‹ Dictionnaire universel et raisonné de marineChapitre 149 sur 370 · DES PORTS · texte numérisé non relu

DES PORTS

GÊNER, V. a., une pièce de bois, des bordages, des futailles, c'est les presser, les assujétir parfaitement.

GÉNIE MARITIME, s. m. Penchant, capacité résultant d une sorte d'inspiration, supériorité de talent ou d'esprit pour un art, une science, etc., etc. Telles sont, entre autres acceptions que comporte le mot génie, celles qui se rapportent plus spécialement au génie maritime, que nous sommes ainsi conduits â définir comme suit :

— Penchant, aptitude, audace pour les entreprises maritimes, en général;

— Capacité jointe â cette audace, et résultant d'une sorte d'inspiration, pour affronter les périls de mer, dsns le but de faire des conquêtes ou d'établir des relations commerciales ;

— Supériorité d'intelligence, de fermeté, dans l'em* ploi de Télément maritime, et , â la fois , de Kélément héroïque, pour concevoir et accomplir, soit les découvertes les plus difficiles et les plus périlleuses, soit les actions de guerre les plus remarquables.

Cette troisième définition , qui admet que rélément maritime a non seulement été créé, mais aussi perfectionné, implique, par cela même, les faits dont dérivent ces deux dernières acceptions :

— Application des hautes sciences â la navigation, â la création qu'elle exige du personnel ^ ainsi que du matériel de l'élément maritime, en général ;

— Corps d'officiers institué pour appliquer spéciale* ment ces hautes sciences â l'architecture navale.

D'après ces définitions , nous aurions â envisager le sujet d'un ordre élevé et très étendu qu'elles embrassent, sous cinq aspects â développer.

1o Comme penchant, aptitude, audace pour les entreprises maritimes en général. — C'est ce qui a dû diriger la pensée vers les premières tentatives ayant pour but de s'éloigner de terre, â l'aide, d'abord» d'une sorte de coffre ou de plancher flottant et rendu imperméable , quelque peu sûr qu'il fût ; puis , au moyen d'une combinaison moins imparfaite et constituant une espèce de navire, soit do parcourir des cétes, soit de s'avancer en mer^ sans perdre ces cétes de vue. C'est l'origine

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première de la naTÎgalion, sans autre condition de l'enfiploi de Félément maritime , que Taudace, d'une part; c'est, en second lieu, avec le penchant, avec cette audace et après quelques nouveaux progrès, l'aptitude développée par les nécessités de situation et d'existence, qui ont dû dominer, à cette période, les essais d'excursions maritimes, tant sous le point de vue commercial que sous celui de l'élément héroïque ou guerrier, selon la prédisposition, Tesprit, le caractère, le génie national de chaque peuple.

2° Comme capacité jointe à Taudace et résultant d'une sorte d'inspiration , pour affronter les périls de mer dans le but de faire des conquêtes ou d'établir des relations commerciales. — C'est le développement plus notable du génie maritime que signalent, dans les périodes qui suivent , les entreprises des peuples, essentiellement commerçans par caractère, qui ont le plus rapidement surmonté les obstacles opposés par l'état encore très imparfait de l'élément maritime, et que marquent, de nouveau, après quelques intervalles, les explorations des premiers navigateurs célèbres.

3^ Comme supériorité d'intelligence, de fermeté, dans l'emploi de l'élément maritime et à la fois de Vêlement héroïque, pour concevoir et accomplir, soit les découvertes les plus difficiles et les plus périlleuses, soit les actions de guerre les plus remarquables. — C'est, en résumé, pour complément de l'extension progressive des résultats obtenus par l'audace, par la capacité de ces premiers navigateurs célèbres, ce que dénotent, à un plus haut degré encore, et les grandes découvertes qui ont principalement illustré les quatorzième, quinzième et seizième siècles, et, de périodes en périodes» de progrès toujours croissans, les nouvelles découvertes, de plus en plus importantes, les faits, enfin, de navigation, do guerre maritime, de l'ordre de plus en plus élevé, dont lea siècles suivans, jusqu'au nôtre compris, ont à se glorifler.

Dans l'exposé rapide où nous allons passer en revue les progrès du génie maritime, depuis les premières traces de son développement chez les divers peuples , nous nous arrêterons aux grandes découvertes des siècles que nous venons de citer, ou, du moins, nous ne mentionnerons que succinctement les événemens du même ordre qui s'y rattachent , pendant les périodes plus rapprochées, sous le point de vue scientifique, les recherches , les découvertes et les faits de guerre maritimes qui appartiennent à Tillustralion de ces périodes, devant être l'objet d'articles spéciaux. {F^oy. Navigation , Kecherches , Victoires , Voyages.)

P^ous devons aussi faire remarquer que notre division des diverses acceptions ou définitions du génie maritime ne saurait impliquer, abstractivement, Tordre ded faite que nou» aurood & rappeler , puisque ces faite

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ou les développemens du génie maritime ont pu, relativement à l'âge, aux notions, à l'état social de chacun des peuples qui ont accompli les faits, exiger d'autant plus toutes les qualités exprimées par nos trois définitions que, dans le principe surtout, l'élément maritime était plus imparfait. Cependant cette même division nous servira à classer les faits logiquement, quoique avec le secours des hypothèses qu'ils sont susceptibles d'entraîner, et ce, principalement, quant aux faits que des hypothèses peuvent seules expliquer, en l'absence de traditions.

4"* La supériorité d'intelligence et de fermeté dans l'emploi de l'élément maritime suppose , pour Tune des hypothèses dont nous venons de parler, des perfectionnemens et des progrès résultant de V application des haiiles sciences à la navigation y en général; noua ne les aborderons ici qu'autant que leur exposé nous sera nécessaire pour Texplicaiion des faits, les détails se trouvant déjà, ou devant être successivement répartis dans notre ouvrage, suivant l'ordre de vuds auquel chacun de ces progrès appartient.

5° Mais, selon notre cinquième et dernière définition du génie maritime , le corps d'officiers institué pour appliquer spécialement les hautes sciences à l'architecture navale, sera le sujet de quelques développemens, en ce qui concerne l'organisation de ce corps.

Ainsi un rapide aperçu de la progression du génie maritime chez lesdifférens peuples, marquée en grande partie, selon ses diverses périodes, par les faits traditionnels qui sont déjà esquissés à grands traits, tant dans le Discours préliminaire qui sert d'introduction A notre ouvrage, que dans l'article Découvertes, et spécifiée par les autres faits que nous aurons à y joindre, va, en premier lieu , nous occuper.

1. L'obscurité qui enveloppe le berceau de l'élément maritime chez les peuples anciens est telle, et les résultats des recherches , puis des commentaires que ces recherches ont produites, si incertains, que c'est dans le cliamp des hypothèses, seulement, que l'on peut recueillir quelques notions sur cet intéressant sujet. Ce que les commentateurs donnent comme plus remarquable, c'est que les Égyptiens, et, à la même époque, les Phéniciens, auraient fait les premiers essais de navigation côtière, au moyen d'abord du tronc d'arbre creusé, que toutes les traditions admettent, puis au moyen d'une sorte de radeau formé de plusieurs arbres réunis et recouverts d'un plancher avec, vraisemblablement, un rebord ou entourage en bois, établi à une certaine hauteur. Ce radeau aurait, par un commencement de progrès, reçu un second plancher présentant une ou plu^ sieurs ouvertures , et formant , par son élévation au dessus du premier, une espèce de cale pour contenir, soit les yivres , soit les marchandises que Ton voulait

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transporter. On distinguait d'ailleurs ces vaisseaux (car, dès lors, on leur aurait déjà donné ce nom) eii vaisseaux carrés et vaisseaux longs; les premiers étant principalement destinés au transport des marchandises, les seconds au transport des troupes.

D'Égypie, les premières notions sur l'élément maritime auraient passé en Grèce, où le génie actif et industrieux des Athéniens se serait attaché à les développer. Ce peuple aurait le premier saisi et appliqué, comme l'une des remarques qui suivent Iç ferait croire, Tindication qu offrait la forme d*un poisson, pour déterminer celle à donner aux navires de guerre ou de charge, qu'ils voulaient construire. Ainsi, les archéologues établissent, en citant les niots grecs correspondans (ce dont nous croyons devoir nous abstenir ici), que les Athéniens, après s^être servi, dans l'origine, de barques doublées en cuir, dont la charpente était formée de baguettes flexibles maintenues par des liens d'osier (barques qu'on a retrouvées depuis chez les Esquimaux), ont ensuite adopté d'autres règles d'après lesquelles la base de leurs navires se composait, comme celle des nôtres, d'une quille en bois à laquelle on fixait des côtes, également en bois, et revêtues de planches tant intérieurement qu'extérieurement; que toutefois les vaisseaux de guerre avaient seuls une quille, les vaisseaux de charge étant à fond plat; que le même peuple distinguait dès lors aussi , dans un vaisseau, la proue, le corps et la poupe, aussi nommée ]di queue; ce qui confirmerait la supposition de la remarque de la forme du poisson comme applicable à celle dun navire; que sur la quille recouverte ou doublée d'une autre pièce, qui serait notre contre-quille actuelle, s'élevait un puits dans lequel était placée une pompe; que, d'un côté à l'autre, étaient établis des bancs servant à la fois à empêcher Técartement de ces côtés , et à recevoir les rameurs , etc. , etc. Comme c'est évidemment l'origine des galères que présentent ces notions ; comme nous avons promis (f^oi/. Gubarr) de les développer convenablement au mot Vaisseau (Fot/. ce mot), et que notre but, enfin, n'a été ici que de les indiquer comme premières traces de la création de l'élément maritime, dont nous avons à esquisser l'emploi chez les peuples anciens, nous passons à l'exposé des faits qui constituent cet emploi, sous les divers aspects et aux diverses périodes que pos trois premières définitions du génie maritime ont eu pour objet de préciser..

