‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 215 sur 607 · CONJURATION — CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

CONJURATION — CONNAISSANCE

Guises, ne manquaient pas de motifs ou de prétextes. Mais les Pazzi se déshonoraient par leur recours à des moyens odieux : les deux Médicis n'étaient pas des tyrans. Quant aux conjurés d’Amboise , ils avaient pour eux de trop justes griefs et les vœux de tous ceux qu'indignait la domination insolente et vexatoire des Guises ; mais la plus grande partie dela nation , quels que fussent les mécontentements publics, avait horreur d’un pouvoir qui eût pu passer aux mains de chefs protestants.

On connaît assez les conjurations qui, si souvent, ont précipité du trône dans la tombe les sultans et les tzars. Ces complots de palais, qui n’ont fait presque jamais que substituer un despote à un autre, sont le danger perpétuel du pouvoir arbitraire. AUBERT DE VITRY.

On appelle encore conjurations des paroles, caractères ou cérémonies magiques , par lesquels les sorciers et magiciens prétendent évoquer ou chasser les mauvais esprits et détourner les choses nuisibles, telles que les tempêtes, les serpents, les maladies, etc. C’est de là qu’on dit, au figuré, conjurer la tempête, l'orage, pour dire détourner par sa prudence ou par son courage un malheur dont on est menacé.

Dans les temps où la crédulité humaine était exploitée par le goût du merveilleux , par la cupidité des adeptes, par le fanatisme ignorant, ajoutant foi à la possibilité du commerce de l’homme avec des puissances occultes ou surnaturelles, on pensait se mettre en rapport avec elles à l’aide de ces cérémonies. De l'Orient, les conjurations passent chez les Grecs ; les magiciennes de Thessalie font descendre la lune par leursenchantements; Médée attelle à son char des dragons ailés; Circé change en pourceaux les compagnons d'Ulysse ; à la durée d’un tison fatal est attachée celle des jours de Méléagre. Vous retrouvez les conjurations en Égypte, chez les Hébreux, chez les Romains, au moyen âge, dans les temps modernes, dans les vers d’'Homère, dans ceux d’Ovide et d’Horace, dans ceux de l’Arioste et du Tasse. Après Sagane et Canidie, Armide et le nécroman Ismen ; puis les &jables et les sorcières, les sorts, les philtres, les maléfices, les images de cire piquées à coups d’épingle ou d’aiguille, et toujours la même baguette magique, traçant les mêmes cercles, toujours lesmêmes paroles sacramentelles, faisant monter l'enfer ou descendre le ciel sur la terre, à la satisfaction des dupes et au profit des fourbes et des cupides.

En matière ecclésiastique, conjuration est synonyme

d’exorcisme.

Chez les anciens Romains, le mot conjuration avait un sens particulier : il désignait une cérémonie qui se pratiquait dans les grands dangers de la République et dans les occasions inopinées. Les soldats assemblés au Capitole faisaient serment, juraient , entre les mains du général, de défendre la République et de sacrifier leur vie pour elle : ce serment fait, ils marchaïent à l'ennemi. La cérémonie jusqu’au serment s'appelait {umulte, et ensuite conjuration.

CONNAISSANCE. Ce mot, pris dans son acception la plus rigoureuse et la plus philosophique, désigne ce phénomène de l'intelligence qui consiste pour elle à savoir qu’une chose est de telle ou de telle manière, et que tel rapport existe entre deux objets de nos idées, ou, en d’autres termes, à se représenter un fait de quelque nature qu’il soit.

Le mot connaissance est quelquelois et improprement employé pour désigner la faculté de connaître. On ne doit entendre par connaissance que le produit de cette faculté, que le fait qui résulte pour nous de l'opération de l'intelligence. La faculté est la cause, la connaissance l'effet. Tous les hommes possèdent la première à peu près au même degré ; il s’en faut bien que tous jouissent éxalement de ses résultats , qui dépendent de son exercice, et qui offrent tant de variétés selon les individus, tandis que dans chacun le principe reste le même.

