CONRING — CONSCIENCE
la ville de Rome en général. De tous les artistes contempo-. rains, Canoyv a fut celui qui jouit auprès de lui de plus de faveur. ;
Ses travaux diplomatiques eurent pour la plupart un beureux résultat, et il fit preuve d’une grande habileté dans la négociation des divers concordats successivement conclus avec la Russie, la Pologne, la Prusse, la Bavière, le Wurtemberg, la Sardaigne, l'Espagne, Genève, etc. A la mort de Pie VII, dont il avait été pendant vingt-trois ans le soutien, il dirigea les affaires pendant la vacance du saint-siése en 1823. Puis il se retira dans la Sabine, à Montopoli, pour y rétablir sa santé délabrée, et mourut à Rome, le 24 janvier 1824. On a publié, en 1860, les Mémoires du cardinal Consalvi (Paris, 2 vol, in-8°).
CONSANGUIN. On appelle ainsi les enfants nés du même père.
CONSCIENCE. De toutes les facultés qui constituent l’esprit humain, il n’en est point de plus vaste, de plus riche dans son développement, de plus inhérente à sa nature, et, si l’on peut parler ainsi, de plus fondamentale que la conscience. C’est ainsi qu’on nomme ce pouvoir dont l'âme est douée, d’être incessamment avertie detout ce qui se passe dans son sein, de connaître toutes ses modifications, quelque nombreuses, quelque diverses qu’elles soient, et de pénétrer dans les replis les plus profonds et les plus mys-
térieux de son être. Tandis que l’âme est comme un im-
mense théâtre où se succèdent à chaque instant des scènes différentes, tandis que fous les faits qui l’environnent viennent s’y retracer en foule, tandis qu’elle passe par mille alternatives de joie et de douleur; que les espérances, les craintes, les désirs, les passions de toute espèce, la remuent et l’agitent en tous sens; tandis que la raison intervient pour lui révéler l'infini, le principe de toutes choses, généraliser les faits dont elle est témoin, les transformer en vérités, et lui imposer des croyances; tandis qu’elle lui apprend sa loi, et lui montre la route qui doit la conduire à sa fin divine, au fond de l’âme est placée la conscience, comme un flambeau qui répand la clarté et la vie sur ce vaste tableau, ou plutôt comme un spectateur tranquille et impartial, qui assiste à ce grand drame, en examine, en juge tous les détails et les résume par la pensée.
Cette faculté ne pouvait être mieux désignée que par le mot consciente, qui par son étymologie fait bien comprendre que la mission de cette faculté est de permettre à l’âmede savoir, pour ainsidire, avec elle-mêmet( scire cum), c’est-à-dire de se rendre compte de ce qui se passe en ellemême, On lui a aussi donné le nom de sens infime, sous lequel on la désignait dans l’école, et que Laromiguière a voulu rajeunir en appelant la conscience sentiment des facultés de l'âme. Nous ne voulons point élever ici une discussion de mots, mais nous pensons que cette faculté est plus convenablement désignée par le mot conscience que par toute espèce de dénomination qui impliquerait l’idée de sentir. Les phénomènes de conscience portent au plus haut degré le caractère de phénomènes intellectuels, puisque ce
; sonf eux qui nous révèlent, c’est-à dire nous font connaître
à nous-mêmes. Si ces phénomènes n'étaient que des sentiments, c’est-à-dire des modificaticns de praisir ou de peine, jamais nous ne nous connaîtrions, car les plaisirs ou les peines ne sont chargés de nous rien représenter, denousrien apprendre ; ce droit n’est réservé qu’à la notion, c’est-à-dire aux phénomènes intellectuels, et ceux-ci supposent un principe de cette nature, Nous savons qu’on dit, dans le langage vsuel, que l’âme se sent ; mais qui ne voit que c'est un abus de mots, et que dans le fait on veut dire l'âme se sai ? À moins qu'on ne convienne de désigner par le mot sentiment la notion intime que l'âme a d'elle-même; mais pourquoi employer un mot qui désigne un tout autre ordre de faits, et quelle nécessité de faire cet emprunt à la langue des phénomènes affectifs, quand on a les mots per-
CONSCIENCE
ception interne, notion intime, qui désignent directement Je fait qu'on veut exprimer, quand l'emploi de ce mot sentiment ne peut qu'amener une déplorable confusion dans des faits dont l'analyse exige tant d’exactitude et de clarté? Si le mot sentir signifie au propre éprouver du plaisir ou de la douleur, être modifié d’une manière agréable ou pénible, laissons-lui cette signification, et gardons-nous de l’employer dans une acception qui n’a aucun rapport avec la première, celle de savoir ce qui se passe au dedans de nousmêmes.
