‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 140 sur 607 · COMPENSATIONS — COMPÈRE · texte numérisé non relu

COMPENSATIONS — COMPÈRE

par le même genre de défauts et de mouvements. Ne craignons pas de le répéter : toute histoire, sociale ou individuelle, est expliquée, comme l'univers, par l'expansion en équilibre. AZAÏs.

COMPÈRE, COMMÈRE, mots dérivés du latin cu, avec, pater et mater, père et mère, et qui signifie au propre second père et seconde mère. Ce sont les noms que le sacrement du baptême et les cérémonies qui l’accompagnent font donner par le père et la mère d’un enfant à l’homme et à la femme qui l'ont tenu sur les fonts, c’està-dire au parrain et à la marraine, qui ont contracté l’obligation de lui tenir lieu de père et de mère. La marraine appelle aussi son compère l’homme avec qui elle a tenu l’enfant, comme lui-même l’appelle sa commère, et tous deux donnent les noms de compère et de commère au père et à la mère de l’enfant avec lesquels ils ont contracté cette alliance spirituelle. C’est pourquoi les mariages entre compères et commères à tous les degrés ont été longtemps prohibés par les canons de l’Église, qui depuis ne les a permis que moyennant dispense. Le pape Étienne IX, dans ses lettres, appelle souvent le roi Philippe 1°" son compère, la reine Bertrade sa commère, el les deux princes leurs fils ses enfants spirituels, ce qui fait présumer qu'il avait été leur parrain. Ce fait prouve que les noms de compère et commère, consacrés par la religion, étaient alors des titres honorables et non pas des qualifications triviales et railleuses, comme ils le sont aujourd’hui.

Ces noms se prennent quelquefois en mauvaise part, el deviennent injurieux, surtout celni de commère. S'agit-il d’un homme habile et rusé en affaires, on dira : C’est un compère, ou : C’est un fin compère ; d’une femme grossière et sans éducation : C’est une commère ; d’une bavarde qui sait et qui répète toutes les nouvelles du quartier : C’est une vraie commère. C’est dans ce sens détourné qu’on appelle compères ceux qui aident les charlatans à faire leurs tours d’escamotage, à vendre leurs spécifiques, soit directement en amusant le public, ou en tâchant de distraire son attention par des discours et des bouffonneries, soit indirectement en semêlant aux spectateurs, en applaudissant ou ense présentant des premiers pour acheter l’orviétan. On donne encore le nom de compères à ces fripons qui dans les assemblées de créanciers, d'accord avec le failli, excitent l’intérêt en sa faveur, en exagérant sa mauvaise situation pour lui faire obtenir des conditions plus avantageuses. C’est le rôle du fidèle Bertrand auprès de l’audacieux Macaire. Enfin, de nos jours, où le nombre des charlatans s’est si fort multiplié en politique eten affaires, comme en science et enlittérature, on appelle compères les électeurs qui contribuent le plus à la nomination d’un député sans talent et sans mérite; les académiciens qui se donnent le plus de peine pour faire arriver à l'Institut un candidat trèsnoble, mais très-incapable; les journalistes qui portent aux nues les ouvrages fort médiocres de leurs amis, ou font sonner bien haut les talents supérieurs et le désintéressement de tel ou tel personnage, afin de le pousser à-un bon poste, avec la certitude d’en être largement récompensés ; les députés qui votent aveuglément ou par intérêt pour tous les pouvoirs possibles ; enfin les claqueurs payés pour applaudir au théâtre les pièces nouvelles.