Il ne faut pas non plus confondre la connaissance aves

l'idée. L'idée entre comme élément dans la connaissance, et il y a entre ces deux faits la différence qui existe entre la partie et l’ensemble, entre l'élément et le composé, La terre est de forme ronde , voilà une connaissance. Terre, forme, rondeur, voilà des idées. Des idées toutes seules ne sauraient satisfaire la pensée, aussi elles n’y entrent jamais sans s’associer de manière à constituer une connaissance. Pour cela, il faut que l’esprit ait perçu un rapport entre deux idées, qu’il l’affirme tacitement, en un mot qu’il ait jugé que ce rapport existe. L'esprit n’a pas besoin de juger pour acquérir une idée; mais il ne peut acquérir de connaissance sans qu'il y ait eu jugement de sa part. La connaissance est donc le résultat du jugement. Les idées sont les éléments épars et sans lien de la connaissance. Celle-ci consiste dans un assemblage d'idées unies entre elles par un rapport qui leur sert delien dans la pensée et qui leur permet d'offrir un sens satisfaisant à l’esprit. Aussi le rapport est-il l'élément essentiel et constitutif de la connaissance, et l’on peut dire qu’autant nous percevons de rapports, autant nous acquérons de connaissances différentes.

Le mot connaisssance n’est pas non plus synonyme de celui de notion. Ce dernier a une signification plus large, puisqu'il s'emploie également pour les mots idée et connaissance; mais s’il s'applique en général à toute espèce d'acquisition de la pensée, il présente le phénomène intellectuel qu’il désigne, revêtu d’un caractère particulier. On entend par notion l'idée ou la connaissance à son état primitif, œuand elle est encore obscure ou imparfaite. Ainsi, avant que l'attention soit venue éclaircir nos idées, quand elles ne sont encore que les premières aperceptions de l'esprit, elles sont à l’état de nofion, et c’est ainsi qu’on désigne ou qu’on doit désigner maintenant en philosophie ce fait par lequel débute l'intelligence, et auquel on avait si improprement donné le nom de sentiment. Quand on dit qu’une personne a quelques notions d’une science, on entend par là qu’elle possède seulement sur cette science des connaissances imparfaites, vagues, superficielles. Quant au mot connaissance , quand il est employé seul et d’une manière absolue, il exprime au contraire ce que l'esprit sait d'une manière certaine, claire, arrêtée, durable.

Les connaissances sont vraies ou fausses (erronées). Elles sont vraies, quand elles sont conformes au fait qu’elles sont chargées de représenter à l'esprit; fausses, quand elles en sont une représentation infidèle. On a donné à ces dernières le nom d'erreurs, aux premières lenom de vérités. En général l'erreur ne dépend que de l’incomplet de nos connaissances ; l’esprit qui aura analysé le plus complétement possible un objet sera celui qui aura le plus approché de la vérité à son égard , si bien que connaissance vraie est à peu près synonyme de connaissance exacte ou complète. Un des caractères essentiels de la connaissance proprement dite est d’être durable. Si la mémoire laisse échapper les acquisitions de l'esprit, on ne peut plus donner le nom de connaissance à ces souvenirs confus et incomplets dont lesprit ne peut tirer aucun parti. Il faut, à proprement parler, qu’il puisse, à volonté et quand ilen aura besoin, évoquer des souvenirs clairs et précis; que les faits se retracent à lui avec netteté et exactitude ; en un mot, on ne pourrait dire d’un homme qui aurait beaucoup lu et presque tout oublié, qu’il possède beaucoup de connaissances. Or, pour que les connaissances présentent ce caractère de durée, de consistance, et pour qu’elles méritent leur nom, le seul moyen que nous ayons à mettre en usage, c’est l'attention, ce grand levier de l'esprit humain. C’est l'attention qui analysera toutes les parties d'un objet, qui en éclaircira les rapports, c'est l'attention qui les gravera dans la mémoire et leur donnera ainsi la durée de la vie.

