‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 195 sur 607 · CONFIANCE — CONFIDENT · texte numérisé non relu

CONFIANCE — CONFIDENT

conseils aux femmes : sans doute il faut qu’elles croient en elles-mêmes, autrement il leur serait impossible de se défendre; mais à quelles limites s’arréteront-elles? C’est ce qu’il est impossible de préciser. Dans les rapports de société, tout est de circonstance pour les femmes : où l’une se relèvera triomphante, l’autre pourra succomber ; heureusement que les femmes ont une adresse de cœur qui les conseille bien mieux que ne le ferait leur raison et même la nôtre. SAINT-PROSPER.

La confiance publique est cette foi de chacun dans l’avenir du pays, qui permet à tous de se livrer avec sécurité à quelque opération commerciale ou industrielle, de placer son argent à bas prix dans les effets publics ou dans les entreprises particulières ou d'utilité générale. Elle a son thermomètre à la Bourse. La force ne peut rien sur elle : au contraire, lorsqu'elle vient à manquer, tout ce qu’on tenterait pour la faire reparaître ne pourrait que contribuer à l’éloigner. C’est alors un feu follet qui disparaît sans cesse à mesure qu’on le poursuit.

Si la confiance publique se perd pour une raison ou pour une autre, c’est toujours au gouvernement qu’on s’en prend , et ce n’est pas souvent sans motif; mais ce qui est moins raisonnable, c’est de lui demander à toute force de la rétablir : autant vaudrait souvent lui dire de s’en aller. Mais quand chacun, en son particulier, est convaincu de la souveraine autorité de la raison générale, quand la tranquillité extérieure paraît garantie, alors peu à peu, et sans que personne l'y force, la confiance rentre dans les esprits. La réalisation d’un premier espoir est un premier degré pour arriver à la confiance. La volonté est impuissante sur un pareil sentiment. Qu’un homme voie le ciel chargé d’orages, et d’épais nuages que le vent amoncèle sillonnés d’éclairs, vous aurez peine à lui persuader que la journée sera calme et sereine et que la tempête n’éclatera pas tôt ou tard; mais montres-lui que l’orage passe sur sa tête, que la nuée s’amincit, que la foudre s'éloigne vers l'horizon, il examinera attentivement ce que vous lui signalez ; et si ses observations lui confirment les vôtres, il reprendra confiance. Chacun communiquant ses observations aux autres, l'opinion publique s’éclaire, mais la confiance ne se commande pas. Prétendre imposer d'autorité la confiance publique, c’est risquer de faire succéder l’épouvante générale à la méfiance partielle.

La confiance publique est la conséquence naturelle de la possession paisible et garantie des droits de chacun et des droits de tous; c’est, en un mot, la certitude de la jouissance de la liberté générale. La croit-on menacée, chacun promène autour de soi ses regards avec méfiance. La confiance est impossible quand le gouvernement ne peut justifier de sa force; et pour lui il n’est d’autre véritable force que celle qui repose sur l'adhésion et l’accord des citoyens.

CONFIDENCE (de cum, et de jidere, se fier à). Ce mot exprime la part que l’on donne ou que l’on reçoit d’un secret. La confidence est un effet de la bonne opinion que nous avons conçue de l'intérêt qu’une personne prend à nos affaires , de sa discrétion et des secours que nous pouvons aftendre d’elle dans les circonstances difficiles. Une confidence est volontaire ou forcée : dans le premier cas, elle ne peut être que flatteuse et honorable pour celui à qui elle est faite; dans le second, elle perd quelque peu de son prix. Montaigne a dit : « C’est un excellent moyen de gaigner le cœur et volonté d’aultruy, de s’y fier, pourvu que ce soit librement et sans contrainte d’aulcune nécessité, et que ce soit en condition qu’on y porte une fiance pure et nefte, le front au moins déchargé de tout scrupule. » La confidence est une preuve d'estime d’autant plus grande qu’elle est complète, mais déposée dans le sein d’un seul ou d’un petit nombre, et non point prodiguée au premier venu.

