COMITÉ DE SALUT PUBLIC — COMM
Just allait monter à la tribune, Couthon se présente, et demande quel est le sujet de la délibération ; on ne lui en fait point mystère : « Vous allez, dit-il, faire la contrerévolution. » Tous les membres du comité, sans lui répondre , signent les ordres d’arrestation et la proclamation. A midi un huissier apporte une lettre de Saint-Just à ses collègues ; il montait à l'instant même à la tribune ; sa lettre était courte et franche : « L’injustice a fermé mon cœur; ie vais l'ouvrir tout entier à la Convention. » Couthon s’empare de la lettre, et la déchire; quelques membres du comité se rendent à la séance (voyez CONVENTION NATIONALE ), Dans cette nuit du 8 au 9 thermidor, le comité de salut publie eut à lutter contre tous les obstacles : des ordres avaient été donnés pour interdire l’entrée de ses bureaux et de la salle de ses délibérations, même aux députés, Soit curiosité, soit dévouement, Lecointre, avec plusieurs autres, insista vainement, dit-on, pour entrer. Il ne put pardonner à ses £ollègues d’avoir refusé de faire une exception en sa faveur, et, le danger une fois passé, se porta leur accusateur. Le comité fut renouvelé à laséance du 11 thermidor. Les anciens membres furent presque tous réélus. La Convention s'était prononcée à une grande majorité pour la mise hors la loi et la mort de ce qu'on appelait le ériumvirat. Le parti contre-révolutionnaire s'était hâté de profiter de l’événement. Les anciens membres du comité de salut public se virent successivement éliminés. Carnot ne fut maintenu que jusqu’au 15 ventôse an 11. Il fut alors remplacé par Aubry, qui destitua tous les généraux , tous les officiers supérieurs de l’armée les plus distingués par leur courage, leur patriotisme et leurs succès. Bonaparte n’échappa point à cette proscription. Mais les armées s'étaient conservées pures et républicaines ; la réaction thermidorienne n'avait point pénétré dans leurs rangs; leur dévouement sauva encore une fois la patrie et la liberté. Du reste, l’accusation contre les anciens membres du comité de salut publie ne s'était pas fait longtemps attendre. Dans la séance du 13 fructidor an um, Lecointre proposa cette accusation, et signala 27 griefs. L'impression de sa proposition et des pièces qu’il produisait à l'appui avait été ordonnée. Après une discussion très-longue et très-animée, l’accusation fut déclarée calom-
* nieuse et rejetée. Lecointre la renouvela depuis sans plus
de succès. On est étonné de voir que les membres accusés par ce représentant, et depuis par trois autres, soient précisément les mêmes que ceux que la commune révolutionnaire et le comité d’insurrection accusaient le 9 thermidor et dont ils avaient ordonné l'arrestation. Carnot avait été l'objet d’une accusation directe. Il se justifia comme Scipion; un mot suffit pour sa défense : Z7 avait organisé la victoire.
La France n’oubliera pas les institutions proposées par le comité de salut public pour les sciences, les arts, l’instruction publique, les diverses parties de l’administration de la guerre, l’armement, l'équipement et les subsistances. Il a préparé les plus belles pages de notre histoire militaire. Il s’est associé à la gloire des armées, qu’il a improvisées, et dont il a combiné et dirigé les opérations. Pendant les dix-huit mois qu’il a existé, il a eu à enregistrer vingt-sept victoires, dont huit en bataille rangée, cent vingt combats, quatre-vingt mille ennemis tués, quatre-vingt-onze mille faits prisonniers, cent seize places fortes ou villes importanfes conquises, dont seize après siége et blocus; deux cent trente-sept forts ou redoutes enlevés, trois mille bouches à feu, soixante-dix mille fusils, dix-neuf cents milliers de poudre, quatre-vingt-dix drapeaux pris à l’ennemi, etc., etc.
