‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 128 sur 607 · COMPAGNIE · texte numérisé non relu

COMPAGNIE

la mer Baltique, elc.; enfin, telles ont été, en Hollande, en Angleterre et en France les diverses compaqnies des Indes.

L'association: est le grand moyen du progrès. Les efforts combinés atteignent le but que ne sauraient atteindre des efforts isolés. L'esprit d'association, agissant librement et en harmonie avec l'intérêt général, tend de plus en plus à augmenter la puissance de l’activité individuelle, en réunissant pour de grandes et utiles entreprises les forces, l’industrie et les capitaux des particuliers. Tous les jours plusieurs négociants forment entre eux une société pour exploiter en commun, avec leurs fonds réunis, une branche d'industrie ou de commerce en gros ou en détail. Les formes diverses et les conditions de ces sociétés trouvent leur règle dans le Code de Commerce. Parmi les diverses espèces d'associations, celles qui ont le plus d'importance pour un État, sous le rapport de son système économique, ce sont les grandes compagnies de commerce qui se chargent d’approvisionner un pays en denrées d’une contrée éloignée. Le commerce des contrées lointaines était resté libre dans le moyen âge, à Gênes, à Venise, à Anvers; et après la découverte du cap de Bonne-espérance et de l'Amérique, ce commerce avait enrichi le Portugal et l'Espagne, à l'abri des entraves du monopole. C’est en Hollande que le négoce a commencé à réclamer les avantages exclusifs du privilége, comme seuls capables d’assurer un approvisionnement ample et régulier, en attirant dans l’entreprise l’affluence des capitaux que la concurrence aurait détourné d’y concourir. Le privilége seul pouvait aussi, disait-on, dé dommager les compagnies des avances immenses qu’exigeait ce commerce, des risques et des pertes auxquels les actionnaires étaient exposés. Les épiceries et les marchandises fabriquées dans l’Inde, le thé et les porcelaines de la Chine et du Japon ont été pour ces compagnies des sources de richesses inouïes. Mais du moment où, au lieu le comptoirs, elles ont voulu avoir des villes, des provinces :t des royaumes, les guerres contre les indigènes et entre les puissances rivales, causes de malheurs et d’oppressions intolérables pour les peuples de l’Asie, ont entraîné les compagnies dans d'énormes dépenses, et les dettes ont fini par absorber à peu près des profits sans mesure. Après les brillants succès de La Bourdonnais et de Dupleix, la compagnie française a succombé sous les coups de ses rivaux. Java reste encore à la Hollande comme un beau monument de son ancienne splendeur; mais la compagnie anglaise est parvenue à accomplir le plus vaste projet qu’ait jamais formé une association de commerçants, en étendant sa domination sur {’Inde presque entière. Une compagnie de marchands commande à soixante millions de sujets. Aucun souverain ne surpasse en puissance le gouverneur général de l’Inde. Cette immense possession est sans doute pour un grand nombre d’Anglais la source de fortunes dont quelques-unes sont réellement colossales ; maïs pour apprécier les résultats du privilége de la compagnie sous le rapport du commerce, il suffira de rappeler qu’on a évalué à quarante-deux millions par an la perte que causait aux consommateurs de la Grande-Bretagne le seul monopole du thé. L'exemple des États-Unis de l'Amérique, qui sans compagnie privilégiée sont parvenus à faire avec la Chine un commerce étendu et fructueux, a éclairé l'Angleterre, et l époque est arrivée où le commerce de l'Orient s'ouvrira à tous ses industrieux spéculateurs.