Confidence est aussi un terme de jurisprudence, aujour-

d'hui tombé en désuétude. Au temps où le clergé vivait de bénéfices, la confidence était un pacte illicite, une sorte de fidéi-commis par lequel un homme donnait un bénéfice à un autre, à la charge que le donateur aurait pour lui les revenus de ce bénéfice. On trouve dans Froissart un exemple fameux du crime de confidence. Vers l'an 998, Herbert, comte de Vermandois, s'étant emparé de l’archevêché de Reims pour son fils Hugues, qui n’avait encore que cinq ans, Odalric, évêque d’Aix, convint avec lui qu'il remplirait les fonctions épiscopales de l’archevêché jusqu’à ce que ce fils fût en âge de pouvoir les exercer lui-même. En attendant, on accorda à Odalric la jouissance de l’abbaye de Saint-Timothée, avec une prébende canoniale. Ces abus, contre lesquels les lois canoniques et civiles se sont toujours élevées avec une grande force, furent très-fréquents en France sur la fin du seizième siècle. Des bénéfices, des évêchés, étaient alors possédés par des séculiers, par des hérétiques, même par des femmes, à qui des ecclésiastiques confidentiaires prêtaient leur nom. En 1610 Ja reine régente Marie de Médicis rendit une ordonnance dont Part. 1°° porte que, pour arrêter la propagation du crime de con- Jidence, ceux qui à l'avenir seront reconnus tenir des bénéfices en confidence en seront dépossédés, et il sera pourvu auxdits bénéfices, comme vacants, incontinent après le jugement rendu. Aujourd’hui que le clergé est salarié par l'État, et que les bénéfices sont abolis, le crime de confidence ne se commet plus guère que dans les administrations publiques; il ne serait pas difficile de retrouver quelques scandaleuses confidences dans les tripotages de tout genre dont elles sont le théatre. Édouard LEMoInE.

CONFIDENT, CONFIDENTE, grammaticalement parlant, celui, celle à qui l’on fait une confidence. Nous avons aussi, depuis un temps immémorial, les confidents et confidentes de théâtre. Les Grecs admettaient dans leurs pièces de théâtre deux sortes de confidents, le confident intime et le confident public. Le confident intime , c'était l'ami, l'inséparable , l’alter ego, le fidus Achates. Le confident public, c'était le chœur. Le chœur n'était point, comme nos chœurs d’opéras, de vaudevilles ou d’opéras-comiques , une agrégation de voisins faisant partie intégrante de toutes les noces à célébrer et de toutes lesconspirations à ourdir. Le chœur des anciens était là, d’abord avant tout, pour garnir la scène, pour remplir l'intervalle des actes par ses chants et sa pantomime, et ensuite pour recevoir les confidences du personnage principal. Ce rôle de confident, que jouait le chœur était souvent un contre-sens. On comprend bien en effet qu’un homme, fût-il le plus grand des criminels, puisse avoir un am à qui il fait l’aveu de ses fautes; mais on ne comprend pas qu’on aille choisir un peuple pour confident de ses secrets les plus cachés, de ses pensées les plus honteuses, de ses actions les plus coupables. La tragédie moderne, qui a bien assez de ses ridicules, a laissé aux Grecs leur confident-peuple, elle ne lui a pris que le confident-individu. Autrefois, avant Corneille, toutes les princesses de tragédies avaient une confidente : cette confidente était une nourrice, laquelle nourrice s'appelait toujours Alison. Savez-vous qui remplissait ce rôle d’Alison? Un homme, oui un homme avec un masque et des habifs de femme. Depuis Corneille les confidents et confidentes se sont singulièrement perfectionnés : on a fait un très-rare emploi de la nourrice; on a remplacé les Alison par les Olympe, les Céphise, les Phénice et les Phédime. De leur côté, les confidents ont acquis une certaine importance : ils ont pris une part assez active au drame, ils ont été chargés de dénouer l'intrigue, de raconter la catastrophe. Narcisse de Britannicus, Néarque de Polyeucte, Omar de Mahomet, Theramène de Phèdre, sont des confidents. Cet emploi perd chaque jour de son ancienne importance, car le drame moderne, qui a rejeté bien loin les unités de temps et de lieu, le langage noble et décent, le respect des conve-

nances, ef autres vieilleries pareilles, a aussi fait dispa- ? raître, par forme de compensation, les éternels confidents de la tragédie classique, la seule chose peut-être dont on puisse le Jouer. Édouard LEMOINE.

