‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 178 sur 607 · CONDAMNÉ — CONDÉ · texte numérisé non relu

CONDAMNÉ — CONDÉ

au moment où il venait de donner son premier volume de l'Histoire de la Domination des Arabes en Espagne et qu'il préparait la publication du second. Ce deuxième volume et le troisième, qui termine l'ouvrage, ont été publiés après sa mort, et sont plus que le premier entachés de fautes et de négligences, qu’il serait injuste d'attribuer exclusivement à l’auteur, Ce livre, qui est son véritable titre de gloire, a été composé tout entier à l’aide des historiens arabes , Conde s'étant interdit de faire usage de ce qu'ont écrit les Espagnols chrétiens. Cependant, il fait plus d'honneur à son érudition qu’à sa critique, offrant un grand nombre de redites, de contradictions , d’anachronismes, de faits isolés, insignifiants, de méprises dans les noms d'hommes et de lieux , etc., ce qui jette de l'embarras et de l'obscurité dans la narration. 11 a été traduit en français en 1825, en 3 vol. in-8°, par de Marles. Conde eut d’illustres amis, et les mé

rita, par la douceur et la bonté de. son caractère.

CONDE ou CONDÉ-SUR-L'ESCAUT, ville de France dans l’ancien Hainaut, aujourd’hui département du Nord, sur la rive droite de l’Escaut, est une place forte de {re classe, peuplée de 4,964 habitants (1872), ayant un collége communal, un bel hôtel de ville, un superbe arsenal, un grand entrepôt des houilles qu’on exploite aux alentours, des fabriques de chicorée-café et de savon, etc Elle fait un grand commerce de bestiaux.

Cette ville est fort ancienne. Les Normands s’en emparèrent en 882. Philippe d’Alsace la ruina en 1174. Elle fut rebâtie quelque temps après, et il s'y tint un célèbre tournoi en 1326. Louis XI, l'ayant assiégée sans succès en 1477, la prit en 1478, malgré une vigoureuse résistance; maïs il fut obligé de l’abandonner à la nouvelle de l'approche de l’ar-" chidue Maximilien. Les Français ne la quittèrent qu'après l’avoir pillée et incendiée. Prise par le prince d'Orange en 1580, elle tomba de nouveau, en 1649, au pouvoir des Français, qui l’évacuèrent plus tard. Turenne s’en rendit maître en 1655; le prince de Condé la reprit l’année suivante, à la tête de l’armée espagnole. Le, it avril 1679 Louis XIV vint en faire le siége avec une armée de 50,000 hommes; le prince d’Orange accourut à son secours. Le 25 le roi fit attaquer les dehors de la place, et tous les ouvrages furent promptement enlevés, ce qui jeta l'épouvante dans la ville et obligea la garnison de capituler et de se rendre prisonnière. Le traité de Nimègue assura la possession de Condé à la France, et Vauban l’entoura de nouvelles fortifications. Après la défection de Dumouriez, l’armée coalisée menaça à La fois Lille, Condé et Maubeuge. Tous les avant-postes de Condé furent repoussés le 9 avril 1793, et la place se trouva complétement investie par l’armée de Cobourg. Quatre mille soldats s'y défendirent bravement. Pendant près de trois mois cette vaillante garnison supporta des privatioss et des fatigues inouïes : ellen’avait plus de vivres que pour deux jours, lorsqu’elle céda enfin à la nécessité et capitula le 12 juillet 1793. Le commandant autrichien de Condé, privé de tout espoir de secours, environné d'une armée nombreuse, se rendit à discrétion le 30 août 1794. Défendue vaillamment en 18{4 par l'intrépide Daumesnil, cette place fut assiégée de nouveau, pour la dernière fois, en 1815, et ne se rendit qu'avec les honneurs de la guerre.

La ville de Condé avec ses dépendances avait appartenu d'abord à la maison d’Avesnes, puis à celle de Châtillon- Saint- Pol. Elle passa, au quatorzième siècle, à la maison de Bourbon, à laquelle Charles-Quint l’enleva pour la donner aux de Lalain, des mäins desquels elle tamha dans la maison de Croï-Solre. Cette famille la possédait au siècle dernier, sous la souveraineté de la France.

Près de Condé, sur la rive droite de l'Escaut, on trouve le Vieux Condé, gros bourg d'environ 5,000 habilants, avec un port d'embarquement pour les houilles des riches mines environnantes, Là fut le berceau de la première maison de Condé, à laquelle appartenaient Godefroi, baron de Condé,

CONDE

vers 1200 et les seigneurs d'Avesnes. L’héritière de cette maison, Jeanne, épousa en 1335 Jacques de Bourbon, comte de la Marche, et devint l'aïeule des princes de cette illustre maison,

CONDE (Maison de). Cette illustre branche de la maison de Bourbon tire son nom de la ville de Condé en Hainaut, qui lui échut par suite du mariage de Jacques de Bourbon avec une des petites-filles de Godefroi d’Avesnes , baron de Condé. Cette baronnie tomba en partage à Louis 11 de Bourbon. Un de ses arrière-petits-fils, qui avait le même prénom prit le titre de prince, comme étant issu de sang royal. Depuis lors ce titre fut porté par une série de princes remarquables.

CONDÉ ( Louis I‘ pe BOURBON, prince de), duc d’Enghien, marquis de Conti, auteur des branches de Condé, Conti, et Soissons, naquit le 7 mai 1530. Il était le cinquième et dernier fils de Charles de Bourbon, comte de Vendôme, tige de toutes les branches de la maison de Bourbon, et avait pour frères ainés Antoine de Bourbon, roi de Navarre, père de Henri IV; François, comte d’Enghien ; le cardinal Charles de Bourbon, archevêque de Rouen, et Jean, comte d'Enghien, tué à la bataille de Saint-Quentin, en 15 7. Louis, quin’avait, comme on disait alors, que la cape et l'épée, se fit remarquer par sa bravoure et son habileté au service de la France , pendant les guerres du règne de Henri LI. Quand vint à éclater, sous François Il, la riva-

ité qui avait si longtemps existé entre la maison des Guises

et la maison de Bourbon, le prince de Condé, qui, de même que son frère Antoine, considérait l'influence toujours croissante des princes de la maison de Lorraine comme injurieuse aux princes du sang, devint l’âme de la conspiration d'A mboise, dont le but était de chasser de France les princes Lorrains, et de s'emparer de la personne du roi. Cette conspiration ayant été découverte en 1560, le prince de Condés’enfuit à Nérac, auprès de son frère, et conçut le projet üe se rendre maître de toutes les grandes villes de France par la force des armes ; mais l'attaque qu'il dirigea contre Lyon échoua. A Orléans, où les deux frères se laissèrent attirer sous le prétexte d’y assister à la tenue des états généraux , le prince de Condé fut arrêté, et, malgré ses protestations, condamné à mort, sans autre forme de procès. Mais la mort de François IL le sauva de l’échafaud ; et Catherine de Médicis le fit déclarer innocent, à la condition que lui et son frère renonceraient à la régence pendant la minorité de Charles IX, Toutefois, dès le 11 avril 1562 le prince de Condé se déclarait, à Orléans, le chef des calvinistes persécutés, et commençait les hostilités en s'emparant d'Orléans, de Rouen et d’autres villes, tandis que son frère s’unissait au parti catholique.

Ce fut là le commencement de la première guerre de religion en France. Après que Condé eut été fait prisonnier à la bataille de Dreux, la cour, à bout d’expédients, s’empressa de conclure à Amboise, le 19 mars 1563, une paix de courte durée. Repoussé par la cour et excité par son parti, qu’elle persécutait, Condé recommença les hostilités en essayant, de concert avec Coligny, d'enlever Charles IX au château de Monceaux, le 28 septembre 1567. Après la bataille de Saint-Denis ( 10 novembre ), Condé, opérant sa jonction avec les troupes auxiliaires allemandes, vint mettre le siége devant Chartres ; mais dès le mois de février 1568 il conclut la paix, dont les premières ouvertures furent faites par Catherine de Médicis. On projetait de le retenir prisonnier avec l'amiral Coligny dans son domaine de Noyers en Bourgogne; mais il réussit à s'échapper. Rassemblant alors des forces considérables, il recommença, dans les premiers mois de 1569, la guerre contre la cour et le parti catholique. Le 13 mai eut lieu la bataille de Jarnac. L'armée catholique, commandée par le jeune duc d'Anjou, commença par battre Coligny. Condé, à son tour, fut entrainé à prendre part à l’action ; renversé de cheval, foulé aux

DICT. DE LA CONVERS, — T. I

pieds dans le désordre de la mêlée, il fut fait prisonnier encore une fois. On était en train de panser les blessures du prince, qui avait fait des prodiges de valeur, lorsque arriva le commandant de la garde suisse, Montesquiou, qui, à l’instigation probablement du duc d'Anjou, le tua d’un coup de feu. Son corps fut, dit on, enlevé du champ de bataille et porté à la ville sur une ânesse, par une dérision aussi lâche que l’assassinat dont il avait été victime. Bientôt après, cependant, on le conduisit à Vendôme, où, quoique calviniste, il fut déposé dans l’église collégiale, sépulture d: ses pères. Il était de chétive apparence, petit et bossu , mai spirituel et aimable autant que courageux. Ses mœurs étaient loin de répondre aux préceptes de laustère religion qu’il avait embrassée. Il laissa quatre fils : Henri, prince de Condé; François, prince de Conti; Charles, cardinal de Vendôme; et un autre Charles, tige de la maison de Soissons.

