‹ Dictionnare des Ieux CommunsChapitre 10 sur 14 · PÉRORAISON · texte numérisé non relu

PÉRORAISON

« La péroraison de l'éminent avocat a été surtout remarquable; et, sans la solennité du lieu, des applaudissements pussent éclaté de tous côtés dans le prétoire. »

[Style de journaliste, compte rendu des tribunaux.)

Perpétrer.

a Le crime a été perpétré avec un cynisme révoltant : je requiers toute la sévérité de la loi contre un si lâche attentat. »

(L'organe du ministère public. ]

Persécuter.

« Madame! un regard, un sourire, un mot, de grâce! — é Vous me persécutez, monsieur! »

Personne.

« Je suis bien aise de vous rencontrer pour vous rappeler ma petite note ; voilà plus de vingt fois que je vais chez vous, et je ne trouve jamais personne. »

(Le créancier malheureux.)

Persuader.

a Soyez persuadé, monsieur, que jô n'oublierai jamais le service que vous m'avez rendu avec tant de bonne grâce. »

(Reconnaissance de la première heure.)

Perte. Encore une perte pour Vart dramatique. — Coramencemeni d'un article nécrologique.

Pervertir.

a Ces maisons infâmes, lieux de débauche, qui pei-vertissent la jeunesse et font de nos enfants des vieillards avant l'âge. »

(Moraliste de salon.)

Pétition. Les péUtiom ! encore des pétitions ! mettez tout çà au panier.

Pétition de M... tendant à... La Chambre passe à V ordre du jour. — Ainsi de suite pendant une demi-heure.

c'est-à-dire tant qu'il y a des pétitions déposées sur le bureau.

Peuple. — L'u mot que les ambitieux politiques ont souvent à la bouche. Ils prétendent ti*availler pour le bonheur du peuple, à quelque opinion qu'ils appartiennent; en réalité, ils ne travaillent qu'à établir leur fortune. "^

La grande voix du peuple. Agiter le peuple. Les flots du peuple en fureur. Voix du peuple y voix de Dieu, Le peuple a parlé. Le peuple souverain.

« Du peuple souverain il défendra les droits. »

(Parny. Poésies mêlées.)

Peub.

« Auriez-vous peur, n[iar(]uis? — Quand on a, comme moi, bravé la colère de toute une populace déchaînée; quand on a combattu les Kabyles, quand on a chassé le lion en AMque, le tigre en Nubie, l'éléphant en Asie ; quand on porte sur la poitrine ce signe de Thonneur acheté au prix de son sang dans vingt combats, est-ce qu'on a peur?... marchons colonel ! Marchons, et que Diou nous protège ! »

{Style de théâtre.)

PhaÉTON.

(i Le vicomte descendit d'un élégant phaéton quMl conduisait lui-même, et, se dirigeant vers le café de Paris... »

{Boman de 1840.)

Phalange. Nos glorieuses phalanges. Marchons au scrutin en phalanges sensées.

(Style de journaliste.)

Phare. Son esprit, comme un phare lumineux, éclaire les questions les plus aHdes. (Panégyrique d'un grand orateur.)

Philomèle. — C'est ainsi que les poètes appellent le rossignol, ce rossignol que les Italiens, peuple mélomane, — c'est eux qui le disent — ne craignent pas de mettre en brochette.

Le silence de la nuit était $eul troublé par les accents harmonieux de philomèle.

[Style elassigus.)

« Protège, Dieu puissant, ces enfmts de l'amour, « Le doux chardonneret, la fauvette fidèle, « Le folâtre pinson, et surtout philomèle ! »

(Dehlle. Les Trois Règnes de la nature, chant YII.)

Philtre.

« Pfir la puissance de quel philtre magique suis-Je tombé en son pouvoir? je l'ignore. »

[Genre romantique.)

Phœbus. Le blond Phœbus, le patron des photoffraphes. — Le blond Phœbus est tout ce qu'il y a de plus poétique. — Les caresses du blond Phœbus dorent les présents de Gérés. Est-ce que le mot soleil vous écorcherait la bouche, ô poètes 1

Phoque. •

tt Ce n'est pas un phoque ordinaire, un phoque comme on peut en voir tous les jours dans les foires, un de ces phoques vulgaires ; celui que j'ai l'honneur de présenter à l'aimable société ici présente, n'a pas son pareil. »

(Boniment de saltimbanque.)

Il y a encore les phoques politiques. Ceux-là crient « A l'ordre, à l'ordre ! » à la moindre incartade de l'orateur.

Phosphorescent. La nuit était profonde; notre navire kdS' sait derrière lui un sillage phosphorescent,

PHRYNé. Phry né moderne,

tt J*ai vu hier une de nos phrynés modernes, au long voile virginal, s'engouiTrer dans un des vastes confessionnal s de notre église métropolitaine. »

{Chronique du xix* siècle.)

Physionomie.

tt Une dos physionomies les plus originales du monde parisien vient de disparaître. »

Ceci se dit, dans le journalisme, des gens dont on n'a rien à dire, des gens du monde en particulier.

Piaffer.

« Deux chevaux pur-sang l'attendaient à la porte du... et piaffaient d'impatience en rongeant leurs freins tout blancs d'écume. »

{Mimans de 1840.)

Pianiste. Piano.

tt A l'entrée de l'hiver, une avalanche de pianislos se pn';cipite sur la capitale, et les concerts plt^iivcnt de tuiile part. Nous sommes ordinairement très sobre de comptes rendus de co genre, mais nous ferons une exception en faveur de... •

« Le piano était tenu par M. X., dout le talent d'accompagnateur est si apprécié de nos artistes. »

[Style de reporter.)

Pièce. La pièce que nous venons d'avoir Vhonneur de représenter devant vous est de Monsieur, etc. — A chaque première représentation, le mot de la fin.

N. B. Personne dans la salle n'ignore le nom de l'auteur, mais c'est l'usage.

Pied.

« Elle se jeta aux pieds de l'auteur de ses jours, en le conjurant de consentir à cette union de laquelle dépendait tout son bonheur.»

Des pieds d'enfant, — Des pieds de duchesse qu'eût enviés une Chinoise. — Un pied emprisonné dans une bottine de cuir mordoré.

[Style de roman.) Partir du pied gauche. C'était, chez les anciens, un signe de mauvais augure. « Sinistro pede profectum. »

^(Apulée. Mélam. 1. I.)

On dit communément, en parlant de quelqu'un qui est de mauvaise humeur^ qu'il «s'est levé du pied gauche ».

PjÈGE. Piège infernal.

« Mais Dieu qui est juste n'a pas permis que je fusse pris à ce piège infernal. »

(Boulé, Rimbaut et Dupré. Emery le Négociant . 1842.)

