue et étrange transformation des élémens sociaux; on aurait dit que, pour
atteindre à sa virilité, l'humanité avait besoin do recommencer son e^hfance ! Les Arabes à l'Orient, et surfout les Scandinaves au Nord, osèrent chercher au travers du vaste Océan la périlleuse gloire qui convenait le mieux à l'enthousiasme et à l'intrépidité de leur caractère national.
Au commencement du septième siècle , il était tout-à-coup surgi du sein de cette nation arabe , qui avait conservé dans toute sa pureté le type de ta race sémitique, mais que les Romains avaient à peine daigné combattre , un de ces hommes extraordinaires qui changent les destinées des nations, ou qui savent les conduire à leur accomplissement. Entre la Bible et l'Evangile, Mahomet avait placé le Coran. Cette nouvelle transformation du mosalsme s'harmonisait peut-être' mieux que le christianisme avec les idées et les mœurs de l'Orient. Quoi qu'il en soit, et sous quelque point de vue qu'on envisage la mission de Mahomet, elle fut un grand événement dans le monde , et l'effet de sa parole fut aussi prompt qu'irrésistible et terrible. En peu de temps l'islamisme vainqueur envahit la plua
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grande partie de la terre, et la race arabe domina sur Qoe région pl08 vaste que Tempire romain, depuis TËspagne jusqu'à llnde , depuis Tinlérieur de l'Afrique jusqu'aux bords de la mer Caspienne. La profonde horreur que l'islamisme excita parmi les nations chrétiennes de l'Occident , et l'intolérance du prosélytisme ardent des Arabes, changèrent tous les rapports qui existaient encore entre cette partie du globe et l'Orient; et s1l a été vrai de dire qu'Alexandre ouvrit le monde à la connaissance du genre humain, on peut ajouter avec raison que les Arabes le fermèrent.
L'immense élendue de l'empire créé par Mahomet et ses premiers successeurs dut nécessiter l'emploi de la marine, pour faciliter les relations entre ses diverses parties. Cependant les Arabes ne furent point des navigateurs hardis, ils s'éloigiiaicnt peu .des côtes, et leurs connaissances dans l'art de la navigation dépassèrent de très peu celles des anciens. Il est certain qu'ils visité* rent la Chine, encore à peu près inconnue à l'Occident, dès le conunencement du huitième siècle sous le kalifat de Walid; mais ils y pénétrèrent par le Ca$gar et les plaines de la Tartarie. Cependant les Arabes ont évidemment laissé des traces de leur passage dans la plupart.des îles de l'archipel Indien , ils.ont exploré jusqu'au cap Bojador toutes les côtes de l'Afrique occidentale, dont Tintérieur était en grande partie SQumis à leur domination. Mais A l'ouest leurs connaissances ne s'étendaient pas au delà des renseignemens et des hypothèses de Ptolémée. Leurs géographes donnaient à rOcéan Atlantique le nom de mer des ténèbres, et ils avaient accepté la tradition déjà antique qui plaçait sur le rivage des îles Fortunées des statues coibssales dont le bras était tendu vers l'Ouest pour avertir les navigateurs des dangers qui les attendaient au delà de ces latitudes. Les relations des voyages maritimes ou continentaux des Arabes sont, comme leurs géographies, pleines de fables et d'inexactitudes sur les distances et la position des lieux , qui ne permettent de tirer aucune induction raisonnable de la description qu'on y trouve de prétendues régions de l'Ouest, et dans lesquelles on a voulu voir une preuve que les Arabes avaient eu connaissance de l'Amérique. Cette ancienne découverte du continent occidental par les Arabes est beaucoup plus contestable que celle attribuée aux Morroans sur les côtes Nord-Est de cette terre.
VI. Ce fut à peu près à l'époque où les Arabes soumettaient au Coran la plus grande partie du monde connu , que les Scandinaves commencèrent à acquérir sous le nom de Normans leur terrible renommée. Les familles finnoises et gothiques, qui sortaient du même sein et qui s'étaient arrêtées dans les heureuses contrées du Sud et de l'Ouest de l'Europe, avaient embrassé le cfiristiani^me et s'étaient mêlées aux populations primi-
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tives des anciennes provinces romaines. Ces nouveauxvenus» soit qu'ils eussent conservé dans leurs conquêtes une prééminence politique, soit qu'ils eussent accepté les classifications sociales existantes, ne formaient nulle part une nationalité distincte de celles au milieu desquelles ils s'étaient établis par la force des armes. La fusion s'était accomplie avec une étrange rapidité , les hommes du Nord avaient oublié sous des cieux plus propices le rude climat de leur terre natale , leur idioûie même ou s'était perdu ou s'était complètement modifié par le contact de la langue latine. Les Normans ne retrouvèrent donc plus de frères, ni dans les Gaules, ni dans la Grande-Bretagne, ni dans l'Italie, ni dans l'Espagne dont ils ravagèrent successivement les côtes. La terreur qu'ils inspirèrent fut grande, et il fallait que le génie des modernes conquérans de [^Europe fût prpfondément modifié déjà , puisque nulle part on ne songea à résister aux Normans sur la mer et que c'est à peine si l'on essaya, dans l'intérieur des terres, à s'opposer à leur déprédations.