Ne nous bornons pas à une définition; étudions cette faculté dans ses principaux caractères. Le premier qu’elle nous présente est sa spontanéité, qui consiste pour elle à agir instantanément et indépendamment de la volonté. Quel que soit le phénomène qui modifie l'âme, elle Ven avertit aussitôt et malgré tous les efforts que l’âme pourrait faire pour ignorer son nouvel état. Si nous sommes libres de produire un acte ou de ne point l’accomplir; si nous pouvons quelquefois écarter de notre esprit les idées qui lui sont pénibles, commander à nos émotions, étouffer certains désirs, nous ne sommes point libres de nous dérober aux suggestions de la conscience. Que de fois nous voudrions ignorer la situation de notre âme! Mais la conscience est toujours là, dont la voix fatale et inexorable nous redit sans cesse ce qu’elle perçoit en nous tant que dure le fait placé sous ses regards. En un mot, à tout phénomène de notre âme est invinciblement liée la conscience du phénomène. Autrement il n’existerait pas pour nous.
Mais si son action s'exerce avec une autorité si absolue, ellenes’exerce que pendant la durée du fait qui est en nous, c'est-à-dire qu’elle est concomitante du fait, et qu’elle cesse avec lui. La mémoire seule est chargée de conserver les notions passagères qu’elle nous donne, et l’on sait que la mémoire n’est pas toujours un fidèle dépositaire. Aussi quand nous voulons retrouver certains faits complexes qui se passent trop rapidement en nous pour que nous puissions en saisir à la fois toutes les parties , et que nous ne pouvons consulter que la mémoire, celle-ci ne nous-en donne qu’une connaissance obscure et incomplète; mais on aurait tort d’en accuser la conscience, dont l’action ne se prolonge pas au delà de la durée du fait. La conscience, au contraire, est infaillible à nos yeux, et nous ne pouvons jamais révoquer en doute les faits qu’elle nous atteste. Rien n’est pour nous l’objet d’une croyance plus ferme que l'existence des faits qui se passent en nous-mêmes , au moment où ils s’y passent, parce que c’est la conscience qui nous les atteste, et qu’il nous est impossible de repousser son témoignage.
Maïs la conscience n’est pas privée du pouvoir de donner de la durée et de la consistance au souvenir des faits psychologiques. Elle appelle l’activité à son secours, et, cessant de se borner à un rôle passif, elle dirige volontairement ses regards sur ces phénomènes, les contemple à mesure qu’ils se déroulent devant elle, les examine et les suit avec curiosité jusqu’à ce qu’ils aient disparu, les fait renaître pour les observer mieux encore, et en dépose alors dans la mémoire un souvenir plus durable et plus complet, La conscience devenue active pour observer les faits internes prend le nom deréflexion, parce que l’âme semble alors se replier et faire un retour sur elle-même pour mieux saisir les phénomènes dont elle est le théâtre.
La conscience à l’état de réflexion est la seule méthode légitime de la science psychologique; car la psychologie ayant pour but la connaissance de l'esprit humain, c’est-àdire de tous les phénomènes qui en sont le développement, à la conscience seule appartient de procéder à l’observation de ces phénomènes qui se passent dans son sein, qu’elle seule atteint et nous révèle, et auxquels elle peut appliquer . son aftention comme les yeux appliquent la leur aux faits de lextériorité.
naissances psychologiques , elle est encore le fondement de toutes nos Croyances. La perception interne et externe le raisonnement appliqué aux faits qu’elles nous attestent! la mémoire, qui conserve le souvenir des faits et des loir observées : voilà les seules sources auxquélles nous puisions notre croyance à ces faits et à ces lois. Mais qui nous garantit la validité de ces motifs de certitude, si ce n’est la conscience, qui seule nous atteste leur existence, et nous les présente comme des témoins dignes de foi?