Le piège infernal est du domaine du plus pur romantique; le classique, lui, se contente du piège infftme.

« Aussi, pour la voir se prendre à quelque piège infernal, à quelque bonne rouerie, je donnerais ce que j'aime le

mieux. »

(Ch. Desnoyers, Boulé et Chabot de Bouin, Rita l'Espaffnole, acte I. se. v. 1837.)

Pjicriie de touche. Le malheur est la pierre de touche de l'amitié.

PiLiiùii. Piller de l'ordre, pilier d'estaminet, pilier de café. — Ces deux derniers ont souvent tant de peine à se soutenir eux-mêmes 1

Pilori. Clouer au pilori de l'opinion publique.

DES LirUX COMMUNS. 247

« Ce sont deux ren%at5 : ]e les cloue au pilori de lopLuioii publique. »

(C^ de Booriik, Ckambn de» députés^ séance du 42 dé' ' 4878.)

Pilote. Le vigilant pilote qtd est au goucemail du vaisseau de fEtat.

Pinceau. Nous avons reconnu le pinceau habile du maître.

PiOXXiER. Pionnier de la civilisation.

Pingre.

c Mon cher, cesseï vos visites, vous ne serei jamais qu'un pingre. •

(Propos de petite dame non satisfaite.^

Pitié.

« Pitié ! monseigneur, pitié pour une pauvre femme, pour une mère infortunée dont le seul tort a été de croire à vos serments! »

fStyU de théâtre.)

Placement.

« Je désirerais faire un bon placement. — Prenez de la rente française : c*est encore ce qu'il y a de plus sur. »

{Chez C agent de change.)

Place. Places.

« Que venez-vous faire ici, chez moi, monsieur? — Ma place est entre ma mère et ma fiancée. Ah ! vous avez cru que vous pouviez vous jouer impunément de Thonneur de toute une famille?»

{Style de théâtre].

c Monsieur, je n*ai que ma place pour vivre et pour aire vivre ma famille ; que voulez-vous que nous devenions, que voulez-vous que devienne ma pauvre mère infirme ? »

(Style d'employé remercié.)

« Placé à un poste d'honneur, je saurai me rendre digne de votre confiance. »

(Style de gérant d*une compagnie quelconque.)

Plage.

»La plage de..., est décidément cette année le rendez-vous du monde élégant.»

(Style de reporter.)

Plagiaire.

« Vous n'êtes qu'un plagiaire. — Vous en êtes un auirc. »

{Àméttitcs d'auteur à auteur.)

Plaidoyer.

< Dans uii remarquable plaidoyer, que- le manque d'espace ne nous permet t)as de reproduire en entier, Témment avocat 8*est attaché à faire ressortir.:. »

{Compte rendu des tribunaux*)

Plaie. La plaie est belle.

(Propos de médecin.)

Le paupérisme est la plaie des grands Etats, — Retourner le poignard dans la plaie.

Plaindre. Plainte. Plaintif.

« Vous avez mille écus de rente, de quoi vous plaignezvous, mon neveu? »

<( Il Y a contre vous de justes sujets de plaintes qui m'ont été adressées de plusieurs côtés. »

\ {Style de chef de bureau.)

Sa voix plaintive allait à l'âme.

{Style de roman.)

Plaine. Plaine humide. — Plaine liquide.

u Ciel ! que de sang versé teindra Thumide plaine I »

(Gilbert. Odes.)

tt Deux cents vaisseaux fendent l'humide plaine. »

(Parny. Goddam ! chant II.)

« Et Ton voit tout autour les vertes néréides « Escorter le bateau sur les plaines humides. »

(Pierre de Saint-Louis. La Magdaleinéide.) « Cependant, sur le dos de la plaine liquide, « S*élève à gros bouillons une montagne humide. »

(Racine, /^Aè<fre;.)

Plaire.

(1 Et sMl ifie plaît à moi de soutenir le contraire, ce n*est pas vous qui m'en empêcherez.»

On n'est pas louis d'or pour plaire à tout Is monde. — On n'aiine pas ce qui est beau, on aime ce qui plait.

Plaisanterie. Plaisanter. Amère plaisanterie. — Il ne faut jamais dépasser les bornes d'une honnête plaisanterie.

Allez plaisanter avec vos pareils.

Plan.

«. Expliquez- vous I — J*ai mon plan. »

(Renouvelé du plan de Trochu.}

Planer.

« Captif à Sainte-Hélène, le génie de Napoléon planait encore sur l'Europe. »

(6enï*c Marco Saint-Hilaire.)

La mort plane .

« La mort dans ces régions était venue planer sur cet enfant qui, à la fois son neveu (de Napoléon lef) et son fils aduptif, avait, par sa naissance, tant resserré le nœud qui l'attacnait à Joséphine par Hortense et à Hortense par Joséphine. »

[Ménurires de Fouché.)

Plante.

« Pareille à une frêle plante que le jardinier protège contre les rigueurs des frimas, la jeune Eléonore fut pour son père l'objet des plus tendres soins. »

(Style do roman.)

Plaque.

« J*ai l'avantage de vous annoncer que le roi, mon maître, en récompense ae vos services, vous a nommé commandeur de son ordre du... — Avec plaque ? — Avec plaque. »

Plébiscite.

« Vous faussez le suffrage universel avec le plébiscite. »

(Cri du clan démocratique.)

« Le plébiscite est la plus haute expression du suffrage universel. »

(Cri du clan bonapartiste.)

Pléiade.

« La brillante pléiade de nos jeunes poètes compte dans son sein un nouveau nourrisson des Muses. Aujourd'hui vient de paraître chez l'éditeur X... un recueil de poésies empreintes de cette douce tristesse qui rappelle la manière de Millevoye. »

(Réclame bibliographique. )

Plénitude. Il s*est éteint dans toute la plénitude de ses facultés,

« A l'âge de j[)lus de quatre-vingts ans, il jouissait encore de toute la plénitude de ses facultés. »

Pleurs. Pleurer.

tt A cette heure où la campaç^ne, toute baignée des pleurs de l'aurore, semble sortir du sommeil. » '

Fleurer toutes les larmes de son coi*ps.

Lugete venei'es, cvpidonesque.

^âO DICTIONNAIRE

Gela est galant à dire quand une femme, une actrice

f)ar exemple, quitte un scène française pour aller à 'étranger, en Russie ou ailleurs.

Pleurer sur la tombe.

« La muse élégiaque pleure encore sur la tombe de Parny. »

(Jouy. L'Ermite de la C haussée-^ Antin, discours préliminaire. 1825.)