Mais les considérations qui se rattachent aux invasions des Normans appartiennent à l'histoire politique, nous n'avons qu'à rappeler ici leurs découvertes maritimes et celles qu'on leur attribue. On a vu ailleurs (Voy. Discours préliminaire) que les.courses des Scandinaves avaient précédé d'un grand nombre d'années les grandes migrations continentales qui amenèrent le démembrement de l'empire romain. Au commencement du huitième siècle, les Scandinaves reparurent sur les côtes de l'Armorique et de la Grande-Bretagne, ils pénétrèrent dans la Méditerranée en même temps que dans la mer du Notd et la Baltique, et insultèrent ainsi de toutes parts les frontières maritimes de TEurope. Ce fut surtout dans les deux siècles suivans que l'audace de ces intrépides marins se manifesta par des entreprises maritimes qui ont à juste titre étonné la postérité.
£n 893 les Normans conquirent les Hébrides et successivement les Orcades et une partie considérable du Nord de l'Ecosse. Les Sagas islandaises font remonter beaucoup plus haut leur découverte de l'Irlande : ce qui est certain c'est qu'ils . exerçaient dans le septième siècle leur domiYialion sur une partie de celte contrée, dont toutes les îles de la côte occidentale étaient en leur pouvoir. Il parait qu'ils naviguèrent fort loin à l'ouest de l'Irlande ; les chroniques que nous venons de citer font mention de la découverte qu'ils firent d'une vaste terre à laquelle ils donnèrent le nom de Grande- Irlande ou delà terre deWhite-Mann {F Homme blanc). La simplicité extraordinaire des récits Scandinaves ne permet pas de croire que l'imagination de ces intrépid<es marins y supplée souvent à la vérité, mais leur ignorance des latitudes et des distances y jette une confusion inextric9ible. Cependant le Landnama-Bok , Tune des plus
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«Doiennes et des plut remarquables traditions historié que de Tlslande , dît en parlant de la Grande-Irlande , « quelle est sitaée dans l'océan Occidental près du bon Winland.j La découverte de la terre à laquelle les Mormans ont donné ce dernier nom n*est pas contestable , et nous permet de vérifier rautheoUcité de cette tradition.
En l'an 86 1 , des vaisseaux Scandinaves furent poussés vers les îles Feroé , et peu de temps après d'autres navires appareillés pour visiter ces nouvelles découvertes furent jetés par la lempète sur la côte orientale de TIslande. Un hardi marin nommé Gardar en fit le tour en 864 y et, en 874 , un chef ikorwégien nommé Ingolph y conduisit des colons. Il ne faut pas oublier ici une particularité importante qui se rattache à la découverle de l'Islande ; c*est que ses premiers explorateurs normans y trouvèrent des croix, des cloches et des livres écrits en langue irlandaise. De ce qu'un pareil fait est difficile à expliquer, il ne s'ensuit pas qu'il soit faux, et les géographes n'ont pas plus le droit d'en nier Taulhenti- Cité que celle de la découverte même de l'Islande. Les Normans ne tardèrent pas à diriger plus avant Vers rOuest leurs hardies excursions. Les chronrques islandaises placent la découverte du Groenland en l'année 932 9 et Taltribuent à un noble nomfégien nommé Eric Randa, banni de Son pays pour un crime.
