CONGRES — CONGRÈS SCIENTIFIQUES
expression aux assemblées des représentants de différents États réunis en confédération, par exemple aux États- Unis de l'Amérique du Nord. On a vu récemment, dans un État unitaire, mais par suite de souvenirs se rattachant à l’ancien morcellement du territoire, en Belgique, un congrès national constituant, qui fut convoqué le 4 octobre 1830, et dans lequel devaient être représentés tous les intérêts des différentes provinces. Les envoyés à un congrès diplomatique n'étant point adressés à un souverain, il en résulte une modification dans le cérémonial admis par le droit des gens. La présentation des lettres de créance n’a pas lieu alors, et on y substitue de part et d'autre l'échange des pleins pouvoirs. S'il y aun médiateur, c’est à lui que sont remises les lettres de créance, de même que c’est lui qui dirige les négociations, lui à qui on présente les notes et contre-notes, etc. Des congrès ne se réunissent d'ordinaire que lorsqu'il y a des multiples complications d’intéréts dans lesquelles se trouvent engagés des intérêts différents. Les congrès, quand ils atteignent le but qu’on s’en était promis, amènent le dénouement pacifique des grandes crises capables d’ébranler le système politique des États, et l’histoire de la politique européenne se rattache avec raison à l’histoire des congrès et plus complétement encore à l’histoire des traités de paix.
Les congrès de Rœskilde (1568), de Stettin (1570), de Kiwerova-Horka (1581), de Stolbowa (1617), de Wiasma (1634), de Stumsdorf ( 1635) et de Brœmsebro (1645), ne s’occupèrent que des intérêts particuliers du nord. Mais Vun des plus importants et des plus célèbres dans l’histoire est celui quise tint àMunsteretà Osnabruck, à la suite duquel fut conclu le érailé de Westphalie (1648). Le
congrès des Pyrénées (1659) mit fin aux longues guerres entre la France et l'Espagne.
Le règne de Louis XIV fut fécond en congrès. C’est dans cette période que furent tenus les congrès de Bred a (1667), Aix-la-Chapelle(1668),Cologneet Nimègue(1673- 1678), FrancfortetRatisbonne (1681-1684), Ryswick (1697), Oliva (1660), où l’on n’agita que des intérêts relatifs au nord de l’Europe, de même que dans celui qui se tint à Altona (1687-1689). Aux conférences de Carlovicz (1698-1699) et au congrès de Passarowicz (1718), il ne fut question que des intérêts de la Turquie. Mentionnons encore tout particulièrement les congrès qui se tinrent à Utrecht (1712-1713), à Rastadt et à Baden (1714). Vinrent ensuite, à l’époque des intrigues diplomatiques, les congrès de Bamberg (1722), Soissons (1728), Aix-la-Chapelle (1748), qui mit fin à la guerre de la succession d’Autriche. Le congrès de Niemierow (1737) se rapportait à la guerre des Turcs. L’antagonisme entre la Prusse et l’Autriche amena les congrès de Hubertsbourg(1762-1763) et de Teschen (1779); la lutte des États-Unis pour leur indépendance, le congrès de Paris (1782); la lutte entre Joseph et la Hollande, le congrès de Versailles (1784- 1785); l'insurrection des Pays-Bas, le congrès de La Haye (1790). Les congrès de Rastadt (1797-1799), d'Amiens (1801-1802) et d'Erfurt (le premier congrès de souverains), en {808, appartiennent à l'histoire des guerres de Ja Révolution. 1] faut mentionner, dans le système politique du sud-est de l’Europe, le congrès deReichenbach (1790) et plus tard celui de Boukarest (1811-1812). Ici se terminera notre énumération, parce que nous refusons la dénomination de congrès aux simples réunions des ambassadeurs de deux puissances désireuses de traiter de la paix. Cependant l'histoire a conservé le nom de congrès aux discussions diplomatiques qui se tinrent à Châtillon pendant la campagne de France.