CONDÉ (Hexk: I pe BOURBON, prince pE), né à La Ferté-sous-Jouarre en 1552, avait à peine seize ans lorsque son père fut tué. L’amiral Coligny ayant rallié les protestants, la reine de Navarre, Jeanne d’Albret, lui confia, en présence de l’armée, son fils, Henri de Béarn, et le jeune prince de Condé , La vraie âme de son père. Coligny, pour s’assurer sur le parti une prééminence indispensable à l’ensemble et à la célérité des opérations, sans irriter l’amour-propre des autres seigneurs protestants, s’empressa de conférer le titre de chef au prince de Béarn, que l’armée proclama en cette qualité et auquel le prince de Condé fut adjoint, Dociles aux conseils de la reine de Navarre, les deux Henri ne perdaient point l'amiral de vue, l’accompagnaïent partout, l’écoutaient avec attention, et semblaient dépendre absolument de ses volontés. Aussi les railleurs les appelaient-ils les pages de l’admiral. Tous deux firent sous lui leurs premières armes au combat de La Roche-l’Abeille, en 1570.

Le nouveau prince de Condé avait, dès son enfance, été instruit à l’école du malheur. Compagnon de la fuite de son père à Noyers, il avait senti dès lors toute la gravité de sa position personnelle et des circonstances. « C’estoit, dit Brantôme, un prince très-libéral, doux, gracieux et trèséloquent , et il promettoit d’être aussi grand capitaine que son père. » Zélé protestant comme lui, il ne rendit jamais suspecte par ses mauvaises mœurs la sincérité de sa profession religieuse. Il eut de bonne lieure une tenue, une persévérance politiques qui manquèrent plus d'une fois à Henri IV. Depuis la pacification de 1570, la politique de Charles IX consistait à étouffer sous les caresses le parti huguenot. Le prince de Condé se rendit à Paris en août 1572, pour assister aux noces du jeune roi de Navarre avec Marguerite, sœur de Charles IX. Quatre jours après cette union si funeste ent lieu l’assassinat de Coligny. Le prince de Condé et le roi de Navarre, après s'être rendus chez l’illustre blessé, allèrent se plaindre au roi de la manière la plus énergique, et le prièrent d’agréer leur départ, puisque ni eux ni leurs amis n'étaient en sûreté dans Paris. Charles IX, endoctriné par Catherine, sa mère, les retint en leur assurant que l'amiral serait vengé. Cependant mille indices du massacre de la Saint-Barthélemy, qui se préparait, déterminèrent deux assemblées de protestants, Les plus prudents opinaient à sortir sur-le-champ de la ville; mais le prince de Condé et le roi de Navarre, confiants, inexpérimentés, repoussèrent cette proposition.

Dans la matinée du 24 août, pendant que le massacre s’effectuait dans Paris, Charles IX fit venir auprès de lui les deux princes, et leur promit le pardon de leurs fautes s’ils consentaient à embrasser ie catholicisme, les menaçant de psort s’ils balançaient à prendre ce parti. Le roi de Navarre, vaincu par la frayeur, répondit : « qu’il était prêt à obéir à S. M. en toutes choses. » Mais le prince de Condé répartit « que S. M. ordonnât comme il lui plairait de sa tête et de ses biens, qu’ils étaient à sa disposition ; mais que pour sa religion il n’en devait rendre compte qu’à Dieu. » Cette

réponse mit le roi en si grand courroux, qu’il l’appela par plusieurs fois enragé, séditieux, rebelle et fils de rebelle, jurant qne dans trois jours, s’il ne changeait de langage, il le ferait étrangler. Et après avoir exhalé sa colère par ses menaces, il commanda qu’on les gardât soigneusement. Les deux jeunes princes cédèrent à la force. Aussitôt que Condé put se soustraire à ses gardes, il s’enfuit en Allemagne, d’où il adressa à-Henri IT, qui venait de succéder à Charles IX, une requête pour demander le libre exercice de la religion réformée. 11 leva ensuite des troupes étrangères en décembre 1575, et se rendit à leur tête au camp du duc d'Alençon, frère du roi, que l'influence du parti des politiques avait fait élire généralissime de l’armée protestante. Il régnait entre le prince de Condé et le roi de Navarre quelques dissentiments. Condé ne tarda pas à sentir que l'intérêt de leur religion exigeait qu’il se rapprochât d’un cousin dont il n’approuvait ni les déréglements ni l’insouciance. Sans doute aussi était-il un peu jaloux des brillantes qualités du Béarnais. IL revint done sous les drapeaux de ce prince, et fit, en 1587, des prodiges de valeur à Coutras. 11 avait, deux ans auparavant, encouru avec lui l’'excommunication fulminée par Sixte V ; et lorsque, le 5 mars 1588, le prince de Condé périt empoisonné, à ce qu’on croit, par Charlotte de La Trémouille, son épouse, il y eut des fanatiques qui regardèrent sa fin malheureuse comme un effet des foudres pontificales. Henri III en apprit la nouvelle avec indifférence ; et comme Charles, cardinal de Bourbon, lui voulait persuader que cette mort subite était l'effet de l’excommunication, il lui répondit que cela n’y avait pas nui, mais qu'autre chose y avait aidé. Henri IV, plus tard, défendit qu’on scrutât la conduite de Charlotte de La Trémouille, et cependant les charges les plus accablantes s’élevaient contre elle. Le procès s'instruisait ; le Béarnais fit jeter les pièces au feu, et un arrêt du parlement reconnut l’innocence de l’accusée, Quels motifs donnait-on à ce crime ? Selon les uns, Charlotte de La Trémouille aurait voulu prévenir la juste rigneur de son mari, qui avait découvert une intrigue entre elle et un page. Selon d’autres, son galant était ce même Henri IV, qui vingt-cinq ans plus tard voulut séduire une autre princesse de Condé. Enfin, d’après une dernière version, zélée catholique, Charlotte de La Trémouille aurait empoisonné son époux par fanatisme, CONDÉ (Henni II pe BOUR BON, prince ne ), fils du précédent, naquit à Saint-Jean-d’Angély, le 1° septembre 1588, six mois après la mort de son père, Henri IV le fit élever dans Ja religion catholique, qu'il venait d'embrasser luimême. Ce monarque Jui fit épouser, en 1609, Charlotte de Montmorency, dont il était épris lui-même. Cette passion, accrue par maints obstacles, dont les trois principaux étaient l’âge grisonnant du roi, l’aversion de la jeune prinesse et l’intraitable jalousie du mari, poussa Henri IV à mille extrayagances impardonnables, Les larmes, les déguisements ridicules, mis tour à tour en jeu, déterminèrent le prince de Condé, pour soustraire son épouse aux poursuites du roi, à fuir la France et à aller chercher un asile à Bruxelles, puis à Milan. Henri IV se plaignit au conseil d’Espagne de l’accueil qu'on avait fait à un prince de son sang sorti de son royaume sans sa permission; mais on a été trop loin quand on a prétendu que la jalousie fut cause de la guerre que ce roi méditait contre la maison d’Autriche, Après la mort de Henri IV, Condé revint en France; son ambition, qui n’était ni soutenue par de la fermeté, ni justifiée par du mérite, tronbla sans objet les premières années du règne de Louis XIII. Sa première révolte date de janvier 1614, et se termina le 15 mai par le traité de Sainte- Menehould, La régente Marie de Médicis fit des sacrifices de places fortes et d'argent pour satisfaire ses prétentions ; mais plus on lui accordait, plus il exigeait. Sur le refus de la régente de lui déférer le titre de chef du conseil de la surintendance des finances, il quitta de nouveau la cour, pu-