Eu 1001 un Islandais nommé Biom, dit Malte-Brun qui, à part sa vaste érudition géographique, a dû étudier avec un intérêt tout particulier les anciennes an* nales de sa patrie, en allant rejoindre son père établi au Groenland , fut jeté par une tempête fort loin au Sud* Ouest ; il aperçut un pays couvert de bois , et revint par le Nord-Est A sa destination. Les récits de Biorn engagèrent Léif, fils d'Eric Randa, A visiter avec lui ces côtes lointaines. La contrée qu'ils découvrirent et qu'on suppose située vers le 49^ de latitude reçut le nom de Winland, parce qu'un 'Allemand qui faisait partie de l'équipage du vaisseau norman trouva une certaine quantité de raisins sauvages dont il expliqua l'usage A ses compagnons. Cette circonstance n'a pas peu contribué A jeter des doutes sur la réalité de cette découverte, la vigne n'ayant été trouvée depuis dans aucune contrée de ces hautes latitudes. Mais il est impossible de ne pas reconnaître la véracité des rapports de ces simples et courageux marins , et de ce qu'une partie des côtes de l'Amérique du Mord aurait été visitée cinq siècles avant le premier voyage de Christophe-Colomb , nous ne voyons pas que la gloire de cet homme célèbre puisse en souffrir. La découverte du Winland étant ainsi constatée, il est naturel de penser que les Normans, dont l'audace et l'intrépidité avaient bravé les dangers des mers orageuses qui séparent la Norw^e de l'Iskude et l'Islande du Gro6aland , durent pénétrer plus
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avant encprç dans TOuest. Des traditions ,- confâses A fa vérité^ font penser qu'ils connurent Terre-Neuve et qu'ils y établirent même des pêcheries; ils lui donnèrent le nom d'Estotiland , qui signifie terre extérieure de l'Esté nom qui, relativement au continent américain, convient parfaitement A la situation de ce pays. Maintenant nous demanderons s'il n'est pas possible que la Grande-Irlande des Sagas islandaises, située près du bon Winland , soit la même contrée désignée postérieurement sous un autre nom ?
Nous ne parlerons ici que pour mémoire du voyage maritime des frères Zeni jdans les meri du nord, exécuté en 1380.' La véracité de leur relation a été souvent contestée, eller renferme d'ailleurs des contradictions choquantes ; mais elle confirme sous tous les rapports les découvertes des Scandiimves , et il 'en résulte l'asserlion positive de Texistence d'un vaste continent A rOuestde l'Océan Atlantique. Quoi qu'il en soit, depuis le treizième siècle , les révolutions politiques survenues dans les états du Nord mirent un terme aux courses aventureuses de leurs hardis marins , et , que les découvertes qui leur sont attribuées Boient'ou non réelles, elles furent dès lors oubliées ou perdues.
YIL Nous arrivons A l'époque sorennelle de ces grandes découvertes maritimes qui ont enfin permis A l'homme de toucher aux limites du globe et d «n mesurer la surface. Les navigateurs intrépides qui accomplirent cette œuvre admirable furent, il est vrai, doués d'un esprit ferme et supérieur ; mais ce n'est point A leur seul génie qu'il faut attribuer* la haute pensée qui inspira leurs héroïques entreprises; Us n'ont Tait que réaliser une des plus antiques espérances de l'esprit humain et justifier ses hauts pressentimens. En rattachant au développement général de l'humanité les travaux de ces hommes illustres , nous sommes loin de vouloir diminuer Téclat de leur gloire; nous croyons au contraire que l'activité des intelligences supérieures n'est vraiment grande et digne d'admiration, que quand . elle se déploie dans la vaste sphère de l'activité générale.
Jetons un rapide coup-d'œil sur la carte du globe au quinzième siècle. Les trois parties do l'ancien monde forment un grand continent que la mer Méditerranée et l'Océan indien partagent d'une manière inégale. Le Nord de l'Europe est imparfaitement figuré, une montagne sépare la Suède et la Norwége de la Russie et de la Tartarie qui occupent tout le Nord de l'Asie. Cependant au Nord de l'Europe et A l'Ouest sont rétracées toutes les découvertes des Normans ; l'Islande , le Groenland et plus au Nord-Ouest cette terre mystérieuse d'Estotiland , A laquelle un géographe donne le nom de Stokafixa. L'Afrique se termine au Nord de Tèquateur coqame celle des anciens. Les côtes d'Asie* sontencore plus mal figurées, les deux péninsules de
rinde el le gpifo do Bengale lopt I fieiiie indiquif • à l'Ouest, dans rAtlantique, les cartes du moyen-Age mentionnent spus des noms bis^rrçf les Canaries et Tîlp de Madère , et plus loin unp terre i laquelle on donn(3 le nom d'Antilia. !Nous n'analysons ici- aucune carie en particulier ,' nous nous efforçons de donner ^tle idée générale de leurâ principales dispositions. Mou^ passons à dessein sous silence la. partie fantastique de c^ttjp jéogra|ihie qui lient une si gradde place dans les caries du nrroyen âge. Ces détails archéologiques nous mèneraient trop loin,. nous nous contenterons de dire quil existe d'étranges rapports entre TenfancQ ^eê deux civilisations dont l'une a précédé , l'autre suivi le clirisr lianisme. Si l'on dressait i|ne mappemonde d'après les connaissances et les hypothèses géographiques d'Hérodote, et qu'ion la- compaiât ensuite aux mappemondes du 0ioyen-âge, on serait étonné des points deresseniblance qu'elles auraient /sntre elles, en faisant la part de Ifi différence des idées religieuses de Tune et de l'autre époque. •
Au point de vue politique, la géographie au moyenr âge était un peu plus avancée. Les "broisades avaii;q( singulièrement modifié l'ordre social en Europe, et Icf grandes révolutions qui avaient bouleversé l'Asie pep de temps aprècr^ en réyélant l'existence de puissantes nar (ions,, en créant de nouveaux empires, avaient changé ^utes les relations qu'avaient entre ^les les popular lions et les états de l'anqieo monde. I4e chemin oomr n^ercifil fjp l'Asie était Terme 4 l'E^urope , où le progrès «e ni^nifestait de toutes parts dans les sciences , dans les arts , dan# le drojt ppb|iç. (.'amélioration successive du sort des diverses classes de la société avait créé des besoins que le commerce ne pouvait plus satisfaire par les seules communications continentales. Deux grandes idées naquirent de cet état de choses ; celle de par- Tenir jusqu'aux Indes en côtoyant l'Afrique, et celle d'explorer l'Atlantique et de chercher parTOuest une vpie nouvelle pour arriver aux Iles* des épices , au pays de l'or. La première de ces idées était en contradiction avec les notions scientifiques de la géographie du temps, ^ seconde n'était qu'un reflet des anciennes traditions et une conséquence de la première, carsi Ion supposait i rOuest l'existence d'un continent ou de grandes îles ce n'était que comuie un prolongement de l'Asie.
