CONJUGAISON — CONJURATION
forte loupe aucune organisation, et contient dans son inté: rieur un autre tube articulé et rempli de matière colorante. Ces filaments, dont chacun semble former un individu, se joignent à une certaine époque de leur vie, et s'unissent pour ne faire qu’un même être , comme par un mode d’accouplement entièrement animal, au moyen de stigmates de communication, par lesquels la substance colorante passe d’un tube dans l’autre, en laissant l’un d’eux entièrement vide, tandis que des corps ronds et gemmiformes s'organisent dans chaque article du filament opposé. DÉEZzIL.
CONJURATION, complot formé entre un nombre plus ou moins grand de complices pour un but politique, tel que le meurtre du chef d’un État, ou une révolution dans le gouvernement, ou même. dans la constitution du pays. Ces complots ne pouvant d’ordinaire réussir que par le secret , les conjurés se lient entre eux par des serments ; de là leur nom : cum jurare. Le mot conspiration s’emploie comme synonyme pour désigner ces entreprises. Il y a cependant cette différence qu’une conjuration suppose un certain nombre d'hommes engagés dans le même projet, au lieu qu’une conspiration peut être l’œuvre d’un trèspetit nombre, quelquefois même d’un seul homme, témoin la conspiration Malet. Tout conjuré joue sa tête ou sa liberté, puisqu'il attaque un homme ou un gouvernement en dehors de la ligne tracée par les lois. S’il échoue, les lois l’ont condamné d’avance, il doit s’être résigné au ch4timent. Si le succès couronne une conjuration, il n’absout les conjurés qu’autant qu’ils ne sont point condamnés par la conscience publique; et ce verdict irrécusable n’acquitte que ceux qu’il juge n’avoir agi en dehors des lois que pour rétablir leur empire détruit. Dans ce cas, il se prononce aussi pour la mémoire de ceux qui ont succombé. Harmodius et Aristogiton furent honorés à Athènes. Les Romains qui avaient échappé à l’avilissement et à la corruption (et de ceux-là seuls comptait le suffrage), vénéraient l’esclave Epicharis, conjurée contre Néron et bravant le tyran au milieu des tortures. Tout Espagnol digne de ce nom a voué un culte au dévouement du généreux chef des comuneros, don Juan Padilla, et de son héroïque épouse, doa Maria Pacheco. C’est pour Padilla, c’est pour Russell et Algernon Sydney, que semble avoir été fait ce vers de Thomas Corneille dans Le comte d’Essez :
Le crime fait la honte, et non pas l’échafaud,
Charles-Quint et Charles IT avaient violé les lois de leur pays : le succès ne les absout pas plus devant le tribunal de l'histoire que le supplice ne déshonoreleurs victimes. Le recours à ce juge incorruptible contre le crime triomphant est quelquefois la sauvegarde du genre humain, et toujours un appel utile aux arrêts redoutables de la conscience publique.
Toutes les conjurations, il s’en faut bien, ne sont pas des œuvres d’un dévouement généreux. Celles que nous avons citées et quelques autres font au contraire exception, par leurs nobles motifs, aux inspirations perverses, causes trop ordinaires de ces entreprises : l'esprit de faction, un fanatismeaveugle, la vengeance, une ambition effrénée, en sont les mobiles les plus fréquents. Tous les conjurés ne ressemblent point au premier Brutus et à ses amis méditant la rnine de la tyrannie de Tarquin et la liberté de Rome; à Pélopidas, exposant sa vie pour délivrer sa patrie du joug de l'orgueilleuse Sparte; et à Pinto, préparant avec autant de courage que d’habileté l’affranchissement du Portugal, asservi par un usurpateur étranger. Parmi les conjurations flétries par l’histoire, la plus odieuse est celle de Catilina, Une conjuration non moins célèbre dans les temps modernes est celle de Venise, racontée par l'abbé de Saïnt- Réal avec un talent souvent digne de l'antiquité, Mais l'exactitude de son récit a été contestée de nos jours par M. Daru. La conjuration des P azzi contre les Médicis, la conjuration d'Amboïise contre la fatale puissance des