Ces victoires, ces exploits héroïques de tous les jours devinrent bientôt plus rares; mais les grandes institutions nationales dont la création avait été une œuvre de génie, de patriotisme, et un immense progrès de civilisation, subsistèrent encore dans tout leur éclat tant que les anciens
membres du comité, affranchis du joug que le triumvirat faisait peser sur eux et sur la Convention elle-même , restèrent en majorité après le 9 thermidor. Cependant, la faction réactionnaire, parvenue à les éliminer un à un, ne tarda pas de marcher à grands pas dans les voies de la contre-révolution. Il suffit, pour apprécier les actes des membres de l’ancien comité, de les comparer à ceux de leurs successeurs qui les ont proscrits. Le comité de salut public finit avec la session conventionnelle. Le dernier avait été élu le 6 octobre 1797. Durey (de l'Yonne).
Sur la proposition d’un de ses membres, l’ancien représentant Miot, la commune de Paris vota le 1er mai 1871 l'institution d’un comité de salut public, qui devait pren dre les mesures les plus énergiques. Cette décision n’eut pas lieu sans une vive opposition qui se manifesta par une minorité de 23 voix sur 69 votants. Composé de 5 membres et renouvelé par trois fois, ce comité finit par concentrer tous les pouvoirs et organisa la sanglante lutte qui suivit la prise de Paris. (Voyez Commune. )
COMITÉ DE SÛRÈTÉ GÉNÉRALE. Par décret du 30 mai 1799, le comité de surveillance de l’Assemblée nationale prit le nom de comité de sûreté générale. I fut chargé, le 2 octobre de la même année, de rendre compte des arrestations faites par suite de la révolution du 10 août. Les pièces du procès de Louis XVI lui furent remises. Le nombre de ses membres à souvent varié : il fnf doublé lors du procès de Louis XVI. 11 ne s’occupait que des affaires qui lui étaient renvoyées par les décrets de la Convention. La loi du 14 frimaire an 11 ( décembre 1793 }, portant l’établissement du gouvernement révolutionnaire, lui conféra la haute police de l'administration civile et judiciaire pour tout ce qui étail relatif aux personnes et à la police intérieure et générale; la correspondance avec les comités révolutionnaires de Paris; la mise en liberté de tous ceux qui étaient arrêtés pour cause politique ; le droit de dénoncer à la Convention les fonctionnaires prévaricateurs. La même loi lui conférait en certains cas les mêmes pouvoirs qu’à celui de salut public, et concurremment avec lui; mais bientôt une partie de ses attributions légales passèrent au bureau de police générale établi et dirigé par Robespierre, Couthon et Saint-Just (voyez COMITÉ DE SALUT pu- BLIC ). Les représentants qui avaient été membres du comité de sûreté générale avant le 9 thermidor furent, comme ceux du comité de salut public, accusés par Lecoïintre ; mais la Convention rejeta également cette accusation comme fausse et calomnieuse. Un seul, Vadier, accusé par la commission des 21, fut condamné à la déportation; mais il s'était soustrait à l’arrestation. Le comité de sûreté générale cessa d’exister avec la session conventionnelle.
COMM. Dans sa seconde campagne contre les Gaulois, César avait battu et soumis toutes les populations riveraines de l'Océan, depuis la Seine jusqu’à l’Escaut. Ces peuples avaient vu, à la suite de leurs défaites, la forme de leur gouvernement changée; et ceux des chefs qui avaient pris part à l'insurrection remplacés par d’autres, que César jugeait lui être favorables. Parmi ces derniers se trouvait Comm, noble gaulois du pays des Atrébates ( pays d’Artois, Arras ), que César avait fait roi de sa nation. Il le tenait pour un homme de courage et de conseil, et il comptait sur sa fidélité. I1 le mit à une première épreuve lors de sa première expédition en Bretagne ( Angleterre ). Le bruit de cette expédition ayant été répandu en Bretagne par les marchands gaulois qui faisaient le commerce avec cette lle, plusieurs des cités bretonnes, voulant se mettre à l’abri de la guerre, lui avaient envoyé des ambassadeurs chargés de promettre en leur nom des otages et l’obéissance. César les renvoya dans leur pays, et les fit accompagner par Comin, lequel avait beaucoup de crédit dans l’île. A peine était-il sorti de son vaisseau, que les habitants le saisirent et le jetè-
| rent dans les fers. Mais après le débarquement de César et
la première défaite de l’armée bretonne, Comm fut relâché. Dans la suite de cette expédition, on retrouve Comm à la tête de trente cavaliers, probablement partis avec lui, pris et relâchés comme lui, et qui formèrent un moment toute la cavalerie de César. Dans sa campagne contre les Belges, limitrophes des Germains, César avait avec lui le même Comm. Il le laissa avec un corps de cavalerie chez les Ménapiens, pendant que lui-même partait pour une expédition contreles Trévires ( peuples du pays de Trèves ). Du reste, en reconnaissance des services qu’il en avait reçus en Brefagne et dans cette guerre contre les Trévires, César avait affranchi sa nation de tout tribut, lui avait rendu son indépendance, et avait ajouté à son territoire le pays des Morins (Boulogne).