Mais au milieu de ces incertitudes et de ces hypothèses, un mouvement intellectuel remarquable se prononçait de plus en plus en Europe. La découverte de la poudre à canon , la découverte plus importante de Timprimerie produisaient rapidement les plus grands résultats. Tous les esprits frappés par la grandeur de ces nouveautés merveilleuses étaient dans rallenie d*événemens plus extraordinaires , toutes les antiques espérances de l'humanité se ravivaient avec force et
^xaitaieqt renibenaiiiima de no^ ano^trei. H (Uit A(m temps que le vieux myat^re du globe terrestre fjit d*^ voilé, et Içs grands hommes n^ $na^pquent jamais i^ux grandes choses quand l'heure de leur accomplis^emeiit 4 sonné I
C'est au peuple portugais qu'appartient Thonneur d'avoir le premier fécondé ces nobles prémices d'un nouvel avenir social* Le^ Maures avaient importé dans la péninsule Ibérique le luxe et lesdenr^ei de l'Orient; après leur expulsion, les communications avec l'Inde durent cesser pour leurs vainqueurs ; el si ce ne fut pas» comme on l'a dit, le motif qui fit chercher par lOcéiP un nou^epu passage aux Inde? i ce motif a pv du mpin^ décider les Portugais, et ensuite les Espagnols, g l'^p» treprendre après avuir poursuivi les &iaures jusque sur les G<Uçs d'Afrique. Jean l*^ roi de Portugal, avait, «prèp la prise de Ceut^ , donné le gouvernement de ses eçnr quêtes à soQ fils Henri , en lui conférant le titre de duc de Visep, Ce jeunp pripc^ 9vait contracté de bonnç heure le go^t des vpyages maritimes. A Y^nt la prise d^ Cepta, ilavajt nr^Hf^^ ^f^i^ pl4si«ur# vaisseaux danf 1^ but d*fix|))urer aus^i loin qiie possible \^ c4t^ ^'Afriqu^. L,a (jernière dp ces expéditions avait douhl^ le cap Non , n^ais avait trouva un ob#taclQ insurm9n^ tabli) dans la prpjec(ipn fqrniidable du cap ^pjaclof , ^t dans les dangers de la pfier orageuse qui l'avpi^ine. Es ^418 dopi Ufi^TÏ ordonna à Juan Gonzalès-^r<)o ef à Tristran^ Va^-Tejçeira de çontipuer cette entreprise ^^ de dpubler \ç c^ip Bujadpf. Une tempête M C^s^^ 4 |'pMpst,(3t m déQO^vrirept l'Ue i laquelle ils ^opp^re^t j^ nor\^ d(^ Puti^r(q-$anto, yne pouvelle expédition eom.^ fuandée par les m^^s officiers au}(qi|eU dçm Qepri avait adjoint Bj^rtholomé Pere^tr^lo retrouvai l'île i^ ]t(Iad^rç, visité^ sans doute avant ^^^ -dupant Ifi qu4r torzi^me çiècle çt obscurément désignée fur les çartei| du ipoyej)-âge. Antopio Gonzalez et Nuno Tristan r^ffUT rent Tordre du même prince de-continuer ces voyages df^ découvertes ; ils doublèrent le cap Bojador et s'ayapc^ rent jusqu'au cap Bli|nc , ils rameuèrep^ à Lishpi^qc} deft naturels de la cèle qui se ratchetèrept ensuite u\oyfippau( une certaine qjiantilé de poudre d'or. Cef d^U^ '^^^ excitèrent à un haut point renlhousiasme des Portu^^if^ On croit que dans uri second voyage Tristi^n explora 1^ côle d'Afrique ju^qq 4 Siera-Leonp et qu'il découvrit l'île d'Arguin e( les îles du cap Vert. Un peu plus tard» Cadal^lusto, aventurier vénitien, étendit ses découvertes à plus de 80 milles au delà. A la mort d^ dom Henri, en 1463, les Portugais avaient colonisé Madère, le| Canaries et les Açores, et fondé des établissemens^ur Id bord du Sénégal j mi^is le problème pour lequel ça| ^oyapes, couronnés d'up si heureui; f éspUati 4vsien| été entrepris ^ n'était pas encore r^solp.