CONDÉ

blia un manifeste contre l'administration du maréchal d’A ncre, et alluma une seconde fois la guerre civile. Le traité de Loudun termina cette lutte honteuse, dont l’uniqne mobile était la nécessité de satisfaire une foule de gentils- : hommes à ses gages ; mais à peine le traité fut-il signé qu'il renouvela ses cabales. La reine ou plutôt le maréchal d’Ancre le fit enfermer à la Bastille, puis à Vincennes, Rendu ! à la liberté sous le ministère de Luynes, favori de Louis XII, Condé obtint du roi une déclaration qui le justifiait en flétrissant ceux qui avaient gouverné pendant la minorité, Bientôt il sollicita de Ja cour un commandement en Languedoc contre les protestants. On le lui accorda, mais avec une défiance d'autant plus naturelle que durant ses démêlés avec Marie de Médicis il avait eu sans cesse à la bouche la menace de se faire huguenot. Toutefois , depuis celte époque il ne fournit à la cour aucun motif de mécontentement, et sous le ministère de Richelieu aucun prince ne se montra courtisan plus servile. Il ne fut pas toujours heureux dans ses expéditions. En 1636 il assiégea vyainement Dôle, et ne réussit pas mieux en 1638, devant Fontarab'e ; mais l’année suivante il prit Salces en Roussillon, puis Elne en 1642. À la mort de Louis.XIIF, il fut admis au conseil de régence, formé sous les auspices d’Anne d’Autriche et de Mazarin. II mourut le {1 décembre 1646, à cinquante-huit ans. C'était un prince ayare, dur, livré, sur la fin de sa vie, aux pratiques d’une dévotion minutieuse. I] expira dans les bras du nonce du pape, et voulut être enterré dans l’église des jésuites de la rue Saint-Antoine, où il avait fait élever un superbe monument à ses ancêtres, Son mausolée et ce monument ont été placés pendant la Révolution au musée des Petits-Augustins, puis transférés à Chantilly sous Ja Restauration, Son seul titre de gloire fut, selon Voltaire, d’avoir donné le jour au grand Condé.

CONDÉ ( Lous IL ne BOURBON, prince »E ), né à Paris, le 8 septembre 1621, mort le 11 décembre 1686, à Fontainebleau, à reçu de ses contemporains le surnom de Grand, que l'histoire lui a confirmé. Jusqu'à Louis JE de Bourbon tous les Condés avaient été braves, mais malheureux à la guerre. Quant au grand Condé, il fut toujours heureux tant qu’il. ne combattit point contre sa patrie, Enfin, il a eu le bonheur d’avoir pour panégyriste Bossuef, dont l'oraison funèbre est un sublime morceau d'histoire militaire, Dès son début à la cour il manifesta à l'égard de Richelieu ce caractère d'opposition que Louis XIV seul put dompter; le cardinal punit Condé en lui faisant épouser, par orire exprès du roi Louis XIE, Claïre-Clémence de Maillé-Brzé, nièce de celte éminence. À la mort de Louis XIII, Condé était à l’armée : « Il était né général, dit Voltaire : l’art de la guerre était en lui un instinct naturel. » Il n'avait que dix-huit ans lorsque Richelieu le jugea et prophétisa sa gloire. Ici se placent la victoire de Rocroi (19 mai 1643 ), la prise de Thionville, la bataille de Fribourg (1644), celle de Nordlingue (3 août 1645 ), enfin la prise de Dunkerque (1646 ). Envoyé en Catalogne l'ennée suivante, il échoua devant Lérida; mais rappelé en Flandre, ce premier théâtre de sa gloire, il remporta la victoire de Lens (29août 1648 }, qui décida la paix avec PAIlemagne. Condé revint alors à Paris, où la froxde s'était formée contre l'administration de Mazarin, Recherché es deux partis, il prit et quitta tour à tour celui de la cour et celui de la fronde. 11 ne figura dans l’un et dans l'autre que pour se faire enfermer à Vincennes et pour attiser les brandons de la guerre civile. 11 finit par déserter sa patrie, et alla se jeter dans les bras des Espagnols, alors les plus redoutables ennemis de la France, et pendant huit années consécutives il fit presque sans gloire la guerre contre son pays. Cependant, la belle retraite d'Arras en 1654, le siége de Valenciennes en 1656, le secours qu'il jeta dans Cambrai en 1657, nedoivent pas être passés sous silence.

Enfin, lorsqu'en 1660 la paix eut été conclne avec l'Es-

CONDÈË

pagne, Condé, se voyant sans ressource, perdit sa fierté, déjà si souvent humiliée par l’orgueil castillan ; il vint à Aix en Provence se jeter aux pieds du roi et S’humilier devant le cardinal Mazarin. Il fut reçu froidement et avec hauteur. On le laissa d’abord sans commandement; mais dès 1663 Louvois, jaloux de Turenne, chargea Condé de la conquête de la Franche-Comté. Le prince prit Dôle, qui avait résisté à son père. En 1672 il se signala an passage du Rhin, où il eut le poignet cassé d'un coup de feu. C’est la seule blessure qu'il ait 1eçue dans toutes ses campagnes, et cépendant il s’exposait autant qu’il exposait les autres. Enfin, la victoire de Senef ( 11 août 1674), plus meurtrière que décisive, et la campagne de 1675, où, après la mort de Turenne, il arrêta les progrès de Montécuculli, terminèrent la carrière militaire du prince de Condé. II demanda sa retraite, alléguant des douleurs de goutte; mais il ne pouvait ignorer combien Louis XIV était mécontent du sang inutilement prodigué à Senef.

Depuis cette époque Condé parut rarement à la cour, et vécut dans sa résidence de Chantilly, qu'il s’occupa d’orner avec autant de goût que de magnificence. Laissant de côté les déclamations et les éloges outrés dont le grand Condé a été l'objet, nous citerons avec confiance l’appréciation judicieuse qu’a faite de ce prince Lemontey : « Né avec un eourage et un esprit extraordinaires, il posséda moins la science que le génie de la guerre, vainquit le plus souvent par inspiration, fut peu économe du sang des soldats, et ne forma point d'élèves. Dès sa tendre jeunesse, la passion effrénée pour la gloire, la vie des camps, et surtout la guerre civile, n’endurcirent que trop son naturel altier et méprisant. Une insensibilité profonde contribuait à l’admirable sang-froid qu’il portait toujours au sein des batailles et celui qui ne trouva dans les champs de Senef couverts de morts que « de l’ouvrage pour une nuit de Paris, » en disait assez par cette légèreté inhumaine. Lorsqu'il épouvanta de pauvres bourgeois députés auprès de lui à Saint-Germain en léur persuadant qu’il faisait servir chaque jour à sa table un plat d’oreilles parisiennes, il s’amusait d’une plaisanterie qui n’était certainement ni d’un bon cœur ni d’un bon goût... Le prince de Condé n'avait point de facilité à parler en public : jamais il ne put entrer sérieusement dans les discussions parlementaires, et il n’y laissait échapper que des saillies Lautaines et piquantes, où des gestes menaçants. Raïlleur cruel, il s’iniilait de la raillerie. Les morncries où il descendit pendant la fronde durent coûter à son orgücil, Jmypatient des devoirs d’un sujet, il ne sentait pas ceux d'un citoyen. Ses rapports furent orageux avec sa femme et le peu d'amis qui lui restèrent, Il se plaisait, par un noble instinct, dans la société des hommes supérieurs ; mais, comme si l'avantage de son rang, de sa gloire et de sa haute intelligence n’eût pu Jui suffire, il s’y montrait si intolérant, qu’un jour, dans une conversation littéraire, Boileau, effrayé de son emportement, dit à son voi- Sin : « J'aurai soin dorénavant d’être toujours de l'avis de « M. le prince quand il aura tort. » Au reste, l'étendue et Péclat de son esprit l'emportaient sur son jugement. Sa conduite dans la guerre civile parut manquer de sens, Enfin, il affecta plus qu’il ne mérita le titre d'esprit fort. Quant on le voit avec la princesse Palatine, son amie, et l'abbé Bourdelot, son médecin et bouffon, entreprendre de brûler une relique de la vraie eroix, on sent que l’idée d'une pareille épreuve ne fût jamais tombée dans la tête d’un philosophe. »

