‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 17 sur 607 · COLÈRE — COLERIDGE · texte numérisé non relu

COLÈRE — COLERIDGE

elles appartiennent aux tempéraments sanguins; ell&æ se dissipent par une sorte d’évaporation, comme un air trop fortement comprimé qui trouve une issue. Au contraire, les colères pâles ou spasmodiques, plus concentrées et ramassant au-dedans toute leur véhémence, sont formidables dans leur explosion : ou elles portent à des attentats criminels, ou elles sont capables de crever le cœur, de rompre des vaisseaux artériels, de causer des anévrismes, d’exciter enfin chez les femmes enceintes des avortemients et des hémorrhagies utérines mortelles. On a vu des apoplexies, des hémoptysies, des dilatations des ventricules du cœur, de V'aorte, de l'artère cœliaque ou d’autres gros vaisseaux succéder soudain à une impétueuse colère : ainsi d’atroces vengeances ont été châtiées elles-mêmes par ces ruptures intérieures, cesspasmes affreux que suscite l’âme des tyrans dans leur propre corps, comme le remarquait Tacite en parlant de Tibère. Marat, presque toujours en colère , avait le pouls constamment fébrile; Robespierre éprouvait chaque nuit des bémorrhagies du nez qui inondaient son lit de sang, etc. L’exalfation des bumeurs, par cette fermentation de la colère, peut aller jusqu’à les transformer en poison. Personne n’ignore que le lait d’une nourrice irritée suffit pour causer d’atroces coliques et des vomissements à son nourrisson ; l’on a des témoignages que la morsure d’un homme furibond n’est pas exempte de symptômes analogues à ceux de la rage : elle suscite des accidents si dangereux que la bave d’un animal agacé, surtout du chien, détermine l’hydrophobie. L’homme peut tomber également dans des accès de rage , à la suite de violents transports de colère, et perdre ainsi la raison jusqu’à se mordre et se déchirer lui-même. Qu'on juge combien est redoutable une passion poussée à de telles extrémités! On a vu des hommes si altérés de rengeance, que pour l’assouvir ils bravaient jusqu’à l’échafaud.

L’habitude de la colère est un péril togours menaçant pour la santé, pour la vie. Rien ne tourmente plus les digestions ; rien n’altère plus l'élaboration des sucs nutritifs; les colériques et les bilieux sont sujets à des spasmes, des éoliques , des diarrhées, des fièvres ardentes, des hépatites, des ictères, des dépravations d’humeurs, des vomissements, des squirres , outre les épanchements et ruptures de vaisseaux, les hernies, les palpitations, les défaillances, les morts subites, Quoique moins souvent colères que les hommes , les femmes éprouvent peut-être davantage les ravages de cette passion , à cause de la grande mobilité de leur système nerveux et de leurs humeurs, des suppressions de règles, de luchies, de lait, ou des pertes effrayantes , auxquelles les moindres contrariétés exposent leur texture délicate. La colère déforme surtout ces êtres faibles; elle fane la fleur de la beauté par les profonds sillons de la laïdeur. Le désordre n’est pas moindre à l’intérieur quand la contrainte sociale force de sourire avec un cœur gonflé du venin du dépit sous une poitrine haletante et comprimée. On a vu des pertes soudaines de Ja respiration et même de la vie en ces instants, et le terme de crève-cœur n’est pas toujours alors une exagération, J1 ne faut donc pas se jouer avec cette passion, ni en négliger la répression dès le jeune âge, en modérant par le raisonnement tranquille et surtout par la diète, par les rafratchissants, par des vains et même des saignées, les naturels trop colériques, Ainsi on a vu des boissons tempérantes suspendre un accès de colère ; néanmoins, on à remarqué qu'un verre d’eau à la glace, pris dans un transport violent, peut causer la mort par une sorte d’étouffement; mais hors ces circonstances ,; heureusement fort rares, il est manifeste qu'un régime végétal, une diète lactée, la privation des liqueurs fortes, des habitudes de calme s'udieux, des impressions douces, éloignent des mœurs féruces. Sénèque, dira-t-on, n’a point corrigé Néron ; mais ce " onstre ne se soumit jamais au régime sobre et austère du L'ilosophe, et les festins, la licence sont toujours les plus

funestes aliments de la colère ; ils corrompent même les plus heureux naturels. J.-J. VIREY.