Durant le| dix-hujt f^ouée| qfx\ l'éfo^^çwt «Ui
bfié
h Éoft Se Aôttflënfi et celle d'Alphorisé V, en 1481; lei tlatigit6ut*« Portdgàis continoêrent à s'avancer lé long des cAtes d'Afrique. Ils reconnurent toute h Guinée avec ses golfes , [es baies de Bénin , de Biafra, lés tiei adjacentes et tout le riragé qui s*êlend jusqu'à ia frontiéhs Kord du Congo.
On conçoit que nons he puissions entrer ici dané tous les détails de ces premières tentatives, quelque restreinte qtle soit la forme sous laquelle nous les pré* lenleMons. On ne doit chercher dans ce rapide tableau des découvertes maritimes que les faits généraux et importans qui 8*y faltachent , et les explication^ absolument nécessaires à leur intelligence.
Dom Pedro, rëgent de Portugal, dans le but de troa« ver enfih ud passdge aux Indes par TOcéân , équipil en 1486 une flatte plus considérable que les précèdenleJ et dont il donna le commandement à Bartlioldmé Diàf . Il avait cha>gé éh même temps deux gentilshommes nommés Covllham et Payva de tenter le même pas-< sage par leb continent Je l'Afrique et de l-Asie , autant pouf découvrirle royauihe du Piètre Jean, souverain fantastique qui a beaucoup occupé les Imaginationè au mdyeo-âge, et dont on pisçàit les états tantôt en Târ^^ tarie, tantôt dans Tlntérleur de l'Afrique, qne pour fécueillir des fenseignemens éùr la possibilité de s'ouvrit un passage aux Indes en doublant le promontoire mérN dional, dont nul navigateur ettropéèn n^AvaR alorS approché.
Après une navigation pénible et dans laquelle il eut i lutter à la fois Contre les orages et contre la détfobéisiance de ses équipages, Diaz atteignit la baie de Lagoa, ignorant que déjà il avait doublé le promontoire qu*il éhérchait. Il parvint à décider Ée$ compagnons â continuer leur voyage et les Vaisseaux portugais pénétrèrent jusqu*à Tembouchure de la grande rivière des Pois* sons, qu'ils nommèrent le Bio do Infante. Ce fut en revenant le long de la céte qu ils reconnurent enGn ce promontoire si long-temps cherch(> eiî vain ; en mémoire des dangers qu*il avait eu à braver dans ces latitudes , Diaz le nomma le cap des Tempêtes ; mais le roi de f^ortugal l'appela te cap de JBùnne-Espérance , et ce nom a prévalu depuis.
Peu de temps après» de nombreuses lettres de Covilham apprirent â ce prince que rien n'était pitis facile que d*aller aux Indes en doublant le cap nouvellement découvert, et que ce promontoire était bien connu des navigateurs arabes et indiens. Il ne restait plus qu*i tenter une dernière expérience pour constater la solution définitive de ce grand problème. Mais, malgré Tentboustasme excité par les découvertes des Portugais depuis plus de soixante ans, malgré les progrès imporlans qui s'étaient opérés dans Tart de la navigalioD» cette ûpérieBce néeeisiltit encore ledérooemo&t d'au mariff
adssf hkrdi qu^habile. Ce fut seulement dit hns aprèé la découverte du cap de Bonne-Espérance que le roi dd Portugal Emmanuel reconnut l'homme qui était seul capable de la tenter et de l'exécuter , c'était Yasco de Gama. Ce gentilhommme portugais avait déjà fait seë preuves de courage et de talent, il accepta 'avec em^ pressement la mission glorieuse dont le chargeait sonf souverain; il mit à la voile le 8 juillet 1497 avec une flottille composée de trois vaisseaux qui ne devaient point rentrer dans le port de Lisbonne avant d'avoir vfsité les côtes de l'Inde. Quelques mois aprèsf il arriva'ftia petite lie de la Crut, qui était la limite des dernière' découvertes do Diaz, et les vaisseaux portugais entré-» rent ensuite pour la première fois dans la mer des Indes. On sait que Gama toucha successivement â Mozambique, â Mombasa , à Mélinda , et que de ce dernier port ii parvint en vingt-trois jours à Calicut. Lés autifes dé^ tails de son voyage, quelque intéressans qu'ils soient, ;ié peuvent entrer dans ce résumé. Yasco de Gama avait heureusement accompli sa mission ; au mois de mari 1499, il doubla de nouveau le càp de Bonne-Espérance, et rentra dans le port de Lisbonne au tnpïB de sep« . tembre suivant, c'est-à-dire deux ans après son départ; On voit que les grandes choses dans ce monde sonT rarement l'œuvre d'un seul homme, et; sahs vouloir diminuer en rien la gloire de Yasco de Gama , on né doit point oublier que, durant soixante-dix années, M passage aux Indes par les côles d'Afrique avait ëiè l'objet, de la part de ses compatriotes, des tentative^ les plus périlleuses et les plus multipliées.