A l'époque contemporaine appartiennent les congrès de Vienne (1814-1815), de Paris (1815), d’Aix-la-Chapelle (1818), de Carlsbad (1819), de Vienne (1819-1820), de Troppau(1820),deLaybach(1821), de Vérone(1822),
qui tous, à l'exception du congrès de Paris, eurent pour but de prévenir la guerre, au moyen de mesures prises d’un commun accord.
En 1863, Napoléon III avait convié tous les souverains de l’Europe à un congrès qui se serait tenu à Paris pour traiter des questions qui semblaient devoir amener un jour des complications et déranger l'équilibre européen. Presque tous s’empressèrent d’accepter ; l'Angleterre seule refusa sur le motif qu’un congrès aboutirait précisément au résultat contraire, c’est-à-dire qu’il ferait naître les difficultés qu’il se proposait d'éviter.
Les conférences ont beaucoup d’analogie avec les congrès.
CONGRES (Épreuve du).Cette épreuve était autrefois usitée dans les officialités quand on demandait la nullité d’un mariage pour fait d'impuissance du mari. Elle s’introduisit, à ce qu’on dit, vers le milieu du seizième siècle, par l’impudence d’un jeune homme qui, accusé d’impuissance, offrit de prouver le contraire en présence de chirurgiens et de matrones. L'official eut la faiblesse de déférer à sa demande, et cette singulière jurisprudence fut autorisée par les tribunaux. Cependant il est probable que l’usage du congrès judiciaire remonte à des temps plus reculés.
L’indécence et le peu de certitude de cette épreuve la firent défendre en 1667 dans le ressort du parlement de Paris par un arrêt solennel rendu sur la réquisition de Lamoignon à l’occasion du mariage du marquis de Langey, dont le mariage avait été annulé pour fait d’impuissance, et qui remarié à une autre femme en eut sept enfants.
Boileau avait stigmatisé cet usage par ces vers :
Jamais la biche en rut n’a, pour fait d’impuissance, Traîiné du fond des bois un cerf à l’audience;
Et jamais juge entre eux ordonnant le congrès, De ce burlesque mot n’a sali ses arrêts.
Les autres parlements imitèrent cette jurisprudence, et le congrès fut alors remplacé par les visites des gens de l’art; mais depuis 1789, l’impuissance n'étant plus une cause de nullité des mariages, il ne reste plus trace dans notre législation de cette impudicité légale.
CONGRES SCIENTIFIQUES. On désigne aujourd’hui sous ce nom des réunions libres, à une époque et dans un lieu fixés à l’avance, de savants d’un même pays, ou de nations diverses, pour conférer sur l’état et les progrès des sciences et se communiquer leurs travaux.
C’est la Suisse qui a donné le premier exemple des réunions de ce genre. L'Allemagne ne tarda pas à le suivre, et des congrès scientifiques eurent lieu successivement dans plusieurs de ses villes renommées par la culture des sciences: celui de Berlin, en 1828, avait Humboldt pour président ; en 1832 celui de Vienne compta près de 1,200 membres. Enfin la France a voulu, elle aussi, avoir ses congrès intellectuels. Le premier, dû à l'initiative de M. de Caumont, fut tenu à Caen, le 20 juillet 1833, et présidé par Jullien (de Paris). 11 se partagea en plusieurs sections : sciences physiques, mathématiques et agricoles; sciences médicales ; archéologie et histoire ; littérature et beaux-arts ; économie sociale. Cette organisation s’est conservée dans la suite sauf de légères modifications. Les congrès scientifiques ont eu lieu tous les ans dans une des villes de France, excepté en 1848, en 1870 et 1871 ; mais en 1872 il s’est tenu à Bordeaux.