II. Ce serait un sujet d'études du plus haut intérêt que de rechercher quelles circonstances sociales sont les plus propres à développer le génie maritime chez une nation; quelles causes inettent, au contraire^ obstacle à ce développement; quelle influence exercent» sur Tune ou l'autre action « le caractère ou le gén\e nationa) 4e chaque peuple i )« nature pt lu ^itd&tifo des cootr^of

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qu'il habite, ses besoins, ou, s'il est plus favorisé, l'exubérance des produits de son agriculture ou de son industrie; ses institutions , ses mœurs, et principalement, enfin, son penchant guerrier ou mercantile, son senti» ment comme inné de l'élément héroïque ou de félément commercial.

Les hautes considérations qui naîtraient de cet examen conduiraient , de la distinction précise des divers caractères du génie maritime chez chacun des anciens peuples, à celle des mêmes caractères chez les peuples modernes, et, en expliquant les phases alternatives de supériorité et d'infériorité de la puissance navale chez les nations qui ont possédée et possèdent aujourd'hui cette puissance à un degré plus ou moins éminent, elles donneraient lieu à des remarques essentielles, elles pourraient, par suite, fournir de hauts enseîgnemens, donner de graves leçons. Mais, pour procurer de tels avantages, fétude à entreprendre nécessiterait de longs développemens ; les déductions capitales qui sortiront de la série des faits traditionnels que nous avons annoncés vont en présenter, du moins , quant aux anciens peuples, quelques uns des principaux élémens.

En tête de ces faits, ainsi que des anciens peuples qui les ont accomplis, apparaissent les entreprises maritimes des Égyptiens et des Phéniciens. Nous n'avons, comme on le sait, que les plus vagues notions sur les moyens de navigation obtenus originairement par ces deux peuples ; ces moyens ne nous sont donnés par la tradition qu'à l'état de radeaux distingués en vaisseaux carrés et vaisseaux longs , ces derniers plus particulièrement epiployéç par les Phéniciens, et les premiers par les Egyptiens | et, des deux peuples, ce-* lui-ci annoncent, dès le principe, des dispositions pacifiques et civilisatrices, celui-là une tendance turbulente et aventureuse que nous allons voir se développer.

En l'abiepce de tous autres doeupaens, il faut suppo« ser que l'élément maritime avait, chez les Égyptiens comme chez les Phéniciens, fait quelques progrès notables, puisqu'au moment où ces peuples se montrent comme navigateurs, ils exécutent déjà d'importantes expéditions maritimes, dans le double but de conquêtes et d'établissement ou d'accroissement de relations commerciales. Mais, ainsi que l'a signalé le Discours préliminaire de notre ouvrage, discours qui va nous fournir un grand nombre de considérations le mieux appropriées à notre sujet, une disparité profonde dans le génie maritime de ces deux peuples, sortis évidemment du même sang, se manifeste, dès le principe, bien tranchée, et semble résulter tant du contraste, que nous avons déjà indiqué» entre le caractère ou le génie national de chacun d'eux, que de la différence des conditions premières de leur existence même.

£o Egypte , o4 I9 déT^lopi^emeo^ 49 T^ttt social

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8*opére par celui de ragricaltore et des arU» selon des principes de civilisation» la création de rélément mari* time a principalement en vue l'exporUtion et rechange des produits du sol et de rindustrie.

Par Teffet, tout différent, de Tune des causes que nous avons énumérées comme susceptibles de déterminer le penchant et d'exciter l'audace pour les excursionst les Phéniciens, placés sur une côte étroite et stérile, en* Tironnés d'états puissans, et ayant leur nationalité même i conserver, ne songent qu'à se garantir des dangers, des besoins dont ils sont menacés ; l'élément maritime leur en parait présenter le seul moyen. Dès qu'ils l'ont acquis, ils abandonnent le pays» séjour des craintes résultant de leur infériorité relative, et vont établir leur ville, la célèbre Tyr, non pas seulement auprès de la mer, mais sur des îlots, sur des bancs de rocher, sur la mer même, comme le fut depuis Venise.

Les Phéniciens, en s'isolantsur ces bancs de rochers, et quoiqu'ils y fussent aussi poussés, soit par la turbulence de caraclère que nous leur connaissons déjà, soit jpar le penchant naturel qui constitue l'un des signes du génie maritime, semblent toutefois, jusque-là, n'avoir cédé qu'à une sorte de nécessité de migration.

Mais, dans la suite, tandis qu'en Egypte les principes de droiture règlent le commerce, tant à l'intérieur qu'à Textérienr, que l'on n'y songe à conquérir que pour civiliser, Tyr, au contraire, par la force d'une nouvelle nécessité, devient une ville exclusivement marchande et industrielle; elle est aussi comme forcément guerrière, pour sa propre défense, pour la protection et pour l'extension de ses relations commerciales.L'esprit guerrier, l'emploi de l'élément héroïque est ici dominé par l'esprit, pour ne pas dire le génie, calculateur et mercantile. Nous retrouverons bientôt ce même esprit à Cartbage, colonie que les Phéniciens, mus par une sorte de pressentiment de leurs désastres, et aussi par l'inquiétude que leur donnait la puissance maritime des colonies de la Grande-Grèce, fondèrent, plus tard, sur la côte d'Afrique , pour maintenir leur suprématie contre le caractère audacieux et entreprenant que manifestaient ces colonies.

Ce qui se montre de plus spécial à notre sujet dans ce premier ordre d'événemens, c'est, d'une part, qu'en Égypie le développement du génie maritime ne s'opère que dans des vues de civilisation, ainsi que d'un commerce d'échange trop restreint, et à la fois trop régulier, pour qu'il en reçoive une forte impulsion ; il n'y revêt pas , à proprement parler, de caractère ; que, d'autre part, ce développement, excité chez les Phéniciens par une sorte de nécessité de situation, semble aussi accuser le penchant et l'audace pour les entreprises maritimes, en général, que comprend notre première définition, mais est surtout le produit de l'esprit

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mercantile, du génie national, en un mot, de ce peuple, pour lequel l'emploi de l'élément héroïque, joint à celui de l'élément maritime, est renfermé dans le cercle de l'ambition commerciale.

III. Le développement du génie maritime éclate, sous un tout autre aspect, chez les peuples delà Grèce, et le siège de Troie, contemporain de la puissance maritime de Tyr, ainsi que de la haute civilisation de l'Egypte, sufGrait, seul, à établir le plus frappant des contrastes. La tradition nous présente, ainsi que nous l'avons plus haut reconnu, la création de l'élément maritime de ces peuples, et surtout des Athéniens, à un état de progrès beaucoup plus avancé qu'elle ne peut la donner pour les deux anciens peuples dont nous venons de parler. Mais, sans oublier que c'est de l'Egypte que la Grèce a reçu ses premiers arts, ses premiers enseignemens^ et jusqu'à ses premières règles de civilisation, remarquons qu'une fois entrés dans la voie des progrès, sous le rapport de la navigation, les Grecs et les Athéniens surtout, qui plaçaient au nombre de leurs dieux quiconque apportait un perfectionnement à la marine, ont dû rapidement devancer, dans cette voie, leurs maîtres de la sage et circonspecte Egypte. La Grèce fut donc de bonne heure un état maritime avec l'élément héroïque que, bien évidemment d'ailleurs, elle ne peut avoir reçu de l'Egypte. Nous n'entrerons pas dans les détails étrangers à notre sujet, qui se rapportent tant à cette rivalité de Sparte et d*Alhènes, signalée par une lutte maritime des plus remarquables, qu'à ce fameux siège de Troie que nous venons de citer, dont le premier effet fut déporter les principaux états de la Grèce à devenir des puissances maritimes, et le résultat final d'amener la fondation d'un grand nombre de colonies. On sait qu'après ce siège, les flottes réunies de la Grèce furent dispersées par une tempête, et qu'un grand nombre de navires hellènes, qui ne purent retrouver la roule de leur patrie, abordèrent sur les côtes de la Sicile et de l'Italie méridionale {Foy. le Discours pr6uminiirb). Mais ce qui se rattache au point de vue du génie maritime de la Grèce, c'est la haute influence qu'il a exercée sur ses destinées, en déterminant l'accroissement rapide de sa puissance maritime, c'est cette spontanéité , cet élan héroïque qui, à la voix de Thémistocle, porta les Athéniens à se retirer dans leur ville de bohj à l'approche des armées de Xercès, en leur abandonnant la ville de pierre et de marbre. (Foy. môme Discours.)

Pour rechercher quel a été le caractère particulier du génie maritime de la Grèce, principal objet de notre examen, remarquons que le génie national y participait de l'élément social et civilisateur de TEgypte, et, à la fois, de l'élément héroïque de Tyr, épuré de l'avidité dulucro iphérente au caractère de cette ville mar«

cbande. Ce n'est poiat, ce ne peut pu être la ciptcité, résulUDt d*une sorte d'inspiratîoDy pour arfronter les périls de mer (puisqu'à ces époques les navigateurs ne pouvaient se laisser entraîner sans danger * une certaîne distance des côtes), que, d'un autre côté, dénote le caractère du génie maritime chez les Grecs, et ce n'est pas, non plus, le penchant, l'aptitude, l'audace pour les entreprises maritimes, en général ; nous venons de rappeler que la fondation de leurs colonies n'a été que l'effet d*un incident imprévu ; mais, avec un peu* chant comme inné pour tout ce qu'il y a de plus grand, de plus noble> de plus élevé, c'est une aptitude complète, jointe à toute l'audace et à toute la capacité nécessaires pour concevoir et accomplir. Le caractère héroïque est donc celui qui a dominé, aVant tout, le développement du génie maritime de la Grèce, qui Ta rendu capable d'eiécuter, sur mer comme sur terre, les actions de guerre les plus remarquables; d'où ces remarques essentielles^ que ce n'est pas, comme chez les Phéniciens, une nécessité de situation et un esprit mercantile, ni, comme chez les Ëgyptiens, des vues de civilisation et de pur échange de produits, qui ont hâté ce développement ; qu'il a dû être, d'un autre côté, entravé par les dissensions intérieures ; mais qu'en définitive, chez les peuples delà Grèce, c'est l'élément démocratique, ce sont les institutions, les mœurs, le génie national qoiont favorisé, qui ont maintenu ce développement jusqu'au jour où Athènes, comme Sparte, comme toute la Grèce, comme tout le monde oriental, a été modifiée c sous la forte main d^Aleiandre-le-Grand: désignation inséparable de cette personnification si admirable du génie héroïque de la Grèce, t {Voy. le Discours

PaÉLIMlNiJRB.)