De compère s’est formé le mot compérage, qui indique, tant en bien qu’en mal, les fonctions desdivers compères dont nous avons fait mention ; quant à commérage, qui aune semblable étymologie, on l'emploie plus spécialement pour indiquer les propos et les tripotages des commères. Dans le style familier, le mot commère s'applique également, quoique du genre féminin, aux hommes qui ont le même travers, celui de se tenir à l'affût de toutes les nouvelles et d’aller répéter dans une maison ce qu’ils ont entendu dans une autre; ces commères-là ne se trouvent pas seulement dans les rangs inférieurs de la société, on en rencontre dans les

COMPERE — COMPIEGNE

plus brillants salons, et La Fontaine a eu raison de dire

Et je sais même sur ce point Bon nombre d'hommes qui sont femmes, H. AUDIFFRET.

COMPETENCE,. C’est le droit de juger une affaire contentieuse ou de rédiger et d’expédier un acte authentique.

L'organisation judiciaire repose principalement sur la répartition rigoureusement déterminée des pouvoirs spéciaux conférés aux juges. Chaque tribunal a donc sa compétence particulière dans laquelle il est tenu de se renfermer scrupuleusement, sous peine d’être taxé d’excès de pouvoir ou de déni de justice. Il y a autant de compétences qu'il y a de sortes de juridictions. Mais il faut distinguer enpremière ligue la compétence judiciaire et la compétence administrative.

C’est d’abord un grand principe, que l'autorité judiciaire Statue sur toutes les questions de propriété, sauf quelques cas exceptionnels, que les lois déterminent. C’est un autre principe , non moins reconnu par les lois, que l’administration seule a le droit d'interpréter les actes quiémanent d'elle. Cette séparation de la compétence judiciaire et de la compétence administrative a été posée dans l’article 13 de la loi du 24 août 1799, ainsi conçu : « Les fonctions judiciaires demeureront toujours séparées des fonctions administratives. Les juges ne pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque manière que ce soit les opérations des corps administratifs, ni citer devant eux les administrateurs pour raison de leurs fonctions. »

Mais quelquefois les questions que présente une affaire à juger sont complexes; de sorte qu'il est difficile de distinguer bien nettement ce qui est du ressort de l'autorité judiciaire ou ce qui est réservé à l’administration : de là les conflits. Le Code Pénal, dans les articles 127 à 131,s’est attaché à garantir les principes généraux des compétences judiciaire et administrative.

En matière civile, la compétence des tribunaux se détermine par la nature de la demande, par le montant de la somme réclamée, par le domicile des personnes, ou par la situation de l’objet en litige. Pour juger les affaires criminelles, les tribunaux civils, qui ont la juridiction générale, prennent la dénomination de tribunaux correctionnels et de cours d'assises. La compétence des premiers s'étend à tous les délits; celle des cours d’assises, pronongant avec assistance du jury, comprend tous les crimes.

Il y a encore d'autres juridictions, qui ont chacune leur compétence particulière : ce sont les conseils de guerre, les tribunaux de simple police, les tribunaux de commerce, les tribunaux maritimes et enfin la haute cour de justice. Aug. Husson.

COMPETENCE (Bénéfice de). Voyez BÉNÉFICE.

COMPETITEUR. Ce mot, dérivé du latin cum, et petere, briguer, rechercher, s’applique à deux ou à plusieurs personnes qui prétendent à un même rang, à un même emploi, à unemême fortune, aux mêmes honneurs, dignités ou avantages. Compétiteur a pour synonyme concurrent ; mais il en difère, selon nous, en ce que compétiteur exprime un but plus éloigné que celui que poursuit un concurrent. On dit compétiteur pour une dignité dont l'obtention ne peut être que le prix d’une brigue plus ou moins persévérante, A Rome, par exemple, les compétiteurs au consulat du temps de Cicéron se mettaient à intriguer six mois, un an même d'avance, seulement pour être consuls désignés. Durant cet intervalle, bien des compétiteurs se voyaient forcés d’abandonner leurs prétentions; mais au jour de lélection il ne reslait plus que les concurrents, qui avaient l'espoir plus où moins fondé de voir immédiatement sortir leur nom de l'urne électorale. 11 ne nous paraît pas douteux que pour une palme athlétique ou académique, pour un prix au co n-

cours général, etc., etc., concurrent doive se dire préférablement à compétileur.