Mais tandis que ce grand événement se passait dnni riiémisptière oriental, un événement d'une importancebien plus grande encore, et qui devait exercer une in*' Auence décisive sur l'avenir de la civitlsatlon , se passait dans l'hémisphère occidental. Peu d'années avant que Yasco de Gama eût doublé le cap do Bonne-Espérance, Christophe Colomb avait découvert TAniérique! l^ous n'avons pas cru devoir interrompre. le *récit des travaux maritimes des Porttigais, pour classer dans Toi-dre chronologique, â la place qu'elle doit y occuper, cette brillante découverte qui appelle maintenant tout notre intérêt et toute notre attention.
Yllt. Qu'il nous soit permis de placer ici quelques courte détails biographiques sur Christophe Colomb , sûr lé héros de cette admirable odyssée de TÀllantique. Chrlstdforo Cotortibd , fils de Dominico , naquit danS l'état dé Gènes en 1411^ d'une famille pauvre à laquelle ses biographes ont cherché depuis une illustratiun anti-' que , comme s'il en était une supérieure à celle que les travaux de ce grand homme ont répandue sur elle. La jeunesse de Colomb , sur laquelle on ne possède que dé vagues renseignemens, fut studieuse et solitaire, comme celle de la plupart àet hommes qui comptenneiit de'
bonne heure l^ur haiilQ. destination dani ce monde. Colomb se livra. avec ardeur aux études spéciales qui devaient un jour féconder les inspirations de son génie. Ses connaissance en géométrie, en astronomie et en cosmographie étaient àéjt fort étendues lorsqu'il fut envoyé par son père à l'Université de pavie, alors la plus célèbre de l'Europe. Il y acheva ses études et ne tarda pas à choisir la carrière dans laquelle il pouvait faire avec éclat l'application pratique de son savoir. Il servit d'abord avec distinction dans la marine du roi daNaplea où un avancement rapide fut le prix du courage et du
talent qu il déploya dans diverses circonstances. Il rentra ensuUe au service de sa patrie, et, en 1475, il commandait gne escadre de la république de Gènes. A cette époque, hs découvertes des Portugais avaient en Europe un grand retentissement; les Génois et les Vénitiens, qui passaient avec raison pour les plus habiles marins de ce temps, affluaient à Lisbonne, où leur esprit aventureux et leur expérience maritime trouvaient un accueil empresBé. Coloml) suivit l'exemple d'un grand nombre de ses compatriotes, et vint offrir ses
' services i la cour de Portugal. On a attribué cette détermination de Colomb à la répugnance qu'il éprouvaft de prendre un parli dans les troublos qui agitaient alors son pays r mais il n'est pas difficile de trouver à cet acte de sa vie une cause plus vraisemblable et plus conforme aux secrètes et vives prédilections du cœur humain. "En effet, l'esprit enthousiaste de Christophe Colomb dut être frappé plus qu'aucun aulre de l'éclat que de récentes découvertes jeiaient sur la marine portugaise, et il éprouva sans doute un irrésistible en-
'trainementà aller placer les espérances de son génie sous l'égide de cet heureux et héroïque pavillon.