CONFIGURATION (du latin cum , avec, et figura, forme, figure), ensemble de la figure extérieure d’un objet matériel. Les corps des animaux de même espèce ont en général la même configuration sans être tout à fait semblables. Cette expression a quelque chose de plus vague que celles de figure, forme, image, qui sont synonymes.

En astrologie, on donne le nom de configuration ou d'aspect à la distance que les planètes ont entre elles dans le zodiaque, et au moyen de laquelle, selon les astrologues, elles s’aident l’une l’autre ou se font obstacle.

CONFINS, mot emprunté au latin pour désigner un district touchant immédiatement aux frontières d’un État. En Autriche, indépendamment des frontières militaires de Syrmie et de Slavonie, cette expression trouve une acception spéciale sous le nom de confins welches ( Wælsche Confinien), appliquée aux deux cercles de l’extrémité méridionale du Tyroi, de même qu'au ci-devant cercle de Roveredo et de Trente, le point de la vallée de l’Adige où le type italien pénètre le plus en avant en Allemagne.

CONFIRMATION (en latin cenfirmatio, de conjirmare, assurer). On appelle ainsi, dans le langage ordinaire, la preuve d’une nouvelle douteuse ou une nouvelle preuve rapportée à l'appui d’une vérité déjà établie par d’autres arguments, ou d’une opinion déjà motivée par d’autres raisons. Mais en législation, en droit canonique et en droit civil, on appelle confirmation l'acte qui est le complément dun autre, la ratification d’un autre qui le précède. Ainsi, l'arrêt d’une cour qui maintient le jugement d’un tribunal inférieur, l'adoption d’une loi qui sanctionne ce qui avait été déjà établi par un décret impérial, la collation d’un hénéfice électif au candidat présenté, s'appellent confirmation.

CONFIRMATION (Rhétorique). Les rhétoriciens entendent par confirmation cette partie dn discours dans laquelle l’orateur s’efforce de prouver et de rendre évidente la vérité qu’il s’est proposé d'établir, en démontrant chacune des propositions que son sujet renferme et qu’il a dû indiquer dans la division. Cette partie est la principale du discours oratoire, car l’exorde n’est réellement qu’une entrée en scène; la division ne fait qu'indiquer les différents points de vue sous lesquels on traitera le sujet ou en distinguer les différents membres , et la péroraison n’est qu’une exhortation rapide adressée à l’auditeur pour lengager à suivre la doctrine que l’on a développée dans la confirmation et y conformer ses jugements ou ses actes. Aussi cette partie est appelée justement le corps du discours, dans lequel l’orateur peut faire entrer tous les faits, toutes les observations, toutes les explications, tous les raisonnements, tous les moyens de démonstration que comporte le sujet, et résoudre toutes les difficultés par lesquelles on l’a combattu ou par lesquelles il prévoit qu'on pourrait le combattre. Elle est le véritable champ de bataille sur lequel l’orateur cueïlle ses lauriers, signale Ja force de son bras, l’adresse et la précision de ses mouvements, la trempe et l'éclat de ses armes. Elle suffirait pour atteindre le but du discours ; car les autres parties n’en sont que les accessoires , qu’un esprit tant soit peu exercé suppléerait facilement, et que les orateurs de la tribune et du barreau suppriment de nos jours le plus souvent, bien certains que leurs auditeurs ou leurs juges nese méprendront pas sur le but qu'ils s’étaient proposé d'atteindre, sur le résultat qu’ils voulaient obtenir, ni sur l'effet qu'ils voulaient produire par leurs discours. NÉGRIER.

C’est donc dans la confirmation surtout que l’orateur, après avoir posé et divisé les questions, choisit, arrange et développe ses preuves avec toute la force et tout l'éclat | dont elles sont susceptibles.

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