An*oser de ses pleurs.

« En disant ces mots, il arrose de ses pleurs la statue de ce grand homme (Napoléon i^^), »

(GrainTille, Le Dernier honnevr.)

Pleuvoir. Fasse le ciel pleuvoir sur lui ses bénédictions!

(Phrase de bénisseur plus ou moins théâtral.)

Plier. Plier sous le joug humiliant de V esclavage. — Plier sous Vautmirté paternelle. — Savoir se plier aux circonstances. —.Les caractères d'élite ne plient pas, ilsroi{ipeQt comme le chêne de la fable, ^

Plomb.

« Atteint d'un plomb mortel, le jeune guerrier expire en prononçant le nom sacré de la patrie. »

{Boman genre classique.)

Plonger. Plongé dans d'amères réflexions. — Plongé dans un abime de douleurs. •— Plongé dans la plus crapuleuse débauche. — Plonger un poignard dans le sein.

« Cette tigresse (Charlotte Corday) tire un poignard de son sein et le plonge dans celui du trop malheureux Ami du peuple. »

[Rapport du comité de sâreté générale relatif à l'assassinat de Afarat, 46 juillet 479S.)

« Vous croyez que de telles paroles devraient ma consoinr, et elles enfoncent au contraire le poignard plus avant dans mon sein. »

(H->* Cottin. Elisabeth.)

« Casser mon mariage avec un tel dessein, « C'est vouloir me plonger un poignard dans le sein. » (Destouches, Le Philosophe mariéj acte V. se. th.)

« Plongée dans une misère affreuse, elle ne pouvait voir, sans un sentiment de jalousie, ce luxe qui semblait insulter ù son triste état. »

[Roman humanitaire.)

Poids. Le poids des ans. — Supporter gaillardement le poids

des ans. — 'il a deux poids et deux mesures. ~ C^st un homme de poids. — Le poids des réflexions.

u A quoi rèvez-vous ainsi? dit la duchesse d*Alvano en le voyant accablé sous le poids de ces réflexions pénibles. »

< (Sophie Gay. Un Mariage sous l'Empire^ 1832.)

Poignée.

« Il s*élança à la tête d'une poi^^née de braves et bientôt il eût enlevé la position. »

{Roman militaire.)

Poison. Le poison est Varme des lâches.

Il n'a pas craint de répandre dans cette âme naïve le poison de la flatterie. — Les entrailks de la victime sommises à Vanalyse ont présenté les traces du poison.

tt Vous ne répondez pas?... Eh bien I c'était du poison î — C'était du poison!.., »

(F. Cornu et H. Àuger. Pauvre mère.)

Le poison de la calomnie.

« C'est pourtant sur cette femme (la duchesse de Berry)

aucune misérable et lâche coterie a essayé, mais sans succès, e déverser les poisons de la calomnie. »

{Almanach de la Bonne Duchesfe,)

Le poison s'infiltre dans Vâme.

tt Tais-toi I tais-toi I... tes conseils s'infiltrent dans mon âme comme un invincible poison. »

(Ch. Lafont. La Famille Moronval, acte I. se. vi. 1834.)

Politique. Exploitation d'un État par un seul ou par plusieurs.

<c Une sage politique est celle qui, s'inspirant des vœux de la nation, est la première à réclamer l'application des idées libérales. »

c Cette politique de casse-cou conduira le pays au fond d'un abîme dont nul ne peut sonder la profondeur. »

(Style de jourDaliste.)

Polonais. Les Polonais nos frères. — Les Polonais, ces mar^ tyrs de la nationalité. — 11 y a eu, sous le gouvernement de Juillet, un grand enthousiasme en faveur de la Pologne et des Polonais. C'était alors une manière comme une autre de faire de l'opposition.

PoMHE. La pomme de discorde.

C'est aujourd'hui le pouvoir que se disputent les partis politiques, môme ceux qui regrettent la poire.

253 DICnOimAIRE

« pomme trop filiale I « Les doig^ y sont à peine reposés « Que la vapeur du venin qu'elle exhale a Trouble soudain les esprits divisés. »

(B. Imbert. i> Jugematt de Paris, chuit. I.)

PoypE. Rmoncer à Satan et à ses pompes, — Renoncer au mande et à ses pompes. — Les pompes du inonde, souvent des pompes funèbres.

PoptJLACR. Vile populace. — Vulgus ignobite.

C'est la vile populace qui se presse au pied de l'échafaud les jours d exécutions ; et, parmi cette.vile populace/

Sue de candidats à Téchafaud suivant, rexpression 'Apulée « cruels candidatus » !

Porcine.

« La race porcine donne, chaque année, d'excellents résultats,

grâce aux soins intelligents des éleveurs. Cette année, un pas e plus a été fkit, et nous avons pu présenter au concours des animaux sur lesquels j'appellerai particulièrement votre attention. »

{Discours cfim comice agricole.)

Port. Port majestueux. Port de reine. — Le port des demoiselles qui jouent les princesses au théâtre, dans les féeries.

Porte. Lorsque les portes de V Éternité s'ouvriront. Les portes du tombeau.

« Tu sais comment j'ai vécu. Avant que lu reçoives ce billet les portes de Téternité seront peut-être ouvertes pour moi. »

(La Fontaiae. Lettre à sa femme.)

» Cette affaire désespéra le pauvre M. Thiébaud, et le mit aux portes du tombeau. »

{Chronique indiscrète du xix« siècle. I8i5.)

« II s'est fait en elle une révolution qui Ta conduite en bien peu de temps aux portes du tombeau. »

(Ch. Lafont. La Famille Moronoalt acte II. se. i.)

Portée. La portée de ces paroles n'échappera^ je pense ^ à personne. — Mesurez la portée de vos paroles !

Portefeuille. Portefeuille ministériel. — Le rêve de tout homme politique. En France la chute des portefeuilles se renouvelle plus souvent que la chute des feuilles.

« Le portefeuille de... ne saurait être confié à de meilleures mains; le nouveau titulaire, etc.:»

(Coup d'encensoir de journaliste ami du pouvoir et ami de tous les ministres.)

Porter. Porteur.

« Depuis un mois, la foule se porte chaque soir au théâtre de... pour assister aux représentations de... Tous les soirs, on refuse du monde au bureau. »

C'est à ce prix que les journaux obtiennent des places gratis.

Je vous prie de remettre au porteur de la présente la somme de...

Portrait. Tracer un portrait flatteur de la situation. — Portrait de ma mère.

