‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 142 sur 607 · COMPLÉMENTAIRES — COMPLIES · texte numérisé non relu

COMPLÉMENTAIRES — COMPLIES

COMPLÉMENTAIRES ( Couleurs ). Voyez Coureur.

COMPLEXE, terme de didactique opposé à simple. 1 signifie, qui embrasse plusieurs choses. Une idée complexe est celle qui en renferme plusieurs, une proposition complexe est celle qui est composée de plusieurs membres.

En arithmétique, on nomme complexes les nombres com posés de différentes espèces d'unités, tels que 1 toise 3 pieds 6 pouces 10 lignes, 3 livres 12 sous 10 deniers, 36 degrés 15 minutes 10 secondes. On avait adopté certaines règles pour opérer sur ces nombres, qui ne sont au fond que des nombres fractionnaires. L'introduction du système décimal a simplifié larithmétique.

En algèbre, une quantité complexe est une quantité liée par les signes + ou — , comme @ + b— c.

COMPLEXION. Ce mot équivaut à peu près à celui d'organisation, de structure; il a l'avantage d'exprimer cette diversité de tissus el d'organes dont le corps de l’homme est formé. Lorsque les divers éléments constitutifs du corps se trouvent alliés duns de justes proportions, qu’il n’y a pas plus de nerfs que de vaisseaux, et pas plus de lymphe que de sang, on dit que la complexion est bonne. Si, au tontraire, il y a päleur et maigreur, peu de muscles, peu de vaisseaux, peu de forces, on dit de la complexion qu’elle est faible, qu’elle est mauvaise ; elle passe pour forte et s6lide quand les muscles paraissent prédominer. On‘dit aussi une complexion délicate, ce qui indique beaucoup de sensibilité jointe à une poitrine étroite et irritable. Ce mot a de loin pour analogues ceux de constitution et de {empéramen t. Cependant le mot de constitution a une tout autre portée : constitué dit beaucoup plus qu’organisé, que complexe ou que tempéré. Un corps constitué est régi par des lois, et ces loissont fondamentales. Le tempérament ou la complexion peut changer par l’âge ou l'alimentation; la conslitution ne change jamais sans révolution, c’est-à-dire sans maladie. Pour ce qui est de l’acception précise, complexion désigne surtout l’état de la santé; constitution sert à exprimer le degré de force et de résistance; et {empérament telle ou telle prédominance soit d'organes, soit d’humeurs.

D° Isidore Bourpon.

COMPLEXION ( Rhétorique), figure qui contient en même temps une répétitionet une conversion, c’està-dire dans laquelle plusieurs membres du discours commencent et se terminent parle même tour et avec les mêmes mots pour la chute de la phrase. En voici un exemple pris dans Cicéron : « Qui est l’anteur decette loi? Rullus. Qui a privé du suffrage la plus grande partie du peuple romain? Rullus. Qui à présidé les comices? Rullus. » En voici un autre emprunté à Mässillon : « Sur toutes les choses qui nous environnent , sur tous les événements qui nous frappent , sur tous les objets qui nous intéressent, nous pensons comme le monde, nous jugeons comme le monde, nous sentons comme le monde, nous agissons comme le monde, »

COMPLICATION (en latin complicatio, de complicare, formé de cum, avec, et de plicare, plier, envelopper). Dans le sens le plus usuel, ce mot signifie assemblage, concours de plusieurs choses de différente nature : complication de crimes, de maux, de malheurs; affaire compliquée, mêlée avec d’autres ou embrouillée en elle-même. On dit encore des ouvrages d’art, de littérature et de science, qu’ils sont plus ou moins compliqués, lorsque les parties qui les composent sont plus ou moins nombreuses et variées. Dans l'enfance de l’art les machines sont toujours compliquées. En médecine, les maladies se compliquent souvent d’autres maladies.

