COMPAGNIE
conde compagnie de grenadiers, elle tint de même la gauche du régiment ; mais en route elle marchaït alternativement en tête du corps. Quand les chasseurs furent supprimés, la droite de tous les bataillons fut tenne par les grenadiers. D'autres règles, sans cesse changeantes, avaient décidé de l'emplacement des compagnies colonelles, lieutenantes-colonelles, majores, mestres de camp, etc. Ce serait une occasion de recherches aussi arides que rebutantes.
La manière dont on faisait combattre les compagnies rappelie presque autant d’instabilité et de malhabileté. Autre était l’arrangement de parade, autre l’arrangement de combat. Au commencement du siècle dernier, les compagnies n'étaient pas encore devenues une unité en manœuvre; rien ne déterminait qu’au jour d’une action les hommes d’une même compagnie (si l’on en excepte les grenadiers) auraient dans le bataillon un poste spécial et seraient plutôt sous la conduite de leur propre capitaine que sous celle d’un autre. Tantôt on maintenait les compagnies dans leur intégrité, tantôt on les mélangeait. Cet usage, associant, par une fusion passagère, les soldats de compagnies diverses, était moins ridicule qu’il ne le paraît d’abord ; car tant que les soldats d’une même sompagnie furent pourvus de diverses espèces d'armes, il fallut bien que pour manœuvrer ils fussent ordonnés par nature d’armes; voilà pourquoi les piquiers de toutes les compagnies se séparaient de leurs arquebusiers pour aller former le centre.
Depuis la guerre de 1701 etl’abolition de la pique, la compagnie commence à devenir une unité tactique. Postérieurement à Louis XIV, il s'établit un rapport entre la formation organique et la formation tactique. Jusque là il n’y avait pas de rang de taille observé, et l’ordre numérique des compagnies était sans influence sur les combinaisons et l’arranrangement des subdivisions. Ainsi, un commandant disait à un officier major : il faut rompre en dix, en huit divisions, alors appelées manches, ou en tout autre nombre. Cet officier major courait alors pour marquer les points du pivotement que ce subdivisionnement inattendu exigeait; et il répartissait comme il pouvait, à chaque fraction, les officiers et les bas’officiers qui lui tombaient sous la main. L'adoption générale du fusil en 1703 permit d'introduire des règles plus simples et plus sûres. Puységur devina le premier que les compagnies devaient évoluer et combattre avec leurs officiers. Les guerres de 1733 et de 1741 fortifièrent cette opinion, et les règlements d'exercice de 1753, 1754 et 1755, en posèrent les principes. Alors il s'établit un ordre numérique indépendant de l'ancienneté des capitaines. Cet ordre, dont les principes étaient faux et compliqués, et qu’on a cherché à exprimer par un mot d’un sens louche, liercement, accouplait des compagnies appartenant à des nombres éloignés. Ainsi, la première etla septième formaient le premier peloton; la deuxième et la huitième, le dernier, etc. C'était inextricable, Les premières améliorations en fait de composition et de tactique sont dues à la milice française : la milice prussienne, qui du reste a tant avancé l'art, n'avait pas acquis ce perfectionnement sous Frédéric IE, où un bataillon de cinq compagnies, grenadiers non compris, manœuüvrait en huit pelotons, ce qui nécessitait lors des évolutions une série de calculs interminables.
Si l'on applique par la pensée le mot compagnie aux guerres de 1756, de 1775 et de 1792, on trouvera des agrégations fort différentes : en 1755, la compagnie est un demipeloton; en 1769, un peloton; en 1776, unedivisiou;en 1791 un peloton... A cette même époque, les grenadiers sont pris sous une double nature, tantôt comme compagniedivision, tantôt comme compagnie-peloton, Le tiercement est maintenu, quoiqu'il se rattache aux prérogatives en désuétude des capitaines propriétaires, Par le décret de 1808, il est aboli : l’ordre organique et l'ordre tactique sont mis d'accord ; mais la législation sape le règlement de 1791, sans lui rien substituer, décide que les compagnies d'élite ue