Les Mémoires autographes dn comte Jean de Coligny, publiés par Lemontey, prouvent deux points importants : l'un, que Condé avait voulu, par la guerre civile, non chasser le ministre, mais usurper la couronne, et l’autre, que Louis XIV en était convaincu. « Le premier de ces faits, observe Lemontey, éclaire d’un jour nouveau la guerre dela fronde; et le second justifie Louis XIV de l'espèce de réserve et de défiance dans laquelle il ne cesra de vivre are

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un prince que ses talents rendaient d'autant plus dangereux, » Tout fait présumer, d’après ces mémoires, que Condé prétendait établir que les deux fils qu'Anne d'Autriche avait donnés à Louis XIIL n'étaient pas de ce monarque. Si jamais Condé avait pu prouver cette assertion, Louis XIV et son frère Philippe d'Orléans n’eussent élé que des usurpateurs, l’un du trône, l’autre du titre de premier prince du sang , et depuis cette époque jusqu'èn 1848 les Français auraient été gouvernés que par une double race de bâtards. Mais les princes occupant le trône n’auraient-ils pas pu rétorquer à leur adversaire ses propres arguments en lui rappelant les bruits peu honorables pour Charlotte de La Trémouille, son aïeule, qui avaient eu cours en France à la naissance du fils posthume de Henri 1‘*, prince de Condé, empoisonné à Saint-Jean-d’Angély? Les secrets des couches princières sont lettres closes pour les contemporairs comme pour l’histoire. Jean de Coligny accuse, en ‘outre, Condé d'un vice assez commun chez les grands, Pingratitude : « Dès qu’il a obligation à un homme, dit-il, la première chose qu’il fait est de chercher en lui quelque repreche par lequel il puisse se sauver de la reconnaissance... Il me disait à Bruxelles : « Coligny, quand je serai arrivé à Paris, « il y aura bien des gens qui auront de grandes prétentions « à des récompenses; mais il n’y en aura pas un à qui je « n’aie à répondre et à lui faire des reproches qui égalent « les obligations qu’on croit que je leur puis avoir... » M. de La Rochefoucault m'a dit cent fois qu’il n'avait jamais vu un homme qui eût plus d’aversion à faire plaisir que M. le prince, et que les choses même qui ne lui coûtaient rien, il enrageait de les donner, vu qu’en les donnant il aurait fait plaisir. » Après cela, que Bossuet, avec sa figure austère, vienne nous dire du haut de la chaire de vérité : « Lorsqu'on lui demande une grâce, c’est lui qui paraît « l’obligé; et jamais on ne vit de joie ni si vive ni si natu- « relle que, celle qu’il ressentait à faire plaisir! »

La vie privée du prince de Condé n’a pas été à l'abri du reproche : ses liaisons axec la princesse de Longueville, sa sœur, donnèrent lieu à d’étranges médisances, Il ne se piquait pas de payer ses dettes, et nul ne traita ses créanciers avec une hauteur plus méprisante. Après tout, les hommes de lettres ne peuvent oublier qu’il fut ladmirateur de Corneille, le protecteur de Racine, de Molière, deBoileau, et que si dans ses dernières années son espnt, à la fois orgueilleux et léger, fléchit devant les terribles menaces du catholicisme, il ne fallut rien moins que le génie de Bossuet pour l’amener à une mort chrétienne, La physionomie du grand Condé annonçait ce qu'il était : il avait un regard d’aigle ; dans toute sa personne il paraissait sublime au milieu des batailles; Condé jetant son bâton de commandement dans les lignes ennemies, à Fribourg, grandissait au feu, comme Napoléon sous le drapeau d’Arcole.

CONDÉ (Hexni-Juces pe BOURBON, prince pe), naquit lé 29 juillet 1645, et mourut le 1° avril 1709. Voilà tout ce qu’on peut dire sur la vie de ce prince, qui fait une assez triste figure auprès de son héroïque père. « C'était, dit Saint-Simon , un petit homme, très-mince et très-maigre, dont le visage, d’assez petite mine, ne laissait pas d’imposer par le feu et l'audace de ses yeux, et un composé des plus rares qui se soient rencontrés. » Élevé chez les jésuites de Nanmiur, pendant que son père portait les armes pour l’Espagne, il montra une rare aptitude pour les sciences, qui par la suite firent l'occupation de sa vie; car, toujours maltraité par Louis XIV, il fut constamment condamné à l’osiveté politique la plus absolue, 11 n'avait pas même les grandes entrées chez le roi, et ne les obtint à la fin qu’en mariant son fils à une fille naturelle du despote. Sa fille, qui épousa le duc du Maine, fils légitimé de Louis XLV, s'est rendue célèbre par ses cabales politiques sous la régence. « Ce qui ne peut se comprendre , ajoute Saint-Simon, c’est qu'avec tant d'esprit, d'activité, de valeur ei u envie de

plaire et d'être un si grand maître à la guerré que son père, on n'ait jamais pu lui faire comprendre la théorie de ce grand art. » Toute la gloire militaire de ce fils du grand Condé consiste donc à s'être montré bon soldat à Senef, où il contribua à sauver la vie à son père en aidant le comte d’Ostain à le replacer sur son cheval. Il épousa en 1663 Anne de Bavière, princesse palatine. « La douceur de M®E€ la princesse, sa piété, sa soumission, ne purent, dit

aint-Simon, lui concilier toute la tendresse qu'elle désirait

ans son époux.» Il ne se piquait pas plus que son père de

délité conjugale, et lorsqu'il était amoureux d’une dame, « alors rien ne lui coûtait; c'étaient les grâces, la magnificence, la galanterie même; c'était un Jupiter transformé en pluie d’or. » Ef le même homme, rentré chez lui, faisait enrager sa femme, ses enfants, ses domestiques, auxquels il refusait lenécessaire. C’était, au reste, un caractèredifficile, turbulent, emporté, disposé à prendre les choses par le mauvais côté. Toutefois, quand il le voulait, il se montrait le plus aimable des hommes ; sa conversation était alors aussi spirituelle qu'instructive. Sans cesser d’être dévot, il se détacha des jésuites sur la fin de sa carrière, et eut pour dernier directeur le père de La Tour, général de l’Oratoire : c’est peut-étre de tous les événements de la vie de ce prince celui qui fit le plus de bruit à la cour. Il mourut avec un grand sang-froid, et porta dans les dispositions relatives à son décès le même esprit de minutie qui avait présidé à toutes ses actions.

CONDÉ (Louis IT, duc ne BOURBON, prince ne), fils du précédent, né ie 6 octobre 1668, mort subitement à Paris, le 4 mars 1710 , à l’âge de quarante-deux ans, un peu moins d’une année après la mort de son père, avait servi avec distinction devant Philisbourg, sous les ordres du grand dauphin; au siége de Mons, devant Namur, à Steinkerque et à Nerwinde, il se comporta en digne héritier des Condés. Dans sa vie privée, il mérita que l’on dit de lui qu’il avait l’âme bonne et belle. De son mariage avec Louise-Marie, fille légitimée de Louis XIV, il eut neuf enfants, trois fils et six filles : 1° Louis-Henri, qui suit; 2° Charles, comte de Charolais , né le 19 juin 1700, mort en 1760, prince célèbre par son esprit et sa férocité; 3° Louis, comte de Clermont, abbé de Saïnt-Germain-des-Prés , né le 15 juin 1709, le dernier ecclésiastique qui en France ait commandé les armées et le seul prince du sang qui ait été de l’Académie Française. Quant aux six filles de Louis IT, trois d’entre »lles, M! de Charolais, de Sens et de Clermont, furent célèbres par leurs galanteries. La première eut une foule d’amants, et faisait des enfants presque tous les ans sans aucun mystère; la seconde mettait quelque décence dans ses faiblesses ; la troisième, M!!° de Clermont, aima le comte de Melun. Elle était d’un caractère si indolent, que la duchesse de Bourbon douairière, sa mère, demanda plaisamment, en apprenant la mort du comte de Melun : « Cet accident at-il causé quelque émotion à ma fille? »

CONDÉ (Louws-Henrr, duc ne BOURBON, prince DE), naquit le 18 août 1692. Dans sa jeunesse, il eut un œil crevé à la chasse par le due de Berry, petit-fils de Louis XIV. A la mort de ce monarque, le régent le fit déclarer par le parlement chef du conseil de régence, et l’année suivante il le nomma surintendant de l'éducation du roi. Ce n'esl pas qu'il lui reconnût aucun mérite; mais le chef de la maison de Condé étant avec lui le premier prince du sang, il entrait dans la politique du régent de l'élever ainsi pour s’en faire un appui contre la cabale des princes légitimés. Le prince fit fort bien ses affaires personnelles sous la régence; il prolitait en toutes occasions de la faiblesse du régent pour puiser dans le trésor public et obtenir de ces sortes de pots-de-vin qu'on appelait alors des brevets d'affaires, Lorsque le duc d'Orléans antorisa le système financier de Law, le due de Bourbon fut de tous les princes du sang celui qui récolta le plus d'actions sur la banque du Mississipi, Avec les profits