IV. L'élément héroïque domine, au plus haut degré, avec le génie civilisateur, les immenses conquêtes que ce grand homme accomplit ; mais un esprit aussi vaste ne pouvait méconnaître le rang important dès lors assigné à la marine parmi les élémens de force sociale ; Télément maritime reçut donc, sous sa main puissante, un accroissement proportionné à ses grands desseins. A son retour de sa marche triomphale à travers l'Orient, jusqu'aux sources de llndus et au golfe Persique, qu'il fait explorer par Néarque , l'un de ses lientenans , et après avoir choisi l'Egypte pour centre de l'élément civilisateur, ainsi que du nouvel élément commercial qu'il voulait créer/ c'est contre la superbe Tyr , où il juge qu'est l'élément ancien le plus hostile aux élémens nouveaux qu'il avait combinés {Foy. même Discours), qu'il dirige toutes les facultés de son génie guerrier» Tyr, élevée, comme nous l'avons dit, sur des Ilots et des bancs de rochers, ne tenait i la terre que par une chaussée stratégique qui pouvait être facilement rompue; elle n'était abordable que du cétéde la mer ; mais.

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de ce cété, une flotte considérable, montée par les plus habiles et les plus hardis marins qui fussent alors, la rendait comme inexpugnable ; il fallait donc un génie aussi universel que celui d'Alexandre pour attaquer et' soumettre cette ville formidable ; la supériorité d'intelligence, de fermeté dsns l'emploi de l'élément maritime et à la fois de l'élément héroïque, pour concevoir et accomplir les actions de guerre les plus remarquables, semble ne présenter ici qu'une faible définition du génie maritime que l'immortel conquérant dut' développer dans cette circonstance mémorable ; Tyr fut à jamais détruite.

y. Mais nous allons la retrouver à Carthage qu'elle a depuis long-temps fondée sur la céte d'Afrique, en' vue de la prospérité à laquelle atteignirent rapidement les colonies de la Grande-Grèce établies, comme nous l'avons dit plus haut , sur les côtes de la Sicile et de l'Italie méridionale. Au temps où les successeurs d'Alexandre se partageaient les dépouilles de sa gloire , et détruisaient Tœuvre de son génie (Foy. le DiscouRfif fréumikairb), deux puissances formidables s'élevaient, et allaient se disputer l'empire que ce génie avait fondé : c*est Rome et Carthage. Cette dernière était alors la véritable dominatrice du monde; les Romains luttaient encore péniblement contrôleurs voisins, et leurs légions n'avaient point encore apparu dans la Grande-Grèce.

Il n'y a rien à ajouter à ce que les faits nous ont déjà appris sur le caractère du génie maritime des anciens Phéniciens , devenus les Carthaginois , si ce n'est que l'esprit mercantile qui l'a toujours dominé se signale , plus que jamais , * cette époque , par une avidité de lucre aussi dure, aussi cruelle qu'insatiable , et par un monopole atroce auquel les autres colonies phéniciennes, établies sur les côtes d'Afrique, sur celles de l'Espagne et même de la Gaule, étaient impitoyablement soumises. C'est donc encore l'esprit mercantile qui va dominer le génie maritime de Carthage , avec l'esprit aventureux et guerrier, A l'aide desquels elle a, comme Tyr, fondé sa puissance. C'est dans ses flottes nombreuses , ses marins aguerris , c'est dans ses immenses richesses que cette république va puiser les moyens de soutenir une lutte opiniAtre et désespérée ; car l'élément héroïque lui manque , comme il avait manqué à Tyr, A l'Egypte même, tandis qu'il se manifestait au plus haut degré chez les peuples de la Grèce ; les Carthaginois , intrépides matelots , ne se servaient que de troupes mercenaires , ils n'avaient pas de soldats. Nous n'avons d'ailleurs aucun document de quelque consistance sur l'état de leur marine , composée uniquement encore de galères , mais on est fondé A croire qu elle avait reçu une grande importance d^ perfectionnem^ns obtenus.

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Les tloinaina , an contraire , gant marine , sans cornmerce » ne connaissaient encore que Tagricultare pour source de richesse; mais Télémént héroïque va rapidement suppléer, pour leurs triomphes » et au génie maritime dont ils n*ont pas le sentiment , et à l'élément maritime qui leur manque.

Des vaisseaux grecs et des radeaux passent les légions romaines ; arrivées en face de la Sicile , dont elles font en peu de temps la conquête , là> c*est une galère carthaginoise échouée qui leur fournit le modèle à suivre pour la création , accomplie avec une rapidité extraordinaire y d'une immense flotte cgnslruite» équipée et montée par ces légions ; le moyen dont se sert le consul Duillius {F'oy. le Discours prélimin aire) pour leur faciliter l'abordage des vaisseaux ennemis » et neutraliser l'adresse des marins par la valeur des soldats , détermine une éclatante victoire ; tel est le début des Romains dans l'emploi de Télément mari<* time qui , joint à l'élément héroïque , va frayer les voies de leur domination.

A quelque haut degré que le génie militaire dés Romains fût dès lors porté» cette défaite d*une flotte, montée par les marins les plus aguerris et les plus exercés de l'époque , qu'accomplissent un général et des soldats qui voyaient la mer pour la première fois , lirait y de nos jours , inexplicable. £n admettant que k force numérique des Romains » en hommes et en Taisseaux , fût très supérieure à celle des Carthaginois > il semble que l'habileté acquise par ces derniers , dans la manœuvre de leurs galères , devait leur suffire pour éviter les abordages qu'ils avaient à redouter. Et pourtant Rome n'était point propre à la guerre maritime , c'est l'élément héroïque qu'elle recelait dans son sein qui lui fit créer des flottes et des marins. La rapidité avec laquelle les Romains ont mis si souvent à la mer des flottes nooibreuses prouve d'ailleurs que les constructions navales étaient encore très peu compliquées (Voy, leDiscocRS PRéuMiNAiBE) , et , d'un autre côté, leur marine était essentiellement militaire , tandis que celle des Carthaginois ne le devenait que suivant les circonstances. Dès lors on conçoit que , sous ce dernier rapport surtout , la marine romaine a dû acquérir, en peu de temps , une supériorité marquée sur la marine carthaginoise, qui était elle-même plus perfectionnée, mais principalement en vue de son commerce , que celle des autres nations : ce qui nous conduit à distinguer les deux ordres de navigation appropriés au caractère et aux vues de chacun de ces deux peuples , la navigation de long cours que les Carthaginois pratiquaient avec les plus grands succès de l'époque , que démontre le Périple d*Bannon, d'une part, et de l'autre , la navigation côtière où l'ascendant militaire des Romains devait inévitablement remporter, Si, au sur-

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plus , Carlhagé avait d'habiles navigateurs , non plus que Rome, non plus que les autres peuples anciens^ elle n'avait point d'amiraUx ^ les généraux , chez toas ces peuples, commandaient indistinctement sur mer comme sur terre , circonstance encore favorable k Rome, dans sa lutte contre Carlhage.

Au point de vue qui fait le sujet de notre examen , ces considérations établissent , pour conclusion semblable à celle qui a concerné le génie maritime de la Grèce, que c'est l'élément héroïque' qui a créé l'élément maritime, et ensuite constamment dominé le génie maritime des Romains ; en sorte que , malgré le plus vaste développement de Télémenl maritime , il est demeuré comme étreint dans un cercle de vues et d'entreprises exclusivement militaires.

VI. Mais c'est une grande, une mémorable exception , analogue à celle que le génie du héros macédonien nous a déjà présentée ; comme à Carthage, comme avant et depuis la chute de cette puissante rivale de Rome, c'est le commerce qui était le véhicule le plus actif du génie maritime, et qui continue d'être, aux époques qui suivent , le stimulant le plus fort des entre* prises nautiques chez les diverses nations.

Indépendanmienl du célèbre Périple (VHannon {Fay, le Discours pnÉUMiNiiRE), Uippalus> marin grec , reconnaît la régularité des moussons^ Arrien , marchand à Alexandrie , entreprend un voyage maritime dans l'Inde, et à son retour parle le premier de la Chine, pays de la soie; Pythéas , de Marseille, colonie phocéenne, accomplit une excursion lointaine vers le Word..

Plus tard, la fondation de Venise, qui présente tant d'analogie avec celle de Tyr, par les habitans de Milan , de Padoue et d'Aquilée , après qu'Attila eut dévasté, ruiné ces cités de fond en comble, constitue une cause fortuite de la création et du développement d'une nouvelle puissance maritinie. Comme Tyr, Venise atteint, en peu de temps, A une grande prépondérance y sous la même influence de l'esprit essentiellement mercantile et commercial. Il en est pareillement des marines de Gènes et de Pise, ses contemporaines et ses rivales»

Une influence d'un ordre tout-à-fait dissemblable , qui arrête, au contraire, le développement du génie et de réiément maritimes sur des points importans d'un vaste empire, apparaît dans les efforts infructueux du chef éminent qui l'a créé. Gharlemagne , comprenant la haute nécessité d'une marine pour s'opposer aux invasions des vaisseaux normands, essaie vainement de faire 4'enaître les connaissances, sinon les sciences nautiques dent la tradition , ainsi que nous l'exposerons tout à rheure , ayait laissé subsister quelques traces. En vain , aussi , il s'associe aux travaux des matelots

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leyés , à grand^peine , daiia toutes les parties de Tempire; à Tintérieur, les chefs franks , occupés , soit dé travaux agricoles » soit de chasses ou de guerres , res* tent sourds à son appel. Ici , c'est le génie national qui dès lors apporte un puissant obstacle au développement du génie maritime.