« Je ne fus, moi, qu*un enfant abandonné, recueMli par des mendiants qui m'ont ramassé, parce que j'avais au cou le portrait de ma mère qui était entouré d'un cercle d'or. »

(Joseph Bouchardy. Les Enfants-Trouvés^ acte I, se. iv. 1843.)

a Le portrait de ma mère » a été délaissé depuis quelque temps parles dramaturges, comme trop embarrassant. En effet, faites partir du toit conjugal l'épouse infidèle emportant le portrait de sa mère!... A moins que ce ne soit une photographie.

Cest tout le' portrait de son père.

« cher enfantelet, vrai pourtraict de ton père. »

(Clotilde SnrTille.^,

Poste. Poste d'honneur. — Placé à un poste d'honneur, je ne faillirai pas à mon devoir.

(Harangue d'un haut fonctionnaire.)

Postérité. La postérité nous jugera. — Transmettre V exemple de ses vertus à la postérité la plus reculée. — Transmettre un nom glorieux à la postérité.

m Soyez certains, messieurs, que la postérité ratifiera le jugement des contemporains de l'illustre homme d'Etat dont nous déplorons la perte. Dès à présent, il commence à entrer dans rhistoiie. »

{Oraison funèbre.)

Pouls. Tâter le pouls à V opinion publique. C'est le devoir d'un politique habile ; mais combien sont rares les politiques habiles !

Pourrir. Pourrir sur la paille humide des cachots.

â» KCnONNAIKB

PorvoiR. C'est le creuset où l'on juge les hommes politiques. — On dirait que le pouvoir est un préciniee du sommet duquel les hommes, pris de vertige, se laissent tomber. — Quel est Thomme qui, arrivé au pouvoir, ne reniera pas les principes de toute sa vie? encore un eûet du verliîre.

» Mandataires du i>eup!e, nous ne cesserons d'éleTCârla voix contre les empioiemeut^ du pouvoir personnel. »

« CVst par K\ piMidèralion des pouvoirs qu'un sage gouvernement doit livuver les foives nècessaii-es pour maintenir son équilibre. »

'.Axiome de danseur sur lai corde riùde de U politi<iiie.)

PorvoiR. On fait ce qu'on peut Propos que les paresseux ont trop souvent à la bouche. — Combien plus il est glorieux de faire ce qu*on ne peut pas!

^ Mais col aveu lui ûl comprendre « Qu'on fait ce qu*on peut « Et non pas ce qu^on veut.

lRibv>uteL L« Bergère cs^eonte, elMOM.)

pRKuiER. Le premier né de la natttre.

Ce n*est pas un naturaliste qui aurait déeroehé ce trope \ Heureusement pour lui.

« Déjî\ le premier né de la nature s'avance. »

(M-« Gottio. Ctmn «TA/A».)

Prendre. Poitr qid me prenez-vous^ — Exclamation d'une beauté qui veut faire croire à sa vertu. Ordinairement, les Lovelaces répondent : « Pour moi. »

^ « Le drôle, en mon tablier,

« Voulait piller « Bouquets cueillis pour ma mère, « S'olïrant à me les payer.

« Mais je lui dis en colère :

« Pour qui me prenez- vous, Lucas?

a Çd ne se vend pas. »

(Laujon. £m Scrupuleuse^ Avba)

Préopinant. L'honorable préopinant — M. Dufaure est le dernier qui se serve du vocable « préopinant ».

« Je me serais abstenu encore, et, pour dire vrai, je Tais le faire dans Télection de Thonorable préopinant. »

(M. Dufaure. Chambre des députés, séance du 18 no». 497ê.)

S'rtssoeiet- à Vopinion de Vhonorable pré^inanL — Quelques députés risquaient jadis, à la tribune, cette phrase, parce qu'ils trouvaient qu'on avait trop abusé

DES LTETJX COMMUNS »%

du : « partager l'opinion de Thonorable préopinaiît ». On sait que jamais nos députés n'ont manqué d'imagination.

Préparer.

« 11 conyient de préparer les esprît s au sage examen d'iint; aussi délicate question que celle qui nous divise. »

(Danf les bureaux de la Chambre.)

Naturellement chacun garde son opinion au moment du vote.

Prépondérancb.

« Nous ne saurions accepter la prépondérance d'aucun des trois pouvoirs publics. »

Quand il y a de la brouille dans le ménage gouvernementaly cette phrase se produit généralement ft la Chambre.

Presbytâre.

« L'humble presbytère, attenant d'un côté à la maison d'école, s'adossait, de l'autre, au mur du cimetière. »

(Topographie de tous les humbles presbytères de France.)

Prescrire. Prescription. Le docteur a prescrit une diète sévère. Observer à la lettre les prescriptions de la Faculté. — c Croyez ça et buvez de Teau », doivent penser les homéopathes en administrant leurs drogues.

Présentation. Présenter. A présentation, veuillez par cette seule de change ^ payer.,, S'est-^m présenté pour cet effet ?

Ici se présente une grande difficulté qui n'échappera à personne.

A II se présente comme un homme du meilleur monde, et grâce à ses belles relations, etc. »

Préservatif.

<c Ce nouveau médicament est un puissant préservatif contre les afifections du... »

Suit le dénombrement de plus cent maladies.

Présidence. — L'ombre de la royauté dans les pays soumis au traitement républicain.

« M. X.., appelé par le chef de l'Etat à la présidence du ' conseil des ministres, est une des personnalités les plus marquantes du monde politique, et un des partisans Ins plus éclairés du gouvernement du pays par le pays. »

(Côté des satitfaili.)

15$ mcnoNNAïKE

« M. X..., à qui a t^^té confiée) la présidence du nouveau minisitt'iv, est un des coryphées de la i^'^action et le partisan le plus compromis du pouvoir personnel. «

(Côté des tmèeimtmts^)

Presse. La presse. — Un instrument redoutable dont le pouvoir est si grand qu'il empêche qui que ce soit, peutêtre, d*ôti^ au-dessus de la loi.

La presse est comme la lan^te de h fable d'Esope. La pirsse est arnime la lance d'Achille, Les licences effirnêes d'une presse itnmonde.

R Dans un pays libre, la presse doit être libre> libre comme en Angleterre, libre comme aux Etats-Unis. »

Il faut arrêter les dcbiyrdements de la presse,

« Le gouvernement ne saurait ivster dt^sarmê en présence des attaques incessantes d'une presse malveillante, qui ne craint pas de traîner dans la boue tout ce qu'il y a de plus saci'ê et de plus respectable au monde. »

« La presse réactionnaire» qui n'a rien appris et rien oublié, voudrait nous ramener avant S9. »

Pression.

tt La pression administrative s*est exercée dHine manière scandaleuse, et a cherché à êtoutVer la lilHMté des voles« »

(Echo dm eVei-f lUMS.)