Compétileur et compétition, dans la primitive Église, exprimaient un degré et un ordre de catéchumènes: cétait un catéchumène qui déjà n'était plus simple auditeur, et qui était assez instruit pour demander le baptême, de compagnie avec les autres catéchumènes de même degré.

j Charles Du Rozorr.

COMPIEGNE, ville de France, chef-lieu d'arrondissement dans le département de l’Oise, à 84 kilomètres nord-est de Paris, sur la rive gauche de l'Oise, à 2 kilom. au-dessous de l’'emhouchure de l'Aisne, avec une population de 12,281 habitants (1872), des tribunaux de première instance et de commerce, un collége, une bibliothèque publique de 28,000 volumes, un musée, Compiègne est une station du chemin de fer de Paris à Saint-Quentin. II s’y fait une fabrication importante de toiles de chanvre et de cordage , de saboterie et de boissellerie, de bonneterie ; on y construit des bateaux, et le commerce consiste principalement en bois, charbon de terre et grains.

Les monuments remarquables de Compiègne sont l’église de l’ancienne abbaye de Saint-Corneille, Leu de sépulture de plusieurs rois de la deuxième race; l'hôtel de ville, bâti sous Charles VI; le pont neuf, construit de 1730 à 1733, et surtout le magnifique château.

Saint Louis avait jeté sur son emplacement les fondations d’un palais qui porta d’abord le nom de Louvre. Charles V, Louis XI, François 1°’ et Louis XIV l’agrandirent successivement. En 1755 Louis XV chargea l'architecte Gabriel de dresser un nouveau plan général, d’après lequelles anciennes constructions disparurent presque entièrement. Le château fut achevé par Louis XVI; Napoléon le fit restaurer et meubler magnifiquement. La façade, d’une élégante simplicité, donnant sur le jardin , et dont le rez-de-chaussée correspond au premier étage de la façade principale, a 200 mètres de longueur. Devant le château s’étend une longue terrasse, à droite et à gauche; deux escaliers descendent dans les jardins. Au pied de l’escalier de gauche commence un magnifique berceau en fer de 2,000 mètres de longueur, qui conduit dans la forêt. 11 fut élevé pour Marie-Louise par Napoléon, sur le modèle de celui de Schænbrunn. Du milieu de la façade on a le spectacle d’une pelouse de 50 mètres de largeur encadrée de massifs d'arbres, et à l’extrémité de laquelle la vue se prolonge en dehors de la grille de clôture à travers la torêt. Celle-ci, qui porta d’abord le nom de forét de Cuise, est d’une contenance d’environ 15,000 hectares. Elle est arrosée par un grand nombre de ruisseaux et traversée à une de ses extrémités par une ancienne voie ro-maine, qui porte le nom de chaussée de Brunehaut. François 1° fit percer dans cette furêt huit grandes routes, qui aboutissent, au centre, à un carrefour commun. Louis XIV et Louis XV exécutèrent encore de nombreux percements. Le célèbre château de Pierrefonds est situé dans la forêt de Compiègne.

On a attribué sans aucune espèce de preuves la fondation de Compiègne à Jules César ; cependant les médailles et les antiquités que l’on trouve fréquemment dans ses environs sont une preuve que Compiègne avait déjà quelque importance à l’époque de la domination romaine. Elle s’appelait alors Compendium : ce qui signifie suivant les uns route de traverse, suivant les autres magasins d’approvisionnements militaires. Quoi qu'il en soit, dès le règne des premiers rois de France on y voyait une maison royale, où presque tousles princes de la première et de la seconde race publièrent des actes importants. Charles le Chauve, en 876, agrandit et embellit la ville, et lui donna le nom de Carlopolis. En même temps il y fonda la célèbre abbaye de Saint-Corneille. 11 s’y tint plusieurs conciles , dans l’un desquels, en 833, fut déposé Louis le Debonnaire. C’était autrefois une place trèsforte; les Bourguignons s’en rendirent maitres en 1413,.