COMPLICE , COMPLICITÉ. Le complice est celui qui participe à l'exécution ou à la tentative d'exécution d’un crime ou d’un délit, En fait de contravention, la complicité n’est pas admise. L'article 59 du Code Pénal consacre en principe que les complices d’un crime ou d’un délit sont puuis des mêmes peines que l’auteur principal. L loi con-

DICT, DE LA CONVERS. — %, Yi,

sidère comme complices : 1° fous ceux qui par dons, promesses , menaces, abus d'autorité ou de pouvoir, machinations ou artifices coupables auront provoqué à une action criminelle, ou donné des instructions pour la commettre ; 2° ceux qui auront procuré des armes, des instruments ou tout autre moyen qui aura servi à l’action, sachant qu’ils devaient y servir; 3° ceux qui auront, avec connaissance, aidé ou assisté l’auteur ou les auteurs de l’action, dans les faits qui l’auront préparée ou facilitée, ou dans les faits qui l’auront consommée ; ceux qui auront sciemment recélé tout ou partie des choses enlevées, détournées ou obtenues à l’aide d’un crime ou d’un délit; 5° ceux qui, connaissant la conduite criminelle des malfaiteurs, exerçant des brigandages ou des violences contre la sûreté de l'État ou la paix publique, les personnes ou les propriétés, leur fournissent Labituellement logement, lieu de retraite ou de réunion (Code Pénal, art. 60, 61 et 62). L'article 63 du même code contient cependant une exception au principe que les complices encourent la même peine que l’auteur principal. Il déclare que la peine de mort encourue par l’auteur principal sera remplacée à l'égard des recéleurs par celle des travaux forcés à perpétuité, La peine infligée au complice peut être plus longue que celle encourue par l'auteur principal, si d’ailleurs cette plus longue durée ne change pas la nature de la peine. Il est des cas où l’auteur d’un crime ou d’un délit peut être absous, et le complice condamné : par exemple, si l’auteur a agi sans intention criminelle ou sans discernement , et lorsqu'il s’agit d’un vol commis par une femme au préjudice de son mari; le législateur, par des raisons de morale publique, n’a pas voulu que la femme pût être soumise à une action criminelle à raison de ce fait, mais le complice, sans la protection duquel le crime ou le délit n'aurait probablement pas été commis, n’a pas le même privilége.

Les complices d’un même ‘crime ou d’un même délit sont en général soumis simultanément à la même instruction, au même débat. La loi veut surtout qu'ils soieut soumis à la même juridiction. L’indivisibilité de l'affaire fait une loi, dans l'intérêt de l’ordre public, de la vérité et de la justice, de juger en même temps les individus inculpés du même crime. Il peut arriver cependant que la force des choses prive la justice de ce concours d’éclaircissements ; l’auteur principal d’un crime peut être demeuré inconnu, il peut s’être soustrait par la fuite, par le suicide, au châtiment qui le menaçait, il peut être mort depuis que la justice a eu connaissance du crime, enfin les complices peuvent n'être découverts ou reconnus qu'après la condamnation du principal accusé; dans tous ces cas, les complices sont nécessairement soumis à un débat distinct, mais devant la même juridiction.

A certains moments les passiuns politiques ont fait créer une complicité que la loi ne connaît pas, c’est la complicité morale. On a imaginé que des hommes dont rien n'indiquait une participation directe à un Crime ou à un acte politique pouvaient y avoir une part indirecte par leurs opinions leurs actes ou leurs ecrits. Aïnsi, les ultra-royalistes accusaient en 1820 les ministres de complicité morale dans l’assassinat du duc de Berry, parce que leurs opinions libérales encourageaient les idées révolutionnaires ; c’est ainsi encore que sous Louis-Philippe, lors de l'attentat Quenisset, on vit la cour des pairs condamner un journaliste dont rien ne prouvait une participation directe au fait incriminé.

COMPLIES (en latin complela, completorium, complément ). C’est en effet, dans l’Église romaine, la luitième et dernière partie de l’oflice canonial du jour. Elle se dit le soir après vêépres, et servait autrefois de prière avant le coucher. Elle se compose du Deus adjulorium, de trois psaumes sous une seule antienne, d’une hymne, d’un capitule et d’un répons bref, puis du cantique de Siméon : Nunc dimittis, de quelques prières ou versets, du con/iteor avec l'absolution, d’un oremus, et enfin d’une antienne à la Vierge, avec son verset et son oraison.