Prestance. Sa noble prestance imposait le respect.

Prestige.

«4 Nous ne sommes plus avant 89 pour nous en laisser imposer par le orestige d*un grand nom; il n\ a plus aujourd'hui, pour des hommes libi-es, que le pi'estige da talent, »

Présumer. Présumer trop de ses forces.

«i Ma chère amie» quand me permet trex-vous de vous conduire à Tautel et de vous donner le doux nom de femme ? — Vous prôsumex peut-être ti\»p de vo^ forces. »

U)i»los:ue entre on xieillard et um Agnès.)

Présupposer. — Il n y a que les troupiers qui se servent de ce verbe.

« Que je présuppose, mon capitaine, que le nommé Pitou n'a pas obtenipéiv aux injections du maiM?hef. »

pRïhKR. Voulez-vous me prHer cinq francs "t

(Ren^iue de bohème.) •

On ne pertt rien porter là-dessus. — Rengaine d'employé du Mont-de-Piété en présence d*un paquet de

vieilles bardes.

1)KS LIEUX COMMUNS toi

Prêter le flanc à la calomnie.

Prêter roreille à des propoêitions malhonnêtes,

PaêTRE. Prêtresse. Le prêtre vit de l'autel,

tt Je ne dis pas, il y a de bons prêtres, certainement, mais... Pourquoi les prêtres ne se marient-ils pas comme chez les protestants et chez les israélites? La confession, voyez-vous, monsieur... »

u Voltaire, en voilà un qui n*aimait pas les prêtres I.»

a Ces journalistes, qui déjeunent chaque matin d*une tranche de prêtre. »

{Bourgeoisiana,)

a C'était une prêtresse de Vénus, une de ces femmes folles i\^ leur corps, qui passent leur temps dans l'org^ie la plus l'chevelée, et sont la honte de leur sexe. »

Preuve. — Quel mot, quelle ressource pour les drama* turges ! — 11 n'existe pas d'ancien mélodrame où l'on ne coure quatre actes durant après une preuve que Ton croit toujours saisir et qui échappe toujours.

« Cette preuve, il me la faut à tout prix. — Vous l'aurez, — Quand? — Ce soir. — Où? — Ici. Silence et mystère.»

a Mais que je p'jÎF^n lui dire que je suis sa mère; qu'il puisse en avoir la preuve... Cet écrit... qu'il le lise une seule foisl... une seule fois!... »

(F. Cornu et H, Auger, Pauvre mare. 1837.)

« Vous pouvez me tuer, ma mort ne vfius sauverait pas.., toutes mes précautions sont prises... La preuve de votre crime est dans des mains sûres. »

« Non... elle n'est plus là, la preuve que tu cherches... et qui te perdra un jour. »

(Lockroy et Anicct. V Impératrice et la Juive, acte III, 8c. VIII. 1834.)

« La preuve que tu cherches, devine qui la possède main* tenant. »

(Idemt acte IV, te. i.)

'< Eh bien I arrache-moi ces preuves. »

{Idem, acte V, «c. m.)

a Cet enfant est le tien, as-tu dit. La preuve? »

{Idem, acte V, 8C. ▼.

« Les preuves de sa naissance, où sont-elles? »

' Itij-m, acte V, se. t.)

« Et les preuves me seraient enlev^jes! »

(Paul Poucher et Alboise. La Salpâtrière, acte III, »c. xiv.)

« Mes preuves sont en sûreté... Je puis parler. »

{Idem, acte IFI, se. xvi.)

3S8 DTCTfONNAIRE

Là GniLOTAis : — « Traître au roi, à la France... Ten ai les preuves. »

Ytoh : « — Où sont-elles ? »

La Ghalotais : — « Viens, tu les verras. »

(Paul Foodier et Alboise. La Salpêtrière, acte lY, se. x.)

« Oui, je suis le fils de Taniiral; car voici dans ce testament la preuve de ma naissance et de votre trahison, comte de Lussan. »

(/tfan, acie T, se. r.)

Jacques.: — « Le ciel, mon enfknt, doit suider celui qu vient de me donner une preuve écrite de lïnnocence de ta mère. »

GATHEims : — « Une preuve écrite ? »

Jacqubs : — « Tenes, lises. »

(Joseph Bouchardy. La Sœur du muletier.)

« Et cette preuve, tu nous la diras... n'est-ce pas ? »

(Frédéric Soulié. La Cloterie des Genêts» acte 111.)

« Lisez donc jusqu'à la fin ces pages que vous avez sur» prises !... vous y aves trouvé les traces du combat, vous y trouvei^x aussi les preuves de la victoire. » • (Ad. d'EoDery et Ch. Edmond. L'Aïeule.) ,

Ghavbrht : — a Moi, madame, je vous apporte la preuve que votre fille existe. »

La piiHCEssE : — « Vous aves dit la preuve? »

Ghavbbnt : — « La voilà. »

Lafeimcbsse : — « (Avec joie) Une preuve... enfin!... »

(A.aicet-Bourgeois et Paul Ferai. Le Bossu^ acte II.)

Cbaveeict : — « D'autant mieux que mon cher cousin a certainement entre les mains les preuves de la naissance de mademoiselle. »

GoNZAGUE : — « Les preuves î »

Ghaveuit : — « Sans doute , les pages arrachées du registre du chapelain. »

(/ofem.)

Prévision. L'événement a justifié mes prévisions.

Prier. Prière.

« Pries Dieu, madame, pour que ma fille me soit rendue, ou malheur à vous î »

[Style de théâtre.)

« Écoutes la prière d'une pauvre oi*pheline et Dieu tous bénira, madame la comtesse. »

[Style de théâtre.)

n Le ciel n'est pas resté sourd à mes' prières. »

CF. Coî-no et H. Auger. Paumre mère.)

Pbimcur. Avoir la primeur d'un ouvrage.

Les primeurs sont hors de prix cette année,

(RengaiDe des bonnet ménagèret.)

Principe. Les immortels principes de 89.

« Les principes immortels de notre glorieuse révolution que nos pères ont scellée de leur sang. »

(Rengaine politique h Tuiage des républicains.)

« La fidélité de ses principes politiques répond à la sagesse de sa conduite. »

pRUfTEMPS. Le printemps de la vie.

• Et que le printemps de la vie ' « 8*embellisse toujours du printemps des vertus. »

(Paray. Poéiies mêlées.)

A peine comptait-elle seize printemps. jeunesse ^ printemps de la vie! à printemps^ jeunesse de Vannée! — C'est tout ce qu'on connaît de Métastase, et encore combien citent la phrase, même en italien, sans se douter de qui elle est !