mais Charles VI la reprit deux ans après. En 1417 les Anglais, qui s’en étaient emparés, en furent chassés par Bosquiaux, qui défendait le château de Pierrefonds. En 1430 Compiègne fut de nouveau assiégée par le ducde Bourgogne, et ce fut dans une sortie que Jeanne d'Arc, qui s'était enfermée dans la place, tomba au pouvoir de Pennemi. Mariede Médicis eut quelque temps pour prison le château de Compiègne.

En 1634 un traité y fut signé entre la France et la Hollande, et en 1768 un autre traité sigué à Compiègne avec la république de Gênes nous donna la Corse. Napoléon 1°’ avait d'abord installé dans le château une école des arts et métiers, qui fut ensuite transportée à Chälons-sur-Marne. Pendant l'invasion étrangère, Compiègne eut sa part des malheurs de la France et sa part aussi de résistance. Cest au château qu’eut lieu la première conférence entre Louis XVIII et Alexandre.

COMPIGNANO ( Comtesse de). Voyez Baccrocui.

COMPILATEUR , COMPILATION, COMPILER. Ces trois mots se rattachent à une branche de littérature aussi généralement exploitée que dépréciée. Et cependant, que diraient les écrivains les plus fiers de la fécondité de leur génie, si on venait à leur prouver que leurs créations prétendues ne sont que des compilations plus ou moins déguisées ? Au surplus, qu’ils se consolent ! Certains critiques n’ont-ils pas soutenu que les poëmes d’Homère n'étaient qu'une compilalion d'anciens poëmes appelés rapsodies ? En attendant, compilons ce qu’on a écrit contre les compilateurs.

« La science des compilateurs, dit La Bruyère, est aride et ennuyeuse : ce sont pourtant ceux que le vulgaire confond avec les savants ; mais les gens sages les renvoient au pédantisme. » Et ailleurs : « Comme les compilateurs ne pensent point, ils rapportent ce que les autres ont pensé, et se déterminent plutôt à recueillir beaucoup de choses que d'excellentes. » Montesquieu, dans ses Lettres persanes, et Jean-Jacques, dans son Émile, s'expriment avec plus de rudesse encore : « De tous les auteurs, dit le premier, il n’en est pas que je méprise plus que les compilateurs, qui vont de tous côtés chercher des lambeaux des ouvrages des autres, qu’ils plaquent dans les leurs comme des pièces de gazon dans un parterre : ils ne sont point au-dessus des ouvriers d'imprimerie rangeant des caractères, qui, combinés ensemble, font un livre, où ils n’ont fourni que la main, » — « Après avoir, dit Rousseau, fait remonter Émile aux sources de la pure littérature, je lui en montre les égoûts dans les réservoirs des modernes compilateurs, journaux, traductions, dictionnaires : il jette un coup d’œil sur tout cela, puis le laisse pour n’y jamais revenir. »

La Bruyère et Jean-Jacques en parlent d’autant plus à leur aise, que tous deux ont publié des traductions, et que le second a composé un dictionnaire, sans parler des innombrables emprunts qu'il a faits à Plutarque, Sénèque, Cicéron et Montaigne. Mais, s’il était là, Rousseau répondrait qu'il avait pour lui l’exemple de Plutarque, de Sénèque, de Cicéron et de Montaigne, admirables compilateurs, à côté desquels il a pris sa place. Quant à Montesquieu, aurait-il fait l’Æsprit des Lois sans les compilations des vieux codes? D'ailleurs, dans cet ouvrage, il cite les compilateurs des lois avec respect. Au reste, il faut le dire, le compilateur et le commentateur ont été et seront toujours les boucs émissaires de la littérature. Et Lesage, qui a compilé tant de livres espagnols, ne vient-il point aussi tracer dans son Gil-Blas un portrait du compila- Leur trop amusant pour que nous l’omettions ici : « L’illustre don Ignacio, dit-il, passait presque toute la journée à lire les auteurs hébreux, grecs et latins, et à mettre sur an petit carré de papier chaque apophthègme ou pensée brillante qu'il y trouvait, A mesure qu'il remplissait des

