‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 221 sur 607 · CONQUETE — CONQUISTADORES · texte numérisé non relu

CONQUETE — CONQUISTADORES

quérir prouve à quel point la chose elle-même était entrée dans nos mœurs et dans nos habitudes. De tous les rois que nous avons eus, ceux que l’histoire a le mieux traités, ceux dont elle s’est constamment appliquée à mettre les faits en lumière, sont ceux qui semblent n’avoir eu pour but, dans le cours de leur vie, que de conquérir des provinces. On peut se demander cependant avec Lamotte :

Est-ce pour conquérir que le ciel fitles rois?

et l’on devra résoudre cette question par la négative, à moins qu’on n’entende par là qu'ils doivent s'attacher, comme Henri IV, Louis XIL et un petit nombre d’autres, à conquérir l'amour et les cœurs de leurs sujets. Alexandre, Tamerlan, Mahomet, César, Napoléon, ont été de grands conguérants; mais qu’est-il resté après eux de leurs conqguéles, acquises au prix de tant de sang et de tant de larmes ? Les capitaines du premier se partagèrent ses États après sa mort, et le dernier alla mourir tristement sur un rocher, après nous avoir fait perdre par ses revers plus qu’il ne nous avait donné par ses victoires. La justice, d’ailleurs, s'allie difficilement à l'amour des conquétes , et la justice seule fait les grands monarques, <omme elle seule peut rendre les nations véritablement glorieuses, et surtout véritablement heureuses. Boileau a dit :

are . En vain aux conquerants L'erreur, parmi les rois, donne les premiers raugs : Entre ces grands héros ce sont les plus vulgaires,

Pope, dans son Essai sur l’ Homme, a peint ainsi le conquérant :

Un héros cherche à vaincre et ne peut s’en lasser Pant qu’il lui reste encore un peuple à terrasser, Un héros sur ses pas ne tourne point la tête;

11 court rapidement de conquête en conquête,

Et sans cesse de sang arrose æs lauriers ,

Seul et frivole objet de ses travaux guerriers, Yoilà le conquérant,

Celui qui le premier s’avisa d’exprimer le caractère d’un conquérant en lui donnant pour devise une comète, avec ces mots latins : Numquam speclatus impune, peignit parfaitement aux yeux et à l’imagination ce que sont les conquérants pour les peuples : un véritable fléau.

On entend à la fois par le mot conquête l’action de con-

| quérir et la chose conquise ; mais ce mot ne s’applique pas

seulement aux choses acquises par la force des armes; il est des conguétes plus douces, plus pacifiques, et surtout plus durables : ce sont les conquêtes du génie, de lesprit, de l'étude, de la science, du talent, des arts et de l’industrie ; et celles-là rendent les peuples plus véritablement grands et heureux que les conquétes achetées au prix du sang et de l'humanité.

Ce mot s'étend aussi au succès que l’on obtient dans une poursuite amoureuse, « Nos prudes et vertueuses aïeules, a dit M° de Scudéry, ne connaissaient point l’art d’enchainer les cœurs et de faire des conquêtes galantes. « Cette phrase est bien digne du siècle des Céladon et des D’Urfé, où l’on avait tout réduit à l’art de soumettre, de conquérir les cœurs, et où l’on bornaït toute sa science à celle de la carte et du pays de Tendre. Aujourd’hui nos femmes font moins de conguétes ; elles brillent peut-être moins dans les cercles et dans les salons ; mais elles élèvent mieux leurs enfants : ce qui est une compensation suffisante à des qualités qu’il faut craindre d'exalter chez elles. Grâce à une ie généralement plus active et qui laisse par là moins de prise aux futilités, le mot conquéle, employé dans le sens de gälanterie, perd tous les jours de son importance et de son à-propos. Comme cette acception pourrait finir par embarrasser quelque Saumaise futur, il est bon de constater la nuance qui la distingue de l’acception primitive et sérieuse du mot. Nous empruntons cette distinction aux