Dans le siècle suivant, la race Scandinave s*élance des côtes de Normandie sur celles de l'Angleterre : elle s'y établit, pour jamais, à la suite d'une expédition dans laquelle se déploie la force navale la plus imposante qui ait été rassembléo depuis la domination romaine ; elle y importe le germe du génie maritime qui doit, plus tard, s'y développer, comme nous le savons , à un très haut degré.

Mais ce ne fut alors qu'un éclair de ce génie , et la puissance navale créée dans le but, purement militaire, de l'invasion qu'elle a facilitée , de la conquête qu'elle a donné les moyens d'accomplir, était détruite peu de temps après. Nous voyons, en effet , qu'à l'époque de la seconde croisade, et lorsque ce furent les principaux états qui s'armèrent pour son objet , l'Angleterre ^ comme la France , fut forcée de recourir aux marines de Venise, de Cènes et de Pise, dont ces deux puissances prirent les vaisseaux à leur service, pour les transports militaires que nécessitait l'entreprise. Nous reviendrons bientôt sur les résultats des croisades , eu égard à leur influence sur le développement du génie mariiime, en général, aux époques qui vont suivre. Un moment excité par ces expéditions , le génie maritime, après Louis IX» s'éteignit de nouveau, et lorsqu'éclatèrent les premiers symptômes de rivalité entre la France et l'Angleterre , il se trouva que ces deux états n'avaient point encore de marine; qu'ils furent , comme au temps des croisades» obligés , pour vider leurs différends , d'affréter des vaisseaux à Venise , à Gènes, et jusqu'à Hambourg et à Dantzig, dont la puissance maritime avait pris, pendant le moyen âge, un accroissement considérable.

Mais ce fut vers cette époque que la découverte, oo plutôt les premiers perfectionnemens de la boussole, joints au progrès des connaissances géographiques et astronomiques, firent faire à la marine un pas immense. Déjà le treizième siècle s'était recommandé par les découvertes de Roger Bacon, et par l'invention des verres à lunette, invention qui, plus lard, devait conduire à celle du télescope : ajoutons que^ d'après le témoignage d'écrivains contemporains, il paraîtrait que l'usage de la boussole était connu au commencement de ce même siècle. Quelques auteurs pensent que la boussole avait même était employée au temps des croisades, c'est-àdire à la fin du onzième et vers le commencement du douzième siècle ; mais rien n'appuie positivement cette assertion.

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C'est sans doute au hasard qu'on a dû de connaître la propriété attractive de Taiguille aimantée (Foi(. ce mot}, et les sciences se développant lentement, il est probable que beaucoup d'expériences furent faites et qu'il s'écoula de longues années, des siècles peut-être, entra cette découverte et llnvention du compas de mer (Foy^ Boussole]. On a dit que les Tyriens connaissaient l'aimant, et qu'ils lui avaient donné le nom de pierre herculéenne; que les Grecs connaissaient aussi cette pierre et sa vertu d'attraction sur le fer ; mais l'application de sa propriété capitale pour la navigation fut certainement inconnue des peuples anciens ; aucune relation ni aucun monument ne donnent à entendre et n'indiquent que la boussole, quelque imparfaite qu'on puisse la sup* poser, fût connue des pilotes^ soit égyptiens ou phéniciens, soit grecs, soit romains ou carthaginois.

L'invention de la boussole, et les considérations à y ajouter sur les progrès nautiques que cette invention eut pour premier effet de développer, nous font entrer dans Tordre de vues élevées que précise l*une de no9 définitions du génie maritime : application des hautei sciences à la navigation (1).

VII. La boussole, à son origine, n'a, comme on le sait^ présenté sous les désignalions de marinettCf ainsi qu'où l'appelait communément sur les côtes de la Manche et de l'Océan, et de calamité^ comme on la nommait dans la Méditerranée (parce que, dit-on, sa structure rappelait celle d'une grenouille), qu'un instrument informe* C'était une aiguille d'aimant, adaptée à un morceau de liège ou à tout autre corps léger qui la faisait flotter sur un vase d'eau. Les marins ne s'en servirent d'abord que pour les aider à se conduire pendant les nuits ob« scures et pendant les temps nébuleux; elle resta long^ temps, dans cet état, avec huit, rumba ou aires de veRt seulement, qu'elle n'indiquait même qu'imparfaitement ; mais sa propriété capitale, celle de désigner le nord, était devinée, et ce fait, à lui seul, constituait un immense avantage, quant à la navigation.

Ce ne fut qu'au commencement du quatorzième siècle que le Napolitain Flavio Gioja parvint à doter le boussole d'améliorations qui en centuplèrent l'utilité^ 0t ont fait regarder ce citoyen d'Amalfi comme l'inventeur du compas de mer. Il disposa horizontalement le premier, sur un pivot, une barre de fer aimantée, de manière que, se mouvant, comme dans la boussole actuelle, en toute liberté, elle pût obéir facilement à la tendance qui ramène l'aimant vers le pôle. Le pivot reçut ce que nous nommons aujourd'hui une rose de compas, divisée en seize rumbsou aires de vent, etfur

. (1) Nous BOUS empressoni d*averUr que nom alloni do«s aider beaucoup d*arUcles que présento Tintéressant recueil ayant pour litre la France Maritime,

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laquelle le nord était indic^ué dès lors par une flear de lis, ornement des armoiries de la maison d'Anjou» qui élait souveraine de Naples à cette époque.

Le perfectionnement précieux apporté par Gioja à la boussole ne fut pas saisi avec l'empressement auquel on devait s'attendre, et il s'écoula encore beaucoup de temps avant que l'usage s'en propageât» et avant que la navigation en retirât un avantage bien sensible. Cependant, l'emploi de cet instrument ayant été essayé» finit parenliardir les navigateurs à s'éloigner des côtes déplus en plus, en leurorfrant les moyens de connaître» au moins approximativement» la direction qu'il fallait suivre pour aller d'un lieu â un autre» ainsi que de déterminer, â peu près» la position de leur navire relatif vement â ces mômes lieux. Le succès, couronnant leur audace, les rendit plus entreprenans» et bientôt on les vil s'élancer en pleine mer.

Mais il faut croire que de premières connaissances astronomiques, transmises d'âge en âge, facilitèrent beaucoup aussi ces excursions lointaines. A défaut de la boussole, les Égyptiens» les Phéniciens» les Grecs» les Carthaginois et autres peuples navigateurs» se guidaient certainement» en mer, par Tobservation des étoiles, et il a fallu que des connaissances astronomiques ne manquassent pas à l'accomplissement des premières navigations de long cours» qu'en Tabsence de ce guide il serait impossible d'expliquer. Il parait aussi que ces divers peuples connaissaient» au moins» l'usage des cartes plates» nonmiées plus tard cartes-pilotes. Après les expéditions remarquables que nous avons citées, celles de la race Scandinave jusque dans la mer du Nord et dans la Baltique, la découverte de J'Islande» celle dn Groenland» de Terre-Neuve» le voyage maritime des frères Zéni» si les traditions qui nous ont tait connaître ces entreprise^ sont exactes» accuseraient» indépendamment d'un développement du génie maritime très éner-

gique» des connaissances nautiques et astronomiques assez avancées. Gènes, Venise» Pise, les autres puissances maritimes des époques subséquentes, leur durent nécessairement aussi le succès de leurs expéditions» et il faut admettre la même cause, le même moyen de réussite pour les excursions des Arabes sur les côtes d'Afrique et d'Espagne» pour celles plus hardies encore des Normanssur les côtes de la Grande-Bretagne» delà Gaule» pour les efforts que Charlemagne fit en vue de réprimer ces excursions» et, à des époques plus rapprochées» pour la grande entreprise enfin des croisades» que nous avons passés successivement en revue.

En établissant des relations avec l'empire grec» avec les iles de TAsie-Mineure et avec l'Afrique» les croisades eurent la plus grande influence sur le développement du génie maritime, que nous verrons bientôt se manifester ; ces relations ranimèrent les connaissances

GEN

astronomiques et géographiques que» dans le siècla précédent» Charlemagne avait vainement tenté de faire revivre. Alors aussi l'invention de la boussole fut appréciée comme elle le méritait, la construction des navires reçut des améliorations» et» dès ce moment» les grands voyages de découverte vont être aussi heureusement qu'habilement, que courageusement effectués.

TIIL Déjà, suivant ht tradition» des navigateurs de Majorque» faisant usage de la boussole de GioJa» aii« raient abordé aux Canaries» et les Dieppois» si ce que portent leurs annales est réel » se seraient» à l'aide da même instrument, établis sur la côte de Malaguette» en Guinée, vers la fin du quatorzième siècle. Mais c'est d'un coin de TEurope occidentale» c'est du Portugal que va parfir l'élan du génie maritime le plus prononcé» le plus digne de fixer notre attention.

Le mouvement est déterminé par Henri» infant de Portugal, habile mathématicien» bon géographe» préoccupé des idées de découvertes qui fermentaient â cette époque» et auxquelles il se livre lui-même tout entier. Il perfectionne les cartes hydrographiques» appelées alors cartes-pilotes ; il fonde une école ou collée de marine, dans lequel les professeurs les plus célèbres» appelés par lui de toutes parts, viennent enseigner l'astronomie appliquée â la navigation. La boussole reçoit des perfectionnemens ; la méthode de la suspendre» qu'on suit encore aujourd'hui, est trouvée; la rose de compas est divisée en trente-deux parties ou rumbs» ayant chacun onze degrés un quart, et formant ensemble les 360 degrés du cerde de l'horizon. La navigation fait, par suite de cette impulsion» les plus rapides et les plus étonnans progrés.