CONDÉ

énormes qu’il réalisa , il acheta en terres tout ce qui se trouva à sa bienséance, et fit rebâtir Chantilly avec une magnificence royale. Les mémoires du temps ne parlent que des extravagantes profusions qu’il se permit alors : pour faire sa cour au régent, il donna à la duchesse de Berry, cette princesse si ardente pour les plaisirs, une fête qui dura cinq jours. Lors de la banqueroute de Law , le duc de Bourbon, qui était à la tête de ces gros actionnaires qu’on appelait les seigneurs mississipiens, fut assez heureux et assez habile pour ne pas beaucoup perdre. On doit dire qu’il se montra reconnaissant envers l’auteur de son opulence; car lorsque le peuple ne parlait que de mettre en pièces le financier déchu , il protégea sa fuite. Après le sacre de Louis XV, il lui fit à Chantilly une réception magnifique. Les plaisants ne manquèrent pas de dire que le fleuve Mississipi avait passé par là.

Lorsque le duc d'Orléans changea son titre de régent contre celui de premier ministre, il le mit à la tête du conseil d'État. A la mort du duc d'Orléans, le chef de la maison de Condé s’empara de l’antorité par droit de naissance. Sa seule intrigue fut de faire dresser sans délai la patente de premier ministre et de la porter à la signature royale. Dans ce choix, Louis XV se conduisit d’après les convenances ; il crut devoir confier la place la plus importante du royaume à un prince de sa maïson, et, tous étant dans l’adolescence, il désigna le plus âgé. Le prince de Condé avait alors frente et un ans. La manière dont il avait régi ses propres revenus et les avait améliorés , dans un âge où l’on ne s'occupe que de ses plaisirs, était une sorte de présomption de ses talents pour bien administrer les revenus de l’État, et, riche comme il l'était, on s’imaginait qu’il ne s’occuperait pas à le devenir davantage. Cette double prévision fut trompée : le duc de Bourbon se montra incapable ; il puisa à pleines mains dans le trésor pour lui, et surtout y laissa puiser sa maîtresse, la marquise de Prie. « Moins Capable que son prédécesseur, mais autant livré que lui à la débauche, dit un auteur contemporain, il était grand, maigre, d’une figure peu revenante, d'une humeur brusque et peu commode, curieux et aimant les choses rares et précieuses; possesseur d’une frès-belle feinme, dont il ne connaissait pas tout le prix, il cherchait ailleurs des plaisirs qu'il était peu en état de goûter. »

Le premier acte de son administration fut un édit du mo’s de mars 1724 contre les protestants. S'il eût été rendu an commencement de la régence, lorsque les calvinistes de Guienne et de Languedoc refusaient de payer la dime et formaient des conciliabules, un tel édit eût peut-être élé exeusable ; mais alors une loi pénale portée contre eux était sans motif; et pourtant le prince de Condé avait devant lui l'exemple du régent, qui dans le temps même des troubles que nous rappelons modéra le zèle du clergé et des parlements. Le mécontentement public s’accrut par d’autres édits, par un, entre autres, qui accordait des priviléges et des avantages exorbitants à la compagnie des Indes, avec laquelle il avait fait une fortune immense. Mais sa principale opération fut le renvoi de l’infante d’Espagne, qui devait épouser Louis XV. Ce mariage avait été depuis l’année 1721 arrêté entre le régent et le roi d’Espagne Philippe V. L'infante, qui n'avait que cinq ans, fut envoyée en France pour y être élevée : cette alliance, qui promettait des fruits bien tardifs, était, de la part des deux princes qui Pavaient projetée, le résultat des calculs de l'ambition, Le régent et le roi d'Espagne se trouvaient les deux princes du sang de France les plus rapprochés de la couronne, dans le cas où Louis XV viendrait à décéder. Après la mort du régent, ses prétentions avaient passé au duc de Chartres, son fils, que le prince de Condé traita toujours avec peu d'égards. La crainte de voir le due monter sur le trône l’engagea à accélérer le mariage du roi en lui cherchant une épouse qui fût sortie de l'enfance, Son choix tomba sur Marie Leekzinska, fille de Stanislas Leckzinski, qui, après avoir porté

CONDE

ta couronne de Pologne, s'était retiré à Weissembourg en Alsace, où le régent lui avait accordé un asile. Le prince de Condé était, depuis l’année 1720, veuf de sa première femme, Marie-Anne de Bourbon, princesse de Conti. Le duc d'Or- léans lui avait proposé de s’unir à la fille du roi Stanislas ; il faisait valoir à ses yeux les grands biens dont elle devait un jour hériter. Cette considération était bien capable d’ébranler un prince si avide de richesses. Condé avait paru agréer la proposition du régent ; mais, avant de se déclarer, il attendait que les espérances de fortune que pouvait avoir Marie Leckzinska fussent plus près de se réaliser. Il était d’ailleurs entièrement soumis aux volontés de la marquise de Prie, sa maitresse, qui ne voulait pas qu’un second nariage compromit l'empire despotique qu’elle exerçait sur ui. Lorsque, par la mort du régent, il fut devenu Parbitre de la France, il perdit de vue cette union avec la fille d’un prince détrôné. Quelle fut la surprise de Stanislas lorsqu'on . vint lui annoncer que le même prince qui n'avait ni accepté ni refusé la main de Marie la lui demandait pour Louis XV, - roi de France ! Qui put donc porter le prince de Condé à un . choix que rien ne justifiait aux yeux des hommes d’État ? : Son ambition, ou plutôt celle de la marquise de Prie. Ils espéraient conserver leur autorité et leur crédit sur une reine qui leur devrait la couronne. Quoi qu'il en soit, le mariage se conclut en 1725, et cette union, en apparence si peu

avantageuse, fut, par un concours d'événements inespérés, le

coup d'État le plus heureux de ce règne : Marie Leckzinska devait apporter la Lorraine à la France, en vertu du traité de Vienne conclu en 1735.

Pendant les préparatifs de ce mariage, un mécontentement général se manifestait dans toutes les provinces : depuis trois ans les créanciers de l'État n'étaient pas payés; la cherté du grain, causée par de longues pluies, augmentait . les murmures. Tous les ordres de l’État se réunissaient contre le premier ministre. Le cardinal de Fleury, non content de le supplanter, le fit exiler. Le 11 juin 1726 le prince de Condé était venu prendre, selon sa coutume, les ordres du roi, qui partait pour Rambouillet. Le jeune monarque le reçut aussi bien qu'à l'ordinaire, et lui dit en le quittant : « Ne me faites pas attendre pour souper. » De retour chez lui, le ministre trouva le duc de Charost, qui avait ordre dès la veille de lui remettre une lettre de cachet conçue en ces termes : « Je vous ordonne, sous peine de désobéissance , de vous rendre à Chantiliy et d’y demeurer jusqu'à nouvel ordre : signé Louis. » Si le ministre disgracié n’emporta dans son exil les regrets de personne, la dissimulation dont avait usé le monarque n’en fut pas moins universellement blämée. Retiré à Chantilly, le prince de Con 'é supporta sa disgrâce avec une dignité, une sérénité d'âme dont on ne l'aurait pas soupçonné. Il éprouva de la part du cardinal de Fleury toutes les petites vexations dont les génies - médiocres sont capables. On lui ôta même le plaisir de la chasse, qu'on lui défendit sous différents prétextes, II fut donc obligé de s'occuper de chimie, et commença dès lors cette collection précieuse d'histoire naturelle que le savant Valmont de Bomare devait depuis enrichir et mettre en ordre. Ii embellit encore Chantilly, et se montra bienfaisant envers ses vassaux. Son exil finit en 1729. Il épousa la même ann‘e en secondes noces la princesse Caroline de Hesse-Rhinfelds, -dont il eut ZLouis-Joseph ne Bourrox, prince ve Coxné, qui suit. Il mourut le 27 janvier 1740. « Son testament prouve, dit un historien, qu'il aimait Ja bienfaisance, et que mieux élevé il eût été plus populaire. » CONDÉ ( Louis-Joserx ne BOURBON }, fils unique du précédent , est de tous les Condés celui qui poussa le plus loin sa Carrière. Après une jeunesse toute consacrée aux plai- Sirs, sauf quelques années de gloricuses campagnes, il eut un âge mûr bien agité : il vicillit sur la terre exil, et ne revint en France que pour y mourir avec la douleur de xoir s’éteindre entièrement sa race, Il était né à Chantilly,