Ici on élève une grave objection. On prétend que la conscience n’est appelée qu’à connaître des faits du moi, que la raison n’est pas un phénomène du moi, mais ux élément distinct du moi et de ses phénomènes, un rayon de la lumière divine, qui vient éclairer l’âme et lui apporter la connaissance de la vérité; qu’elle n’a pas besoin du contrôle de la conscience pour être acceptée comme source infaillible de toute vérité; qu’elle se légitime par elle-même, et n’a qu’è se montrer pour être crue, semblable au soleil, qui prête sa clarté à tous les objets et n’a besoin d'emprunter à rien la lumière pour se manifester à nos regards; et comment, ajoute-t-on, la conscience, qui n’atteint que le moi, pourrait-elle atteindre la raison, qui n’est point le moi, et qui nous révèle le non-moi, l'infini ? Si la conscience atteint la raison comme un fait du moi, il ne nous sera plus pennis de conclure à l’existence du non-moi ; l'homme sera toujours enfermé dans les limites de sa personne, puisqu'il ne perceyra jamais que les phénomènes qui lui appartiennent ; toutes les vérités, tout ce monde extérieur que lui révèle sa raison, ne seront pour lui que ses idées, que le fait de son imagination personnelle. De là l’idéalisme , qui ne peut franchir les limites du subjectif.
Ce qui a donné lieu à cette objection, c’est que la nature de la conscience a été mal étudiée et mal comprise. D'’ailleurs, la supposition de l’impersonnalité de la raison ne résoudrait pas la difficulté qu'on veut lever; car si la raison est impersonnelle, c’est-à-dire complétement indépendante du moi, il sera tout aussi difficile de comprendre comment le moi peut atteindre l'objectif, ou, en d’autres termes, comment l’homme peut ajouter foi à la raison. En effet, on nous présente le moi comme borné aux modifications qui le constituent et que la conscience lui fait connaître. Or, comment pourrait-il comprendre la raisen, qui n’est pas lui, puisqu'il ne comprend que lui-même? Il est forcé de la reconnaître quand elle se présente, direz-vous; mais cette explication est contraire à votre hypothèse, d’après laquelle la conscience ne connaît que des faits du noi. Car du moment où elle admet, de gré ou de force, la raison et ses révélations , elle ne connaît plus seulement des faits du moi, elle prend aussi connaissance de ce qui n’est pas le moi, de l’impersonnel, de l'objectif, comme vous l’appelez. Toutes. ces difficultés cesseront quand on aura mieux apprécié la nature de la conscience. Assurément nous sommes le sujet d’une foule de modifications passagères , variables, qui constituent notre nature variable, contingente, bornée, finie, en un mot la partie phénoménale de notre être. Assurément aussi il existe dans notre pensée un élément qui représente l'infini, l’invariable, les lois éternelles, les vérités nécessaires , etc.; et ces deux éléments sont bien distincts l’un de l’autre. Comment se fait-il qu'ils se trouvent cohabiter en nous, et que la conscience les aperçoive tous deux? C’est que-la conscience n’est ni l’un ni l’autre, mais le rendezvous de l’un et de l’autre, et comme un terrain neutre où ils viennent se donner la main. C’est elle qui sert de lien dans l’homme au fini et à l'infini, au phénomène et à l'être, par la connaissance qu’elle prend de l’un et de l’autre; elle participe ainsi de la nature des deux principes, elle est leur alliance réalisée et intelligente ; et c’est là précisément ce qui constitue l’homme. L'homme n’est donc ni seulement la raison et la vérité, ni seulement les phénomènes passagers qui le
La conscience n’est pas seulement la source de nos con- | modifient; il tient des deux natures, il en est comme la résul.
