COMITÉ DE SALUT PUBLIC
accusa formellement à la Convention certains membres des deux comités de conspirer avec l'étranger, et il conclut
ainsi : « Quel est le remède au mal? Punir les traîtres, renouveler les bureaux du comité de sûreté générale, épurer
ce comité lui-même et le subordonner au comité de salu public; épurer le comité de salut public lui-même, constituer l’unité du gouvernement dans l’autorité suprême de la Convention nationale, qui est le centre et le juge, et écraser ainsi toutes les factions du poids de l’autorité nationale, pour élever sur leurs ruines la puissance de la justice et de la liberté. » Il répéta, le soir,le même discours à la séance des Jacobins. Collot-d’Herbois et Billaud-Varennes essayèrent vainement quelques observations; Collot-d’Herboïs fut couvert de huées ; Couthon parvint à se faire entendre : il attesta la vérité des faits avancés par Robespierre, et déclara que la conspiration dénoncée par lui semblait démontrée : « Il est certain, dit-il, qu'il y a des hommes purs dans les comités; mais il n’est pas moins certain qu’il y à des scélérats. » Et, sur sa proposition, les débats s’ouvrirent sur la conspiration.
Tandis qu’on procédait aux Jacobins à l'enquête proposée par Couthon, la majorité du comité de salut public et de sûreté générale était réunie. Une scène décisive éclata à minuit et demi, et interrompit les travaux ordinaires. Saint- Just gardait un profond silence, il observait tous ses collègues : il venait d’envoyer à Tuillier, son secrétaire, pour les mettre au net, les dix-huit premières pages du rapport qu'il devait lire le lendemain. Il déclara ensuite qu’il ne pourrait lire au tomité ce rapport, dont il ne lui restait plus que les dernières pages. Collot-d’Herbois, qui revenait des Jacobins, entra à ce moment; ses collègues lui demandèrent la cause de son extrême agitation, et, sans attendre sa réponse, Saint-Just lui adressa froidement cette question : « Qu'est-ce qu’il y a de nouveau aux Jacobins? — Est-ce toi qui l’ignores, lui dit Collot-d'Herbois, toi qui es d’ntelligence avec l’auteur principal de toutes nos querelles politiques, et qui ne veux nous mener qu’à la guerre civile? Tu es un lâche er un traitre! Je viens de m’en convaincre par tout ce que j’ai entendu. Vous êtes trois scélérats qui croyez nous conduire aveuglément à la perte de la patrie ; mais la liberté survivra à vos horribles trames. — Eh! qui êtes-vous, s’écria Carnot, pygmées insolents, qui voulez partager les dépouilles de la France entre un écloppé, un enfant et un scélérat ? je ne vous donnerais pas une bassecour à gouverner. » Collot-d'Herbois continua d’accuser
Saint-Just en face : « Tu prépares un rapport, lui dit-il; … tu as sans doute fait notre décret d'accusation? » Saint- .
Just lui répliqua tranquillement : « On pourrait te reprocher d’avoir tenu dans un café quelques propos contre Robespierre; » et il avoua en avoir fait la base d’une inculpation contre Collot-d’Herbois dans le rapport qu’il avait
préparé. Cette discussion toute personnelle absorbait des k
moments précieux, que réclamait l’intérêt général. Quelques membres passèrent dans une salle voisine, et délibérèrent s'ils feraient à l'instant même arrêter Saint-Just. I] fut décidé qu’on en référerait le lendemain à la Convention,
lorsque Saint-Just aurait manifesté ses intentions dans le .
rapport qu'il devait faire. Tous rentrèrent dans la salle com-
mune, et continuèrent à s'occuper de mesures de salut »
public. Saint-Just les interrompit en manifestant sa surprise de n'être pas dans les confidences de ses collègues; il se plaignit d’une injuste défiance, et sortit à cinq heures du matin. Les autres membres du comité continuèrent leurs opérations :
tion la destitution des chefs de la force publique, qu’on les ferait arrêter, et qu'on dénoncerait en même temps les faits reprochés à Robespierre, Saint-Just et Couthon. Une
proclamation devait être rédigée pour prévenir les événe-
ments qui pourraient survenir, A six heures du matin le rapporteur préparait son travail ; à dix, au moment où Saint-
il fut décidé qu’on proposerait à la Conven- «