L'histoire a consacré les grands exemples de colère de Xantippe, femme de Socrate, d’Alexanäre , d’Aftila, de Richard Cœur de Lion, de Pierre le Grand, du cardinal Dubois, et surtout de Voltaire. Opposons à ces illustres exemples la modération de Louis XIV, jetant sa canne par la fenêtre pour n’en pas. frapper Lauzun; celle de Socrate, disant à un esclave qui Pavait irrité : « Je te battrais, si je n'étais pas en colère ; » celle enfin de Thémistocle, criant au général lacédémonien Eurybiade, qui levait sur lui son bâton de commandement : « Frappe, mais écoute! »

« Que lesoleil ne se couche jamais sur votre colère! » a dit l'apôtre. Les catéchistes ont encore enchéri sur ce précepte, en mettant la colère au nombre des péchés capitaux. L'Écriture l’attribue cependant à Dieu même lorsqu'elle le représente irrité contre les crimes de la terre, lorsqu'elle peint Jésus-Christ, animé d’une juste colère, chassant à coups de fouet les marchands du temple.

La scène française doit à Rotrou et à Crébillon les deux caractères où cette redoutable passion se montre empreinte des traits les plus tragiques : Ladislas et Rhadamiste. L'opéra de l’Zrato est un chef-d'œuvre musical de Méhul. Il ne faut pas oublier, non plus, la Méchante Femme, de Shakspeare, qui est devenue chez nous, la jeune femme colère, d'Étienne.

COLERIDGE ( Samuez TAYLOR ), l’un des réformateurs de la poésie anglaise, naquit en 1773, à Ottery- Sainte-Marie, dans le Devonshire, où son père exerçait les fonctions de ministre, et fut élevé à l’école de l’hôpital du Christ, à Londres, d’où il alla étudier de 1791 à 1793 à Vuniversité de Cambridge. Mal vu des professeurs, à cause des idées révolutionnaires qu'il manifestait hautement, il quitta cette université sans y prendre ses degrés; et, bientôt réduit à un état de profonde détresse, il s’engagea comme soldat. Au bout de quelques mois l'intervention deson capitaine le tira de cette triste situation, et le rendit à sa famille. Bientôt même il put revenir à l’université de Cambridge, où il donna des leçons d’éloquence.

Un volume de ses prerhiers essais parut en 1794, et fit concevoir de lui des’espérances qu’il ne réalisa qu’en partie, à

raison de son invincible indolence et de son inconstance. La

même année il donna Za Chute de Robespierre, drame historique, qui fut bien accueilli, A cette époque sa manie de liberté et d'égalité le saisit de nouveau. Il trouva des hommes qui sympathisèrent avec lui, lors d’une visite qu’il fit à Oxford, où dans la suite il se lia étroitement avec les célèbres poëtes Southey et Robert Lovell. Tous trois se jetèrent à corps perdu dans la politique : on croit qu’ils commencèrent leur nouvelle carrière à Bristol. Coleridge y donna des leçons sur le bonheur que le républicanisme devait à l'avenir procurer au genre humain, et fut vivement applaudi par des auditeurs passionnés comme lui. Il composa pour le public de Bristol des Conciones ad Populum, où Harangues au Peuple, et une protestation contre certains bills alors en discussion qui avaient pour objet la suppression des rassemblements séditieux. 11 ne réussit pas aussi bien dans d’autres villes, où l’on s'empressa médiocrement de faire connaissance avec sa gazette libérale intitulée The Watchman (Londres, 1796); mais il en fut dédommagé par le succès d’un recueil de fables en deux volumes, qui fut imprimé plüsieurs fois.

Désespérant d'améliorer l’ancien monde, nos jeunes apôtres de la liberté conçurent le projet de fonder un nouvel État sous le titre de Pantisocratie, mot par lequel ils entendaient l'égalité de tous, résolus qu'ils étaient de réaliser leurs sublimes théories dans le Nouveau-Monde, Malheureusement, ce beau plan fut déjoué par trois jolies sœurs nommées Fricker, dont Coleridge, Southey et Lovell firent la connaissance vers ce temps-là, et qu'ils épousèrent, Le pre

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