Alors aussi» et avant tous les navigateurs, les Portugais doublent le Cap-Blanc» découvrent les Açores, etc., et Barthélemi Diaz, emporté par la tempête» atteint, vers 1486, la pointe méridionale de l'Afrique» qu'il nomme le promontoire des Tourmentes» et â laquelle Jean II» roi de Portugal, donne le nom de cap de Bonne-Espérance.

Ce n'était encore que le prélude des grandes découvertes que le génie maritime allait aceomplir» avec le secours tant de la boussole que des sciences astronomiques ; les instrumens que les navigateurs appelèrent aussi â leur aide méritent que nous nous y arrêtions quelques instans. Les premiers des instrumens employés pour observer furent, comme on le sait, des instrumens â suspension ; c'était Vanneau^ connu depuis plusieurs siècles, et Yoitrolabe; mais ils furent» â la suite de quelques progrès, abandonnés» les mouvemens des navires rendant leur usage très difficile â bord, et remplacés par Yarbalèle, Ce dernier instrument donna le moyen d'obtenir la latitude par la hauteur méridienne du soleil. Quant à la longitude» on n'est parvenu i le

GÉir

déterminer^ comine nous le verrons» que lorsque la science tstronomiqne a élé^portée A on très haut degré d'avancement. La solution de co problème se fit attendre ebcore pendant près de deux siècles, malgré les primes considérables offertes dès lors par Philippe II, roi d'Espagne, puis par la Hollande, pour encourager les recherches. On dut, en conséquence, pendant très longtemps, se contenter d>stimer le chemin parcouru à l'Est on à rOuest, pour obtenir la longitude, et ce moyen défectueux occasionna souvent, sans doute, de très grandes erreurs. On a dit que Christophe Colomb parvint à déterminer la longitude par une éclipse; il ne parait pas que d'autres navigateurs l'aient imité.

Mais arrive Tan 1492, que ce célèbre navigateur va illustrer à jamais par la découverte de l'Amérique, événement d'une importance de premier ordre, qui donnera tout un nouveau monde au sceptre de TEspagne. Christophe Colomb, géographe instruit, habile et hardi navigateur, doué au plus haut degré des qualités qui constituent le génie maritime, pressent que la mer de« vait lier les Iodes à l'Europe. A Gènes, sa patrie, il est traité de visionnaire ; au Portugal, à Charles YIII (fait traditionnel qui, toutefois, ne paraît pas IHen établi quant à ce roi de France) {f^oy. Découverte), à Henri VII, roi d'Angleterre, il présente un monde; ses . offres sont partout repoussées. L'Espagne, après plusieurs refus, les accepte enfin, mais au prix de mille déboires et de mille humiliations. Ce coup de génie qui légua tout un hémisphère à l'Europe, en lui révélant la moitié de l'univers, eut. encore pour résultat de faire remarquer la déclinaison de l'aiguille aimantée, dont la vertu directrice, ainsi qu'on l'a depuis reconnu, s'affaiblit considérablement entre les tropiques , et devient presque nulle sous la ligne (Yoy. Déclinaison magnétique). En présence de ce phénomène alors inconnu» quelle supériorité d'intelligence Christophe Colomb ne dut-il pas di'ployer! Perdu sur l'immensité des mera, seul avec son génie et son courage, il élève son regard vers le ciel, et reportant la position des astres au point qui leur correspond sur le globe terrestre, il sait où le navire qu'il a sous les pieds se trouve; sa fermeté n'est point un seul instant ébranlée. C'est sans contredit l'application de la science astronomique à la navigation la plus étonnante pour cette époque. Personne n'ignore, au surplus, ce qu'il eut â souffrir pendant le cours de cette entreprise merveilleuse, quand ses compagnons, épouvantés de la solitude et do l'immensité de l'Océan, lui redemandèrent avec désespoir le soleil de leur patrie {P^oy, Découvbhte). On sait que l'esprit de sédition devint tel parmi les équipages, qu'ils délibérèrent sur la vie même de leur chef. Colomb demeura calme et impassible, et ce qui dpnne la mesure de la haute portée de son génie , c'est qu'il atteignit le but de son

aéx

voyage presque au moment même où il l'avait annoncé, dix à douze jours d'avance, à ses marins découragés.

A la fin de 1493 , Christophe Colomb entreprit un second voyage dont le principal résultat fut la découverte de la Jamaïque , mais au retour duquel il reconnut que déjA sa gloire lui avait suscité de puissans ennemis. De tous côtés , d'ailleurs , de hardis aventu* riers s'élancèrent dans la route qu'il avait ouverte sur l'Océan Atlantique , et toutes les parties du continent occidental furent en peu de temps explorées.

Sur d'autres mers, quatre ans après ce second voyage de Colomb , et dix ans environ après la découverte du cap de Bonne-Espérance , Fsrdeur des Portugais se signala de nouveau par une entreprise qui exigeait encore le dévouement d'un marin aussi habile que courageux ; Yasco de Ganu , gentilhomme portugais, reconnu comme l'homme le plus capable de tenter et d'exécuter cette entreprise , en fut chargé. (Fbjf. DicoDvBSTB). Il s*agîssait d'aller aux Indes en doublant le cap nouvellement reconnu , ce qui avait été présenté comme facile par un autre gentilhomme portugais nommé Corvilham , A la suite de la mission qu'il avait reçue de tenter le même passage par les continens de l'Afrique et de l'Asie. Quelques mois après , les Portugais ayant une seconde fois doublé le cap de Bonne-Espérance, entraient dans la mer des Indes. Suivant un historien , Yasco de Gama trouva la boussole en usage sur cette mer ; tous les pilotes du pays s'en servaient ; mais c'était un instrument informe , ainsi que l'était la marinelle , avec une division en douze rumbs ou aires de vent comme celle du compas japonais. Cependant d'où leur était venue la boussole» puisqu'elle était certainement inconnue des peuples de l'antiquité ? Il faut supposer qu'ils la tenaient des Génois ou des Yénitiens qui commerçaient avec l'Inde par l'Egypte et la mer Rouge.

Pans le cours de 1498, Christophe Colomb accomplit son troisième voyage durant lequel il s'avança jusqu'au conOuent de rOrénoque , puis sa quatrième et dernière expédition, en 1^04, qui lui fit atteindre les cétes du Honduras , et recueillir d'importans renseigne» mens sur le Mexique {Foy. DicouvERTB.). On sait qu'il mourut en 1506 dans un état voisin de l'indigence, ce qui atteste à la fois l'ingratitude de l'Espagne et le haut désintéressement de l'homme de génie auquel elle était. redevable d'un immense accroissement de puissance et de richesse.

Pour résumer les principaux faits de la période que nous venons de parcourir, au point de vue de l'appli* cation des hautes sciences à la navigation , reconnaissons que les Portugais n'ont pas en seulement la gloire de la première découyerte moderne importante , mais encore rhonneur du perfectionnement de la bgosfolet

celui du premier perfectionnement des cartes hydrographiques , puis de la création d'une école de marine ; remarquons encore qqe les instrumens propres aux observations se perfectionnent; qu'ils fournissent le moyen d'obtenir la latitude; que les connaissances en géométrie y ^n astronomie et en cosmographie, dès lors enseignées à Tuniversilé de Parie, développent les semences du génie maritime de Christophe Colomb , et sans doute de celui des plus célèbres navigateurs de Tépoquc; que la déclinaison de l'aiguille aimantée est reconnue par Colomb; et qu'enfin le résultat de Timpulsion donnée par les grandes découvertes de Diaz, de Yasco de Gama et de Christophe Colomb a élé d'exciter, d'enflammer à un haut degré le génie maritime dans les grands états qui se constituaient en' Europe au commencement du seizième siècle» et d'amener de nouveaux et plus importans progrès sous le ra|)port do la science nautique.

IX. L'ouverture du seizième siècle a été marqué^, comme nous Tavons dit, par la dernière expédition et par la mort de Christophe Colonn}) (1502 et 1506). Une autre entreprise , conçue encore par un habile maria j>ortugais , qui avait déjà rendu d'immenses services à son pays dans les Indes orientales , et n'en avait recueilli , comme Christophe Colomb de la part de TEspa» gne, qu'un froid dédain et un oubli injurieux {Foif, Découverte) , vient aussi illustrer le commencement de ce siècle. Fernando Magellan met ses talens au service de Charles-Quint, et à l'occasion d'un différend entre le Portugal et l'Espagne sur la possession des Moluques, il maintient la légitimité des droits de cette dernière puissance ; mais ce qui est surtout digne de remarque , c'est qu'il se fait fort d'arriver à ces îles par l'Ouest, persuadé qu'il était, ainsi que Christophe . Colomb avant lui , de l'existence d'un passage autour du continent d'Amérique. C'était le premier voyage autour du monde qu il s'agissait d'entreprendre; Magellan laccomplit. Au mois d'octobre 152Q, il pénètre dans le détroit qui a conservé son nom, entre dans rOcéah-Pacifiquc, traverse cette vaste mer, et arrive en vue de ce groupe d'îles qu'il nomma les Philippines. Ainsi , Magellan est le premier navigateur européen qui ait parcouru TOcéanie, et c'est à lui qu'appartient l'honneur do la découverte de cette cinquième partie du monde. On sait comment cet Illustre marin périt dans une lutte obscure entre un roi de Tune des îles de rOcéanie qu'il avait reconnue, et une peuplade voisine. Un seul de ses navires, la Fitioriay put accomplir la grande œuvre en doublant le cap de Bonne- Espérance , et arriva en Espagne vers la fin de 1522. Cette expédition termine les manifestations les plus notables du développement du génie maritime à cette époque» sons I^ rapport de la haute navigation,

Mais les sciences géographiques et astronomiques continuaient de faire des progrès. En 1530, Nonius (encore un Portugais), préoccupé des défauts essentiels des cartes plates, dites cartes-pilotes , dont il paraît, comme nous l'avons déjà dit , que les plus anciens navigateurs ont fait usage, et qui, transmises d'âge en âge, n^avaient encore reçu que de faibles perfectionnemens, pressent la possibilité de dresser des cartes réduites, et cherchant un moyen-de rectification des ^cartes plates, îl découvre la théorie des lignes loxodromîqucs ; îl trouve aussi le procédé consistant à obtenir la latitude par deux hauteurs, avec la différence dea azimuts. Bientôt on emploie le loch pour mesurer le sillage des navires ; ce n'était, dans le principe, qu'un morceau de bois taillé en forme de bateau, et de là vient le nom de bateau de loch qui s'est conservé jusqu'à nos jours. Ce morceau de bois paraissant , dans la suite , ne pas offrir assez de résistance pour raidir le menu cordage, nommé ligne de loch, qui sert à apprécier la dislance parcourue , et conséquemment la vitesse du navire pendant un temps donné, par la longueur de la portion de cette ligne que le loch a attirée, bn adopta le loch triangulaire encore en usage, qui atteint assez sensiblement ce but pour pouvoir être considéré comme immobile , quant à Teffci de résistance voulu. Ce fut vers le terme du même siècle enfin (en 1594) que Davis, Célèbre par le détroit qui porte son nom, inventa le quarter anglais.