tante et le rapport vivant. La conscience est donc l'élément constitutif del’homme, elle est son essence; âme, conscience, sont pour nous des expressions synonymes, si ce n’est que dans le mot conscience il y a uné idée de plus, celle d’âme qui
. seconnaît. Depuis longtemps on avait remarqué dans l’homme laprésence de deux éléments opposés, mais on n’avait point suffisamment remarqué ce qui sert à unir en lui ces deux éléments ; l'homme n’est pas seulement homo duplex, on pourrait l'appeler Aomo triplex; or, ce troisième élément que nous reconnaissons en lui, que nous regardons comme le plus saillant et comme constitutif de sa nature, c’est la conscience. Au reste, ce troisième élément va se dessiner plus nettement encore dans le fait de liberté auquel il donne lieu, et qui va servir à le mettre dans tout son jour.
Un des attributs essentiels de la conscience est d’être la source et la condition de la liberté morale dans l’homme. Il est impossible de ne pas reconnattre que dans cette vie nous sommes constamment placés entre la raison, qui nous conseille d’exécuter notre loi, c’est-à-dire le bien, et nos passions, c’est-à-dire les vues étroites et mesquines de nos intérêts passagers et terrestres, qui nous détournent de l'exécution de notre loi : or, à quelle condition sommesnons libres de suivre l'un ou l’autre parti? A la condition d’entendre la voix des deux conseillers qui nous poussent vers l’un ou vers l’autre, à la condition de pouvoir les apprécier tous deux et délibérer sur le parti que nous avons à prendre : or, qui pourra entendre ces deux avis, faire cette appréciation de l’un et de l’autre, hésiter entre les deux , si ce n’est un tiers? C’est la conscience qui est ce troisième personnage, c’est la conscience qui assiste au débat, qui intervient , et dont l'intervention est nécessaire pour examiner, délibérer, juger. La conscience , en venant se poser ainsi entre la raison et la passion pour prononcer entre les deux, se pose donc par là même comme distincte de l’une et de l’autre, el constitue la personnalité humaine : ainsi, d’une part, elle est la condition de la liberté, puisque l’homme ne serait pas libre s’il n’était point averti par sa conscience qu’il a deux partis entre lesquels il peut choisir; d’une autre part, elle apparaît comme distincte de la raison et de la passion, puisqu'elle les entend, les écoute et les compare toutes deux. C’est donc la conscience qui constitue essentiellement l’homme, c’est-à-dire l’homme libre, l’homme moral. Ajoutons un dernier trait, qui achèvera de la peindre : si l'homme, cet assemblage d'éléments contraires, ce mélange de bien et de mal, de vertus et de faiblesses, de vérité et d’erreur, de grandeur et de misère, est pourtant un être simple, unique et identique à lui-même , il le doit à sa pensée, qui résume en lui toutes ces natures, nous voulons dire à la conscience.
La faculté qu’on appelle conscience morale est-elle distincte de celle dont nous venons de parler? Si elle en est distincte, par quels points en diffère-t-elle? Jusqu’à présent cette faculté a été regardée comme élémentaire, simple, c'est-à-dire indécomposable, irréductible à aucune autre, et par conséquent totalement distincte de la conscience psychologique; on lui a donné pour fonction particulière de faire l'acquisition des idées de bien et de mal, et d’apercevoir dans certaines actions leur caractère de bonnes ou de maywvaises, Une analyse plus complète nous montrera que la conscience morale n’est pas une faculté première , mais qu’on peut la ramener à celles que nous connaissons déjà, Qu'est donc chargée de nous apprendre la conscience morale ? Que tel ou tel acte est conforme ou non à l’idée que nous avons du bien (nous ne parlerons pas ici du sentiment moral, qui ne nous apprend rien, et qui ne fait que nous affecter agréablement ou péniblement à l’occasion d'une action bonne ou mauvaise). Or, il est facile de démontrer que l'appréciation de la moralité d'un acte n’exige pas l’adnission d’une faculté expresse et nouvelle.