DICT, DE LA CONVERS, = T, V

Questions sur l'encyclopédie, de Voltaire, « Quand les Silésiens et les Saxons disent : nous sommes la conquête du roi de Prusse, cela ne veut pas dire : le roi de Prusse nous a plu, mais seulement il nous a subjugués. Mais, quand une femme dit : je suis la conquéte de M. l'abbé ou de M. le chevalier, cela veut dire aussi il m’a subjuguée. Or, on ne peut sübjuguer madame sans lui plaire; mais aussi madame ne peut être subjuguée sans avoir plu à monsieur, Ainsi, selon toutes les règles de la logique et encore plus de la physique, quand madame est la conquete de quelqu'un, cette expression emporte évidemment que monsieur et madame se plaisent l’un à l’autre : j'ai fait la conquête de monsieur sigmfie 11 m'aime; et je suis sa conquële veut dire nous nous aimons, » N'oublions pas d'ajouter qu’en toutes choses les conquéles sont plus faciles à faire encore qu'à garder : c’est que l'esprit de l’homme, en général, est plus riche en facultés productrices et créatrices qu’em qualités conservatrices ; il ne sait pas s'arrêter dans ses désirs et sacrifie souvent la somme des biens acquis à l'apparence trompeuse d’un bien imaginaire. Edme HÉREAU.

Conquérant fut le surnom des anabaptistes, dont Munzer était le chef. Les conquérants furent entièrement défaits par l’armée des princes confédérés en 1525.

Conquête est le titre de la 48° surate du Coran, où Dieu promet aux musulmans une victoire certaine.

CONQUISITEURS (conguisilores), gens, à Rome, qu’on envoyait pour rassembler les soldats qui se cachaïient, ou que des parents retenaient. On employait quelquefois à cette fonction dés sénateurs, des députés, Zegali, ou des triumvirs, mais toujours des hommes sans reproche et nés libres.

CONQUISTADORES, c’est-à-dire conguérants.

C’est ainsi qu’on appelle dans les ci-devant colonies espagnoles de l'Ameïique les conquérants du territoire et leurs descendants, qui y ont pris une position particulière relativement au reste de la population, de même qu’à l'égard de la mère-patrie. Les chevaleresques conquérants subjuguèrent pour la plupart sans la moindre coopération de l’État, ou tout au moins de la couronne d’Espagne, l'immense et riche contrée qui s'étend depuis la Californie jusqu’à l’embouchure de la Plata, et reçurent de la cour, comme récompense, de grands titres de noblesse, de vastes concessions de terre, avec denombreux priviléges en ce qui touchait l'impôt et l’administration coloniale. Mais la plus grande partie des conguistadores partagèrent à leur tour, sous réserve de certains droits féodaux, les terres à eux concédées par la couronne entre les guerriers de grades inférieurs qui les avaient accompagnés dans leurs expéditions, ou bien les revendirent à d’autres aventuriers attirés dans les colonies nouvelles par le désir de faire fortune. Les descendants des conquistadores vécurent ensuite comme grands, propriétaires fonciers et complétement indépendants dans leurs terres, au milieu de leurs fermiers, de leurs vassaux et des Indiens ou esclaves qui en dépendaient, placés à l'égard des petits propriétaires dans une position analogue à celle de la haute noblesse de la mère patrie. Ils se souciaient peu de la cour du vice-roi ou bien du capitaine général, contrariaient avec un certain orgueil l’action des fonctionnaires publics, demeuraient honorés et estimés à cause de la gloire de leurs ancêtres, et transmettaient à leurs héritiers la totalité de leurs biens conformément au droit de primogéniture. On trouve parmi eux les mêmes noms que dans l’histoire de la péninsule pyrénéenne, des Ponce de Léon, des Mendoza, des Guzman, etc. Mais plus tard cet état de choses chance. A partir du règne de Phitippe IL, l'aristocratie territoriale, de même que les communes des diverses villes et municipalités (cabildos), formant ie noyau de la population européenne fixe, en d’autres termes les créoles, investis à l’origine des mêmes droits que les individus originaires de l'Espagne même, ou ckapetones, souvent même