Il convient de rappeler, â l'occasion de la découverte du détroit de Ûavis , que nous n'avons à considérer ici les grandes expéditions qu'au point de vue de leur Influence sur le développement du génie maritime chez les diverses nations. Or, si l'on excepte, après le dernier voyage de Christophe Colomb, bientôt suivi de la grande découverte de Magellan , et avec l'important résultat du voyage de Davis, un petit nombre d'entreprises du môme ordre, les autres excursions lointaines, pendant là dernière moitié du seizième siècle surtout, comme pendant une partie du dix-septième, paraissent avoir eu principalement pour objet de satisfaire la soif des richesses, que Tor ramené parles galions des Portugais et des Espagnols avait puissamment excitée. La cupidité remplaça, dans Fàme des navigateurs, le désintéressement joint à l'ambition de la gloire qui avait dominé le génie des grandes découvertes. Ce fut, après un immense intervalle de temps , une nouvelle apparition du caractère du génie maritime des Tyriens et des Carthaginois , moins l'élément héroïque. A la niêipe époque, la piraterie s'établit sur une vaste échelle, en exerçant ses déprédations sur toutes les mers, et fut l'une des principales causes qui détermi» nèrent la création des marines militaires pendant le

dix-septième siècle. Les excès de celte même pir^teri^

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eurent encore le funeste effet de décourager^ puis d'arrêter entièrement les essais d'expéditions lointaines, qu*au défaut des gouvernemens , plusieurs particuliers avaient tentés dès la fin du quinzième siècle , et que lo seizième siècle avait vus renaître. Tel fut le voyage du gentilhomme normand Jean de Bethencourt, qui, en 1477, avait formé un établissement à la côte d'Afrique. Un peu plus tard , un armement assez important s'était fait à Rouen ; mais Gonneville qui commandait l'expéditioû fut assailli par la tempête près du cap de Bonne- Espérance, et revint sans l'avoir doublé. Ces entreprises particulières» et quelques autres de même sorte qu'il serait sans intérêt de rappeler, accusent la langueur dans laquelle le génie maritime était tombé, et ils n*amenèrent d'ailleurs aucun résultat favorable aux progrès de la science. Les négocians qui y avaient consacré leur fortune se lassèrent des pertes que lo manque de protection leur faisait éprouver ; les établissemens se détruisirent, et c'est ainsi que se fonda, dès cette époque, dans les principaux états de l'Europe» la reconnaissance de la haute et indispensable nécessité , pour la prospérité d'une marine commerciale , de l'assistance d'une puissante marine militaire, et réciproquement du besoin, pour le maintien de celte dernière, d'une activité incessante de l'élément du commerce maritime, afin de lui créer une pépinière de matelots expérimentés.

X. Une révolution dans le comoierce naaritime s'était déjà opérée à la suite des grandes découvertes que nous avons rappelées; les républiques de Gènes, de Venise, dePise, etc., s'étaient vu arracher, en grande partie, le monopole que leur puissance navale leur avait aidé à conquérir; la nouvelle révolution qu'amena l'introduction, dans la marine» de Téiément héroïque qui y était , depuis long-temps , déchu et comme oublié , détermina leur chute.

La France, occupée de ses guerres d'Italie , d'Allemagne, et en proie aux désordres civils enfantés par les guerres de religion ; la France, qui avait accompli seule l'expédition militaire qu'avait nécessitée la dernière croisade, ne fit cependant que suivre de loin les premiers exemples de l'établissement des marines militaires en Europe.

Les Portugais y et après eux les Espagnols, furent les premiers qui^ appréciant le besoin de vaisseaux et de canons pour protéger leurs navires de commerce contrôla piraterie, non moins que pour défendre leurs colonies , sans cesse menacées par les flibustiers , se créèrent une marine militaire. Ces deux nations deyancèrent donc encore, sous ce rapport» les autres états, comme elles les avaient de beaucoup précédés dans Taccomplissement des plus grandes et plus précieuses découvertes.

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Bientôt après, l'Angleterre, sous Elisabeth,comménça à fonder sur le développement de l'élément maritTnie sa prospérité commerciale et industrielle, ainsi que sa puissance politique.

Ce ne fut que vers le milieu du dix-septième siècle que la France, avertie enfin par l'expérience, fit, ainsi que nous le Verrons bientôt, quelques premiers efforts pour s'élever au rang des puissances maritimes.

Les marines militaires de la Suède et du Danemarck

s'établirent vers la même époque. Ce ne fut, commeon le sait, qu'à la un du dix-septième siècle, vers 1694, que la Russie eut un bâtiment d'un peu d'importance, et que, quatre ans plus tard, quelle posséda son premier vaisseau de ligne.

Quant à la Hollande, alors courbée sous le joug de Philippe II, la réformation religieuse constitua l'événement qui, en influant le plus sur l'accroissement des forces maritimes de tous les états, en général, donna sur^ tout un grand essor au développement de la marine militaire des Provinces-Unies {P^oy. le Discours préliminaire). Ce fut au moyen de sa marine guerrière que la Hollande put lutter contre les immenses forces de TEspagne, et conquérir son indépendance.

Jetons maintenant un coup d'œil sur la série des progrès de l'application des hautes sciences à la navigation pendant ce dix-septième siècle» que nous avons k parcourir rapidement.

La publication des tables de logarithmes, qui eut lieu en 1614, se présente comme un prélude, et à la fois comme l'un des moyens propres à l'accomplissement de nouvelles découvertes dans ces sciences. Mous ne mentionnerons ici que les principaux résultats : lo premier» en 1630, fut Tinvention des caries réduites, composées d'après l'observation que le rayon d'un parallèle, allant de l'équateur au pôle, diminue en raison inverse de la seconde latitude, mais dont la théorie ainsi que la pratique ont, depuis lors, été Tobjet d*études et de perfeclionnemens. On sait que le principal défaut des cartes plates étant de représenter par des lignes égales les degrés des cercles parallèles de chacun des pôles Kord et Sud, ce défaut eût pu être corrigé, si les cartes eussent été restreintes à reproduire de très petites étendues, en donnant, au moyen de tables, des proportions convenables aux expressions des degrés ; la rectification ne pouvant se faire, quant aux plans de grands espaces, ces cartes durent être abandonnées. {.P^oy, Càrtb marine.)

Cinq ans après, la variation du compas do mer fut déterminée d'une manière plus précise qu'elle ne l'avait encore été, et la méthode de corriger les routes, en conséquence de cette variation, enseignée. Nous touchons, quant aux progrès de la science de la navi* gation en France, & l'époque ou le génie de Colbert v«

GÈK

leur donner la plus forle impulsion ; mais poursuivons encore un moment notre tflciie, au point de vue général des découvertes qui s^accomplissaient alors.

Plusieurs moyens de déterminer la latitude étaient connus , mais les tentatives réitérées pour déterminer la longitude étaient restées sans résultat; Huyghens s*était efforcé, en 1664» d'y parvenir au moyen des hor* loges marines ; enfin, Newton fit faire des pas immenses aux sciences physiques et astronomiques , par la découverte des lois de la gravitation. Soumettant les mouvemens des corps célestes aux plus savans calculs, il fonde la théorie des tables astronomiques , qui, plus tard , facilitèrent la détermination des longitudes par celle des disiances de la lune au soleil et aux étoiles. Newton, mettant à profit la découverte des verres à lunette^ faîteau treizième siècle, par Roger Bacon, inyente aussi le télescope, et émet, le premier, l'idée d'adapter des miroirs aux instrumens d'observation auxquels la lunette était déjà appliquée.

Dans le cours de ce môme dix-septième siècle, plusieurs traités d'hydrographie parurent, et des écoles instituées dans les divers états de TEuropcpour Tinstruction nautique, répandirent et propagèrent cette instruction dans les différentes classes de la société. Aux anciennes découvertes , les navigateurs de ce siècle ajoutèrent celles de la Nouvelle-Hollande, des terres de Diémen , de la Nouvelle-Zélande , de la Louisiane, etc. Nous n'avons pas ici à nous y arrêter. {Foy. NAviGATion, Voyages, Rbchbrches.)