Pour juger qu'une action est conforme ou non au bien,
CONSCIENCE
il faut que nous ayons acquis préalablement l'idée de bien Cette idée nous est donnée par la raison, car le bien d’un être est l’accomplissement de sa loi ou de sa destinée : or, il est évident que c’est la raison qui nous donne les idées de notre loi, qui nous élève par l’induction à la connaissance de la fin pour laquelle nous avons été créés. Ces deux termes nous étant donnés, l’un par la raison, l’autre par la conscience, il suffit d’un simple jugement pour en percevoir le rapport, c’est-à-dire pour prononcer que l’acte est conforme ou non conforme au bien, qu’il y à convenance ou disconvenance entre l’idée du bien et l’acte dont nous avons connaissance. Il reste à expliquer, dira-t-on, l’idée d'obligation l'idée de mérite et de démérite, qui sont des caractères essentiels de l’acte moral. Mais qu'est-ce que l'obligation, sinon un rapport nécessaire entre un agent raisonnable et libre et le bien, que laraïson lui révèle? qu'est-ce que l’idée du mérite ou du démérite, sinon un rapport nécessaire entre l’idée d’une action libre conforme au bien, et l’idée de bonheur, de récompense; entre l’idée d’une action libre contraire au bien, et celle de souffrance, d’expiation? Or, à quelle autre faculté, si ce n’est à la raison, attribuer la notion des rapports nécessaires? On voit donc que pour expliquer l'appréciation d’un acte moral il n’est nullement besoin de recourir à une faculté primordiale, simple, élémentaire, et que la conscience dite morale se ramène facilement aux facultés élémentaires que nous connaissions déjà, la conscience, le jugement, la raison.
Ilest vrai, et hâtons-nous de l’ajouter, que la conscience de tout acte moral est accompagnée d'un sentiment d'une nature particulière, qu’on a qualifié de sentiment moral. Quand nous sommes témoins d’une action bonne ou mauvaise, le sentiment qui s’élève alors en nous prend le nom d'admiration ou d'indignation; ou bien, si nons sommes nous-même auteur de l’action, ce sentiment, changeant de nature et de nom, est qualifié de joie de la conscience , de satisfaction intérieure, si l’action est conforme au bien, ou de semor ds si l'action lui est opposée ; mais quoique ce phénomène affectif soit étroitement lié à toute idée morale et remplisse dans l’acte complexe de la conscience un rôle extrêmement important, on doit néanmoins le distinguer avec le plus grand soin du fait de la conscience morale, par la raison qu'il n’est jamais qu'un phénomène affectif, un plaisir ou une peine, un sentiment, sui generis il est vrai, mais qui, par cela même qu’il n'est qu'un sentiment , se sépare nettement, aux yeux de l'analyse, du fait intellectuel. D'abord il est aisé de prouver qu’il en est complétement distinct , car il ne se manifeste et ne peut se manifester dans l’âme qu'après que le fait intellectuel a eu lieu, c’est-à-dire après que l'intelligence a apprécié le caractère de l’action. Sinous voyons un fou frapper d’un coup de bâton un autre homme, ce n’est pas l’indignation qui fera battre notre cœur; maïs si nous supposons la raison et la liberté dans celui qui frappe, quoique l’acte soit matériellement le même, à coup sûr le sentiment d’indignation s’emparera de nous; et pourquoi? Parce que l'intelligence aura préalablement apprécié les caractères de l'acte, parce que nous l’aurons cru produit librement par un être raisonnable. Retirez cette croyance à la liberté dans l'agent, et son acte cessera de nous inspirer de l'horreur. Il est donc évident que le sentiment moral suit la notion morale, et que, loin de l’engendrer, il n’en est que la conséquence ; il s'associe constamment mais ne se confond pas avec elle : d’ailleurs, on conçoit que si l'on réduisait la conscience morale à être une faculté affective, on donnerait à la morale une base fausse et trop instable, puisque le sentiment est variable de sa nature, et que dans tous les cas il n'entraine pas l'obligation, qui ne peut résulter que des idées fournies par la raison, idées toujours les mêmes, invariables , éternelles, et par cousequent seul fondement possible de la morale.