COMPIEGNE — COMPITALES

‘ Que nous faisions de mauvais livres! 11 ne se passait guère

carrés, il m’employait à les enfiler dans un fil de fer ær forme de guirlande, et chaque guirlande faisait un tome.

de mois que nous ne fissions pour le moins deux volumes et aussitôt la presse en gémissait. Ce qu’il y a de plus sur prenant, c'est que ces compilations se donnaient pour des nouveautés ; ef si les critiques s’avisaient de reprocher à l’auteur qu'il pillait les anciens, il leur répondait avec une. orgueilleuse effronterie : Furto lætamur in ipso. » Ne dirait-on pas que Voltaire a élé inspiré de cette charmante peinture , lorsqu'il a dit de l’abbé Trublet :

Au peu d’esprit que le bonhomme avait, L'esprit d'autrui par complément servait,

Il compilait, compilait, compilait ;

Trois mois entiers ensemble nous passämes , Lümes beaucoup, et rien ’imaginâmes,

En dépit des meilleures plaisanteries, les compilateurs forment une classe utile dans la république des lettres ; ils sont même estimables quand ils se donnent pour tels. Nous avons lu quelque part cette observation ; « Le compilateur recueille ce que les autres ont écrit, dans le but d’en faire une collection utile, qu’il donne pour ce qu’elle est en effet; le plagiaire reproduit les idées des autres sans en citer les auteurs, en les donnant comme tirées de son propre fonds. Le premier peut être un littérateur estimable, le second ne mérite que du mépris. » Si l’on n’avait pas tant. de compilations utiles, que serait la science du droit? Le Glossaire de Du Cange est, à peu de chose près, une compilation ; mais qui reprochera à son auteur de l'avoir, faite ? Duchesne n’a-t-il pas élevé un monument national en compilant les anciens historiens français? Méprisera-t-on, Baronius pour avoir compilé l’histoire ecclésiastique, et en avoir fait un corps? La compilation des lois rendues par les rois de Rome fut faite sous Tarquin le Superbe, par Papirius, d’où lui est venu le nom de jus Papirianum. Dans le sixième siècle, Justinien fit faire une compilation générale des plus belles constitutions des empereurs, depuis Adrien jusqu’à son temps. Le droit romain, compilé par Justinien , subsista en Orient pendant trois siècles, sans. subir d’autres changements que celui du langage. dl

Il est de dangereux compilateurs, comme Escobar, qui compila à sa façon une théologie morale; il en est d’en-« nuyeux , il en est de vaniteux, deux espèces déplorables M dans lesquelles nous aurions trop de monde à citer si nous voulions citer quelqu'un, Mais un savant modéste et laborieux qui compile avec discernement ce qu’il trouve de mieux dans les auteurs sur une matière intéressante sera estimé dans tous les pays ; tandis que rien n’est au-dessous d’un compilateur qui ne pense pas; car pour bien com-M piler il faut approfondir, juger, comparer ; et lorsque, sans viser au triste mérite de plaïsanteries rebattues sur le métier de compilateur , on se voit torcé de dire d’un livre que son auteur n’a pas donné pour tel, ce n’est qu'une compila-« tion , l'ouvrage et l’auteur sont jugés. |