Il ne parait pas que, durant le commencement de cette période, non plus qu'à la fin de celle qui l'avait précédée, les progrès de l'architecture navale aient suivi ceux des sciences mathématiques, et que cet art en ait reçu sensiblement le secours qui lui était nécessaire. On continuait de s'attacher à donner de la solidité aur navires, et l'incertitude d'obtenir la vitesse, en changeant les formes, faisait craindre de perdre un avantage certain dans la recherche de qualités auxquelles on n'était point sûr d'atteindre. Cependant des bàtimens pontés et portant de l'artillerie parcouraient dès lors les mers ; ce n'étaient plus les navires informes, pontés, mais ne recevant encore le jour et l'air que d'en haut, qui avaient servi sous Louis IX, pour le transport des croisés; la tradition mentionne même plusieurs conilrttctlons importantes à rattacher à des époques antérieures à celles que nous citons; mais, comme les progrès dont il s'agit ne dénotaient pas encore l'application immédiate des hautes sciences, qui constitue essentielle* ment ici notre sujet, nous nous réservons de décrire ces progrès en leur lieu. {Foy^ Yaissbau.)

G)Ibert arrire et va reprendre l'œuvre ébauchée par e cardinal de Richelieu, et, après ce ministre, par Huarin.

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Golberl fait fortifier les ports, fait creuser des bassins, fait fondre des canpns. Doué d'une haute supériorité d'intelligence, en politique comme en administration, sa diplonuitie lui fait surmonter les plus grands obstacles.

Ainsi, il parvient à recueillir, dans le Nord, des bois de construction ; les Provinces-Unies lui envoient d'habiles constructeurs de navires ; la Suède, des forgerons ; les villes Anséatiques, des cordiers et des tisserands ; plusieurs pays voisins, des ouvriers de toutes autres professions. Les magasins se trouvent en peu de temps approvisionnés ; il organise lepersonnel, et un système de levée sagement combiné pourvoit à la composition des équipages. Nous abrégeons cet exposé, qui ne se rattache à notre sujet qu'en tant qu'il signale, à un haut degré, le génie maritime qui a inspiré à Colbert de si vastes conceptions. Ajoutons, pour rentrer dans le cadre de nos vues spéciales, qu'il s'occupa le premier de la détermination du méridien de la France, qui fut, par la suite, l'objet des plus importans travaux. L'établissement de l'Académie des Sciences, en 1666, et celui de l'Observatoire, en 1672, déterminèrent de nouveaux progrès dans les sciences mathématiques et astronomiques. Les faits de la marine militaire se pressent durant cette période ; mais, ainsi que nous l'avons fait observer, c'est pour d'autres articles que nous en réservons l'aperçu chronologique.

XL A Touverture du dix-huitième siècle, si la pratique de l'architecture navale n'avait pas encore retiré de profit sensible de Tapplication des sciences mathématiques, l'application des sciences géographiques et astronomiques à la navigation avait, au contraire, produit de précieux résultats; mais de plus importans progrès allaient encore être obtenus de ces mêmes sciences.

Dès 1700, la pensée de faire tourner au profit de la navigation les indications du baromètre de Torricelli {Foy. Baromètre nautique), qui ne reçut toutefois quo beaucoup plus tard sa meilleure application, venait d'annoncer une innovation de la plus haute utilité.

A cette même époque, de savans géomètres, tels que Lagrange, Lajilace, Euler, etc., suivirent avec succès la route que Newton avait ouverte à la science astronomique ; mais ce fut Euler qui, le premier, appliqua les hautes sciences mathématiques à la construction du navire et éleva cet art au rang des sciences. Nous aurons l'occasion do revenir sur son intéressant traité et sur ceux du même ordre. {Foy, Stabilité.)

Cependant le problème de la détermination des longitudes n'était pas résolu. En 1714, le Parlement anglais offrit une prime de 20,000 livres sterlings au savant qui fournirait cette solution ; le duc d'Orléans, régent de France, offrit, deux ans plus tard, 100,000

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francs dans la même vue. Ces encouragemens, joints aux recherches constantes des plus célèbres mathématiciens, firent naître diverses théories qui, si elles n'atteignaient pas le but, montraient du moins que Ton n'en était pas éloigné. Ce fut Halley qui, se livrant à un immense travail, calcula de nouveau, en les rectifiant, les tables de position de la lune, de manière à ce que la position donnée par ces tables ne différât jamais de plus d'une ou deux minutes de la position reconnue par l'observation. Elles parurent en 1730, et le même savant donna, un an après, par l'invention de son sextant àréflex'ionjun moyen facile de déterminer les distances, à une minute près, aussi bien que les hauteurs de la lune. Plusieurs méthodes, tendant à déterminer la longitude, furent produites par l'emploi du sextant de Halley, joint à celui de ses tables rectifiées. Lacaille simplifia, en la perfectionnant sous d'autres rapports, la méthode consistant à obtenir la longitude par les distances de là lune au soleil ainsi qu'aux étoiles, et l'on s'y est arrêté ; le problème était enfin résolu^ un autre perfectionnement va suivre.

^'ous avons mentionné plus haut la première tentative faite, en 1664, par Huyghens, pour résoudre le même problème au moyen d'horloges marines. Le haut intérêt de la mesure exacte du temps dans la navigation, apprécié comme il le méritait, fit reprendre les recherches d'Huyghens, et en 1724, un horloger français, nommé Sally, proposa, le premier, une montre marine, qu il ne put perfectionner, une fin prématurée l'ayant enlevé à de nouveaux essais. Ce fut, comme on le sait, un charpentier anglais, doué d'une disposition toute particulière pour la mécanique, Harrisson, qui, après plusieurs années de recherchesj parvint à construire une montre offrant une grande perfection. On sait aussi qu'en France les travaux de Sully avaient été continués par d*habtles horlogers,' au nombre desquels se distinguèrent ensuite Berthoud et Leroy, et que l'Académie des Sciences ayant, pour encourager les essais, ouvert un concours, deux montres proposées par Leroy furent éprouvées en mer, et jugées supérieures à celles qui avaient été produites jusqu'alors. On sait enfin que Berthoud, apportant de nouveaux perfectionnemens, parvint à construire des montres marines dont la marche présenta la plus parfaite régularité.

Ainsi les sciences astronomiques et mécaniques s'étaient réunies pour rendre complète la solution du problème de la détermination de la longitude, depuis si long-temps l'objet d'efforts infructueux. Dès lors, l'essor donné à l'application des hautes sciences à la marine n'eut plus de bornes. L'hydrographie se développe.; les régions découvertes sont explorées avec soin ; des cartes sont construites. Mayer trouve la théorie du cercle A iréflexion et delà répétitiondes angles; Borda,appIiquant

cette théorie, invente le cercle répétiteur; BoQgainville accomplît le premier voyage de circumnavigation moderne. Yoilà d'immenses progrès.

Cependant , si Ton excepte un certain nombre de marins demeurés justement célèbres, tels, dans le domaine de la science avec Bougainville , que Borda, Fleurieu, Puységur, etc., à l'époque que nous traversons, et tels, dans Télément héroïque, que Tourville, Dugay-Trouln, Jean-Bart, etc. , durant la période précédente, la haute instruction nautique des officiers de la marine, en général, n'était pas encore avancée, et le soin de diriger les navires était encore souvent confié, au commencement, jusqu'à la moitié même du dix-huitième siècle, à des pilotes peu capables de perfectionner les méthodes. On sait que, pendant ces périodes, on vit une reproduction du fait que nous avons signalé dans la lutte de Rome et de Carthage, à savoir, que les généraux et officiers de terre étaient aussi appelés à commander les vaisseaux.

Mais, après que le problème de la détermination de la longitude eut été résolu, et que les instrumens d'observation eurent été perfectionnés ; après, enfin, que Colbert eut complété l'organisation dû personnel de la marine et ouvert des écoles spéciales, une vive impulsion fut donnée, les connaissances essentielles à la navigation se répandirent, et le corps des officiers de vaisseau devint aussi instruit qu'habile dans le métier de la mer.

Alors les recherches des savans et des marins réunis embrassèrent toutes les parties de la science nautique. L'Académie des sciences, en mettant au concours la meilleure méthode de mesurer le sillage pour détermi*' ner la vitesse du navire, fixa l'attention sur cet Important objet. Parmi les moyens proposés, celui que Bouguer faisait résulter du calcul de la résistance ou de l'impulsion de Teau sur un globe, mérite d'être cité, comme théorie du moins, s'il resta sans application après des essais contradictoires. Une autre invention ingénieuse, produite par la même théorie, consistait dans un globe flottant sous la quil|e; un ressort qui lui était adapté servait, par la tension que lui imprimait la résistance de Teau pendant le sillage, à faire tourner l'aiguille placée sur l'axe du barillet contenant ce ressort. Plusieurs autres instrumens concoururent, mais aucun n^ayant été reconnu assez parfait, le loch triangulaire a été conservé. A la suite de ces essais, la solution d'un problème de l'ordre le plus élevé appelle plus particulièrement l'attention.