le 9 mars 1736. Sa mère, Caroline de Hesse-Rhinfelds, fut si bien venue du jeune roi Louis XV, qu’on soupçonna leur intimité de n'être pas irréprochable; et la prédilection que ce monarque montra toujours pour le prince de Condé ft penser qu'il le regardait comme son fils. Orphelin de père et de mère en 1741, il eut pour tuteur le plus âgé de ses oncles, le prince de Charolais, qui, devenu honnête homme après les excès de sa fougueuse jeunesse, administra avec tant d’habileté la fortune de son pupille, qu’il parvint à payer les énormes dettes qu'avait laissées son père. Le comte de Charolais fut pour son neveu un instituteur sévère : il combattit surtout chez lui ce penchant à l’avarice qui 4 toujours été le trait caractéristique des Condés. L'éducation littéraire du jeune prince ne fut pas non plus négligée : il était très-instruit, et s’exprimait avec facilité. Dans sa prospérité, aussi bien que dans son exil, il composa plusieurs ouvrages, dont l’un, publié au commencement de ce siècle, est un monument historique élevé à la gloire du grand Condé par son quatrième descendant. Lorsque Louis-Joseph, prince de Condé, épousa Ml° de Soubise, il jouissait déjà de 1,500,000 livres de rentes : ileut par la suite plus de 12 millions de revenu; et cependant, sans mériter la réputation de prince généreux , il avait trouvé le moyen de s’endetter. Les Mémoires du temps parlent de ses nombreuses galanteries, et surtout de ses vilenies envers des femnmies de théâtre, Quand il les quittait, il leur reprenait ceux de ses cadeaux qui n'avaient pas encore été dénaturés, et s’empressait de les offrir à sa nouvelle sultane, « Monseigneur, lui dit un soir à cette occasion une chanteuse de l'Opéra, je n’examinerai point ce qu’on doit penser de votre action ; mais, pour ma part, je vous déclare que je nesuis pas faite pour me parer des dépouilles de ma rivale. » Trouvant un jour le duc de Mazarin chez la fameuse Allard, qu’il entretenait, il fit précipiter par la rampe de l'escalier ce seigneur, qui lui avait proposé un cartel. Dans une autre occasion, où le prince de Condé fut en rivalité avec le comte d’Agoult, il ne refusa point le défi de ce gentil-homme, major des gardes françaises et capitaine des gardes du prince de Condé. L’altesse royale montra beaucoup de valeur, et fut légèrement blessée au bras. Quelques années auparavant il avait été plus heureux dans un duel avec le prince de Monaco, dont il courtisait la femme.

Le prince de Condé fut nommé le 2 janvier 1752 chevalier de l’ordre du Saint-Esprit. Ce fut la même année qu'il épousa la princesse Charlotte-Godefride-Élisabeth de Rohan- Soubise, dont il eut en 1756 le prince de Condé, et l’année d’après M'° de Condé, supérieure du couvent du Temple. En 1756 le prince de Condé, grand-maître de la maison du roi et gouverneur de Bourgogne, dignités qu'avait possédées son père, fit l'ouverture des états de cette province, En 1757 il servit pour la première fois dans la guerre de sept ans. Tandis que d’autres généraux soutenaient mal l'honneur des armes françaises, il se signala à la journée d'Hastenbeck. Pressé par La Touraille, son aide de camp, de faire quelques pas pour éviter le feu d’une batterie : « Je ne trouve pas ces précautions dans l’histoire du grand Condé, répondit le jeune prince. » A Minden, à la tête de la réserve, À chargea vigoureusement l'ennemi. Chef d’un corps d’arnée l’année suivante, il remporta divers avantages sur le prince Ferdinand de Brunswick, lieutenant du grand Frédéric, Dans une rencontre, toute la vaisselle et les bagages de Condé tombèrent entre les mains des Prnssiens : Brunswick les lui renvoya. Condé refusa de les reprendre, en disant qu'il y avait de l'argent en France et des orfévres. La victoire de Johannisberg, remportée en 1762 sur les Prussiens, fermina glorieusement la carrière militaire de ce prince sous l'ancien régime. Louis XV, pour le récompenser, lui donna les canons pris sur l’ennemi ; Condé en décora sa résidence de Chantilly. Le duc de Brunswick étant venu lui rendre visite, le vainqueur de Johannisberg, par une

attention délicate, fit disparaître ces canons. « Vous avez voulu, lui dit Brunswick, me vaincre deux fois, à la guerre par vos armes, dans la paix par votre modestie. »

Malgré ses services réels, Condé était peu populaire; dans les querelles de Louis XV avec ses parlements, il fut constamment du parti du pouvoir. Il avait été le courtisan de M*° de Pompadour; il fut celui de la comtesse Du Barry. Et cependant, durant une disette occasionnée par la cherté . des grains, il en fit acheter pour 30,000 fr., avec ordre de ne les vendre qu’à 45 sous le boisseau, à quelque haut prix qu’il montât dans le Clermontois. 11 fit en outre acheter pour mille écus de riz, qui fut distribué gratuitement aux pauvres. C’était peu pour un prince qui consacra 12 millions à la construction du palais Bourbon à Paris. Le prince de Condé faisait estimer le dégât que ses chasses pouvaient causer aux paysans, et ses agents avaient ordre de les indemniser toujours au dessus de l'expertise.

A l’approche de la Révolution, il présida le quatrième bureau des deux assemblées des notables, en 1787 et 1788. Ce bureau fut surnommé le comité des faux. La politique du prince de Condé n'était cependant pas équivoque : il se montra constamment le partisan énergique du pouvoir absolu, et donna en 1789, avec son fils et son petit-fils, l’exemple de l'émigration. En 1793 il forma sur la frontière d’Allemagne ce corps de troupes qui prit le nom d’ormée de Condé. Ce prince, dans une position difficile, toujours contrarié par les généraux étrangers, déploya dans ce commandement toutes les qualités d’un général ferme et perséxérant. Au combat de Berstheim, où il chargea lui-même la cavalerie républicaine, il vit son fils, le duc de Bourbon, et son petit-fils , le duc d’Enghien, montrer la plus brillante valeur. Le premier fut blessé à la main d’un coup de feu; le second s'empera d’un canon: A Biberach, en octobre 1796, Condé couvrit pendant six heures la fuite précipitée des Autrichiens, et sauva leurs bagages. Lorsqu’en 1797 VAllemagne fit la paix avec la France, l’armée de Condé fut licenciée. Le prince entra alors au service de la Russie, et Paul I°' le reçut de manière à lui prouver qu'il se ressouvenait de l'accueil que, dans des temps plus heureux, Condé lui avait fait à Chantilly. Les intérêts de la seconde coalition appelèrent de nouveau ce prince sur le Rhin; il n’y parut que pour être témoin de la défaite des Russes. Paul 1° s'étant séparé de la coalition, l'Angleterre prit à sa solde l'armée de Condé, qui fit avec les Autrichiens la campagne de 1800. L'année suivante , elle fut licenciée , et le vénérable doyen de la maison de Bourbon alla se fixer en Angleterre.

11 y habitait, avec sa famille, l’abbaye d’Amesbury,

lorsque la Restauration de 1814 le ramena en France, où il fut nommé grand-maître de la maison du roi et colonel général de l'infanterie. La catastrophe du duc d'Enghien avait empoisonné pour le prince de Condé le plaisir de revoir sa patrie. Lascène de Vincennes, constamment présente à sa pensée , les ruines de Chantilly, le triomphe d'institutions et de principes contre lesquels il avait toujours combattu, l'éloignèrent autant que son âge de la scène politique; et lorsqu'en 1818 il mourut paisiblement pour être enterré, par ordre de Louis XVIIL, à Saint-Denis, dans le caveau des rois de France, où ül repose encore, il n’y eut en France qu’un homme privé de moins, Charles Du Rozorn.