Charles Du Rozorn. l

COMPITALES ou CowprraLies (en latin compitalia, fait du mot compitum, carrefour), nom à la fois d’une fête qui, chez les anciens, se célébrait dans les carrefours, et des dieux qu’on invoquait dans cette fête. On apprlait Jeu compitalices (ludi compilalitii) ceux qui avaient lieum à cette occasion. Cette fête, consacrée aux dieux lares ou pénates, était mobile. On réglait chaque année le jour où elle devait être célébrée : c'était ordinairement au mois de mai. Les compitalies consistaient en saturnales, dont less esclaves et les affranchis étaient les prêtres. Denys d'Halis carnasse et Pline disent qu'elles durent leur établissement à Servius Tullius, sixième roi de Rome. Il parait qu'elles furent abandonnées et reprises plusieurs fois, puisque nous lisons dans Macrobe que Tarquin le Superbe les rétablit. |

COMPITALES — COMPLAINTE

L'oracle ayant été consulté à ce sujet et ayant répondu qu’il fallait « sacrifier des têtes pour des têtes, » on pensa qu’il s'agissait de dévouer des victimes humaines pour la santé et la prospérité des premières familles de Rome, et l’on offrit des enfants en holocauste aux dieux lares. Brutus, après avoir chassé les Tarquins, fit substituer à ces victimes innocentes des têtes d'ail et de pavot, satisfaisant ainsi au sens direct de l’oracle, qui avait besoin, comme on le voit, d’être interprété. Durant la célébration de ces fêtes, chaque famille plaçait à l'entrée de sa maison la statue de la déesse Mania (la Folie), et suspendait au-dessus des portes des figures de bois ou de laine, représentant les hôtes du logis, dont on semblait prier les dieux de se contenter, en épargnant les originaux. Edme HÉREAU,

COMPLAINTE, chanson populaire, souvent composée sans art, sur des airs vulgaires, et dans laquelle on déplore, soit une aventure tragique, soit les méfaits de quelque grand criminel. C’est ainsi qu'avant la révolution (et depuis, cet usage ne s’est pas perdu), on chantait et l’on vendait dans les rues et les carrefours des complaintes qu'accompagnaient des images grossières, en même temps qu'un crieur hurlait l'arrêt du parlement qui condamnait un particulier très-connu dans Paris à être pendu en place de Grève.

Le chant fut, dit-on, le premier langage de l’homme; le philosophe de Stagyre assure que le même nom grec fut donné aux lois et aux chansons. Il est donc permis de croire que si dans l’antiquité les lois étaient chantées, les grandes catastrophes devaient l'être aussi. En France la complainte est contemporaine des temps où il n'existait pas de littérature. La mort de Roland à Roncevaux était une complainte guerrière, qu’on chantait encore au onzième siècle. Les historiens racontent qu’un barde nommé Taillefer l’enfonna d’une voix forte, en 1066, avant la bataille d’Hastings, qui soumit l'Angleterre à Guillaume le Conquérant. Une complainte plus ancienne peut-être, et dont le sty lea été modernisé, est celle du Juif errant.

Sous le règne de François I°', la chanson du fameux La Palisse était une complainte, qu’on a depuis burlesquement rajeunie, dans le genre de celle qui fut faite plus tard sur la mort de Marlborough. On sait que cette dernière, remise en vogue par la nourrice du dauphin, mort enfant à Meudon, en 1790, redevint et resta longtemps populaire en France.

Qulquefois la complainte est une espèce d'élégie chantée. Plusieurs poêtes, des académiciens même, se sontexercés dans ce genre. Moncrif a composé, sous le titre de romances, de véritables complaintes : telle est celle des Constantes amours d’Alix et d’Alexis, qui finit par la catastrophe d’un coup de poignard, et dont le premier des vingt-quatre couplets lamentables commence ainsi :

Pourquoi rompre leur mariage , Méchants parents ?

Ils auraient fait si bon ménage A tous moments!

Telle est encore la complainte du même auteur, en soixantedouze couplets, qui a pour titre : Les infortunées amours de la tant belle comtesse de Saulxe :

Sensibles cœurs, je vais vous réciter, Mais sans pleurer comment vous raconter, etc.