Maiutenant; pourquoi celte faculté complexe chargée d'ap-
CONSCIENCE
précier la moralité des actions a-t-elle pris le nom de constience plutôt que celui de raison? II semble en effet que la raison joue ici le principal rôle : c’est elle qui donne les idées de bien, d'obligation, de mérite et de démérite ; tous les jours on dit de la raison qu’elle nous enseigne l’accomplissement de nos devoirs; on parle des conseils, des préceptes de la raison ; on sait que plus la raison est développée dans un homme, plus il est apte à l'intelligence et à la pratique du bien; la conscience proprement dite parait ne remplir qu’un rôle secondaire, fournir quelques éléments au fait intellectuel, la notion d’acte par exemple, celle de liberté. Pourquoi donc ce nom de conscience donné à la faculté morale ? Serait-ce une usurpation? Nous ne le croyons pas pour notre compte. Voici, selon nous, le véritable motif de cette dénomination : dans la langue usuelle, on n’applique guère ce mot de conscience qu'à l’appréciation d’actes accomplis, et accomplis par nous-mêmes. Ainsi, Pon dira qu’on trouve dans sa conscience la plus douce récompense de sa vertu, que la conscience ne laisse pas de repos au coupable, etc. C’est que d’abord c’est la conscience qui place sous nos yeux l’action accomplie par nous, revêtue de tous les caractères qui lui sont propres, et que c’est encore la conscience qui nous révèle le sentiment dont notre action a été accompagnée. C’est en effet ce sentiment qui donne à,nos yeux le plus d'importance ànotre action, puisque c’est par lui que nous sommes heureux ou malheureux ; c’est lui qui la grave dans notre souvenir, et lui donne de la durée et de la consistance dans notre pensée; c’est lui qui en est en quelque sorte le côté le plus saillant, et c’est pour cela qu’en qualité de phénomène affectif, il a été remarqué le premier et regardé par beaucoup comme le cri£érium de la moralité de nos actes : or, comme c’est la conscience qui nous annonce ce sentiment et nous avertit infailliblement de sa présence , on a donné ce même nom de conscience à la faculté chargée de nous rendre compte du bien ou du mal que nous avons fait.
On voit par ce qui vient d’être dit en quoi la conscience dite morale diffère de la conscience proprement dite, et ce qu’elle a de commun avec elle; mais un point qu'il est important de remarquer et par lequel elle s’en distingue encore, c’est qu’elle est loin de participer à son infaillibilité. En effet, pour que la conscience morale fût infaillible, pour que nous pussions décider sur-le-champ et à coup sûr qu’une action est ou non conforme au bien, il faudrait que nous connussions d’une manière positive quel est le bien que l'homme est chargé d'accomplir, quelles que soient les diverses circonstances où la nature et le sort l'ont placé. Or, comme pour savoir quel est le bien des êtres qui nous entourent et sur lesquels il nous a été donné mission d’agir, il faut que nous connaïssions leur nature, leur fin, et les moyens qui doivent les y conduire, il est évident que nous ne pouvons décider a priori, pour beaucoup d’actions, si elles sont on non conformes au bien; fout ce qu’on peut dire, c’est que nous pouvons décider a priori que nos actions doivent être conformes au bien, et que celui qui aura librement commis un acte qu’il croit contraire au bien est coupable, parce que nous possédons a priori les idées de bien, d'agent libre et d'obligation. Ce qu’on peut &ire encore, c’est que nous avons une notion instinctive du bien que nous sommes chargés d’accompiir; notion obscure, il est yrai, incomplète, mais que tous les peuples se sont efforcés d'éclaircir; c’est que les principaux points de morale ont été déterminés, et que plus l’homme avarce dans la connaissance de sa nature, plus il fait de progrès dans l’appréciation du bien, c’est-à-dire dans la science de la morale; mais ce n’est qu’autant que la nature de l’homme sera bien analysée et bien comprise, que la conscience humaine sera éclairée sur la théorie des devoirs : l’avenir de la morale est dans la psychologie. C.-M. PAFFE.
CONSCIENCE ( Cas de). Voyez CAS DE CONSCIENCE.
ICT, DE LA CONVERS. — T, VI
CONSCIENCE (Conseil de). Voyez Coxserr.