Nous avons dit que Colbert s'était occupé de faire établir le méridien de la France, et ce fut, comme on le sait, l'objet de Tun des plus importans travaux accomplis pendant le dix-huitième siècle, en même temps que l'occasion d'une longue controverse sur la sphéricitô

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du globe terrestre, controverse qai, en effet, intéres« sait^ au plus haut point, les sciences géographique et nautique. L'opinion, d'abord admise , de la parraite sphéricité de la terre, avait été fortement ébranlée par les théories d'Huyghens et de Newlon , ces savans prétendant que la terre était aplatie vers les pôles, et appuyant leurs observations de celles de la force centrifuge, ainsi que de la rotation de la terre sur son axe. Si le résultat de cette découverte devait être tenu pour exact, le travail astronomique exécuté par Picard, dans le but de mesurer les degrés terrestres indistinctement, restait sans application , puisque, suivant le système de Newton, la terre n'ayant pas une forme parfaitement spbérique^ les degrés étaient nécessairement inégaux.

lia mesure de la ligne méridienne qui traverse la France , opération qui fut confiée à Cassini , vint démontrer qu'en effet les degi:és septentrionaux étaient moindres que les degrés méridionaux, et que, par conséquent, la terre devait présenter la configuration d'un sphéroïde alongé. Mais cette solution n'ayant pas été jugée comp1éten>ent satisfaisante , la persistance des débats, pendant la longue durée desquels les navigateurs d'une part , les géographes et les astronomes de l'autre part, demeuraient dans la plus fâcheuse incertitude, amena la résolution d'ei^voyer des savans mesurer un degré près du pôle Nord , et un autre degré près de l'équateur. Au Nord se dirigèrent, comme on le sait , les académiciens Maupertuis , Clairaut , Camus et Le Monnier ; Bouguer , La Gondamine et Godin se portèrent vers Téquateur^ On sait aussi que le résultat des unes et des autres observations comparées fut de constater une différence de 800 toises entre le degré mesuré dans la Laponie suédoise, et celui dont la mesure s'effectua au Pérou : il resta bien établi que la terre est un sphéroïde aplati vers les pôles. On conçoit les immenses avantages que les sciences nautique, géographique et astronomique retirèrent de ces observations décisives; les navigateurs, pour la connaissance exacte de la figure de la terre , et de la différence de la mesure des distances en degrés , suivant leur po- . sition sur les mers qu ils parcouraient; les géographes, pour la rectification et le perfectionnement de leurs cartes; les astronomes enfin , pour Tétude de la parallaxe de la lune. Les sciences mathématiques s'emparèrent aussi de la même solution pour appliquer, en la perfectionnant , la théorie des loxodromies ; cette théorie, en amenant la découverte que la longitude croît comme le logarithme de la tangente du demi-complément de la latitude , facilita beaucoup la solution delà plupart des problèmes de navigation, dans lesquels la longitude est toujours l'un des élémens du calcul. Tomes les voies étaient ouvertes , toutes facilités étaient

fournies )par la science pour l'Accomplissemenl des ploi grandes entreprises nautiques.

L'Angleterre avait donné les premiers exemples de voyages de circumivallation entrepris dans le seul but de la science ; et , toutefois , le voyage de Bougainville , que nous avons déjà mentionné , avait suivi de près ceux de Carter, de Cook, de Wallis , etc. Les résultats de ces expéditions scientifiques et de plusieurs autres encore, déterminèrent celle qui fut confiée à La Pérouse , et dont on connaît la malheureuse issue. La recherche infructueuse accomplie par d'Entrecasteaux, pour découvrir les traces du naufrage présumé de La Pérouse, fut l'objet du dernier voyage scientifique exécuté vers la fin du dix-huitième siècle.

Durant cette période, l'élément héroïque, secondé par le développement de l'élément maritime, porté à un très haut point chez les principaux états de l'Europe, s'est manifesté par des faits de guerre de plus en plus remarquables, dans les conflits presque continuels, élevés entre la France et l'Espagne d'abord, puis entre la France et l'Angleterre en faveur de la Hollande, qui s'unit ensuite à l'Angleterre contre la France, etc., etc.; mais cette dernière puissance s'étaîl surtout acquis, comme on le sait, dans toutes led guerres maritimes de celte époque, y compris là guerre de 1778, qu'elle eut à entreprendre, ou â sai> tenir, le haut degré de prépondérance qu'elle n*a pu depuis conserver ni recouvrer, et qui, du moins, donne la mesure de celui auquel elle serait encore capable d'atteindre. C'est aussi que l'activité du génie maritime n'avait jamais encore été aussi puissamment cxcKée , non seulement dans l'emploi de la force navale, mab encore dans l'étude des hautes sciences et dàna leur application à cet emploi. ^

La création rapide de l'élément maritime sous la forte main de Colbert, est une œuvre qu'on ne petit trop admirer. Nous avons dit comment il approvisionna les ports, comment il les peupla d'habilea ouvriers, de toutes professions, recueillis à l'étranger, comment il se procura les constructeurs de navites leH plus exercés. Mais ce n'était encore que les bases de son vaste édifice. Aussitôt que les sciences mathématiques s'étaient développées, des institutions avaient été fondées; des traités spéciaux sur l'application de ces sciences à la navigation , ainsi qu'à l'architecture navale, avaient été publiés; des écoles, également spéciales, pour ces hautes études, ouvertes ; l'enseignement y avait formé tant des officiers de vaisseau qUe des ingénieurs , et les élèves-ingénieurs avaient, en peu Ù6 temps, surpassé leurs maîtres en construction, qu'on avait renvoyés ou que la prompte connaissance qu'ils eurent eux-mêmes de leur infériorité, avait détef- Dûnélï à s'éloigner. Tout sétait donc téuni aa coneoiM

d6« wfwê et des wxm qui illiMlrèrenl le commen- MfBaofc de ce siècle y pour Tapog^e de b graodeur de la mariée que noua Toyoua pourtant décroître, si rapidemeot, vera la moitié de cette même période.

La révoltttioQ de nSSarrive, et ses effets suscitent une coalition presque universelle contre la France. Au moment où le déploiement de sa puissance navale lui est le plus nécessaire, TéUte de ses officiers de marine suit rimpulsion donnée à l'émigration dans la classe sociale à laquelle presque tous appartiennent. On sait eomment FAngleterre qui les avait accueillis vint les débarquer sur la plsge de Quiberon où ils forent , soit à dessein, soit forcément, abandonnés.

Alors aussi l'Académie des sciences, et avec elle toutes les institutions , toutes les sociétés savantes, furent détruites ou dissoutes. Il fallut , sous peine de perdre la vie, se montrer, sinon être réellement, ardent révolutionnaire , soit pour pouvoir conserver le éèpôi de la science , soit même pour avoir le droit d'appliquer la science aux nécessités de la guerre, à la fois continentale et maritime, qui embrssa l'Europe.

Ce fut à la faveur de cette application que l'étude des sciences mathématiques résista aux orages de cette désastreuse époque, et que les sciences physiques et ehiraiques oonservèrent lenr développement. Ce fut vraisemblablement à un point de vue analogue , heureusement accrédité par quelques savans près des nombreux fois qui gouvernaient la France à cette époque , que l'école centrale des travaux publics, dont une école d'application, instituée pour les ingénieurs des ponts et chaussées, fournit, comme on le ssit, les premiers élémens, et qui devint ensuite Y École polyfecfttiîf «0, put être fondée. Les piqs célèbres géomètres , les plus savans mathématiciens , les plus habiles chimistes se réfugièrent dans- le professorat de cette école, et c'était, il faut le reconnaître, un encouragement bien puissant pour les élèves , c'était un hommage rendu à la science, bien susceptible d'exciter Tenthousiaeme qu'ils manifestaient pour les hautes études, fue le eoncouirs de si grandes renommées.

Par Teffet de ces circonstances, le domaine des sdenoes mathématiques et celui des sciences physiques et chimiques , non seulement ne reçurent pas d'atteintes, mais furent même agrandis, dans TapplieatioD des premières de ces sciences, par l'introduc* tion, due au savant Monge, de la géométrie descriptive, et dans celle des dernières , par de précieuses décourertes.

D'une école ainsi constituée devait nécessairement sertir, et aortit effectivement, nn grand nombre d'illustrations dans les diverses branches du service public; le haut enseignement donné aux élèves qui , tant par choix que d'après leuf d^ré d'inatructiott, furent

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destinés à celle des constructions navales , fit faire à, cet art scientifique de nouveaux progrès, quoique cet art fût déjà très perfectionné. {F'oy» Yâisseac.)

La même école fournit enfin rélément principal de la grande commission scientifique que Buonaparte s'a^djoignit, quand il exécuta sa célèbre excursion en Egypte. Monge et Bertholet demandèrent et obtinrent, pour collaborateurs, un certain nombre d*élèves de l'Ecole polytechnique.

L'expédition d'Egypte est l'événement remarquable qui termine , quant à notre sujet , et en écartant , avec les faits militaires de la marine qui se rattachent à cette grande entreprise , les autres actions de guerre maritime pareillement étrangères à nos vues spéciales» la période, si féconde pour le développement des hautes sciences, en général , que nous venons de parcourir.

XII. L'insuccès de l'expédition d'Egypte , tentative que nous n'avons encore à envisager ici qu'au point de vue scientifique et maritime , a marqué , comme on le sait , d'une manière douloureuse pour la France , l'ouverture du dix-neuvième siècle. L'Angleterre, dont les efforts énergiques, qu'un gouvernement moins faible que celui qui existait alors eût pu contrebalancer , parvinrent à nous enlever cette conquête ainsi que celle si précieuse de l'île de Malte , n'avait pu voir sa rivale asseoir sa prépondérance maritime sur la Méditerranée, en s'établissant dans cette contrée qu'Alexandre avait choisie pour centre de l'élément commercial qu'il voulait fonder , dont Louis IX semble avoir pressenti l'importance politique , quand il y montra l'étendard des croisades , et qui , sous Louis XIY, ayait assez fortement fixé l'attention pour que , d'après les conseils du célèbre Leibnilz , les hautes considérations qui s'y rapportent aient été l'objet de sérieuses études. (Fay^ le Discours PREUMifiAJRa. )

Nous n'avons pas à aborder ici l'exposé, môme succinct, des glorieuses victoires et des non moins glorieuses défaites, tant sur mer que sur terre, des vicissitudes, enfin, si multipliées qui se pressent depuis le commencement de ce siècle. La marine , comme nous l'avons dit > avait été tout à coup privée de ses meilleurs officiers vers la fin de la période précédente, et c'était un grave embarras. Mais notre armée de terre avait aussi , à la même époque , perdu ses plus habiles généraux , ses officiers les plus capables ; ce fut encore rélément héroïque, que la France recèle, toujours prêt à éclater dans les grandes crises , qui fit face à tout. De même que des officiers , des généraux s'improvisèrent dans nos camps, avec d'autant plus de rapidité, que l'honneur semblait s'y être réfugié; de même, sur nos vaisseaux, surgit, soit de la classe, d'ailleurs fort instruite en général , des officiers bleus^ soit de celle des capitaines de navires du coaunerce ,

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