2,0 possédant des priviléges plus étendus, furent, en violation flagrante de toutes les lois existantes, systématiquement opprimés, en même temps queles chapetones, objets de faveurs de tout genre, leur étaient en tout préférés. Dès lors, ces chapetones s’arrogèrent le premier rang et tous les grands émplois publics comme leur propriété exclusise. Ces modifications profondes survenues dans l’état social et politique, de même que les mesures de rigueur employées par le gouvernement pour soutenir son système de monopole et de séquestration, les concussions effrénées des fonctionnaires publics, etc., finirent par désaffectionner les masses, mais plus particulièrement l'aristocratie territoriale, les fiers descendants des conguistadores, et amenèrent la disposition des esprits par suite de laquelle ces riches contrées en vinrent un jour à se séparer de la mère patrie. Dans la lutte qui s’ensuivit, les anciennes familles des conqguis{adores fournirent à l'insurrection la plupart de ses chefs militaires.

CONRAD. L'empire d’Allemagne compte quatre empereurs de ce nom. Quelques historiens y ajoutent Conradin,

CONRAD I, roi ou empereur des Allemands (911-918), duc des Franconiens, monta sur le trône lorsque, par suite de l’extinction de la famille des Carlovingiens, l’Ailemagne devint un royaume électif; et Othon l’Illustre, de Saxe, ayant refusé le titre de roi à cause de son grand âge, conseïlla aux Franconiens et aux Saxons de le choisir à sa place. Malheureusement, sous les derniers Carlovingiens, race faible et dégénéréé, toute puissance était tellement tombée aux mains des seigneurs, que tout son règne ne pouvait être qu’une série d’efforts pour donner un nouveau relief à la dignité impériale. C’est ainsi qu’en 912 il dut envabir la Lorraine, qui s’était détachée de l'empire et soumise au roi de France Charles le Simple ; mais un enchainement de circonstances malheureuses fit qu’i ne put en réintégrer qu’une partie à l'empire. Il lui fallut aussi faire la guerre à Henri de Saxe, fils d’'Othon l'Illustre, à qui il avait accordé en 912 la succession en Saxe, tout en la lui refusant dans les autres fiefs de l'Empire, Quand ce prince essaya de faire prévaloir ses prétentions par la force des armes, il l’assiégea dans le château de Grona; mais Henri s’élant ligué avec le roi de France, Conrad se trouva réduit à l’impuissance contre lui. 11 fut plus heureux dans la lutte qu’il entreprit peur faire rentrer dans le devoir divers seigneurs ambitieux de la Souabe qui troublaient la paix de l’empire. Deux d’entre eux, Erchanger et Berthold, députés à la diète de Souabe, qui avaient attaqué l’évêque Salomon de Constance , furent pris, condamnés en 916 daus une assemblée de princes tenue à Altheim , décapités en 917 à Adingen, et le comte Burkhardt fut élu: à leur place duc d’Alemanie. Le duc Arnoulf de Bavière, qui avait prêté assistance aux deux députés à la diète de Souabe, fut aussi vaincu par Conrad et réduit à se réfugier avec toute sa famille en Hongrie, Une tentative qu’il fit ensuite pour envahir la Bavière avec des Hongrois échoua honteusement. En 917, les Hongrois , agissant, suivant toute vraisemblance, à l’instigation d’Arnoulf, attaquèrent de nouveau l’Empire, traversèrent la Bavière et la Souabe, parvinremt jusqu’en Alsace el en Lorraine, exerçant partout sur leur passage les plus effroyables dévastations, et emportant un immense butin. A sa mort, arrivée le 23 décembre 918, Conrad engagea son frère, le duc Eberhard, et l'élite des seigneurs de la Franconie orientale, à choisir pour empereur le puissant duc Heari de Saxe , seul capable de protéger l'empire contre ses ennemis tant extérieurs qu'intérieurs, et qui, en effet, lui succéda sous le nom de Henri 1°",

CONRAD II ou le Salien, roi des Allemands, empereur romain (1024-1039), fils du duc Henri, duc de Franconie, est le vrai fondateur d2la maison Francouienne ou Salienne, dont le désintéressement et la loyauté de Conrad I!" avaient

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