Comm resta fidèle jusqu’au moment où la Gaule, s'étant enfin aperçue du dessein de César, qui était de la subjuguer et de la réduire en province romaine, se souleva tout entière et se donna un chef unique, le fameux Vercingétorix. Malgré les liens qui l’attachaient à César, Comm ne put résister à l'entratnement de sa patrie. César, du reste, n’en montre ni étonnement ni indignation, et, au lieu de se plaïnüre de la défection de Comm, il l’explique et l’excuse par l’ardeur des Gaulois pour recouvrer leur liberté et reconquérir leur ancienne gloire militaire. Comm fut un des principaux chefs de cette armée de deux cent quarante mille hommes, qui vint assiéger César assiégeant luimême daus Alise Vercingétorix et les quatre-vingt mille hommes qui s’y étaient enfermés avec lui. On sait quelle fut l'issue de ce siége. Toute la force gauloise y fut anéantie.
Dans la dernière campagne de César, Comm reparait dans les rangs des Bellovaques ( peuple de Beauvais ), lesquels n'avaient envoyé aucun contingent à l’armée de Vercingélorix, se jugeant assez puissants pour faire la guerre pour leur compte et tenir tête à César. Après une vive résistance, ils firent leur soumission. Comm s'était joint à eux avecun corps de cavaliers qu'il était allé demander aux Germains ; il s'enfuit chez ce peuple, attendant une nouvelle occasion de recommencer la guerre..Seul de tous les chefs de nation qui avaient pris part à l'insurrection des Bellovaques, il n'avait voulu envoyer ni otages ni soumission, Un profond et juste ressentiment l’animait contre tout ce qui était romain , depuis que dans un odieux guet-apens il avait failli périr assassiné. C'était dans l’année qui précéda la guerre des Bellovaques et la complète réduction de la Gaule, Labiénus, qui commandait dans le pays des Trévires, ayant appris que Comm sollicitait ces peuples à se soulever contre César, crut que le droit de la guerre l’autorisait à s’en débarrasser par un assasinat. 11 envoya donc vers lui le chef de sa cavalerie, Volusenus Quadratus, avec ordre de le tuer sous prétexte d’une entrevue. Volusenus était accompagné de centurions choisis pour l'aider à consommer ce meurtre. Lorsqu'on fut en présence, et que Volusenus eut pris la main de Comm ( c'était le signal du meurtre ), le centurion qui devait le frapper le premier, soit qu’il se troublât, soit que les anis de Comm eussent arrêté son bras, ne put que lui porter un premier coup, qui lui fit un grave blessure à la tête. On tira les épées de part et d’autre, moins pour combattre que pour fuir, les Romains croyant Comm atteint mortellement et les Gaulois craignant que ce guet-apens ne fût le prélude d’un massacre. Depuis ce temps, disait-on, Comm, avait résolu de ne jamais paraître devant un Romain. Aussi n’est-on pas étonné de le voir quelques temps après renouvelant ses instigations auprès des Atrébates soumis, et, dans l'impossibilité de les soulever de nouveau, se mettant à la tête de quelques cavaliers pour infester les chemins et intercepter les convois destinés aux quartiers romains, Marc-Antoine commandait alors cette partie de la Gaule, et il avait sous ses ordres ce même Volusenus, Il le chargea de poursuivre les Gaulois, Volusenus avait gardé de son guet-apens manqué une grande haine contre Comm,