COMPAGNIE ( Art militaire ). De nombreux synonymes, aujourd’hui oubliés ou mal connus, ont répondu au terme compagnie, terme que la langue militaire a donné à la langue vulgaire. On s’est d'abord servi dans le même sens du mot bataille, avant qu’il signifiât grand combat; on a dit ensuite corrois, compengne, comme le prononçait Duguesclin. Au temps de Louis XE l'expression compagnée avait cours; les écrivains du seizième siècle y avaient sub-

titué compaignie. L'usage d'appeler compagnons les chevaliers et les soldats, ee qui signifiait, suivant les uns, mangeant le même pain, ou, d’après la langue romane, hommes portés sur le même charriot, a amené celui du substantif compagnie, exprimant positivement d’abord troupe de compagnons en armes; de là vient qu'originairement compagnie s’appliquait aussi bien à huit ou dix mille hommes qu’à une troupe bien plus faible. Par la multitude des adjectifs qui modifièrent le mot compagnie, il y aurait cent descriptions différentes à en faire; bornons l’examen aux compagnies d'infanterie,

Depuis Charles V, vers 1373, il existait des compagnies de lances garnies, et depuis Charles VII, en 1445, des compagnies d'ordonnances, la seule force publique que l’on connût alors : elles n’avaient rien de commun, quant à leur formation, avec notre infanterie actuelle, dont la création est postérieure au règne de François 1°". Sous ce prince il y avait des compagnies d'infanterie, fortes de plusieurs mille hommes. Les compagnies de ce genre, ou, en d’autres termes, les régiments, qu'on nommait alors compagnies, furent abolies à la formation des légions de François I‘; elles reparaissent sous le nom de bandes, après la suppression de ces mêmes légions; elles commencent peu après à se réduire numériquement, et de réforme en réforme elles tombent au-dessous de quarante hommes. En 1558 Henri II et dans les années suivantes Charles IX assembient en régiments vingt ou trente de ces compagnies. Le régiment de Picardie et les gardes françaises dataient de là; mais sous ces règnes, et même sous le suivant, tout reste indéterminé : ainsi, il y avait des compagnies non enrégimentées et des régiments n’ayant force que d’une compagnie. Sous Louis XIII ces bandes s’enrégimentent presque toutes; il commence à en être ainsi depuis la guerre de 1610.

Les régiments se divisent en bataillons, de 1662 à 1668. Les compagnies combattent sous cette forme dans la guerre de 1665. Choïiseul avait créé, sous Louis XV, ce système classique qui, au moyen du pied de paix et du pied de guerre, facilite l'élargissement du cadre des compagnies. Cette méthode a pris faveur, on n’en conteste plus l'utilité. Dans les guerres de Louis XIV, la force des compagnies ne s’élevait en général qu’à cinquante hommes; elles étaient bien plus fortes dans les milices étrangères; les compagnies des Hollandais, des Allemands, des Anglais, comprenaient dès le dix-septième siècle cent, cent vingt, deux cents hommes. La force qu’il conviendrait de leur donner a été en France l'occasion de continuelles modifications, rarement utiles, subies à chaque changement de ministère, modifications ruineuses pour le trésor, et qui faisaient le désespoir des officiers. Le nombre des compagnies dans les divers corps a varié à un tel point qu’en concevant comme unité le bataillon, elles ont été entre trois et dix-sept, et qu’en prenant comme unité le régiment, elles ont été entre six et cinquante. Sous Lonis XIV, chaque compagnie avait son drapeau. Avant 1703 deux tiers des hommes étaient armés de mousquets et l’autre fiers de piques; l'armement de l'infanterie ne consista plus depuis qu'en fusils, épées de soldats et sabres de grenadiers. L’ancienneté des capitaines a d’abord réglé le rang des compagnies, et par conséquent leur place en ordre de bataille. Il s’est passé plus d'un siècle avant que cette place ait été numérale et permanente, La compagnie de grenadiers a été d'abord placée à la droite du bataillon, mais espacée de lui. En regard de celte compagnie se déployait, du côté opposé, à pareille distance, une troupe qu’on appelait le piquet. Les grenadiers ont ensuite été rapprochés du bataillon et le piquet aboli. Quand chaque bataillon eut sa compagnie de grenadiers, les régiments à deux bataillons eurent une de leurs compagnies de grenadiers à la droite du front, l’autre à la gauche. Quand il se forma une compagnie de chasseurs en plac® de la se-

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