On né sait pas au juste l’époque de l'institution de cette partie de l'office, dans laquelle l'Église a en vue d’honorer la mémoire de la sépulture de Jésus-Christ, Ce qu'il y a de certain, c’est qu’elle était inconnue dans la primitive Église, comme le prouve contre Bellarmin le cardinal Bona ( De Psalmod.), car les anciens terminaient leur office à none ; et il paraît même, d’après saint Basile, qu’ils y chantaient le psaume 90, qu’on récite maintenant à complies. Saint Benoit est le premier auteur ecclésiastique qui parle des complies. I avait établi dans sa règle que sur le soir les moines s’assembleraient pour faire en commun une lecture spirituelle et terminer ensuite la journée par quelques prières.

COMPLIMENT , paroles plus ou moins civiles, obligeantes, flatteuses, par lesquelles on témoigne du respect , de affection, de l’estime; où l'on exprime la part qu’on a l’air de prendre à un événement heureux ; discours solennel adressé à une personne revêtue de quelque autorité ; pétit discours en prose ou en vers qu’un enfant récite ou présente aux siens le jour de leur fête ou le jour de lan. En somme, c’est un plaisir de vanité qu’on procure à autrui, maïs.que la morale la plus rigoureuse aurait tort de condamner toujours. En réalité, il est vrai, on ne doit au prochain que justice et vérité. Pourtant l'esprit de sociabilité a bientôt fait comprendre que, pour rendre plus attachants même les rapports ordinaires, il fallait que chacun fit valoir son voisin. De là est né une quatrième espèce de compliment qui prime les trois autres, mais qui, pour produire son effet , doit jaillir comme à l’improviste : c’est assez dire que l’à-propos en constitue le mérite. A part quelques exceptions, les compliments entre hommes sont de très-mauvais goût , et rendent aussi ridicules ceux qui les font que ceux qui les reçoivent, à moins qu’une légère teinte de plaisanterie ne les caractérise au passage. Quant aux femmes , douées de tant de perspicacité pour deviner les autres, de tant de finesse et d’habileté pour les entraîner à leur propre volonté, elles cèdent toutes au piége du compliment, surtout lorsqu'il exagère les agréments de leur personne : elles vivent et meurent à cet égard dans une enfance perpétuelle, C’est le seul point sur lequelelles ne soient pas choquées par le défaut de mesure et de délicatesse : elles sacrifient la qualité à la quantité. Il ne faut done pas être trop surpris si des femmes tout à fait supérieures ont été dominées jusqu’à la tyrannie par des hommes médiocres : c’est qu’ils parvenaient à les prendre par le faible des compliments. Après en avoir néanmoins signalé les périls, il est sage de n’en pas interdire en masse l’usage ; on se réunit en effet dans un salon, non pas précisément pour s’améliorer, mais pour se distraire. Les compliments, quand ils sont rares et bien tournés, produisent ce résultat satisfaisant : ils jettent une sorte de grâce dans la société, et la grâce, lorsqu’elle est à sa place, ne gâte rien.

Quant au compliment officiel, tout le monde est d'accord sur son insigniliance radicale; et cependant l'usage s’en maintient, parce qu'il plaît à tous les gouvernements, Leur parler en effet, c’est prouver qu’on croit à leur existence, et ces témoignages-là, quelque peu sincères qu’ilssoient, font toujours plaisir. Le compliment officiel vivra donc tant qu'il y aura des gouvernements, et jamais les gouvernements ne s’apercevront que les compliments qu’on leur apporte ont déjà servi à cinq ou six de leurs prédécesseurs, à qui ils ont été débités par les mêmes bouches.

Dans le siècle dernier, c'était un des soins principaux de l'éducation du monde que de rendre complimenteur avec aisance et mesure, On se rappelle encore quelques vieillards de ce temps-là qui avaient appartenu jadis à la haute s0ciété : complimenteurs avec les femmes , toujours respectueux avec elles dans la forme, mais légers dans le ton, ils avaient néanmoins l'air de croire à tout ce qui leur échappait de flatteur, Aujourd’hui, au genre complimenteur à succédé le genre grossier, Touche-t-on à l'âge mûr, on ne res-

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