On qualifie aussi les connaissances de vastes, d'étendues, de variées. C'est lorsque l'esprit a étudié une multitude d'objets différents et parcouru de nombreux rameaux de

l’arbre de la science. 11 importe surtout alors qu’elles soient bien coordonnées; car il ne suffit pas à l'esprit de savoir beaucoup. Les connaissances qu’il acquiert ne sont que des matériaux qu'il lui faut mettre en œuvre, et qui par conséquent doivent être rangés avec ordre, occuper chacun leur place. Il est donc essentiel de bien établir entre les différentes sortes de connaissances les distinctions qui existent entre leurs objets, sans quoi l’on est exposé à appliquer à une chose une méthode ou des règles d’appréciation qui ne conviennent qu’à une autre, 11 est également essentiel d’unir dans son esprit les différentes connaissances d’un même ordre par les rapports qui unissent dans la nature les faits correspondant à ces connaissances. Outre qu’elles se retiennent mieux, parce qu’elles sont mieux liées dans l'esprit, elles se présentent à lui sous un jour plus clair et plus vrai; car l’ordre est pour l'esprit ce qu’est pour les yeux la lumière, et elles forment un système qui constitue, à proprement parler, une science. Celui qui sait beaucoup est un érudit. Celui dont les connaissances sont liées entre elles par un enchaînement systématique est un savant. Bacon est le premier qui ait compris de quelle importance il était pour l'esprit d'introduire l’ordre dans ce vaste pêle-mêle des connaissances humaines ; il en essaya une grande classification, qu’on a pu modifier et augmenter depuis, mais dont on a adopté les bases et les divisions principales.

On pouvait croire que pour diviser les connaissances, il suffisait de distinguer leurs objets et d'établir la division des connaissances d’après la division même établie entre leurs

‘objets. Maïs Bacon remarqua que les mêmes objets , pouvant être considérés par l'esprit sous différents points de vue, donnaient lieu à des connaissances d’un genre tout différent, I remarqua que ce qui constitue cette différence entre nos connaissances, c’est la différence des facultés qui agissent pour en faire l’acquisition , et cette considération le détermina à les classer d’après les facultés dont elles sont le produit. Or, les facultés auxquelles nous sommes redevables de toutes nos connaissances sont la mémoire, leraisonnement et l'imagination. De là kes trois grandes branches de l'arbre encyclopédique , histoire, philosophie, poésie. L'histoire comprend la connaissance de tous les faits que Pesprit peut recevoir par les sens et la conception, et qu'il retient au moyen de la mémoire. La philosophie embrasse toutes celles qui sont les conquêtes de la réflexion et du raisonnement. Enfin, la poésie renferme celles que l’on doit à l'imagination, qui combine les éléments fournis à l’observation, et en forme des composés nouveaux, n'ayant rien qui leur corresponde dans la réalité, et ne devant leur naissance qu'au cerveau du poëte. Cette division posée, Bacon envisage les connaissances de chaque espèce par rapport à leur objet, et ce nouveau point de vue lui fournit les subdivisions ou plutôt les ramifications diverses des branches principales. Ainsi , il divise l’histoire en histoire naturelle et histoire du genre humain ; celle-ci en histoire des différents peuples ; puis, dans l’histoire d’un peuple, il trouve l’histoire de sa législation, de ses arts, etc, Il divise la philosophie en sciences naturelles et sciences métaphysiques , les premières en sciences abstraites ou mathématiques, sciences concrètes , ou physique, chimie, etc., etc.

Si nous restions sans exercer notre intelligence, c’est-à-dire sans la développer dans les phénomènes qui sont sa manifestation et sa vie, quoique nous fussions doués du plus beau privilége que Dieu ait pu accorder à la créature, ce bienfait divin serait nul pour nous; ce serait une semence précieuse, capable de produire la plus admirable végétation, les fleurs et les fruits les plus beaux, mais qui, n'étant pas fécondée, n'aurait aucune valeur, et vivrait obscure et ignorée, d’une vie semblable au néant. Ainsi, l'homme dont l'esprit serait entièrement inculte serait un être sans valeur, inutile à lui-même et à la terre qui le porte, incapable de faire un seul pas vers l’accomplissement de sa destinée, plus

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