Parmi les congrès qui se rapprochent plus ou moins des congrès scientifiques, nous citeronslessuivants:les congrès archéologiques de France, qui depuis 1834 se sont assemblés à des époques non déterminées ; le congrès de stalistique, qui s’est tenu à Bruxel es (1853), à Paris (1855), à Vienne (1857), à Londres (1860), à Berlin (1863), à Florence (1867), à Saint-Pétersbourg (1871); le congrès catholique, réuni en 1863 à Malines; le congrès pomolo-
gique de France, fondé en 1856 pour faire progresser l’arboriculture fruitière ; le congrès pour l'avancement des sciences sociales, qui a eu des sessions à Bruxelles (1862), Gand, Amsterdam, ete, ; le congrès médical international, qui réunit en 1867 à Paris près de 700 médecins français et étrangers ; le congrès international de botanique, qui a siégé en 1866 à Londres; le congrès international des pharmaciens (1867), à Paris; le congrès des vétérinaires (1867), à Genève; etc. N'oublions pas d’ajouter à cette liste le congrès des étudiants, qui fit quelque bruit en 1865, et fut tenu à Liége pour délibérer sur la question de l’enseignement ; le congrès de la paix (voy. Parx), et les fameux congrès ouvriers de l'Association internationale des travailleurs (v0y, INTERNATIONALE).
Citons encore, dans l’année 1865, le congrès d’escrime à la Haye, et le congrès des femmes pour l'émancipation de leur sexe à Leipzig.
CONGREVE ( Wizzram), célèbre auteur comique anglais, issu d’une ancienne famille du Stratfordshire, et né aux environs de Leeds en 1671 ou 1672. Son père, officier dans l'armée, alla tenir garnison en Irlande, et s’y fixa avec sa famille. William Congrève reçut à Kilkenny sa première instruction ; il fut envoyé ensuite à l’université de Dublin , où il se distingua. Son père, qui le destinait au barreau, le fit passer en Angleterre après la révolution de 1688. Congrève négligea l'étude du droit pour s'occuper de littérature. Ce fut trois années après son arrivée en Angleterre que, dans la convalescence d’une grande maladie, il s’'amusa à écrire sa première comédie, The Old Batchelor (Le Vieux Garçon), qui fut représentée avec beaucoup de succès en 1693 et lui valut la protection de lord Halifax, grâce à laquelle il obtint successivement des fonctions publiques de mieux en mieux rétribuées.
La comédie du Vieux Garçon est considérée comme un des chefs-d’œuvre du théâtre anglais. Si nous l’examinons en lui appliquant les règles du drame si profond et si sage de Molière, en la comparant aux comédies de ce grand
homme, qui sont gaies sans bouffonnerie, sérieuses sans tristesse, enjouées sans indécence, il nous faudra juger trèssévèrement The Old Batchelor. L’intrigue est mal conduite, les incidents sont invraisemblables et absurdes. On y rencontre des scènes d’une indécence extrême. Ces défauts révoltent d’abord le lecteur, et surtout le lecteur français. Mais on trouvera cependant deux grandes qualités dans Congrève : une verve de gaieté presque inépuisable , et des caractères tracés avec vigueur. Les plaisanteries, les jeux de mots, les quolibets, les expressions bizarres se succèdent dans le dialogue avec une rapidité qui amuse et qui attache. Il ignore ce que c’est que de révéler une passion par un mot simple et profond , que de placer ses personnages dans des circonstances qui les-forcent à se faire connaître ; ses caractères ne sont que des caricatures, mais de bonnes caricatures, qui conservent la vérité qu’elles exagèrent. Elles sont en outre d’une originalité et d’un drôle, qu’on nous passe le mot, vraiment remarquable, On pourrait comparer Congrève à Regnard, s’il était exempt d’affectation. Son grand mérite est d’avoir ce qu’en anglais on appelle de l'humour. La licence du théâtre anglais avait commencé sous la restauration, Maïs il faut rendre justice à Congrève; on s’aperçoit que c’est seulement à la mode qu’il sacrifie la décence; il est malhonnête à son corps défendant; on voit que de son temps c’étaient les mœurs qui corrompaient le théâtre. L'année qui suivit le succès de The old Batchelor parut le Double Dealer, et plus tard Love for Love, pour l'ouverture du théâtre de Betteston, dans Portugal- Row, Lincoln's-Inn-Fields. Ces deux comédies eurent une grande vogue.
Il prit ensuiteenvieà Congrève de devenir poète tragique, et de montrer, comme dit un de ses biagraphes, qu’une tragédie régulière pouvait réussir sur 1e théâtre anglais, Mais The