CONSCIENCE (Liberté de). Voyez Ligerré.
CONSCIENCE (Henonicx), romancier distingué et
créateur de la littérature flamande, né le 3 décembre 1812,
à Anvers, perdit sa mère de bonne heure, et fut élevé dans
la maison de son père, qui faisait un assez singulier com-
merce de débris de navires et était par dessus le marché un assez étrange original. Ce fut à l’aide de lectures immenses et sans choix que Hendrick Conscience parvint à se for-
mer. En 1830 il s'enrôla volontairement dans l’armée, où il
parvint jusqu’au grade de sergent-major. Rentré dans la
vie civile, il donna avec ardeur dans le mouvement flamand, et ne tarda pas à attirer l'attention publique par ses entratnantes improvisations et par ses poétiques descriptions.
C’est à moitié découragé par l’inutilité de ses efforts pour
se créer des ressources, que Conscience écrivit son premier
roman, le premier aussi qu’ait eu la langue flamande, 7n
het wonderjaer 1566 (Gand, 1837). Malgré le succès im-
mense de ce livre, tableau remarquable à tous égards de
la lutte entre la politique asservissante de l'Espagne et le réveil de l'esprit de liberté dans les populations germaines, l’auteur se vit mettre à la porte de la maison paternelle par un père qui n’appréciait pas du tout le métier d'écrivain.
Introduit auprès du roi Léopoid par le peintre Wappers,
Conscience obtint de ‘ce prince des secours qui le mirent
en état d’obéir en toute sécurité à l'influence secrète qui
lentraînait vers la culture des lettres; et à quelque temps de là il publiait avec non moins de succès Phantasia (Anvers, 1837); collection de récits fantastiques qui indiquait déjà de la part de l’auteur un remarquable progrès dans l'art de manier une langue non encore formée. Le roman
De Leeuw van Vlanderen (3 vol. Anvers, 1838), quire-
trace les luttes célèbres des Flamands contre les Français
au quartorzième siècle, porta sa réputation à son apogée. Il
ne tarda pas cependant à renoncer à un petit emploi qu’il
avait obtenu aux archives de la province, pour travailler pendent près d’un an comme garçon jardinier, jusqu’à ce que la protection de Wappers lui eut fait obtenir la place de greffier ou commis d'ordre de l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers. Depuis {845 Conscience porte le titre honorifique d’agrégé à l’université de Gand. Après avoir enseigné la langue flamande aux jeunes fils du roi Léopold, il fut nommé commissaire de l’arrondissement civil de Louvain,
Indépendamment des productions littéraires de Hendrick Conscience que nous avons déjà citées, nous devons encore mentionner ses deux romans historiques : Geschiedenis van Graef Hugo van Craenhove en van zynen vriend Abuljaragus (Anvers, 1845) et Jakob van Artevelde (Anvers, 1849).
La fraîcheur et la simplicité de l’exposition, la profondeur et la sensibilité sont incontestablement des qualités qu’on trouve réunies à un haut degré dans toutes les productions de cet écrivain; mais il nous paraît manquer dans le roman historique de la faculté d’idéaliser les caractères et de combiner d’une manière puissante les éléments dramatiques. Il est bien autrement supérieur dans la nouvelle proprement dite, dans la peinture de mœurs, quand il se met par exemple à raconter les histoires et les vieilles légendes du village et de la veiilée, A cet égard nous citerons Siska van Rosemael, Wat eene moeder lyden kan et Hoe men schilder wordt, trois nouvelles de lui que le prince-évêque de Breslau, le cardinal de Diepenbroek n’a pas dédaigné de traduire lui-même en allemand sous le titre de Vlæmisches Stillleben (3° édition ; Ratis bonne, 1849). De Loteling (Le Conscrit); Baes Gansendonch; De houten Clara; De blinde Rosa et De arme Edelman, forment une suite de petits tableaux de mœurs populaires du même genre,
L'histoire illustrée de la Belgique (Geschiedenis van Belgien | Anvers, 1845 |) publiée par Conscience, est un travai national sans doute, mais sans portée comme œuvra