CONDÉ (Louis-Hexki-Jos£epn, duc ne BOURBON , prince DE), né en 1756, trouvé mort dans sa chambre à coucher, le 27 août 1830, a été le dernier survivant de la branche des Condés. A quinze ans ik était devenu passionnément amoureux de Louise-Marie-Thérèse-Bathiide d'Orléans, plus âgée que lui de six années : elle lui fut accordée, et lé mariage eut lieu le 24 avril 1770, La nouvelle duchesse de Bourbon était sœur du duc de Chartres (depuis duc d'Or: léans le conventionnel), ce qui rendit son époux oncle du roi Louis-Philippe. On résolut de faire voyager l'époux adolescent une année ou deux avant de le laisser tôle à tête

CONDÉ

avec son épouse : d'accord avec elle, il n’eut pas de peine à tromper la vigilance de ses argus, et Venleva du eouvent où elle était. Mm° la duchesse de Bourbon accoucha en 1772 du duc d'E nghi en, qui vint au monde à peine viable. Une union d’abord si fortunée eut le sort des grandes passions ; le prince devint bientôt un mari froid, puis infidèle.

La duchesse de Bourbon avait pour dame d'honneur la belle M de Canillac. Le duc en devint amoureux, et ne soupira pas en vain. La duchesse, qui s’aperçut de leur intimité, au lieu d'employer les moyens doux pour ramerier son mari, se livra à des démarches d'éclat, qui obligèrent M°° de Canillac à se retirer pour devenir, à quelque temps de là, l’objet des soins du comte d’Artois, depuis Charles X. La duchesse ne fut pas la dernière à s’en apercevoir; car le comte d'Artois avait paru, à son début dans le monde, penser à M°* de Bourbon. Celle-ci, se trouvant au bal de l'Opéra, le mardi gras de 1778, s’attacha au prince et à M°° de Canillac, qu’elle reconnut ensemble, et leur adressa les propos les plus piquants : elle alla jusqu’à arracher le masque du comte d'Artois, qui hors de lui, furieux, saisit celui de la duchesse, le lui écrasa sur le visage, et s'éluigna sans mot dire. M" de Bourbon paraissait disposée à ne jamais parler de cette insulte, quand, par les conseils insidieux de son frère, le duc de Chartres, elle dit publiquement dans un souper chez elle que le comte d'Artois était le plus insolent des hommes, et qu’elle avait pensé appeler la garde: au bal de l'Opéra pour le faire arrêter. Il est juste de dire qu’on avait accusé le prince de s’étre vanté de cette incartade chez la duchesse de Polignac. Quoi qu'il en soit, M°° de Bourbon vint faire ses plaintes au roi, qui répondit que son frère était un étourdi, et recommanda au chevalier de Crussol, un des capitaines des gardes du comte d'Artois, dene point le quitter. Ce prince sentit son tort, et fit à la duchesse des excuses sur sa discourtoisie, déclarant que la scène du bal n’avait été qu’une méprise desa part, Maïs cetteréparation était insuffisante pour le duc de Bourbon. Le comte d'Artois, vivement poussé par le chevalier de Crussol lui-même, finit par partager cette conviction, et fit savoir au duc qu'ilse promènerait le lendemain matin au bois de Boulogne. Bourbon. s'y rendit dès huit heures; le comte d’Artois n’y arriva qu’à dix. Is s’éloignèrent de leur suite, et, mettant habit bas, commencèrent un combat à l'épée qui dura environ six minutes, Sans effasion de sang. Le duc de Bourbon s’animait à ce jeu, et peut-être le combat fût-il devenu meurtrier si le chevalier de Crussol ne s'était approché et ne leur avait ordonné au nom du roi de se séparer. Les deux princes s'embrassèrent, et dans l'après-midi le comte d’Artois alla rendre visite à la duchesse de Bourbon. Le roi exila pour la forme son frère à Choisy, et le duc de Bourbon à Chantilly; mais au bout de quelques jours les deux princes revinrent à la cour, et se montrèrent ensemble en loge à tous les spectacles de la capitale. Cependant, malgré tous les efforts du bon duc d'Orléans, père de M°° de Bourbon, une séparation eut lieu entre elle et son mari à la fin de l’année 1780. La maison de Condé rendit la dot de deux cent mille livres de rente. M"* de Bourbon eut d’ailleurs une pension de cinquante mille livres sur le trésor royal, comme princesse du sang, et le roi exigea que le prince de Condé, qui ne voulait rien donner à sa bru, lui fit une pension de vingt-cinq mille livres, et lui fournit en meubles, argente rie, chevaux, équipages, de quoi monter sa maison suivant son rang.

Au mois d'août 1782 le duc de Bourbon partit pour lEspagne, sous le nom de comte de Dammartin, et se rendit au camp de Saint-Roch devant Gibraltar. Le comte d'Artois fit le même voyage et assista au même siège; mais le due di Bourbon affecta d'arriver vingt-quatre heures après le frè du roi, pour ne pas être effacé dans les honneurs qui devaient être rendus à ce dernier, Du reste, malgré les éloges off cieux qui leur furent prodigués, les deux princes n'eurenf

CONDÉ

guère occasion de se signaler à ce siége, ce qui n’empêcha pas le roi de les recevoir, à leur retour, chevaliers de Saint-Louis ; le duc de Bourbon fut nommé, en outre, maréchal de camp. En 1787, lors de la convocation de la première assemblée des notables, qui fut partagée en sept bureaux ou comités, chacun présidé par un prince du sang, Bourbon était à la tête du cinquième, qui fut appelé le comité des ingénus, parce que, dans un discours très-bien fat et qui respirait la candeur, le jeune prince avouait son incapacité de figurer dans une telle assemblée. Comme le prince de Condé, son père, il se montra, du reste, tout à fait opposé aux nouvelles idées politiques. Peu de temps avant la convocation des états généraux il signa la fameuse déclaration que les princes firent au roi pour lui indiquer les mesures énergiques qui selon eux pouvaient seules arrêter le torrent révolutionnaire. Dès 1789 il donna, avec son père et son fils, l'exemple de l’émigration, et figura dans les rangs de l’armée de Condé. Au combat de Berstheim, le 2 décembre 1793, il reçut à la main une blessureassez grave, -qui donna lieu quarante ans plus tard à bien des commentaires sur l'impossibilité où il aurait dù être de former les nœuds suspensifs qui causèrent sa mort. Cette blessure ne gènait pas toutefois le prince au point de l'empêcher d'être à Ja chasse un fort bon tireur. Lors de la fatale journée de Qu iber on, il était débarqué à l’ile-Dieu (octobre 1795). En 1799 il était encore sur les bords du Rhin, à l’armée qu'y commardait son père. Lorsqu'elle fut licenciée, il partit pour l’Angleterre, où il résida jusqu’à la première restauration.

De retour à Paris, au mois de mai (814, il se tint à l'écart. Le souvenir de la mort tragique de son fils, les sentiments politiques qu'il avait manifestés , le rendaient peu capable de seconder les combinaisons de l’auteur de la charte octroyée. Ce qui, dans la cour si mélangée de Louis XVIII, choquait surtout ses idées et ses affections, c'était d'y voir en faveur les hommes qui avaient trempé plus ou moins directement dans l'assassinat du duc d’Enghien. Néanmoins, le roi lecréa colonel-général de l’infanterie légère. Au mois de mars 1815, lors du retour de Bonaparte de l’ile d’Elbe, il essaya vainement d’organiser un soulèvement militaire en faveur du chef de sa famille dans les départements de l'Ouest. Abandonné de la troupe, il se mit forcé d’accésler à une capitulation, en vertu de laquelle il put se rendre à Nantes et s'embarquer pour l'Espagne. A la seconde restauration, il se tint plus éloigné que jamais des affaires publiques. Au mois d'octobre 1815 il partit pour l’Angleterre, où il resta plusieurs mois. Depuis lors, sa vie fut toute privée. Confiné paisiblement dans sa petite cour de Saint-Leu, puis de Chantilly après la mort de son père, il faisait de la chasse sa constante occupation, L'âme de celte petite cour était une femme, remarquable par les grâces de son esprit et par les agréments de sa personne, Sophie Dawes, née CLarke, Anglaise, devenue Française par son union avec l’un des officiers du prince, le baron de Feuchères, mariée et dotée par le dernier Condé, qui avait connu, disait-on, sa famille dans les premiers temps de son séjour en Angleterre.