L'abbé, depnis cardinal, de Bernis a chanté en complainte les Amours de Mysis et de Zara:

Écoutez l'histoire

Du beau Mysis et de Zara; Jamais leur mémoire

Chez les amants ne périra.

Veuez tous m’entendre..

Quand on est bien teudre,

On a du plaisir à pleurer.

Berquin et Andrieux ont rimé en complainte , le premier l'Histoire de Geneviève de Brabant, le second l’£Zrmite (imitation de l’anglais), et l'Histoire de deux amants dont l'un meurt sur le corps de l'autre, que vient d’écraser la foudre. e

Campenon a fait un de ces chants élégiaques sur une Hélène aimable, douce et sage, qui, chassée par un maitre farouche, parce qu’elle aimait son fils Gervais, mourut de douleur,

La foudre ainsi pendant l'orage S'abat au nid des tourtereaux,

Car la complainte a ses images, et doit aussi, comme la fable, avoir sa moralité. Le Novice de La Trappe, par Florian; £Edma et Edwin, par Léonard; L’'Ermitle, de M" Desbordes-Valmore, et L’Ombre de Marguerite, par Jouy, sont, sous le titre de romances, de véritables complaintes.

Parmi les complaintes historiques de la Révolution, nous citerons celle qui fut chantée, en 1793, dans les rues de Paris, sur la mort du patriole Marat; air : Cœurs sensibles, cœurs fidèles, gravée et dédiée aux braves sans-Cu» lottes, Voici le premier couplet; ab uno disce omnes :

Amis, que notre complainte Retentisse avec éciat !

Ne formons tous qu’une plainte Sur la perte de Marat,

Chacun est saisi de craïnte

En voyant cet attentat,

Fruit d’un complot scélérat,

Charlotte Corday est une infäme que Satan créa, et qui offre en chaque trait du tentateur le portrait.

Un ancien critique des Débats, Dussault, composa, après le supplice d'Hébert, dit le père Duchesne, une complainte sur l’air de Jean-Jacques : Je l’ai planté, je l'ai vu nattre; voici le premier couplet :

Las! il était si patriote !

Il faisait des discours si beaux !

Pourquoi siffle-t-il la linotte

Le fameux marchand de fourneaux ?

C'était le style du temps. N'oublions pas l’ingénieuse description du tonneau de la rue Saint-Nicaise :

Cette machine infernale, Au lieu d’eau , contenait des balles, Et cette invention d'enfer

Avait des cercles de fer.

Dans les Cent-Jours, on fit des complaintes sur Ogre de Corse et sur l’Homme rouge. Vinrent ensuite l’épicier droguiste et coupable Trumeau, et Bastide le gigantesque, moins deux pouces ayant six pieds, scéléral fiefféet même sans politesse, avec les autres assassins du malheureux Fualdès. L'assassinat du duc de Berry donna lieu à une complainte, où Louis XVIII, devant son cher neveu, s’arrache les cheveux qu’il n'avait pas sur la téte, et dit en voyant du sang : Ce n’est pas du vin blanc. Une autre complainte fut faite à l’occasion d’un vétéran qui, étant descendu dans une fosse du Jardin des Plantes pour ramasser une pièce d'argent, y perdit la vie.

Fallait-il, à ours barbare...

Pour un écu de cinq francs

Dévorer un vétéran !

L'explosion de la machine infernale en 1835 inspira plusieurs complaintes. M"* de Girardin fit La jeune Fille aux Invalides. Une autre chanta Fieschi, qui était un Corse, île au milieu de La mer, et qui fit partir une machine in- Jernale contre le roi.

Ainsi la complainte est aujourd’hui presque toujours sa tirique, comme celle qui fut faite sur les Barmécides , de La Harpe; ou facélieuse, comme la complainte sur la mort d'un cerf qui a loujours été accompagné de deux

biches, et que Laujon composa pour amuser à Chantilly “les loisirs du prince de Condé.