Peuile temps, après son arrivée à Lisbonne, où sa haute intelligence de tout ce qui concerne la navigation fut bieiftôt appréciée, Colomb épousa dona Philipa, dont le père,, Pedro Perestrello, était considéré comme Tun des plus habiles et des plus savans pilotes portugais. Il fit plusieurs voyages en Guinée, en Angleterre et aux iles de l'océan Atlantique, qui étaient au pouvoir de l'Espagne et du Portugal. Il entreprit un voyage au Nord et s'avança jusqu'au 73^ degré de latitude. Mais i) est évidQnt que ses diverses expéditions maritimes, et surtout que ses fréquens entretiens avec les plus hardis navigateurs, avec les plus savans géographes et astronomes du temps, qui se trouvaient alors à Lisbonne,
' n'étaient pour lui que des études préparatoires à l'exécution du vaste projet qu'il méditait depuis long-temps. L'application alors nouvelle de l'astrolabe à la marine et qui devait servir à déterminer la latitude en pleine mer, allait faire faire un grand progrès à la navigation. Co- Ipmh comprit le premier tous les avantages qu'on pondit tirer de ('usage de cet instrument, et que le plus
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important de tous serait d'affranchir les marins de la nécessité de longer les cAtes ; en conséquence,, il posa les règles d'après lesquelles on pourrait déterminer la postlion des navires, au moyen des longitudes et des latitudes. Enfin,. convaincu par ses études, par la comparaison des géographies anciennes avec la relation du voyage de Marco-Polo à la Chine, qu'on nommait alors le Calhay et Je Zipangu, de la possibilité de pénétrer, en naviguant à l'Ouest, dans ces contrées lointaines, et dont la richesse et la fécondité étaient depuis long-temps un sujet d'exagération à peine croyable aujourd'hui , Colomb s'occupa sérieusement de l'exécution de ses desseins. Il est évident que Colomb croyait, comme tout son siècle, à l'existence d une grande terre occidentale ; mais, en parcourant les diverses biographies de cet homme célèbre, on verra combien il eût été alors dangereux pour lui de soutenir systématiquement cette opinion populaire. Les théologiens de ce temps et de ce pays étaient de redoutables contradicteurs, qui avaient le bûcher pour dernier argument, et ils regardaient cette opinion comme une abominable hérésie. Colomb se trouva donc daqsla nécessité de n'avouer qu'une partie de ses convictions et de ses desseins, et il suffisait de jeter un regard sur les> cartes du tepnps, pourseconyaincre de la justesse de ses idées, ainsi restreintes à la découverte par TOcéan occidental d une partie de lancien continent. Ptolémée avait donné une trop grande étendue k TAsie, et lorsqu'après le voyage de, Marco- Polo il fallut ajouter à cette partie du monde les vastes contrées du Cathay et de Zipangu, on fut obligé de dépasser de beaucoup la demi-circonférence du globe, Colomb tira donc une juste conclusion de ces hypothèses erronées, en affirmant qu'en s'avançant à TOuest, dans une directfon opposée à celle qu'avait suivie le voyageur vénitien, on devait parvenir plus promptement à ces limites extrêmes de l'Asie.
Colomb offrit d'abord ses plans de découvertes au gouvernementdeson pays; on sait que ses compatriotes, qui l'avaient oublié, rejetèrent ses vues avec dédain. Il les proposa ensuite au roi de Portugal, qui les fit examiner par des hommes spéciaux, et qui commit Finconcevable faute de vouloir les faire exécuter par un autre que par lui. Trompé dans ses espérances et justement offensé de la déloyauté du gouvernenaent portugais, Colomb fit simultanément ses offres de services aux souverains d'Angleterre et d'Espagne ; il se rendit dans ce dernier pays en 1488, et il y passa cinq années entières à combattre les stupides préjugés qu'on opposait à ses nobles convictions. Ce fut à cette époque de découragement, et presque de désespoir, que Colomb tourna ses regards vers la France (1 j. Le jeune et héroïque prince
(1) Cette circonstance de la vie de Colomb « été mal expliquée par quelques bipi^raplies de ce grand homme, dent lésas-
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qui régnait alors dant ee paya, randu à soo uolié iifr< lionale par la politique de Louis XI, était fait pour comprendre Tillustre navigateur génois; car Charles YIII aimait la gloire, et cette grande et arentureose expédiiioD eût merveilleusement souri à l'esprit che- Taleresque de la nation valeureuse qu'il gouternait. La découverte do Nouveau Monde aurait eu, entre les mains des Français, d'incalculables résultats pour les progrés de la science et de la civilisation. La Providence ne voulut pas que la France ajoutét cette gloire à toutes celles qui ont illustré son histoire ! Le point de vue dans lequel nous écrivons, ne permet pas de supposer que nous cédions à un puérile sentiment de vanité nationale, en exprimant le regret que Colomb n'ait pas persisté dans son dessein ; c'est de notre part une conviction sincère et profonde qui repose sur de gravas considéra* tiens philosophiques. Mais reprenons ce récit.