Le duc m’avait point d’héritiers de son nom; à qui donc le léguer, ainsi que son immense fortune? La communauté d'exil, la conformité absolue de vues politiques, avaient depuis l’émigration fait oublier au comte d’Artois et au duc de Bourbon une rivalité Ce jeunesse et fait naître entre eux la plus cordiale sympathie. La mort du duc de Berry avait rendu cette amitié encore plus étroite. Les deux princes pouvaient pleurer ensemble léurs deux fils. Il est à présumer que si le duc de Berry eût vécu, et qu'après la naïssance de son premier fils, le duc de Bordeaux, il eût donné un autre prince à la branche aînée, le duc de Bourbon l’eût choisi pour héritier; mais le duc de Bordeaux paraissant destiné au trône, comme le titre de roi de France absorhe fous les autres, le duc de Bourbon, en nommant ce jeune

prince son légataire aniversel, n’eût point prévenu l’extinction du nom de Condé, A côté du trône était le duc d'Orléans, chef de cette branche de la maison royale pour laquelle les princes de Condé, chefs de l'émigration, ne pouvaient éprouver aucune sympathie, Aussi si quelque chose étonna chez le duc de Bourbon, ce fut de le voir choisir pour héritier de sa fortune et de son nom un petit-fils du régicide Égalité. Par son testament, daté du 30 août 1829, et entièrement écrit de sa main, il consomma pourtant cette œuvre, qui paraîtrait incroyable si une suite de procis scandaleux n'avaient dévoilé l’adroite intrigue qui amena ce résultat, On a su, encore plus par les aveux des avocats de la liste civile que par leurs adversaires, par quelle persévé.rance, sans avoir l’air d’y attacher un trop vif intérêt, le duc d'Orléans était parvenu à faire arriver sur la tête du quatrième de ses fils une fortune de 60 millions, à la charge par ce jeune prince de porter le beau nom de Condé, condition qui n’a pas même été remplie.

Cependant, le duc de Bourbon, qui avait quitté ce titre pour prendre celui de prince de Condé, voyait en 1830 le trône à peine restauré de sa famille s’en aller par lambeaux comme en 1789. Son humeur s’en aigrit : cette disposition d'esprit lui rendit plus que jamais chère et indispensable la distraction de la chasse. Malgré son grand âge, il passait, nouveau Nemrod, sa vie presque entière dans les forêts. Mais une idée ly poursuivait comme un remords, c'était celle du testament qu’il avait fait en faveur du duc d’Aumale, sur l'approbation de ce même Charles X dont Louis-Philippe venait de prendre la place. D’un autre côté, sa soumission pure et simple au gouvernement établi par les barricades lui apparaissait comme une véritable défection, déshonorante pour ses cheveux blancs. La mesure de tant de douleurs morales n’était pas cependant encore comblée : pour dernier affront, il était réservé au dernier des Condés de voir le drapeau tricolore remplacer sur ses châteaux l’antique bannière blanche de sa famille, et il redoutait déjà le moment où la fureur populaire exigerait qu’il brisât son noble écusson aux fleurs de lis. Aussi a-t-on prétendu que dès lors germa dans son esprit la pensée de suivre La f2mille royale dans un froisième exil. La mort ne lui en laissa pas le temps. Le 27 août 1830 il fut trouvé mort au châtean de Saint-Leu, dans sa chambre à coucher. Vo'ci dans quels termes cette catastrophe a été rapportée par un témoin oculaire : « Une bougie qu’on plaçait tous les soirs dans l'âtre du foyer , en face de la croisée du nord, jetait, sur le point de s’éteindre, une faible clarté. A sa lueur, le valet de chambre Manoury et M. Bonnie, chirurgien de Son Altesse, entrevoient le prince debout contre la fenêtre du nord, la joue droite appuyée contre le volet, immobile et dans la position d’un homme qui écoute... Manoury ouvre précipitamment les volets de la fenêtre du levant. Alors on aperçoit le duc pendu par un mouchoir à l’espagnolette de la croisée, la tête inclinée sur la poitrine, le visage pâle et décoloré, les bras raides contre le tronc, les genoux à demi ployés, l'extrémité des pieds touchant le tapis. »

On déclara que le prince de Condé s'était donné la mort; mais la position dans laquelle le corps fut trouvé et la moralité du duc firent naître des doutes contre cette version ; et le procès en captation intenté par les princes de Rohan, héritiers collatéraux du défunt , à M®° de Feuchères et au duc d’Aumale, est loin de les avoir complétement éc'aircis. Cette dame, dans la société de laquelle le duc de Bourbon avait passé ses vieux jours, et qui recueillit de sa reconnaissance un legs considérable, soupçonnée des faits les plus graves, sut devant la justice se laver de ces terribles inculpations. Elle s'était fait séparer judiciairement de son Mari, qui à sa mort n’accepta son héritage que pouren faire don aux hôpitaux et établissements de bienfaisance. L'avocat Hennequin, plaidant pour les héritiers Rohan, osa même jeter sur le roi Louis-Philippe des soupçons deraptation. Comme pour mettre le comble

à tous ces scandales, on vit le conseil du légataire universel du duc de Bourbon se refuser à l'exécution de la clause du testament de ce princé qui chargeait son légataire particulier de fonder dans un de ses châteaux, celui d’Écouen, un établissement de bienfaisance en faveur des enfants, petitsenfants, ou descendants d'officiers de l’ancienne armée de Condé ou de la Vendée, et qui affectait à cette fondation une somme annuelle de 100,000 francs, payable à perpéluité par le duc d’Aumale. Cette disposition du testateur fut attaquée; on mit spécieusement en avant des motifs tirés de la position de la France; on parla de la nécessité d’effacer les distinctions et les classifications de partis , et on contesta à M®° de Feuchères le droit de fonder cet établissement. On refusa par conséquent de remettre le château d’Écouen et l'allocation des 100,000 fr. de dotation annuelle. La légataire particulière s’adressa dès lors à tous les ressorts de juridiction, à tous les tribunaux, pour avoir justice de cette prétention, qui ne tendait à rien moins qu’a

doter le duc d’Aumale de 100,000 livres de rente de plus.

Tous, depuis la première instance jusqu’à la cour de cassation, consacrèrent ce manque de respect aux dernières volontés d’un mourant.

Le corps du prince fut transporté, le 4 septembre, dans les caveaux de Saint-Denis, et son cœur enfermé dans une boîte de vermeil. Ainsi périt le dernier des Condés. La princesse sa femme était morte à Paris, le 10 janvier 1822.

CONDÉ (Louise-AnéLaïne DE BOURBON-), sœur du précédent, née à Chantilly, le 5 octobre 1757, s’est trouvée mélée tristement aux événements et aux désastres qui ont {rappé la famille des Bourbons. Elle vit dans sa jeunesse les dernières splendeurs du vieux Versailles, et fut sur le point de s’unir à un homme qui, après une longue suite de vicissitudes , est devenu roi de notre pays. Elle avait été, en effet, destinée par Louis XV à épouser le comte d’Artois. Une intrigue (quelques bruits en coururent à la honte, diton, de la reine Marie-Antoinette) fit échouer ce projet de mariage. Déjà M! de Condé avait montré quelque penchant à la vie religieuse. Nommée abbesse du chapitre noble de Rémiremont, en 1786, dignité dotée avec opulence, et qui n’obligeait pas à quitterle monde, elle s’astreignit néanmoins aux plus rudes pratiques d'une dévotion qui s'exerçait surtout par la charité. Les idées, les intérêts, les illusions et les fautes de sa famille l’entraînèrent d’ailleurs quand vint la Révolution. Trois jours après la prise de la Bastille, elle émigra avec son père (16 juillet 1789), se rendit à Turin par la Suisse, et résida successivement pendant vingt-cinq ans, suivant les vicissitudes des siens, en Allemagne, en Russie eten Angleterre. C’est durant son exil, après l’exécution de Louis XVI, provoquée et hâtée certainement par les intrigues et les menées de l’émigration, dans les afflictions qui frappaient sa race, mais avant l'assassinat du duc d’Enghien, son neveu, qu’elle prit la résolution d’embrasser sérieusement la vie religieuse. Louis XVIII lui donna son consentement.

Rentrée en France avec la famille royale, M!e de Condé ne put immédiatement y reprendre la clôture. Mais après les agitations qui suivirent le rétablissement des Bourbons parmi nous, il lui fut permis d’effectuer enfin ses projets. Le roi lui avait donné dès la première restauration lancion palais du Temple pour s’y réunir avec ses sœurs. Il fallait pour mettre cette demeure en état de les recevoir de grands travaux, que les Cent Jours retardèrent encore. Ce ne fut que le 3 novembre 1816 que tout fut prêt, et que la princesse, s’enfermant dans ce pieux asile pour n’en plus sortir, s’y consacra, avec ses religieuses, à l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, en expiation des crimes de la Ré volution et pour appeler Le pardon sur leurs auleurs. Ce furent les termes de cette Mie de Condé est morte au palais du Temple, dans la profession et la pratique la plus étroite de la règle religieuse

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