Enfin, Vadé a fait des complaintes en style poissard; Ja plus connue est celle où il raconte la plaisante histoire de Manon Giroux :

Qu’est-c’ qui veut savoir l’histoire De Manon Giroux ?

J'lons encor dans la mémoire, Écoutez tretous !

{serait inutile de donner la poétique de la complainte ;ilnous suffit d’avoir recueilli quelques matériaux pour son histoire.

Ajoutons que dans le seizième siècle on donnait aussi le titre de complainte à des poëmes en grands vers qui ne se chantaient pas. On trouve de ces sortes de poèmes dans les vieux recueils, dans les œuvres de Ronsard, de Remi Belleau , de Du Perron, de Régnier, etc.

Le mot complaintes, au pluriel, s’est pris pour lamentalions. La complainte, n’est, dans sa première et sa plus pure essence, qu’une lamentation, qu’un petit drame larmoyant. VILLENAVE père.

COMPLAINTE ( Droit ). C’est une action possessoire par laquelle on demande à être maintenu dans la possession annale d’un immeuble ou d’un droit réel immobilier, lorsqu'on y est troublé.

COMPLAISANCE, qualité naturelle à quelques-uns, mais que l'éducation inculque en général aux autres. La complaisance ne consiste pas exclusivement dans la flexibilité ou dans la douceur : la flexibilité se plie; la douceur se résigne ; la complaisance va au-devant de ce qu’on peut attendre d’elle , elle le devine et l'offre; enfin, ce qui lui donne tant de charme, c’est qu’elle paraît être de premier mouvement, el que, toujours prévenante, elle se glisse dans chaque détail de la vie. La complaisance, celle qui n’est que le produit du caractère, manque quelquefois de forme; c’est au contraire ce qui donne tant d'avantage à la complaisance des gens du monde : elle ne se montre que là où elle doit être sentie avec délices; elle est tout à la fois élégante et parée. 11 y a donc de lart dans ce genre de complaisance, et sous ce rapport le salon est sa place de choix. Ne comptons pas trop toutefois sur la complaisance ! Elle recule devant les sacrifices, parce qu’elle est plutôt chez les hommes un agrément qu’une vertu. Gardons-nous néanmoins de bannir la complaisance; ce serait ôter à la société une de ses plus douces séductions; à ce litre, ne lui demandons que du plaisir, mais jamais de devoirs. La complaisance chez les femmes offre plus d’étendue et de résistance que chez les hommes; c’est un des ornements de leur bon naturel : elles ont une complaisance inépuisable, pour être utiles et pour se faire aimer.

Le mot complaisant employé substantivement est toujours pris en mauvaise part, Un complaisant d'office est celui qui s'offre pour subir les caprices, la mauvaise hu meur, les rebuffades d’un riche ou d’un puissant, et qui étudie ses vices ou ses passions pour en Lirer parti. Cette ma-

-nière d'être dans le monde nous dépouille de toute espèce deconsidération, parce qu’elle prouve que nous avons troqué notre conscience contre notre fortune. Cependant, il ne faut pas se dissimuler que c’est en se montrant complaisant qu’on parvient aux titres et aux dignités; alors on se passe assez volontiers de l'estime et de la considération publiques, On a fait la remarque que les hommes les plus insolents dans le pouvoir ou la prospérité sont précisément ceux qui ont débuté par être des complaïisants ; ils prennent leur revanche, convaincus par leur propre exemple qu'il n’y à pas de bassesse qui fasse reculer les hommes qui ont soif d’arriver ; et il est des époques où ils ont encore foule autour d'eux. SAINT-PROSPER,

COMPLAISANCE (Billets, Signatures de). L'usage général entend par ce mot les billets, lettres de change ou

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