‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 2 sur 607 · LECTURE · texte numérisé non relu

LECTURE

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CO!FFEUR. Si le coiffeur n’est l’alter ego ni du barbier ni du perruquier, il en est souvent le cousin germain ; et les trois états bien des fois se sont personnifiés sur une seule tête. Les Grecs avaïent leur xoupebc, les Romains leur éonsor, dont la boutique était le rendez-vous des oisifs, des conteurs de nouvelles, des gobe-mouches, des bavards de toute classe, où chaque homme libre venait le matin rafraichir sa toilette, où les merveilleux se faisaient rogner les ongles. On y coupait les cheveux sans ciseaux, instrument alors inconnu, auquel on suppléait par deux rasoirs, qu’on faisait jouer en même temps en les opposant l’un et l’autre. Théophraste, Plutarque, Martial, les poëtes comiques grecs et latins parlent fréquemment de ces boutiques de fonsors, baigneurs-étuvistes, et M. Bættiger leur a consacré une dissertation savante.

En France, ce n’est que dans les premières années du dix-huitième siècle qu’il commence à être question des coifeurs, à part et en dehors des barbiers et des perruquiers, Les grands seigneurs avant cette époque chargeaient leurs valets de chambre du soin de leur tête ; les grandes dames les confiaient à leur femme de chambre. Le reste du genre humain, hommes et femmes, était condamné à passer par les mains du perruquier, qui avait fait son temps et qui vicillissait à vue d’œil. Un bon procès en règle est intenté en 1769 aux coiffeurs par les perruquiers : les nouveaux venus le gagnent ; et les premiers occupants ne se sont point relevés du coup, tandis que la fortune de leurs glorieux rivaux n’a (ait que grandir.

Bientôt le litre de coiffeur ne suffit plus à ces fiers artistes ; ils se qualifient d’académiciens de La coiffure et de la mode. Mais à leur tour les académiciens, les grands académiciens, chargés de peigner la langueet d’épiler le vocabulaire, sans les empêcher de l’écorcher en vrais barbiers bien entendu, ne veulent pas de ces collègues de nouvelle espèce, et défense leur est faite d'inscrire sur leur porte, comme ils le faisaient, en gros caractères : académie de coiffure. Is s’en consolent en prenant le titre, plus modeste, de professeurs et en ouvrant des cours de coiffure. La faveur toujours croissante du beau sexe hupé les dédommagea amplement de ce léger échec. Avouons-le en passant, le coiffeur à la mode était ordinairement jeune, agréable, bien tourné. Heureux privilégié, admis aux mystères de la toilette, tous les jours rôdant autour de la même femme comme le serpent autour d'Ëve, attendant l'occasion, caressant sa chevelure d’une main légère, papillonnant çà et là, aussi

DIAT. DE LA CONVERS, — T, VI

longtemps qu’il lui plaisait, autour d’une tête charmante, ayant le droit de la regarder avec amour à mesure qu’il contribuait à l’embellir, il dut trouver le secret de plaire s’il était aimable, et il l'était quelquefois , et flatteur toujours, ce qui ne nuit jamais. Mon Dieu ! n’accusons pas la chronique scandaleuse du temps. Songeons à la légèreté des mœurs, considérons l’abandon de la toilette matinale, l'atmosphère moite et parfumée, les tentations de la solitude, et ne nous étonnons pas que l'heure du coiffeur ait été plus d’une fois l'heure du berger!

Parmi ces enchanteurs du dix-huitième siècle, citons Legros , qui publia en 1769 un traité in-4° de l’Aré de La Coiffure des Dames françaises, qui se vendait deux louis, et dans le post-scriptum duquel il met le public en garde contre une contre-façon propre à tromper l'univers et à détruire un auteur qui a fait un bon livre. Ce législateur de la coiffure eut une triste fin : il mourut étouffé sur la place de la Concorde, lors des fêtes du mariage de Louis XVI.

Citons après lui Dagé, qui ne pouvait suffire à sa riche et nombreuse clientèle. Les chevaux de son carrosse étaient sur les dents. M"° de Pompadour elle-même avait eu bien de la peine à le décider à la coiffer. La première fois qu’il se rendit chez elle, elle lui demanda comment il avait acquisune telle réputation : « Cela n’est pas étonnant, répondit-il, je coiffais l’autre (la duchesse deChâteaurou x). » Ce propos fut recueilli, il cireula à la cour ; et les ennemis de la belle marquise ne la désignèrent plus que par le sobriquet de Madame Celle-ci.

Le beau Zéonard, coiffeur de Marie-Antoinette, acquit une célébrité immense par son habileté à poser les chiffons ; on appelait ainsi l’art d’alterner les boucles de la chevelure avec les plis de la gaze de couleur. On dit qu’il employa un jour quatogse aunes de cette étoffe sur la tête d’une seule dame de la cour. Le talent d’un si grand homme devait faire fureur. Comblédes faveurs du grand monde, il obtint le privilège du théâtre de Monsieur, composé des virtuoses italiens de l’époque, et pour l’exploitation duquel il s’associs, en 1788, avec le célèbre Viotti. Zéonard, dont le véritable nom était Aufier, et qui était Gascon, fut mis par la reine dans le secret du voyage de Varennes, et quitta secrètement Paris un peu avant le roi, chargé d'une partie de sa garde-robe. Mais il paraît qu’il n’était pas entièrement dans la confidence, car ce tut, dit-on, sur l’avis donné imprudemment par lui d’un retard survenu à la voiture royale, que l'officier chargé de l’attendre au relais fit rentrer les chevaux

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