Au moment où l'illusire Colomb désespérait d'amener la cour ci*£spagne à ses vues, et où il se disposait à partir pour la France , la protection de la reine IsabeUe, que de fidèles amis lui avaient fait obtenir, le rendit à toute l'énergie de. ses espérances. Toutefois, ce ne fut qu'après huit années de négociations pénibles* de sollicitations infructueuses, de dégoûts et de déeep* tiens de toutes sortes, que la cour d'Espagne confia enfin à Christophe Colomb le commandement d'une expér dition maritime , chargée de la glorieuse mission de découvrir un nouveau monde. Ce fut le 19 avril 1492, que les pouvoirs >do Colomb furent signés ; le 12 mai suivent, il se rendit dans le port de Paies» pour si|r* veiller par lui-même l'armement de la flottille dont le commandement lui était confié. Elle se composait de trois vaisseaux, la Saata^Maria^ montée par Colomb, la Pinla^ commandée par Alonzo Pinzoïi, et la iViina, commandée par Yanez Pinzon, frère du capitaine de la Pinitt, Cette mémorable expédition mit à la voile le vendredi 3 août 1492 ; elle se trouva quelques jours après aux Canaries, où elle fit une reiftche et remit ses voiles an vent le 6 septembre ; elle entra ensuite dans
ferlions ont ensuite été adoptées trop légèrement par un grand nombre d'écrivains. On a prétendu, à tort, qu'il avait trouvé en France et en Angleterre une répulsion et un dédain plus accablant encore pour son génie que les humiliations dont il fat sf lopg-tempa abreuvé à la cour il*Espagne. Ces faita ne sont pas senlemenl Inaiacts • ils sont complètement erronés. Quelques négociations furent ouvertes par Colomb auprès de Henri Vil ; mais ces négociations, qu'il n'appuya pas de sa présence, n'eurent point te caractère sérieui qu*on a essayé de leur donner. Quant à la France, 11 est historiquement éubli que si Colomb eut un moment l'intention de s'adresser a elle, il fut détourné de celte Idée par l'espoir que lui flt tout à coup concevoir la protec- Uon et les encours gemens personnels de la reine Isabelle ; aucune proposition directe ou Indirecte ne fut Jamais faite par Colomb à Chartes VllI, et ce prince n'a pu par conséquent se proooneer Ql en sa laveur ni contre lui.
cette vaste mer de rOueat» dont elle était appelée A révéler les antiques mystères!
Le journal de ce voyage à jamais célèbre a été reproduit dans un grand nombre d'écrits, et nul n'a pu par« courir, sans éprouver une profonde émotion, cette sublime page de Thisléire moderne. Le temps qui «fuiporte avec lui les douleurs et les joies humaines n'a point encore attiédi Tadmiration que doit inspirer cette marche solitaire des vaisseaux de Colomb, à travers les flots d*un océan inconnu. Nous ne pouvons malheureusement entrer dans ces détails, d'un intérêt si attachant» et qui ajoutent encore à l'éclat que le noble caractère de Colomb Jette sur tous les tncidens de ce merveilleux voyage. On sait à quelles pénibles.alternatives sa grande ame fut. livrée, quand ses compagnons, épouvantés de. la solitude et de l'immensité de l'Océan, lui redemandèrent avec désespoir le soleil de leur pairie. Plusieurs (ois ils oublièrent tous leurs devoirs, pour l'accaMerde reproches et Taccoser de sacrifier à son ambition et à de vaines rêveries ceux qui Tavaient suivi. On sait, enfin, qtie l'esprit de sédition devint tel que les équipages des troiSr vaisseaux délibérèrent sur la vie même de leur chef, qui refusait de les reconduire en £urope avant d'avoir accompli le but de i'expéditioc. Colomb seul demeura calme et ferme au milieu de ces hommes égarés; il sut leur imposer, par la dignité et l'énergie de son caractère ; quelquefois même il ne dédaigna pas de les tromper, pour les maintenir quelques jours de plus dans le devoir, et ne pas perdre tout à coup le fruit de tant de méditations et de travaux.^
Le !«' octobre Colomb annonça à ses compagnona qu'ils étaient à sept cents lieuesà l'ouest des Canaries, et que, d*après ses calculs, ils ne pouvaient plus être très éloignés de la terre. Cette assertion de Colomb se trouvait d^accord avec les observations que les marins faisaient depuis quelques jours. Néanmoins ils voulurent le contraindre à changer de route , et une sédition plus .violente que toutes celles que leur chef avait ^u à apaiser, éclata à bord des trois, navires , et Mrtoutà bord de la iSaNla-^/arta. Golond) demeura impassible, et maintint sa route dans la direction de rOuest, en déclarant à ses compagnons qu'ils allaient enfin atteindre au but de leur voyage. Il était temps que la Providence , qui , l'on ne peut en douter, avait inspiré au génie de Colomb son audacieuse entreprise » permit la réalisation de ses promesses.
Le 11 octobre au matin, des roseaux verts, des troncs de bambous furent jetés par la vague contre les flancs des navires, des multitudes d'oiseaux vinreilt se jouer dans leurs manœuvres , et ces indices du voisinage de la terre devinrent dans la journée plus certains et plus fréquens. Alix approches du soir, Tillustre Colf)rnb , dont la traditiop rapporte que les traits natureU