• La nature semblait renaître avec le printemps. Déjà Ins arbres se couvrirent de leur verte parure; déjà, etc. »

{Style de roman.)

C est pour savoir si le printemps s'avance. Réminiscence du refrain de la chanson populaire : « Gentille Annctte ». Cette réponse cache un sous-entendu grivois, lorsque quelqu'un s'éloigne sans dire où il va.

« Gentille Annette, « Tu vas seulette

« Sous la coudrette •

« Chanter le Rohin des Bois.

• C*est pour savoir si le printemps s*avance, »

Prise. Donner prise à la médisance. C'est de bonne prise. Une prise, m'me QiboUf s'il vous plaît.

(Propos de portière.)

Prisme. Fotr tout à travers le prisme de l'amour.

Prison.

m En prison, moi, mon père!... en orison comme un criminel!... de grâce, messieurs, cet orore est inique... Mais c*est impossiole... mais je suis innocent, mon père, je le jure devant Dieu qui nous entend, et devant ce portrait vénéré de ma sainte mère!... »

[Style de théâtre.)

260 BICnONNÂIRB

Affreuse prison.

« Eh bien ! pour prix de sa rébellion, une affreuse prison où il gémit en ce moment. »

(Paul Foucfaer et Alboise. La Salpétrière, acte lY, se. rr.)

Privation.

« Nul ne saura les privations que je me suis imposées pour élever ma famille. — Dieu vous en tiendra compte. »

(Jérémiades de bovargeois,)

Yicre de prvoaMoiM. — C'est de quoi vivent les trois quarts du monde jusqu'à ce qu'ils en meurent.

Priver. La vie privée doit être murée. — A cet effet, M. Guilloulet a fait élever un mur.

J*ai été privé du plaisir de vous voir. — Traduisez : « Combien j'ai été, heureux <jue vous ne s oyez pas ve nu m*ennuyerî"» '

Privilège. — Le droit de grâce est le plus beau privilège d*un prince. — Je crois que nous avons déjà dit quelque chose de semblable à l'article Prérogative ; mais ce sont là des vérités qu'on ne saurait trop répéter.

Prix. Au pt^ix des plus grands sadifices. La vertu n'a pas de prix. Inutile ae marchander, c'est ptix fixe,

(Propos de boutiquier.)

Probité. Un homme d'une probité antique, qui n'a jamais failli à sa parole.

u Cette probité commerciale, si rare de nos jours, il la possédait au suprême degré. »

Procès.

« te procès de... qui s*est déroulé, hier, devant la 10© chambre présidée par M..., avait attiré un nombreux pubHc. Parmi ies assistants, nous avons remarqué, etc. »

(Ea tète d'un compte rendu des tribunaux.)

Proclamation. Proclamer.

<i G*est le premier Empereur qui s'entendait à lancer une proclamation! »

Les deux proclament la gloire de J)ieu.

Procurer.

« Pouvez-vottS me procurer une bonne place ? »

Combien de fois par jour cette phrase n'est-elle pas répétée 1 Les farceurs ont longtemps prétendu qu'ils se seraient bien contentés de la place Vendôme.

Prodigalité.

« Vos folles prodigalités, madame, ont compromis la fortune de notre fille , et si vous ne vous arrêtez pas sur cette pente fatale, c'en est fait; la ruine est au bout. »

Que dç .femmes n!ûnt d*.autre ressource que la pro- 'diffalité des hommes !

Prodiges.

(f Nos troupes ont accompli des prodiges de valeurs. »

Il faut se méfier des petits prodiges; en grandissant ils se crétinisent.

Prodiguer. Prodiguer son amitié au premier venu, — Il y a nombre de gens qui trouvent qu il vaut encore mieux prodiguer son amitié que "son argent.

Produire.

« Quand produirez-vous votre charmante demoiselle dans le monde? — Elle est encore si jeune! »

(Réponse d'une mère de 50 ans passés.)

a Les dernières scènes du troisième acte ont produit surtout un grand effet. »

{Feuilleton théâtral.)

Professeur. — Combien de professeurs on devrait renvoyer à récole 1

tt L'éminent professeur a inauguré son cours de... au mi lieu d*un public sympathiaue et recueilli. Il a traité de., avec cette autorité à laquelle chacun se plaît à rendre hommage. »

• [Feuilleton scientifique.)

Profession. Professer. La noble profession des ai^mes.

tt Je professe la plus profonde estime pour le talent et pour le caractère de l'écrivain qui, etc. »

Profil. Se profiler. TJn beau profil grec. Un profil admirable de pureté,

tt Le panorama était magnifique, encadré par les Apennins, dont les cîmes cou^rtes de neige se profilaient à Thorizon. »

(Style descriptif.)

Profiter. Profiter d'une bonne occasion. Le bien mal acquis ne profite jamais, — C'est pour cela, peut-être, qu'il y a tant de malheureux.

Profondeur.

u La profondeur des idées, jointe aux agréments du style,

262 BICTIONNAIBE

fait que ce livre se recommande à tous les esprits délicats. >

(Notice bibliographique.)

Progrès. Ils veulent entraver la marche du progrès!

• Mon fils fait-il des progrès?»

(Demaade d*un père à on marchand de soupe.) .

Proie. Une proie facile. Être en proie à la calomnie. Être la proie des mauvaises passions.

Projet. Projeter. Je conntxis vos projets et je saurai les déjouer.

Le soleil projetait ses rayons bienfaisants.

{Style de roman.)

Prolétaire. Les souffrances du prolétaire. Il est temps que le règne du prolétaire arrive.

Prophète.

« Je ne voudrais pas être mauvais prophète^ mais, à veilla tournure que prennent les événements politiques, il est à présumer qu avant peu le char de TËtat roulera dans Tor-

nière. »

{Propos de eoruervateur.)

Propriété.

« Le morcellement de la propriété constitue la principale richesse de la France. Tandis qu'en Angleterre, etc. »

{Style d'économiste,)

j Prostitution. — L'action et même Tart de battre monnaie

^ avec ses charmes, iQjxt comme Thomme de génie hai

^monnaie avec son cerveau. ÎJaîs le monde n'admet pas,

paraît-il, de similitudes e ntre la forme et l'idée, quoique

fidée, eue aussi, ait besoin d'une jor^ie pour se faire

admettre d«ms la circulation/

La prostitution est une plaie nécessaire dans les grands centres.

{Style d^économiste.)

Protester. Protestation. Nous protestons au nom de la morale outragée. Nous protestons au nom de la loi indignement violée. — La loi est une femme, et, comme femme, il faut bien qu^elle soit violée de temps à autre.

« De nombreuses protestations se sont produites au sujet de rélection du... »

(Style de députe'.)