philosophique et historique, et dans lequel il se garde bien le faire la critique des faits et gestes du saint-siége à l'égard des provinces des ci-devant Pays-Bas. Au reste, dans ses compositions historiques , de même que dans ses tableaux de la vie réelle, au nombre desquels nous ne devons pas oublier de mentionner encoreses Avonstunde ( Heures dusoir [ Anvers, 1839 |) et Zambrecht Hensmans (Anvers, 1846), il fait preuve d’un art tout flamand. L’afféterie et la négligence sont des défauts dont il est constamment exempt, et s'il trace avec vigueur ses contours, il apporte aussi un soin extrême dans l'exécution des moindres détails. Mais un mérite qui le distingue surtout, c’est la clarté de la pensée, cest la pureté des sentiments. Aux ouvrages cités nous devons ajouter : ses Mémoires (1858), le Jeune Docteur, Le Gentilhomme pauvre (1860), Bella Stock (1861), Mæderliefde (1862), etc. La plupart de ses écrits ont été traduits en français,
CONSCRIPTION, CONSCRITS, Le mot conscription est nouvean, il ne date que de l’an vi de la république française (1798); mais l'institution elle-même est fort ancienne; seulement elle a varié souvent dans la forme. A ce mot, la terreur des mères sous l’Empire, la Restauration a substitué celui de recrutement, qui est passé depuis dans les lois et dans les mœurs pour signifier la même chose, c’est-à-dire toute levée d'hommes devant servir soit au complément, soit à l’organisation de l’armée, et dont le mode est fixé par la loi, de même que le contingent qui appartient à chaque levée. Le mot conscrif, que l’on croirait dérivé de conscription, est plus ancien que lui : du temps des armées romaines, l’acte de recrutement s’appelait Legiones legere (choïsir les légions), et les hommes étaient inscrits sur un rôle commun dans chaque légion, conscripti (écrits sur le même rôle), d’où nous avons fait conscrits. Quoique la conscription ait été remplacée par le recrutement, on donne encore le nom de conscrits aux nouveaux arrivés dans un régiment, Le crayon de Charlet a immortalisé nos conscrifts.
CONSCRITS (Pères), patres conscripti. C’étaient, chez les Romains, les sénateurs ajoutés à l’ancien sénat. Romulus avait d’abord étahili cent sénateurs ; il en ajouta ensuite cent autres. Ceux-ci et leurs descendants s’appelèrent patriciens, majorum gentium. Ceux qui furent tirés dans la suite du corps des plébéiens par Tarquin-l’Ancien reçurent la dénomination de patriciens, minorum gentium, ainsi que Tite-Live le remarque. Maïs ceux qui furent admis dans le sénat par Lucius Junius Brutus et P. Valerius Publicola, premiers consuls élus après l'expulsion des rois, prirent le litre de pères conscrits, comme on peut le voir dans plusieurs auteurs. On donnait encore ce nom à ceux que l’on tirait de l’ordre des chevaliers,
CONSECRATION. Dans son acception la plus étendue, la consécration est la destination d’une chose à une fin spéciale et déterminée.Ce mot peut convenir aux personnes, aux choses et aux noms. Ainsi, on dit d’un homme, qu'il s’est consacré à l'étude des lettres, lorsqu'il en fait son occupation principale; d’un hospice, qu’il est consacré au service des malades et au soulagement des malheureux indigents, parce qu'il n’a été établi qu’en vue de cet objet; d’un mot, qu’il est consacré à exprimer une chose, lorsqu’on ne peut en détourner le sens pour lui en faire signifier une autre, Maïs, dans un sens plus exact et plus approprié, la consécration est la destination des hornmes ou des choses au culte divin. On en distingue de plusieurs sortes : celle des prêtres, des évêques, et des rois ; celle des églises, des autels, des vases sacrés, et enfin celle des ornements d'église et des autres choses employées dans les cérémonies du culte, La consécration des prêtres s’appelle ordination, parce qu’elle se compose de plusiéurs consécrations distinctes, dont chacune donne un degré différent dans la hiérarchie sacerdotale; celle des évêques et des rois s'appelle sacre;