Proverbe. Les proverbes sont la sagesse des nations. — Une sagesse qui se contredit diablement.

Providence. La main de la Providence. — Il faut se soumettre aux décrets de la Providence.

Les arrêts de la Providence.

« Us connaîtront dans ma résolution courageuse Tarrèt de la Providence. »

(V. Ducange. Léonide ou la Vieilh de Sureanes.)

Rendre grâce à la Providence. Il appartenait aux sansculottes de découvrir la Providence de la liberté.

« Rendons grâce à la Providence de la liberté I »

{Rapport du comité de sûreté générale relatif à l'assassinat de Marat, 16 juillet 1793.)

Provisoire. En France, le provisoire est étemeL Prudence. Joindre la prudence du serpent à la force du Uon.

Public. Le public des premières.

n Le public n^ajoutera aucune créance à des bruits malveillants propagés dans le but d^entraver les négociations entamées au sujet du... »

{Style de journal.)

a Le public se retire vivement impressionné. »

(Cliché consacré par les journalistes lorsqu'ils rendent compte d*uD verdict condamnant Taccusé à la peine de mort.)

Publicité.

tt La plus grande publicité doit être donnée à cette affaire. Il faut que le jour se fasse, etc. »

[Style de journaliste.)

Grâce aux puissants moyens de publicité dont dispose la presse. — Grâce à la publicité qui a été donnée à cette affaire.

Pudeur. La pudeur est un des plus grands charmns de la femme.

Puéril.

« G*est une œuvre puérile qui ne mérite pas un sérieux examen. Aussi ne nous y arrêterons-nous pas. »

[Suivent deux colonnei.)

Puiser.

« Nos renseignements, puisés aux sources les plus autorisées, noufei permettent de démentir la nouvelle du... que notre confrère avait donnée dans son numéro d'hier. »

[Style d6 journaliste.)

Puissance. PuissaiNt. La puissance de la parole entraine,

264 DICTIONNATRE

subjugue les masses. Etre revêtu de la puissance royale. Faire un noble usage de la toute-puissance.

Le Tout-Puissant dans sa bonté suprême... Les événements sont conduits par la main du Tout-Puissant. Les puissants du siècle ne comptent pour rien le reste des hommes.

Puissance suprême.

« Cette puissance suprême qui a construit le monde. »

(Bossuet. Sermon sur la Providence.)

« J'en atteste des dieux la puissance suprême. »

(LoDgepierre. Médée^ acte III , se. i.)

Purgatoire. Faire son purgatoire sur cette terre. — C'est peu, il y en a tant qui y font leur enfer !

Quiétude.

« Une douce quiétude remplissait son âme. »

{Style de romcm.)

Raccrocher. Se raccrocher aux branches. — Les hommes politiques, lorsque la tempête révolutionnaire a renversé une dynastie, se ra ccrochent aux branc h es d'un e

^autres dynastie, et, aîi "besoin," aux"Eranchës 3e l*arbre

""deTaTîberté.'*

Bacine. Couper le mal dans sa racine. — Les énergumènes de 89 ont prétendu, en guillotinant Louis XVI, couper le mal de la monarchie dans sa racine ; ils n'ont abouti ffu'à mettre quatre ou cinq partis aux jgrises. — On

. aîràit que c'est cette tête coupée qui toujoiïrsrcrie vengeance.

Pousser des racines profondes^ — L'ambition pousse des racines profondes dans Tàme de tous les hommes politiques. Les politiciens de café rêvent, entre deux tasses, à des sous-préfectures ; les sous-préfets rêvent à des préfectures, ef les préfets au conseil d'État. Tout

député vi se au ministère, et tout ministre à la popularitéj^ •■ ' • ^-^

a L*unîvers aujourd*bui w^ nous demaiiiicrait pas compte, si Farbre de la liberté, poussant des racines profondes, eût résisté à la hache de ceux mêmes qui TaTaient élevé de leurs mains. »

(Mémoires de Fouché, 48X4.)

« La foi doit y jeter ses racines profondes. »

(Toltaire. Alzire, acte I, se. i.)

Rade. La rade, couverte de navires aux mâts pressés, rcssemblait de loin à une forêt. — En retournant la comparaison, et c'est ce qu'on peut toujours faire, on dira : La forêt ressemblait à une rade couverte de navires.

Radicalisme. — Rasoir politique qui ne demande qu'à se transformer en couperet de guillotine.

Agiter le spectre du radicalisme.

« Le radicalisme, c'est la société sans relio^ion, Tégliso sans prêtres, l'école sans Dieu. »

f Cliché des jottmaux conservateur i.)

Radieux. — L'air radieux est cet épanouissement oui illumine le v^age d'un homme au comble de la félicité :

dans une soirée, éclipse la toilette de ses rivales. En • / général, toutes les fois que l'orgueil est satisfait, le / visage est radieux.

« Le soleil se levait radieux et noyait l'horizon dans des flots d'or. »

{Style de roman»)

« Au moment où le soleil se levait, radieux et pur, sur les riants coteaux du pays. »

(V* d'Arlincourt. Les Trois Châteaux, ch. x.)

Regaillardir. Le vin regaillardit les vieillards. — La vue d'une jolie femme regaillardit un vieux libertin.

Raillerie.

«... Pour un moment, trêve de railleriejl »

(CoroeUle. £m Suite du Menteur, acte III, se. u.)

a Trêve de railleries, monsieur le comte I »

(P»ul Pouchep et Alboise. La SaXpêtrière, acte III, se. ▼;)

«Trôve de railleries » a un certain parfum de gentilUonimerle.

« Monsieur le comte, trêve de railleries, je vous en supplie: »

(A.d. Arnanlt et Lonii Judicis. Les Cosaques^ acte lY, se. vi.)

^ On le voit, les beaux esprits se rencontrent.

Raison. Ne pas jouir de toute sa raison. Prendre la raison pour guide. — Ce gui est facile, quand on n'a pas une raison contraire à lui opposer.

Raisonnable.

« Voyons, soyez raisonnable, mettez cinq francs de plus. »

(Paroles de boutiquier à acheteur.)

a Francbement, vous n'êtes pas raisonnable; ça vaut mieux, regardez bien. »

{Idenif idem.)

« Voyons, Eugène, soyez raisonnable ! »

{Une jeunesse fatiguée,)

Raisonnement. Raisonner. Un raisonnetnent d'enfant. Un raisonnement qui pêche par la base. Ne pas avoir plus de raisonnement qu*un enfant.

Raisonner {pour résonner) comme un tambour mouillé, i — Raisonner sur tout à tort et à travers. Les trois quarts

/ , de nos orateurs ne raisonnent pas autrement.

/.. » *•• — ♦ - . — . ^ - -•*»• Rajeunir. — Il ne faut jamais dire à une femme qu'elle rajeunit, si vieille qu'elle soit, car jamais femme ne veut vieillir. Entre bommes, c'est différent, et un vieillard aimera toujours à s'entendre dire : « Mon eber, mes compliments, vous rajeunissez tous les jours. » 11 y en a qui ne se contentent pas de rajeunir, mais qui noircissent.

Ramassis. Un ramassis de lieux communs qui ont trahie dans tous les journaux, — Sans ce ramassis-là le métier de journaliste serait bien difficile, si dif6cile que je me suis toujours demandé, en lisant une nouvelle répétée des buit jours de suite'par tous les journaux, quelle était la feuille qui en avait' eu la primeur ?

Rame. Immaculée, une rame de papier vaut toujours son prix.

« Le bruit des rames frappant Teau en cadence. »

{Style de roman.)

Ramener. Ramener la confiance. — C'est la prétention de tout gouvernement qui succède à un autre.

DES UEUX COMMUNS 267

Son régne glorieux a ramené la paix et l'abondance. Ramener à de meilleurs sentiments,

\\ âng. Ranger. Le rang suprême. — Dans le monde, il y a une douzaine d'êtres privilégiés, — sont-ils réellement privilégiés ? — qui, pour tenir le rang suprême, ne se sont donné que la peine de naître, et encore cette peine leur a bien peu coûté.

Se ranger à l^avis de l'honorable préopinant, — Cela n'est pas long à dire et dispense d'un discours à la tribune. Il y a un tas de députés qui passent leur vie à se ranger à l'opinion de l'honorable préopinant. C'est tout ce qu'ils peuvent faire pour leurs électeurs.

Ranimer. Ranimer les esprits, — Les esprits se raniment quelquefois par la persuasion et s.Quvent^ar des sjpiritueux. ' "* " "

Ce vin fortifiant l'a ranimé. — Le printemps ranime la nature.

Rapidité. Les chevaux couraient avec la rapidité d'un train lancé à toute vitesse. Son espint avait une rapidité étonnante dans les idées, La rapidité de la pensée ^ pareille à Vétincelle électrique.

Rappeler.

a Je vous prie de me rappeler au souvenir de madame votre épouse. »

« Monsieur, je vous rappelle à l'ordre. — Rappelez -nous tous à l'ordre, alors. »

(Séance oragcuisc à la Chambre.)

« Vous rappelez-vous le temps heureux de notre enfance, cette époque où nous allions cueillir des bluets dans les champs, et des mûres le long des haies? »

Rappelez-vous vos promesses, rappelez-vous la foi jurée,

(Style de roman.)

Rapporter.

« La terre ne rapporte guère plus de 2 1/2 à 3 0/0. — Oui, mais c'est un excellent placement d'argent. »

tt Je m'en rapporte entièrement h votre goût pour me guider dans le choix de cette acquisition. »

Il y a des gens qui ont toujours l'air de s'en rapporter aux autres, et qui ne font q[u'à leur tête. C'est ainsi qu'un homme marié doit agir vis-à-vis de sa femme, s*il veut avoir la paix dans son ménage.

Rare. Rara avis. — Une femme discrète, rara avis. L'a ami fidèle, rara avis. Un homme désintéressé, rara avis. Un comédien sans jalousie, rara avis. En général, rara a^is tout individu possédant une qualité solide quelconque: "

Rassasier. Il y a des gens qui ne sont rassasiés d'une chose que lorsqu'ils en sont dégoûtés.

<( Il ne pouvait se rassasier de la vue de son fils, après une si longue et si douloureuse absence. »

[Style de roman,)

Rassurer. Vous nous rassurez, docteur. — 11 faut voir de quel ton et de quel air cela est dit, quand c'est un neveu que le docteur rassure sur Tétat d'un oncle à hérilaere : traduisez : « Vous me troublez, et me désespérez, docteur. » *" ^

« Savez-vous que vous n'êtes pas rassurant, mon cher? »

En temps d'épidémie, en temps de çuerre ou de troubles, combien de fois cette phrase sur les lèvres des poltrons, sur les lèvres de la moitié des honimesî

Rayer.

« Le soleil qui éclairait la chambre rayait les rideaux de lames d'or. »

[Style de roman.)

Vous pouvez rayer ça de vos tablettes.

Rayon. Un rayon d'espoir traversa son esprit.

Rayonner. Ses yeux rayonnaient de joie, — L'amour partagé fait rayonner de joie la femme sensible. La vue de l'or fait rayonner de joie la femme cupide.

Rkckler. Cet ouvrage recèle des beautés de premier ordre. — Souvent ceux qui écrivent cette phrase n'en pensent pas un mot, quelquefois ils n'ont même p as^ Ju J'ouvragc. "* "^

Réceptacle. Son cœur est comme le réceptacle de toutes les mauvaises passions.

Réception.

K J'ai riionneur de vous accuser réception de votre honorée

du... »

{Style de négociant.)

» La R'ccplion du ministre d«. . . a été des pUis brillantes. »

{Style de reporter.)

DES LIEÎTX COMMUNS 269

Recevoir. Recevoir le coup de la mort. Reçu comme un chien dans un jeu de quilles, •

« Receyez Tassiirance de mes sentiments les plus distingués, »

(Salutation épistolaire adressée parfois i qoeUfa^un que tout bas on traite de canaille.)

RÉCHAUFFER. Réchauffcr le zèle, — Le zèle est un sentiment qui se réchauffe la plupart du temps avec For, quelquefois avec de belles promesses, ce qui est plus économique.

Cesi du réchauffé, — Une liaison amoureuse que Ton renoue, c'est du réchauffé. Une profession de foi de député, c'est toujours du réchauffé, à quelque parti quil appartienne. Une reprise au théâtre, c'est du réchauffé. Les trois quarts des ouvrages que nous servent nos romanciers, c'est du réchauffé.

Recherche. Cet ouvrage, fruit de longues et patientes recherches, — Que la critique dise cela d'un auteur, passe encore, mais qu'un auteur dise cela de son propre ouvrage, ce n'est pas d\i goût le plus pur, quoique la chose soit commune.

RÉaF. La vie est pleine de récifs. — Entre autres principaux : les femmes pour les hommes, le luxe pour les femmes.

« Notre frêle embarcation vint se briser contre les récifs qui bordent ces parages. »

(Style classique.)

S'il y a une jeune fille à bord, elle sera infailliblement sauvée par l'amoureux. Cela corse l'action et tire de douces larmes des yeux des concierges sentimentales.

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